Catégorie : Il était une fois un soldat de la première guerre mondiale

Trois nouveaux objets de la Première Guerre mondiale

Je viens d’acquérir deux trois objets de plus pour ma collection sur la Première Guerre mondiale :

 

– un exemplaire d’un journal de tranchée Le poilu du 37, qui a paru à un rythme mensuel entre 1916 et 1919, pendant 37 numéros (!). Il a été imprimé à Bar – le – Duc puis a Troyes, où se trouvait le dépôt du régiment. On peut en trouver quelques numéros sur le site de Gallica.
Dans les tranchées, les soldats vivaient de longues périodes d’attente. Leur besoin de communication et d’expression se traduisit alors par la production de journaux ronéotypés ou manuscrits, à la diffusion et à la périodicité souvent aléatoire. Ces journaux étaient un exutoire et ne comportaient pas ou peu d’information du front, mais des textes souvent empreints d’humour, grivois ou amer, des dessins, des poèmes, des pièces de théâtre. Ce numéro tiendra compagnie à celui du Canard Dieppois déjà dans ma collection.

 

– un porte-plume et porte-crayon fabriqué par un soldat, bon exemple d’artisanat de tranchée. J’en possédais déjà un, mais sans la plume et le crayon. Celui-ci est complet et illustrera mon propos aux élèves sur l’importance des lettres pour les soldats durant la guerre.

 


– une douille d’obus de 75mm transformée en bouillotte. la gravure « 75DEC MA.I – 767L – 18 – H » signifie :
75 DEC : canon de 75 de campagne
MAI : le fabricant – société de fabrication de matériel d’artillerie – usine d’Issy lès Moulineaux.
767L – 18 : 767ème lot d’obus de 1918

 

Sur les trace d’un soldats de la Première guerre mondiale

Dans le cadre d’un travail interdisciplinaire en français et histoire, nous avons fait travailler les élèves sur des cartes lettres d’un soldat que j’ai en ma possession

Durant une première séance, les élèves ont dû lire et retranscrire chacun une carte écrite par un soldat dénommé Léopold Dard. Cette transition les a appris que le soldat était marié , qu’il avait des enfants et que son niveau d’instruction était très faible étant donné l’orthographe et la grammaire des cartes. En français, les élèves ont travaillé à restaurer l’orthographe et la ponctuation correcte.

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Dans un second temps, les élèves ont utilisé le site Mémoire des hommes afin de trouver des traces de ce soldat. La fiche de renseignement découvert leur ont appris qu’il était « mort pour la France »

Les élèves ont aussi pu découvrir le grade de ce soldat (deuxième classe), correspondant à son niveau d’instruction. Ils ont lu qu’il appartenant au 236e régiment d’infanterie au moment de sa mort mais on échoué à lire la suite de la ligne, ce qui m’a permis de leur montrer la difficulté du travail d’historien, confronté d’abord au problème du déchiffrement des documents. J’ai expliqué à quoi correspondait la classe 1906, c’est – à -dire l’année où Léopold Dard avait fait son service militaire, au moment de sa majorité. C’est alors qu’un élève m’a fait remarqué que la date de naissance indiquée sur le document signifiait que Léopold avait son service à 10 ans. Cela m’a permis d’expliquer que des erreurs pouvaient être faite sur des documents officielles, avec des conséquences parfois gênantes. Nous en avons déduit que Léopold devait plutôt être né en 1886 à Mortiers, en Charente – Inférieure (devenue Charente – Maritime en 1941). Enfin, le document nous révèle  le lieu et la nature de sa mort : tué à l’ennemi à Chevincourt dans l’Oise.

Par la suite, j’ai montré aux élèves le site des archives départementales de Charente – Maritime et les registres matricules qui y sont conservés.

