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Un essai intéressant sur les début de l’URSS

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Dans son livre, Yuri Slezkine, professeur à l’université californienne de Berkeley, raconte la vie d’un groupe d’apparatchiks que les Bolcheviques, à la suite de la Révolution d’Octobre, avaient installé dans un nouvel immeuble résidentiel, le plus beau et le plus grand d’Europe à l’époque, face au Kremlin.
On y trouvait les petites mains de Staline, des fonctionnaires et dirigeants du parti qui contribuaient à la mise en oeuvre de la politique choisie par celui-ci.
Tout leur parcours est retracé dans le livre. La plupart furent persécutés par la police du Tsar avant 1914. Tous se sont ralliés à Lénine et l’ont suivi dans sa lente conquête du pouvoir après 1905: ils ont été des rouages essentiels de la machine de guerre bolchevique entre 1917 et 1921 lors de la guerre civile. Pour les récompenser, et aussi pour les contrôler, ils furent donc installés au plus près du pouvoir, face au Kremlin à Moscou, dans la moderne «Maison du Gouvernement». La Maison sur le Quai ou Maison du Gouvernement a été bâti en 1931 par l’architecte Boris Iofane et était équipée d’installations inédites à cette époque: eau chaude, téléphones, cuisine, blanchisserie, jardin d’enfants, cinéma.
Les sources privées dont a bénéficié le chercheur comme des journaux intimes et des correspondances, lui permettent de faire revivre le quotidien de tous les habitants.
Déconnectés des réalités vécues par la majorité des habitants de l’URSS. Collectivisation forcée des terres, nationalisation de l’industrie, plans quinquennaux: autant de mots qu’ils manipulaient dans le cadre de leurs fonctions politiques, mais qui ne les touchaient absolument pas dans leur quotidien. Ils n’eurent pasà subir les conséquences parfois désastreuses de ces mesures. En pleine collectivisation des terres, les populations rurales, en particulier en Ukraine, souffrirent de la famine qui provoqua plusieurs millions de morts. Mais pendant ce temps, les apparatchiks de la Maison du Gouvernement faisaient bombance avec des mets de premier choix même en subissant le rationnement.
En revanche, ils se retrouvèrent au cœur des purges menées par Staline, entre 1936 et 1938, lors des «grands procès de Moscou». La plupart des habitants de la Maison du Gouvernement subirent de plein fouet la répression (les 2/3 des habitants périrent).

Aujourd’hui on peut visiter un petit musée-appartement dans l’immeuble, présentant la vie dans l’immeuble et l’utopie soviétique à travers le destin des habitants de la maison. Les autres appartements sont occupés par de nombreux russes célèbres et aisés dans une répétition dont l’histoire à parfois le secret.

D’après un article de Slate.fr

Les colonies italiennes dans les années 30

Ce documentaire relate l’aventure coloniale de l’Italie fasciste, des années 1930 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, racontée par ceux qui La ont vécue. Dans les années 1930, le village de Borgo vit une partie de ses habitants, poussés par la misère ou l’esprit d’aventure, émigrer dans les colonies de l’Empire italien d’Afrique (la Libye, l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie). Ces exilés volontaires allaient chercher l’eldorado que la propagande fasciste leur avait promis, notamment grâce à ses images d’actualité vantant de l’or à profusion. Mais leur rêve se brisa après quelques années, lorsque la guerre et la chute du régime entraînèrent la perte des colonies. Ils furent alors contraints de revenir à Borgo, ruinés.
À partir de lettres trouvées dans un tiroir et de fragments de son passé familial, la réalisatrice Loredana Bianconi construit le récit d’une période aujourd’hui encore taboue dans l’histoire italienne dans lequel la primauté est donnée aux images d’archives et aux témoignages des acteurs de l’époque.
C’est à voir quelques jours encore sur le replay d’Arte.

