Catégorie : Il était une fois un soldat de la première guerre mondiale

Origines géographiques des soldats français morts durant la Première guerre mondiale

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Le premier travail a été de dénombrer les « morts pour la France » (ce qui exclut les fusillés et les suicidés), grâce aux 1 187 143 fiches de décès de la base « Mémoire des hommes ».
Afin de pouvoir établir des comparaisons pertinentes entre les régions, les chercheurs ont reconstitué, à partir des données du recensement de 1911, pour chaque région, les catégories socio-professionnelles et les données de nationalité, de taux d’activité ainsi que le nombre de mobilisables (les hommes de nationalité française entre 19 et 27 ans), auquel a été ajouté une estimation du nombre d’engagés volontaires.
En comparant les pertes à la population masculine, région par région, les chercheurs ont confirmé qu’elles étaient globalement proportionnelles à la démographie, faisant du Limousin la région la plus touchée selon ce critère.
Pourtant, cinq régions s’écartent des projections s’appuyant sur les caractéristiques démographiques : les Pays de la Loire, la Bretagne et l’Aquitaine ont été proportionnellement plus touchées. La Franche-Comté et la région Provence-Alpes – Côte d’Azur ont, au contraire, compté moins de « morts pour la France » que la structure de leur population ne pouvait le laisser attendre.
La modélisation des données permet de faire émerger des variables interprétables comme le souhait du gouvernement de préserver les régions industrielles en vue d’un effort de guerre soutenu ou l’engagement en priorité les départements proches du front, dans un souci d’économie des transports.
Sur le plan social, les petits patrons et les indépendants ont proportionnellement été moins affectés que les ouvriers ; surtout, les régions rurales ou à fort taux de chômage ont été plus touchées que les régions industrielles ou celles dont le taux de chômage était bas. Les régions distantes du front, en particulier les régions frontalières ou côtières, ont été proportionnellement moins touchées.
Ainsi, il devient visible que les Pays de la Loire ont été désavantagés par leur forte ruralité ; la Bretagne a été pénalisée par sa forte ruralité et son taux de chômage élevé alors que la Franche-Comté a bénéficié de l’effet « frontière » et de la volonté générale de protéger le tissu industriel.
Finalement, la recherche a permis de mettre en évidence l’existence de différences systématiques entre régions. La mobilisation de variables démographiques (densité et jeunesse du département), socio-économiques et spatiales a permis d’affiner l’explication de ces différences. Il y a bien eu inégalité devant la mort.
La mort de masse a bien touché les régions françaises de façon différenciée mais non pour des raisons identitaires ou géographiques. C’est la nature même du conflit qui a amené les populations rurales à fournir l’essentiel des combattants d’infanterie dont les pertes furent très élevées. Les autorités semblent avoir privilégié l’effort industriel de guerre au détriment d’une main-d’œuvre jugée, par ses caractéristiques économiques et sociales, moins « utile » à la production, et donc davantage exposée au front sur l’autel de l’« utilité » collective de l’effort.

D’après un article du Monde.fr

Une aventure éditoriale passionnante

Pages de 2014-08-23

Vous trouverez ici, sur le site http://www.courant-alternatif.com, une correspondance entre Louise et Armand, un couple d’agriculteurs de Salles entre 1914 et 1918. Les lettres sont publiées en temps réel, c’est-à-dire en suivant le rythme avec lequel elles ont été écrites, il y a cent ans.
Louise Villetorte, née à Salles, avait 29 ans en 1914. Armand Mano était originaire du Barp et avait 33 ans en 1914.Ils s’étaient mariés en 1906 à Salles. Après leur mariage, Armand, qui avait appris le métier de charpentier vint habiter à Salles où ses beaux-parents exploitaient avec Louise une petite ferme familiale. Le couple avait une fille, Armande, âgée de 6 ans en 1914.
Le site vous propose la transcription de la correspondance entre les époux et quelques membres de leurs familles, agrémentée de documents d’époque et d’explications sur le contenu des lettres.Pour chaque transcription, vous avez accès à une copie numérique du document original.
Il s’agit d’un travail d’édition et de recherche historique tout à fait intéressant.
C’est exactement de style de travail que je voudrais mené avec mes classes de troisièmes pour les différentes correspondances de soldats en ma possession.

Les chevaux du dragon Garnaud durant la Première guerre mondiale

Voici ce qu’écrit le brigadier Garnaud du 4e régiment de Dragons le 5 septembre 1915 :

« Je rejoins le régiment qui est en Lorraine et suis versé au 3e escadron 1er peloton. Nous sommes cantonnés à Omelmont, dans la Meurthe et Moselle. On me donne un cheval, il s’agit d’une jolie jument alezane surnommé Lance qui allait l’amble – levant en même temps les deux jambes du même côté »

Ailleurs il précise :

« Une jument qui galopait au lieu de trotter. De sorte que le colonel me faisait toujours des remarques peu agréables. »

Et encore ailleurs :

« Bonne sauteuse d’obstacles. Cheval arabe »

Auparavant, on lui avait attribué un cheval nommé Divan, âgé de 8 ans, mesurant 1m55 au garrot à la robe bai brun zain et doté du matricule 331. Un cheval de dragon pesait généralement autour de 450 kg.