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La lecture de son registre matricule nous a confirmé sa date de naissance : le 3 août 1886, à Mortiers, en Charente – Inférieure. Nous avons appris qu’il était agriculteur et qu’il habitait Montendre, en en Charente – Inférieure, au moment de sa mobilisation. Il a fait son service du 9 octobre 1907 au 21 septembre 1909 dans le 34e régiment d’infanterie à Mont de Marsan. Il en sortit avec un certificat de bonne conduite témoignant de sa participation à la défense et de la valeur des services rendus.
Le registre nous renseigne aussi un peu sur son apparence physique : il mesurait 1m62, avait les yeux bleus et les cheveux bruns. Son visage était ovale, avec un menton rond et un nez aquilin.
Dernière information importante : après son service, il est affecté en disponibilité de l’armée active  dans la 18e sections d’infirmiers militaires entre le 30 janviers et le 21 février 1912. Ce détail m’a semblé étonnant puisque l’organisation des 25 sections d’infirmiers militaires, mise en place depuis 1862, avait pour but de fournir au service de santé militaire qui les employait des infirmiers aptes à être employés aux écritures, ceux capables de remplir les fonctions d’infirmiers de visite et des infirmiers d’exploitation chargés des détails intérieurs des établissements auxquels ils étaient attachés. Ces infirmiers étaient normalement recrutés parmi les soldats sachant lire et écrire et n’ayant subi aucune condamnation. L’instruction technique des infirmiers était à la fois théorique et pratique avec la tenue des cahiers de visite et l’établissement des bons et des relevés des prescriptions ; l’hygiène hospitalière, l’asepsie et l’antisepsie ; la petite chirurgie, l’hydrothérapie et les bandages. Les difficultés d’écriture et de lecture de Léopold semble peu compatible avec cette fonction.
Le registre nous aussi révélé qu’en août 1914, il a été appelé le 1er et a été incorporé dans son régiment le 3. Le premier février 1917, il fut transféré au 36e régiment d’infanterie, appelé 236e à la mobilisation.

Plus tard, retour au site mémoire des hommes pour consulter le journal des marches et opérations du 236e régiment d’infanterie ainsi que l’historique du régiment afin d’en apprendre plus sur les circonstance de la mort de Léopold, mort lors de la bataille du Matz.

Début 1918, après avoir conclu la paix avec les révolutionnaires russes, les Allemands transportèrent leurs troupes du front Est face aux troupes alliés en France. Conscients que le temps jouait contre eux avec l’arrivée imminente des soldats américains, ils déclenchèrent une série d’offensives pour briser le front et atteindre Paris. La principale offensive eut lieu dans le secteur anglais près d’Amiens, où le front fut percé avant d’être difficilement colmaté par les Alliés.C’est ensuite dans le Nord puis en Champagne que l’effort allemand se reporta, encore avec succès. Entre les avancées en Picardie et en Champagne subsistait alors un saillant tenu par les alliées autour de Compiègne et sa région. Le Haut commandement allemand décida alors de l’investir et le général Von Hutier fut chargé de mener l’assaut dans le secteur du Matz à partir de Lassigny.

L’attaque a débuté le 9 juin et les premières lignes françaises sont tout de suite emportées. Le 10 juin, le général Mangin a été chargé de constituer une force capable de contre-attaquer. Il rassembla plusieurs divisions à la droite de l’avance allemande et le lendemain, 11 juin 1918, la contre-offensive française appuyée par des chars lourds Saint Chamont s’élança et repoussa l’aile droite ennemie. La bataille du Matz était terminée.

Voici les pages consacrées à la bataille dans l’historique du régiment :

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On y apprend que le régiment, appartenant à la 53e division d’infanterie, occupait le secteur de Thiescourt et que Léopold a probablement été tué lors de la défense du village ou du repli au – delà de la rivière Matz.