Il y a 80 ans, Guernica

Le 80e anniversaire du bombardement de la ville de Guernica par les Allemands a eu lieu le 26 avril dernier sans que je ne m’en rende compte.
Un lundi de 1937, jour de marché en pleine guerre civile espagnole, 44 avions allemands de la légion Condor et 11 italiens – Mussolini et Hitler étaient alliés de Franco – bombardèrent une cité sans défense. Les militaires allemands inauguraient ce jour-là la technique du « tapis de bombes », un bombardement massif en plusieurs vagues (il a duré trois heures et quinze minutes) avec pour objectif la a destruction totale d’une ville ou de quelques-uns de ses quartiers les plus peuplés. À 19 heures, la ville était en ruines et plus de 1654 habitants avaient été tué.
Cet événement a inspiré à Pablo Picasso l’une de ses œuvres majeures, présentée au public pour la première fois lors de l’Exposition internationale des arts et des sciences de Paris. Pourtant Picasso ne s’était pas engagé jusque là dans le conflit espagnol. Les intellectuels de gauche français et espagnols avaient bien tenté à diverses reprises de l’associer à la mobilisation politique contre le général Franco, mais Picasso restait en retrait.
En février 1937, Max Aub, l’attaché culturel de l’ambassade d’Espagne à Paris, lui commanda, pour le compte du gouvernement républicain, un « mural » pour le futur pavillon espagnol de l’Exposition universelle qui doit ouvrir à Paris, de mai à novembre. Picasso accepte et reçoit la somme de 150 000 francs français en paiement de l’œuvre à venir.
Le 30 avril, trois jours après l’assaut sur Guernica, Picasso prit connaissance du récit et des photos parus dans le quotidien Ce soir de son ami Louis Aragon. Ces visions, cette lecture du récit des premiers correspondants qui ont pu pénétrer dans la ville ont produit un électrochoc chez Picasso qui peinait jusque – là à trouver l’inspiration.
Cette fois, le peintre tenait son sujet : la guerre. Il travailla nuit et jour pendant un mois, sous le regard de la photographe Dora Maar, sa compagne d’alors. Sur cette toile de plus de 7 mètres de long – en noir, blanc et gris –, sa guerre prit une forme surréaliste.
Alors que le tableau s’apprêtait à rejoindre le pavillon espagnol, Picasso ne lui avait toujours pas donné de nom. Picasso convia quelques personnes pour voir l’oeuvre. Peut-être fut-ce Paul Éluard qui composait alors son poème Victoire de Guernica qui prononça le nom de la ville martyre voyant le tableau qui allait porter ensuite ce nom.

I

Beau monde des masures
De la nuit et des champs

II

Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III

Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d’exemple

IV

La mort coeur renversé

V

Ils vous ont fait payer la pain
Le ciel la terre l’eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s’accablaient de politesses

VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

IX

Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

XI

La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII

Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l’espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir

XIV

Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

Paul Eluard, Cours naturel, 1938.

D’après un article de La Croix.fr

Retour du stalinisme en Russie

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Le mémorial de Sandormokh. Photographie : Tomasz Kizny

Le 5 août marquera le 20e anniversaire de la découverte du site de Sandormokh, au nord-ouest de la Russie, l’un des plus grands charniers de l’ancienne Union soviétique où ont été retrouvées les dépouilles de plus de 6000 prisonniers assassinés sous la Grande Terreur, dans les années 1930, sur ordre de Staline.
Le militant des droits de l’Homme Yury Dmitrieyev, qui a découvert cet immense cimetière en 1997, ne pourra pas cependant pas assister à la commémoration, car il a été arrêté après avoir été accusé d’avoir pris des photos indécentes de sa fille adoptée de 12 ans, ce qu’il nie. Dmitriyev et sa famille soutiennent qu’ils prenaient en fait régulièrement des photos de la petite fille en mesurant son poids et sa taille, pour avoir des preuves de sa bonne santé si les services sociaux les accusaient un jour de mauvais traitements.
Mais pour les membres de l’association Memorial, qu’il préside, cette accusation de pédophilie est une manoeuvre politique du régime de manière à se débarrasser d’un opposant qui a exposé une face cachée de l’histoire de Russie sur laquelle le gouvernement n’aime pas s’étendre. Celui-ci affirme d’ailleurs que les membres de Memorial sont des personnes subversives et anti-gouvernement.
En juin dernier, Vladimir Poutine avait dénoncé le fait que « la démonisation excessive de Staline était un moyen d’attaquer l’Union soviétique et la Russie ». Dans certaines villes, des monuments à la gloire de Staline sont encore construits aujourd’hui et en juin dernier, un sondage russe a placé Staline en première position d’une liste des personnes les plus remarquables de tous les temps. Vladimir Poutine arrivant en second…

