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Des livres pour l’ULIS

Voici trois livres que j’ai décidé d’acheter pour le dispositif.
La naissance du monde en cent épisodes : ce livre va me permettre de revenir et d’approfondir la leçon sur l’origine de la Terre et de la vie que je vais mener cette semaine.

Le feuilleton d’Ulysse : comme les élèves travaillent sur L’Odyssée en lecture suivie, je vais ajouter ce volume à la collection « mythologique » du dispositif (Le feuilleton d’Hermès et Le feuilleton de Thésée).

Un dictionnaire français – anglais visuel pour aider les élèves.

Extrait du discours de réception de François Sureau à l’Académie française

François Sureau a été élu à l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de Max Gallo. Comme la coutume l’exige, celui qui avait pourtant déclaré en décembre 2019, n’avoir aucune envie d’entrer à l’Académie, avouant qu’il n’était pas fait pour cela, et craignant alors de perdre sa liberté, a donc fait l’éloge de son prédécesseur le 3 mars 2022, dans un discours fleuve et parfois hésitant. Un passage a visiblement créé un petit malaise dans l’assistance, composée notamment de madame Macron (François Sureau étant un proche du président) et de François Fillon :

« (…)Il est significatif que Max Gallo ait mis au premier rang de son anthologie personnelle Voltaire et Hugo, qui l’un et l’autre, goût de la liberté oblige, se sont montrés particulièrement attentifs aux institutions de leur temps, qu’elles soient répressives ou constitutionnelles, au point d’ailleurs de s’aventurer, et avec quel éclat, dans le domaine technique du droit. Le souvenir du passé n’est pas chez Gallo simple exaltation de ce qui a eu lieu, les hauts faits comme les épreuves. S’il s’est détaché de la politique pratique, il a conservé le sens de ses mécanismes. Il restait attentif à ce que le passé nous a légué de bienfaisant, et qui n’a pas trait seulement à la mémoire des événements, mais à ces institutions dont nous avons tendance à oublier, pris que nous sommes par les nécessités de l’heure, les raisons qui les ont fondées et comme elles nous sont toujours nécessaires. Dans L’Âme de la France, il relève le caractère violent de nos références mythiques, guerres de Religion, Terreur jacobine ou blanche, Vendée, journées de 1830 ou de 1848, Commune, et s’inquiète, à raison même de ces mémoires-là et de leur place, de notre capacité à réaliser notre démocratie. Il emploie à ce propos le terme de « jeu » démocratique, et c’est à bon escient, puisque le jeu, qui est, Caillois le disait, une sorte d’exorcisme, suppose des règles, et aussi la distinction des joueurs et du public. C’est le sens de ce qu’on appelle la démocratie représentative, dont le spectacle est rarement glorieux mais préférable à celui de l’émeute ; pour peu bien sûr que ce spectacle existe. Le bâti, comme dit Gallo en parlant de la IIIe République, doit tenir. Or ce bâti est chez nous singulièrement fragile. Les institutions sont pourtant le seul moyen que nous ayons, sinon d’inventer immédiatement un ordre juste qui éloigne à jamais le spectre des désordres civils, du moins de nous permettre de concourir, et publiquement, à sa définition d’abord, à sa réalisation ensuite. Je ne sais ce que Max Gallo aurait pensé du moment où nous sommes, où la fièvre des commémorations nous tient, pendant que d’un autre côté le sens disparaît des institutions que notre histoire nous a léguées : une séparation des pouvoirs battue en brèche, les principes du droit criminels rongés sur leurs marges, la représentation abaissée, la confusion des fonctions et des rôles recherchée sans hésitation, les libertés publiques compromises, le citoyen réduit à n’être plus le souverain, mais seulement l’objet de la sollicitude de ceux qui le gouvernent et prétendent non le servir mais le protéger, sans que l’efficacité promise, ultime justification de ces errements, soit jamais au rendez-vous.
Non, je ne crois pas que ce disciple de Voltaire et de Hugo se réjouirait de l’état où nous sommes, chacun faisant appel au gouvernement, aux procureurs, aux sociétés de l’information pour interdire les opinions qui le blessent ; où chaque groupe se croit justifié de faire passer, chacun pour son compte, la nation au tourniquet des droits de créance ; où gouvernement et Parlement ensemble prétendent, comme si la France n’avait pas dépassé la minorité légale, en bannir toute haine, oubliant qu’il est des haines justes et que la République s’est fondée sur la haine des tyrans. La liberté, c’est être révolté, blessé, au moins surpris, par les opinions contraires. Personne n’aimerait vivre