La lecture du journal des marches et opérations donne des informations plus précises :

 

Léopold Dard a pu mourir dès 9h, lors de l’attaque allemande, au milieu du bois car les pertes furent très importantes. Vers 11h ensuite, de nombreux avions allemands bombardèrent les lignes françaises, obligeant la plupart des soldats (sauf les mitrailleurs) à se réfugier dans l’abri des carrières au nord de Chevincourt. A 13h, la situation dégénéra encore lorsque l’artillerie française, ajustant ses tirs trop courts, pilonna ses propres soldats. Le repli ordonné à 14h au delà de la rivière Matz commença à 14h30 sous le feu de l’artillerie ennemie, occasionnant encore des victimes.

Le 12 juin, le bilan de la bataille est le suivant : 29 tués, 138 blessés, 266 disparus et 50 prisonniers. Léopold Dard a dû faire partie des disparus puisque qu’il ne fut déclaré « tué à l’ennemi » que part un avis officiel du ministère de la guerre daté du 23 juillet 1918.

Etonnamment, dans les registres d’état-civils numérisés des archives de Charente – Maritime, j’ai trouvé mention de l’acte de décès de Léopold à la date du 11 juin 1919, son acte de décès ayant été transmis à Montendre le 7 février 1919 seulement si on en croit sa fiche.

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Après une dernière recherche interne, nous avons découvert que le nom de Léopold figure aujourd’hui sur le monument au morts de la commune de Montendre.

J’espère avec ce travail, couplé à l’étude d’objets d’époque, avoir rendu plus « réelle » cette guerre qui fascine les élèves, mais qui reste souvent lointaine.

Edmond Vougnon (1882 – 1915)

J’avais oublié de publié les document aimablement communiqué par les descendants du soldat Edmond Vougnon dont j’ai parlé ici.

– Tout d’abord une photographie le présentant en 1903 lors de son service militaire au 149e régiment d’infanterie.

– Puis une autre, prise sans doute au moment de son incorporation au 21e régiment d’infanterie, à Langres avant qu’il ne rejoigne le 174e régiment d’infanterie.

– Un document attestant la remise de La Croix de guerre suite à son décès le 25 mai 1915 à Notre – Dame de Lorette.

– Une lettre de sa fille Madeleine, écrite alors qu’il se trouvait encore au sein du 21e régiment d’infanterie.

– Une autre écrite par son frère Jules, un mois à peine avant sa mort.

Une musette de la Première guerre mondiale

Je viens d’acquérir une musette de soldat français de la Première guerre mondiale. Il s’agit du modèle 1892 : elle est confectionnée en toile de couleur beige mais de très nombreuses nuances existent, pouvant aller du beige très clair au brun rouille très foncé. La dernière modification sur ce modèle date de 1879, elle consista dans le prolongement de la sangle tout autour des coutures latérales de la musette. Cette amélioration permit de rendre la sangle plus solide et d’éviter qu’elle ne s’arrache à l’usure. La musette contenait les vivres du jour et tous les objets personnels dont le soldat avait besoin à portée de main (pipe, tabac, briquet, papier à lettre, etc…). Tout au long du conflit, les soldats se sont munis d’une ou deux musettes supplémentaires. Cette pratique non réglementaire leur permettait d’emporter encore plus de choses avec eux. Souvent remplie au maximum, la musette avait l’inconvénient de peser lourd sur le dos du soldat, de l’engoncer et d’entraver sa respiration.

Un casque français de la Première Guerre mondiale

 

Je viens d’acquérir un casque adrian français d’infanterie, complet avec la jugulaire et l’intérieur noir premier type avec feutrine rouge. La peinture bleu nuit, datant probablement de 1916, a été ajoutée par dessus le bleu horizon d’usine, visible par endroit par des manques.