D’après un article de Slate.fr

Un musée du fascisme en Italie en 2019 ?

italiens
le tombeau de Mussolini à Predappio

Une polémique a lieu en ce moment en Italie autour du projet d’un musée du fascisme, partiellement financé par l’État, comme l’avait annoncé Matteo Renzi en 2016, qui pourrait ouvrir en 2019 au sein de l’ancien siège du Parti national fasciste (casa del fascio), à l’abandon depuis une vingtaine d’années (un bâtiment de 2 400 m², surplombé par une tour de 40 mètres). Le projet est porté par le maire de Preddappio, dans le nord de l’Italie, ville natale de Mussolini et où reposent ses restes depuis 1957.
Après son exécution en avril 1945, le corps du Duce a été inhumé dans une fosse commune du cimetière de Musocco, près de Milan. Mais dans la nuit du 22 avril 1946, il fut volé par des nostalgiques fascistes et enterré dans le sous-sol d’un couvent. La République italienne, les ayant retrouvés, décida finalement de remettre les restes du corps dans le plus grand secret aux mains des capucins du couvent de Cerro Maggiore, qui les conservèrent dans une armoire pendant onze ans. Le 31 août 1957, les autorités italiennes autorisèrent finalement l’ensevelissement de la dépouille dans le cimetière de San Cassiano, à Predappio où se trouve la crypte familiale des Mussolini.
Depuis, environ 50 000 personnes se rendent chaque année à Predappio afin d’y célébrer le fondateur du fascisme, surtout lors d’anniversaires tels que sa naissance (29 juillet 1883), sa mort (28 avril 1945) ou encore la Marche sur Rome (28 octobre 1922).
Ce «pèlerinage» a suscité la commercialisation d’un véritable attirail d’objets, souvenirs et symboles du fascisme: matraques, bouteilles d’huile de ricin, faisceaux, aigles, croix celtiques, mais aussi tee-shirts sérigraphiés «I love Duce», tasses et verres, briquets, porte-clés, calendriers ou encore bouteilles de vins à la mémoire de Mussolini.
La mairie, administrée par la gauche depuis 1945, est partagée face à ces «touristes», dont la présence contribue à dynamiser l’économie locale. En 1984, afin d’éradiquer la vente à la sauvette, elle avait décidé d’autoriser la création de trois boutiques de souvenirs.
En s’inspirant de l’exemple du Centre de documentation sur le nazisme ouvert en 2015 à Munich, le maire de Preddappio voudrait transformer le tourisme de propagande en un tourisme de connaissance.
Des historiens, dont Carlo Ginzburg émettent toutefois de sérieuses réserves sur cette localisation pour le musée. Selon eux, le musée sera entouré de boutiques vendant des gadgets estampillés «fascisme», et deviendra inévitablement une occasion de célébration du fascisme. Ils proposent que le musée du fascisme soit situé à Milan ou à Rome, deux villes ayant joué un rôle central dans la politique fasciste.
En effet, la plupart des historiens italiens partagent une même conviction : les Italiens doivent se confronter à leur histoire fasciste. Car au lieu de réfléchir sur les crimes passés, ils ont préféré produire un récit passif et victimaire dans lequel ils auraient souffert de la dictature fasciste et, lors de son déclin, auraient montré très vite leurs véritables sentiments antifascistes et participé à la lutte de libération nationale, ce qui n’est pas l’exacte vérité historique.

D’après un article de Slate.fr