Étiquette : Colonisation

Instantané d’histoire : les bagnes coloniaux français

Un médecin militaire a été affecté en 1906 sur le bateau chargé de transporter deux fois par an les forçats de l’île de Ré vers la Guyane. Il séjourna ensuite longuement en Nouvelle-Calédonie. Ses photos nous plongent au cœur des bagnes coloniaux, terribles prisons françaises qui virent passer quelque cent mille hommes entre 1854 et 1938.

Documentaire à voir quelques jours encore sur le replay d’Arte.

L’école en Algérie française, l’Algérie à l’école

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Une vue de l’exposition (photo Stéphanie Péron)

Deux photos de classe du début du XXe siècle permettent d’illustrer la réalité du système scolaire dans l’Algérie française. Le premier cliché présentant des enfants européens confortablement installés derrière leur pupitre en bois tranche avec celui d’une classe indigène encadrée par un professeur debout, en train de faire cours à une cinquantaine d’élèves indigènes regroupés autour de lui, et contraints de se partager un manuel pour deux.

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École de jeunes filles en Algérie, photographie de  Félix Moulin  en 1856

L’exposition « L’école en Algérie, l’Algérie à l’école » visible jusqu’au 2 avril 2018 au Musée national de l’éducation, à Rouen, présente le dualisme du système scolaire pendant la période coloniale et les marques laissées par cette époque sur le système algérien actuel.
L’histoire de l’école dans l’Algérie française est celle d’une cohabitation entre deux méthodes d’enseignement n’ayant jamais réellement fusionné, nées du refus de rendre l’école obligatoire pour les enfants musulmans sur le sol algérien (en 1940, seuls 10 % des enfants musulmans algériens étaient scolarisés dans l’école de la République. En 1954, ils étaient 15 %).
Au début du xxe siècle de nombreux libéraux français, enseignants et nationalistes algériens modérés, réclamaient pourtant l’octroi de plus de droits aux Algériens musulmans afin de lutter notamment contre les yaouleds – « les enfants de la rue », non scolarisés, qui peuplaient les villes algériennes. L’unité des deux enseignements n’a été réalisé qu’en 1949, bien trop tardivement et de manière trop inégalitaire pour produire des résultats (en 1962, 50% des enfants musulmans sont scolarisés).
Pourtant, sous la IIIe République, l’Algérie occupa une place croissante dans l’éducation des enfants en métropole. Dans ses habits de colonisatrice, la France abreuvait ses élèves de discours louant les joyaux de cette « autre France ».

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Une classe dans la Casbah d’Alger, en décembre 2006. CRÉDITS : ZOHRA BENSEMRA/REUTERS

Une reconnaissance bien tardive

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Les tirailleurs sénégalais étaient des soldats recrutés à partir de 1857 dans les anciens territoires français de l’Afrique subsaharienne. Le premier contingent de «tirailleurs» (de «tir» et «ailleurs», ainsi appelé par raillerie parce que ratant soit disant souvent leur cible), était composé d’engagés du territoire du Sénégal. Mais les régions ayant fourni les plus gros contingents correspondraient pour les pays actuels au Mali, au Burkina Faso et à la Guinée.
Ils ont servi l’armée française dans ses pages les plus glorieuses: la libération de Toulon, le débarquement de Provence. Mais aussi dans des moments plus sombres, comme la répression du soulèvement du Constantinois en Algérie en mai 1945 ou la répression à Madagascar en 1947.
Jusqu’à la dissolution des dernières unités de tirailleurs dans les années 1960, plus de 200 000 ont combattu lors de la Première guerre mondiale, 150 000 pour la Seconde, et au moins 60 000 en Indochine.
Environ mille tirailleurs sénégalais vivent en France aujourd’hui, dont la moitié en Ile-de-France. Parmi eux, dix-huit habitent dans un foyer social, avec 335 euros de pension militaire par semestre. Ils sont sans leur famille, installées à plus de 5000 kilomètres de là, au Sénégal. Plusieurs d’entre eux ont bien tenté d’obtenir la nationalité française, mais les démarches administratives n’ont jamais abouti. Et s’ils sont en possession de toutes leurs médailles de guerre, les actes de naissance de leurs parents et grands-parents sont bien plus compliqués à récupérer.
Vingt-huit d’entre eux (pourquoi seulement 28 ?) vont être nationalisés à l’Élysée ce samedi. Ils ont entre 78 et 90 ans et ont combattu dans les rangs de l’armée française pendant la Seconde guerre mondiale, en Indochine ou en Algérie.