Le casque Adrian M 1915 fut conçu dans l’urgence quand des millions de soldats se retrouvèrent engagés dans la guerre de tranchées et que les blessures à la tête devinrent la cause d’une proportion significative des pertes sur le champ de bataille (77 % des blessures des Poilus étaient localisées à la tête avant son adoption, le chiffre tombant à 22 % en 1916). Il remplaça une calotte d’acier portée sous la casquette ou le képi, adoptée en février 1915, et fut distribué à partir de septembre 1915.
Ces casques sortaient des usines Japy Frères à Paris et à Beaucourt, près de Belfort, et d’autres entreprises (Compagnie Coloniale, Reflex, Jouet de Paris, Société des Phares Auteroche, Dupeyron, Compagnie des compteurs) et ont été commandés par le sous-intendant militaire Louis Adrian, dont ils prirent le nom.
Ce casque est en fait une évolution du casque de 1895 des sapeurs pompiers, lui-même évolution des casques de la Garde nationale dont sont issus les premiers corps de sapeurs-pompiers.
Le casque Adrian était conçu pour protéger les soldats des éclats des obus qui explosaient au-dessus des tranchées. Le cimier était une réminiscence des casques de cavalerie mais il était aussi destiné à amortir des chocs venant par le dessus (le cimier s’écrase, puis le choc est transmis à la bombe du casque). Le casque Adrian s’inspirait aussi de la bourguignotte du Moyen Âge. Comme la plupart des casques de cette époque, il n’était pas question d’essayer Fabriqué dans une tôle d’acier laminé d’une épaisseur de 0,7 mm, le casque ne pesait que de 670 à 750 grammes, mais se révélait incapable d’arrêter directement une balle de fusil ou de mitrailleuse, offrant une mois bonne protection que les casques allemands (apparu en février 1916) et britanniques (fin 1915).
De couleur bleu horizon, il était constitué de 5 pièces : la bombe, la visière et la nuquière, le cimier et la coiffe en cuir. À l’avant du casque était agrafé par des pattes métalliques l’attribut caractéristique de l’arme (infanterie, artillerie, chasseurs à pied, service de santé) la plus répandue étant celle de l’infanterie, une grenade surmontée d’une flamme, estampillée des initiales « RF » pour République française. La coiffe, noire ou marron, initialement taillée dans un seul morceau de cuir et comportant sept dents de loup trouées et rivetées pour permettre le passage d’une cordelette, fut constituée ultérieurement de sept morceaux de cuir cousus (six dents de loup et une couronne au dos de laquelle est cousue une bande de tissu, généralement issue d’uniformes usagés). En hiver, certains soldats rajoutaient un rembourrage supplémentaire de tissu ou de papier journal entre la coque et la coiffe.
Les premiers casques furent peints en bleu brillant et il apparut rapidement que les reflets du soleil en faisaient d’excellentes cibles. Les soldats les passèrent donc d’abord à la boue, puis une peinture mate fut distribuée aux unités, ainsi que des couvre-casques de tissu, avant qu’ils ne soient peints en bleu mat directement en usine.
3 125 000 casques furent remis à l’armée française sept mois après la décision de l’état-major. Plus de vingt millions de casques Adrian modèle 1915 ont été produits durant la guerre et ont aussi équipé les soldats italiens, belges, russes, roumains, serbes, yougoslaves et grecs.
La fabrication du casque Adrian modèle 1915 cessa le 17 octobre 1918 au profit d’un casque abouti dans un acier au manganèse inventé par Aron Polack et adopté le 6 novembre 1918.
En 1926, une nouvelle version du casque Adrian fut adoptée. Fabriquée en acier plus résistant, d’une seule pièce plus la crête, il en fut produit 3 millions d’exemplaires. À partir de 1935, le kaki remplaça le bleu horizon dans l’armée française et la couleur du casque fut modifiée, de teintes allant du kaki jaune au kaki vert en passant par le marron. Dans l’armée française, le casque Adrian fut l’équipement standard jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, et fut même utilisé par les forces de police jusque dans les années 1970 et jusqu’au milieu des années 1980 chez les pompiers, où il était chromé.

Une correspondance de 1914 à 1918

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Un collègue blogueur à la retraite m’a signalé ce fantastique travail, utilisable avec les troisièmes, sur des lettres d’un soldat de la Première Guerre mondiale et de sa femme, publiées jour après jour depuis août 2014. La dernière lettre devrait être postée en décembre 2018 . Merci à lui pour ce lien.