Si le rôle offensif du  cheval disparaît presque complètement durant la Première guerre mondiale en raison de sa vulnérabilité face à l’emploi massif de l’artillerie et des mitrailleuses, sa présence resta visible tout au long de la guerre, et environ huit millions participèrent au conflit.
Son emploi se reporta sur la logistique, car il se déplaçait sur les terrains accidentés ou boueux, inaccessibles aux véhicules motorisés, et ne consommait pas de carburant alors que les besoins en charbon, essence et gaz dépassaient largement la production. Les chevaux servaient également dans la reconnaissance, tiraient les ambulances et transportaient du matériel et des messagers.
Leur présence a cependant  favorisé la transmission de maladies et la dégradation des conditions sanitaires sur le front, causées notamment par le fumier et les carcasses des animaux abattus. Les conditions de vie pour les chevaux étaient difficiles sur le front :  décimés par l’artillerie, ils souffraient également de dermatose et subissaient de plein fouet les attaques chimiques. Un million d’entre eux trouvèrent la mort durant le conflit,et encore bien plus encore furent traités dans des hôpitaux vétérinaires avant d’être réutilisés. La fourniture de nourriture a été un problème logistique majeur, et l’Allemagne a par exemple perdu de nombreuses bêtes, mortes de faim en l’absence de fourrage.

Le début de la guerre pour le brigadier Garnaud du 4e Dragons

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Voici comment il raconte sa montée au front en septembre 1914 :

« Départ de Paris pour Commercy le 2 septembre. Arrivée le 3 à 3h du matin. Couché au quartier dans l’ancien château. Départ l’après – midi pour Sézanne dans la Marne. On entend le canon. Arrêt à Fère – Champenoise. Je couche en billet de logement chez de braves menuisiers. Le lit me semble bon mais dans la nuit je suis réveillé par des piqûres, le lit est rempli de punaises. Je couche par terre sur une toile cirée puis de temps en temps je regarde à la fenêtre. Il y a beaucoup d’animation. Sur la petite place du village, l’état major d’un corps d’armée est rassemblé il y a quantité d’autos. Les Allemands ne sont pas bien loin. Des gens commencent à déménager leurs meubles dans des charrettes et à s’en aller du pays c’est un triste spectacle.

Le lendemain matin nous partons pour Sézanne. (passage incompréhensible). Nous montons dans un train de marchandises. On entend nettement le grondement du canon. Le train s’arrête à environ 1100 mètres de la gare nous nous y rendons à pieds. Beaucoup d’animation les gens évacuent. Nous arrivons au quartier et au bureau militaire. Comme il est l’heure de déjeuner on s’occupe de nous donner des pommes de terre et du pain pour arranger notre pitance. J’ai très faim et avec un de mes camarades qui se nomme Fusier nous allons déjeuner dans un hôtel du village cela nous semble bon.

De retour au quartier nous passons donner nos noms au bureau militaire. Puis le reste de la journée se passe à ne rien faire que de se vautrer dans l’herbe. Sur le soir avec quelques camarades à l’aide d’une voiture à bras nous allons chercher des pommes de terre, du café, du sucre dans une épicerie nous rapportons le tout. Les autres confectionnent la boustifaille. Nous retournons cette fois nous rapportons  de la même épicerie de grandes quantités de bouteilles de vin blanc (je crois que le propriétaire les donne car il préfère que nous en profitions que les Allemands qui ne tarderont pas à venir).

Nous couchons dans le quartier de Sézanne. Il y a avec nous des gendarmes et des cuirassiers qui ont ramené des chevaux blessés. J’ai oublié de dire que toute la journée il a passé de l’artillerie et des troupes de toutes les armes surtout de l’infanterie (des zouaves, des turcos. Ils sont couverts de poussière mais malgré tout ils paraissent entrain).

Avant de me coucher dans une chambre laissée en désordre par la mobilisation je mange à la gamelle avec les cuirassiers je les regarde et les envie. Ils sont grands et pleins d’ardeur. ils racontent leurs exploits.

Vers les 4h du matin on nous réveille pour aller décharger le magasin à poudre. Il fait un clair de lune superbe c’est vraiment lugubre et dramatique. Avant d’arriver à la poudrière le gradé qui nous commande répond au halte là de la sentinelle en lui donnant le mot de passe. Cela m’impressionne  lorsque je pense à la gravité des choses les Allemands ne sont pas loin ils pourraient arriver subitement nous sommes sans défense sans armes et en civils enfin malgré tout je ne suis pas rassuré (?)

Tout se passe bien néanmoins la matinée se passe à faire des préparatifs de départ. Sur le midi nous partons. On installe dans des wagons des blessés qui viennent d’arriver dans des autobus. Ils sont assez grièvement atteints. ce sont les premiers que je vois aussi près cal me fait quelque chose et me décourage momentanément.