D’après un article du Figaro.fr

La société anonyme du Djebel Chiker

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Voici les informations que j’a trouvé sur la société anonyme marocaine du Djebel Chiker dans L’Écho des mines et de la métallurgie daté du 10 mars 1937.
« L’activité minière au Maroc
Avec la hausse des métaux et la rareté des matières premières, l’activité a repris dans les travaux de recherches et d’exploitation minière au Maroc. Certaines entreprises n’avaient, du reste, jamais cessé d’extraire et de vendre leurs produits.
A l’heure actuelle, on travaille activement dans les entreprises suivantes :
Office chérifien des phosphates, à Kourigba et Louis-Gentil ;
Sté chérifienne des charbonnages de Djerada*, anthracite ;
Sté des mines de Bou-Arfa*, minerai de manganèse, très recherché, même dans les
basses teneurs ;
Sté Le Molybdène*, la molybdénite est toujours rare et recherchée ;
Sté minière du Haut-Guir*, minerai de plomb et zinc ;
Sté des mines d’Aouli*, marche à plein de la laverie pour minerai de plomb ;
Sté marocaine du Djebel-Chicker*, minerai de plomb ;
Sté minière du Bou-Azzer et du Graara*, regagne rapidement le tonnage de minerai
de cobalt expédié en 1935, l’Association du cobalt a relevé à près de 2.000 t. de métal le quantum total à fournir par les adhérents.« 

Un tableau statistique indique que cette société exploitait 598 tonnes de de plomb à sa mise en exploitation en juin 1936 (sur une production totale de 7565 tonnes pour les mines marocaines) . La société avait été fondé en 1927 comme en témoigne les actions en ma possession. l’année 1927 avait été marqué par un regain d’intérêt pour l’exploitation minière au Maroc, évoqué en août dans l’Echo des mines et de la métallurgie. La raison semblait être la mise en chantier de voies de chemin de fer vers l’intérieur du pays, rendant possible l’acheminement du minerai vers la côte en vue de son exportation.  mais en 1930, la Revue de géographie alpine (tome 18, n°2, 1930). signalait qu’on en était encore à la recherche de gisement de galène dans le djebel Chiker.

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Ce délai dans l’exploitation ne semble pas extraordinaire et investir dans une société minière supposait pouvoir attendre un long moment avant de toucher d’éventuels dividendes si on en croit cet article de L’écho des mines et de la métallurgie du premier janvier 1927.

Mise au point sur la colonisation de l’Algérie et la notion de crime contre l’humanité

Sylvie Thénault est directrice de recherche au CNRS et historienne. Ses travaux portent sur la colonisation de l’Algérie et sur la guerre d’indépendance algérienne. Elle s’est particulièrement intéressée à la répression et au droit dans le contexte colonial. Voici ce qu’elle déclare après les propos d’Emmanuel Macron en visite en Algérie et les critiques qu’ils ont suscitées.

Sylvie Thénault : « Je pense qu’il faut distinguer le « crime contre l’humanité » au sens juridique et au sens moral. Juridiquement, non, la voie est bouchée, car la définition du « crime contre l’humanité » est telle qu’elle ne peut pas s’appliquer à la colonisation, mais il faut avoir conscience que toute définition juridique est le résultat d’une construction par des juristes et d’une évolution par la jurisprudence. C’est ainsi en toute connaissance de cause que les juristes et magistrats français ont ciselé dans les années 1990 une définition du « crime contre l’humanité » qui écarte la torture, les exécutions sommaires et les massacres commis par l’armée française dans les années 1954-1962, pendant la guerre d’indépendance algérienne. Il y a eu amnistie pour cette période, et, juridiquement, cette amnistie est inattaquable.
L’approche juridique n’épuise donc pas la question et il faut se la poser au plan moral. Se référer au « crime contre l’humanité », le plus grave des crimes, a une puissante signification – la meilleure preuve en est l’écho donné aux déclarations d’Emmanuel Macron. C’est en effet affirmer avec la plus grande force une condamnation de la colonisation. De ce point de vue, il n’y a pas de « vérité » à défendre. Les historiens peuvent évidemment contribuer au débat par leurs savoirs et leurs travaux, mais, ensuite, chacun est libre de se prononcer en conscience. C’est une question d’opinion.« 

Voici ce qu’elle déclare ensuite à propos des déclaration du même Emmanuel Macron en novembre 2016, lorsqu’il disait qu’en Algérie, « il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie « .
Sylvie Thénault : « A mon sens, il est aberrant de raisonner en ces termes. Trouvez-vous pertinent de dresser un tableau à double entrée pour lister, d’un côté, les violences, les discriminations, la paupérisation massive des Algériens pendant la période coloniale, et, de l’autre, les infrastructures administratives et économiques créées ? On ne peut pas, à mon sens, mettre les deux en balance pour savoir si le « négatif » ou le « positif » l’emporte. Personnellement, je trouve cela indécent.
Historiquement, c’est un raisonnement biaisé : la colonisation forme un tout inséparable. Elle est l’appropriation illégitime, par la force, d’un territoire et de ses habitants. Cette appropriation a signifié, à la fois, la violence et les souffrances de ceux qui la subissaient et la mise en place d’infrastructures administratives et économiques. A leur sujet, en outre, il ne faut pas exagérer la mise en valeur de l’Algérie : tous les gouvernements qui, après 1945, ont cherché à combattre le succès du nationalisme, ont fait le constat du sous-développement économique et social de l’Algérie. Ils ont alors conçu des plans de développement mais le seul à avoir eu un impact réel a été très tardif : le plan de Constantine, lancé en 1958, quatre ans avant l’indépendance.« 

D’après un article du Monde.fr