dans un pays où des institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation comme celles de l’action, se revancheraient en nous disant quoi penser, comment parler, quand se taire. En un siècle d’histoire constitutionnelle, nous aurons vu se succéder le système des partis, le système de l’État, le système du néant. Gallo l’avait pressenti. Et comme il voyait bien que nous en étions à la fin responsables, et non les seuls gouvernants, il a cru que le patriotisme, dont il s’était proposé de ranimer la flamme, nous garderait d’un tel déclin en nous rendant en quelque sorte à nous-mêmes. J’aimerais pouvoir partager cette conviction. On accorde rarement la justice avec l’ordre. L’ordre, à nos yeux, c’est l’usine et la police, le peuple qui se tait, les lois d’exception, le commerce maître de nos vies, les hiérarchies justifiées et la confusion, pour finir, des grandeurs naturelles et des grandeurs d’établissement, puisque par paresse ou par lâcheté nous inclinons à adorer, abusivement, ce qui doit être dans ce qui est. Ce n’est pas cet ordre-là que l’enfant désirait au temps de sa conscience surprise. Dans l’injustice au contraire, c’est le désordre qui a très tôt frappé Gallo, le désordre caché sous l’ordre, celui d’une maison où rien n’est à sa place mais où l’on s’accommode de tout.
Gallo était ce qu’on appelle un républicain. Il faudrait décrasser ce terme qu’on emploie ces jours-ci à tout propos, au prix d’ailleurs d’une grande confusion concernant les principes. Après tout, la République, c’est aussi la colonisation sans scrupules, les bagnes d’enfants, les femmes privées de vote, la chambre du Front populaire votant les pleins pouvoirs au maréchal, la torture en Algérie et la peine de mort. Il n’y a pas de quoi se vanter. Gallo pour sa part ne l’a jamais vue comme cet étrange absolu qu’on nous présente parfois au mépris de toute vérité, ni l’histoire de France comme le récit d’une marche vers cette drôle de parousie à laquelle concourraient également les rêves de Hugo, les discours de Viviani, l’idéal de Léon Blum, la police de M. Marcellin et les calculs du bon M. Pinay. S’il la préférait à tout autre régime, il ne l’a jamais parée de vertus magiques, ni cru que son invocation suffirait à garantir l’unité de la nation. Max Gallo avait l’amour de la République. Il ne professait pas la religion républicaine, peut-être parce qu’il en avait une autre. Aujourd’hui que la République nous appelle moins qu’elle ne nous sermonne au long d’interminables campagnes de propagande frappées de son sceau, il se serait inquiété je crois de notre docilité.
La grande question de notre pays est de s’arranger de la coupure révolutionnaire, puisque la Révolution, en fondant le culte de la liberté et de la justice sur la récusation du passé, nous pose un problème difficile à surmonter, ce dont la succession de nos Constitutions est un signe parmi d’autres. Max Gallo a délibérément choisi de voir dans ce drame français l’expression singulière d’une âme collective, expression qui la rendait digne d’être aimée. Le drame français dit plus, console mieux, annonce davantage que d’autres réussites, à les supposer avérées. La République que Gallo aimait a donc pris dans ses livres un visage tourmenté et rédempteur, surgissant altéré d’un combat pour la nature humaine que sa devise résume, un combat jamais achevé, toujours à reprendre, auquel notre passé nous engage puisqu’il nous a laissé malgré tout un trésor inestimable : l’égale dignité de tous sans considération d’origine, de sexe ou de religion, la présence agissante de la liberté, le souci du droit, l’ensemble justifiant en retour un amour sans partage de la patrie. Et cet amour est aventureux, comme il se doit. Je ne crois pas que Gallo eût souscrit à cette substitution du lapin de garenne au citoyen libre que nous prépare cette formule imbécile, répétée à l’envi depuis vingt ans, que la sécurité est la première des libertés. À cette aune, pas de pays plus libre sans doute que le royaume de Staline ou celui de Mussolini. Après Rocroi, après Valmy, après Bir Hakeim, voici la sécurité, comme la ceinture du même nom, comme le rêve de l’escargot ! Max Gallo se souvenait que nos prédécesseurs avaient créé,maintenu, défendu le trésor de la liberté dans des époques autrement plus dangereuses que la nôtre. Il avait pressenti ce fléchissement de l’intelligence et de la volonté qui nous fait consentir à toutes les platitudes. Et l’on s’en va répétant que les temps sont difficiles. Mais les temps, comme Max Gallo nous l’a rappelé pendant un demi-siècle, sont toujours difficiles pour ceux qui n’aiment pas la liberté.(…) »