L’art du discours

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Ma femme nous avait inscrits à l’avant – première du film A voix haute, ce matin. Je dois dire que j’y allais pour l’accompagner, persuadé de voir un n-ième film de prof sur la banlieue. Bien m’en a pris car c’est en fait un excellent film, donnant à voir une galerie de jeunes gens impressionnants.
Le sujet du film est l’inscription de trente étudiants au concours d’éloquence de Seine Saint Denis en 2015. Nous les suivons lors de la formation et du concours, encadrés par des artistes, des avocats et des experts de la prise de parole. La formation comprend un cours d’expression scénique, un autre de méthode du discours classique, un module de gestion de la voix et un atelier de slam.
Ce concours est ouvert chaque année aux étudiants de l’Université ainsi qu’à l’ensemble des habitants de Seine-Saint-Denis ayant entre 18 et 30 ans.
Une première version de  A voix haute a été diffusée le 15 novembre 2016 sur France 2 dans l’émission Infrarouge puis diffusé sur Youtube. En à peine dix jours, le documentaire avait enregistré plusieurs millions de vues et a provoqué un très fort engouement de la part des médias et du public. Emballé par le documentaire,  le président de Mars Films a décidé de sortir le film en salles dans une version inédite plus longue et remontée pour le cinéma.

cours éloquence

Dans le film, l’avocat Bertrand Périer qui est également professeur de rhétorique, explique ainsi les cinq phases d’un discours.

Phase 1 : L’exorde
L’Exorde est le début du discours, elle doit être maîtrisée et mettre l’auditoire dans de bonnes dispositions. Il s’agira avant tout de capter l’attention.
Il existe 3 types d’exorde :
– L’hommage. C’est par exemple « mesdames, messieurs, je suis honoré de prendre la parole devant vous ce soir… ». C’est la forme d’exorde la plus classique.
– La dramatisation de l’enjeu. Commencer par quelque chose de grave, sur un ton grave. « J’ai quelque chose de très grave à vous dire, aujourd’hui : la liberté a trépassé… ». Elle permet de mettre l’accent sur le sujet.
– Parler d’autre chose pour mieux revenir au sujet. Il est possible de commencer son discours par un propos auquel personne ne s’attend. Cela permet de susciter l’interrogation pour capter l’attention. Cette technique est très efficace mais il faut relier le propos initial au sujet traité assez rapidement pour ne pas perdre son auditoire.

Phase 2 : La narration
Cette phase est optionnelle et elle correspond d’avantage à la plaidoirie qu’au discours. Néanmoins, il y a une résurgence de la narration dans les discours politiques. Le Président Obama raconte des histoires dans son discours « Yes we can » ainsi que dans celui de l’Etat de l’Union du 20 janvier 2013 au cours desquels il décrit une catastrophe naturelle au travers d’histoires de personnes l’ayant vécue. La narration est un outil puissant si elle sert le propos du discours.

Phase 3 : L’argumentation
Il faut trouver les arguments en se demandant pourquoi la position que l’on défend, sur le sujet que l’on défend, est la bonne. Il faut au moins deux ou trois arguments filés. Il est possible d’en développer d’avantage mais le discours ne doit pas devenir un catalogue d’arguments. Le texte étant déclamé et non écrit, il faudra expliciter chaque argument et le simplifier au maximum afin de ne pas perdre son auditoire.
Il ne faut pas trop nuancer car la conviction n’autorise pas le doute ! Un scientifique doit faire la part des choses et nuancer les faits. L’avocat, l’homme politique et l’orateur au sens large sont profondément convaincus que ce qu’ils disent est la vérité.

Phase 4 : La réfutation
Cette phase est également optionnelle. Le contradicteur, celui qui défend la position opposée, a toujours tort. Il faut donc imaginer les arguments qu’il utilisera pour les contredire et les vider de leur force.
La réfutation doit être claire. La position que le contradicteur adopte peut être suggérée lors de la phase précédente, celle de l’argumentation, mais jamais dans la réfutation.

Phase 5 : Péroraison
C’est la fin du discours : il s’agit d’enfoncer le clou. Comme l’exorde, elle doit être complètement maîtrisée et laisser l’auditoire sur une très bonne impression.
Selon la personnalité de l’orateur et la nature du message délivré par la péroraison, elle peut se faire de deux manières :
– vers le haut : on accélère le débit et on renforce l’intensité de sa voix.
– vers le bas : on baisse le ton et on ralentit le débit.

Ciceron distingue lui cinq étapes fondamentales par lesquelles doit passer le discours d’un bon orateur. Ce sont les grands principes de l’art oratoire que l’on peut ensuite structurer différemment en fonction de ce qu’on veut défendre :
– Invention : c’est la recherche de tous les moyens de convaincre son interlocuteur, basée à la fois sur les connaissances et la créativité de l’orateur.
– Disposition : c’est l’organisation, la mise en ordre des différents moyens de persuasion qui ont émergé lors de la phase d’invention.
– Élocution : c’est le discours à proprement parlé, le « ton », le « style » que l’orateur veut lui donner en y ajoutant de l’ironie, des figures de style par exemple.
– Action : c’est le langage corporel qui accompagne l’élocution, quand l’orateur devient également acteur.
– Mémoire : c’est le fait d’avoir en tête l’ensemble de son discours, voire de l’avoir appris par coeur.

Il y a de nombreuses passages extraordinaires dans ce film et des formules percutantes. Loubaki Loussalat, le professeur de slam, déclame ainsi à propos de la France :  » France ISF, France SDF « . Mais le passage que j’ai préféré est celui du cours d’expression scénique sur les fruits et légumes.

Voici comment ce dispositif est expliqué dans le dossier pédagogique du film :
Improvisation fruits et légumes !
1- Public : tout public (primaires, collégiens,lycéens, étudiants)
2- Objectif : Prendre conscience de l’importance de l’expression du visage et du corps au-delà du sens des mots
3- Détails : Cet atelier se propose d’aider les élèves à gérer et utiliser les expressions du visage et du corps pour communiquer plus efficacement car l’auditoire se souviendra tout particulièrement des émotions transmises par l’orateur.
Voici l’atelier d’improvisation qui peut être alors mis en place :
• Cet atelier se fait avec deux élèves
• Le formateur choisit le thème de l’improvisation (par ex. des retrouvailles entres amis)
• Les deux élèves doivent ensuite improviser sur ce thème en utilisant uniquement des noms de fruits et de légumes pour construire leur dialogue. Ils doivent en conséquence être particulièrement expressifs pour faire passer leur message et raconter une histoire compréhensible des auditeurs.
• En outre, cet atelier nécessite que les deux élèves soient bien attentifs aux expressions et émotions de l’un et de l’autre pour construire une histoire cohérente ensemble.
4- Critères d’évaluation : On pourra évaluer différents éléments de l’improvisation, notamment :
• Les intentions transmises par les orateurs
• Leurs émotions
• La construction d’une histoire ensemble
• Imagination

Le film est également un moment de découverte de l’autre, avec des jeunes au parcours très différents qui s’entraident alors même qu’ils vont s’opposer durant le concours. Leurs  buts sont différents, mais ils ont tous des fêlures et des causes à défendre.

Vous trouverez ci-dessous le dossier pédagogique du film qui sortira le 12 avril :

A VOIX HAUTE_Dossier pédagogique

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