Nous mangeons dans le train de la (?), des sardines et du singe. »

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Ces lignes semblent avoir été écrite dans le train l’emmenant de Sézanne vers le front. Commercy était le quartier général du 4e régiment de dragons et Sézanne accueillait un détachement dudit régiment. Il formait la 12e brigade de dragons basée à Toul avec le 12e régiments de dragons et le 5e régiment de hussards. Les trois régiments étant intégré à la 2e division de cavalerie.

La corvée de soupe dans les tranchées

Voici un extrait du carnet du brigadier Garnaud, relatant un épisode de 1915 ou 1916, près de Burnhaupt le Bas en Alsace, au camp Mullens (?), à La Carrière et au Camp Benoît.

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« Il faut aller chercher aux cantines, en arrière la soupe de ceux qui sont aux tranchées et la leur porter. Un brigadier, quatre hommes, deux pour la soupe, deux pour le pain et les seaux de jus et de pinard – C’est moi le brigadier Maurice Garnaud.
Nous filons par le chemin retourné, sautant de trous en trous, empêtrés dans les branches brisées qui jonchent le sol, les clayonnages soulevés, les caillebottis en miettes.
Par bonheur le bombardement a cessé ! On dispose l’énorme marmite sur une perche passée dans les deux anses, 2 hommes en prennent une extrémité sur l’épaule. Les autres suivent, les gros pains ronds enfilés sur un fil de fer, attentifs à ne point trop brinquebaler les seaux de toile, qui déjà fuient.
C’est tout juste si, avec les secousses, les chocs, les faux pas, il en arrivera la moiré aux lignes. Nous passons par la voie où le ballast fait un chemin meilleur que le caillebotis sous bois et le boyau défoncé.
Je ne sais pas ce qu’ont les Boches ce soir, ils tirent comme des enragés, les balles nous sifflent aux oreilles. Dzz ! Dzz ! on a l’impression d’une petite chose mauvaise, sournoise, argente, qui se moque de vous.
Le plus désagréable, c’est le coup mat de la balle entrant dans un arbre, à côté de soi, sous le bois où il nous faut passer pour rejoindre les lignes. je sens le vent de l’une d’elles près de mon oreille. Une petite branche coupée vole devant moi… Nous sautons enfin dans la tranchée à l’abri. la soupe est distribuée. Il nous faut attendre que les gamelles et les sauts soient tout à fait vides, pour les rapporter aux cuisines. Nous ne rentrons au camp Benoit qu’à minuit.
Comme je suis de jour, c’est encore à moi à porter le thé chaud à ceux des tranchées avant l’aube. La conséquence, réveil à quatre heure.
Du camp Benoit au camp Mullens, du camp Mullens aux avant – postes, des avant – postes au camp Benoit. J’y suis à peine de retour, alerte, tout l’escadron doit se porter aux tranchées dont je viens.
Zut ! Zut ! et Zut !
Le barda pèse avec cela. Carabine, coupe – choux, casque, trois cartouchières = 150 cartouches, boîte à masque contre les gaz asphyxiants, musette bouréee de 5 jours de conserve, bidon de vin, toile de tente et couverture roulée – godillots, bottes de tranchées, le manteau chaussé (?) et la peau de mouton pardessus. »

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Equipement du soldat présenté au mémorial de Péronne

Un brigadier du 4e régiment de Dragons en 1914

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Carte postale de l’éditeur savoyard CER non datée

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(Dragons en 1914)                             (Dragons en 1915 – 1918)

Je viens de récupérer le carnet écrit par le brigadier Maurice Garnaud, engagé comme soldat dès le 2 septembre 1914 dans le 4e régiments de Dragons, au sein de la première escouade du 3e peloton du 11e escadron et cela au moins jusqu’en 1916. Il semble avoir été versé ensuite au 73e Régiment d’Infanterie jusqu’au 10 septembre 1919, date de sa démobilisation. Il avait été nommé sergent fourrier le 17 juin 1918, c’est à dire qu’il tenait toutes les écritures de la compagnie, à l’exception des punitions et du livret d’ordinaire.

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Outre le témoignage sur la guerre dont je reparlerai, ce carnet contient des informations sur les hommes et les chevaux composant le peloton et l’escouade puisqu’en tant que brigadier, il devait diriger la première escouade. Le 3e peloton comportait 39 hommes et 56 chevaux. L’escouade comportait 12 hommes et autant de chevaux dont on connait le nom, le numéro matricule, la robe, l’âge et la taille.

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Le brigadier a également noté l’équipement des soldats avec le numéro de série des pièces importantes qu’étaient la carabine, le sabre, la lance et le harnais.

En 1914 on comptait 32  régiments de Dragons, la plupart complets dans les divisions de cavalerie ou fragmentés comme unités de reconnaissance des divisions d’infanterie. Rapidement de nombreux Dragons officiers et hommes du rang rejoignirent cependant l’infanterie, ce qui semble le cas du brigadier Garnaud. Un régiment de Dragons comptait théoriquement 4 escadrons de combat de 125 hommes et 1 escadron de commandement et services soit environ 7 à 800 hommes.