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Réflexions autour du Feuilleton de Thésée

Chaque semaine, je lis aux élèves du dispositif un ou deux épisodes du Feuilleton de Thésée. L’écoute est bonne, les élèves ayant envie de connaître la suite des aventures du héros grec. Ils semblent apprécier ma lecture expressive. C’est aussi l’occasion de faire de mini atelier philosophie à partir des situations décrites ou de répondre à leur question.
Aujourd’hui, il y a eu plusieurs questions comme qu’est-ce que la Gorgone Méduse ?, qui m’a demandé de raconter l’histoire de Persée. Et puis une question surprenante à l’évocation de la conception d’Héraclès. Zeus, le roi des dieux, trompe en effet la reine Alcmène en prenant l’apparence d’Amphitryon, son mari. Ce dernier l’ayant découvert, décide de la faire brûler vive pour sa faute. Arrivé à ce moment de l’histoire, un élève me demande : « Monsieur, ce que Zeus a fait, c’est bien un viol ? » Comme j’ai répondu par l’affirmative, nous avons discuté de pourquoi continuer à raconter une histoire qui parle d’un crime. Cela m’a amené à parler de l’évolution des mœurs et des lois, de la place des femmes dans l’Antiquité et de la valeur des mythes dans notre société moderne (mais évidemment pas en ces termes).
Une bonne surprise, donc, avec des élèves posés et attentifs, ce qui ne se produit pas tous les jours.

A propos de la langue française

« (…) Car, bien qu’en aient dit certains hommes qui n’avaient pas songé à ce qu’ils disaient, et parmi lesquels il faut ranger notamment celui qui écrit ces lignes, la langue française n’est pas fixée et ne se fixera point. Une langue ne se fixe pas. L’esprit humain est toujours en marche, ou, si l’on veut, en mouvement, et les langues avec lui. Les choses sont ainsi. Quand le corps change, comment l’habit ne changerait-il pas ? Le français du dix-neuvième siècle ne peut pas plus être le français du dix-huitième, que celui-ci n’est le français du dix-septième, que le français du dix-septième n’est celui du seizième. La langue de Montaigne n’est plus celle de Rabelais, la langue de Pascal n’est plus celle de Montaigne, la langue de Montesquieu n’est plus celle de Pascal. Chacune de ces quatre langues, prise en soi, est admirable, parce qu’elle est originale. Toute époque a ses idées propres, il faut qu’elle ait aussi les mots propres à ces idées. Les langues sont comme la mer, elles oscillent sans cesse. À certains temps, elles quittent un rivage du monde de la pensée et en envahissent un autre. Tout ce que leur flot déserte ainsi sèche et s’efface du sol. C’est de cette façon que des idées s’éteignent, que des mots s’en vont. Il en est des idiomes humains comme de tout. Chaque siècle y apporte et en emporte quelque chose. Qu’y faire ? cela est fatal. C’est donc en vain que l’on voudrait pétrifier la mobile physionomie de notre idiome sous une forme donnée. C’est en vain que nos Josués littéraires crient à la langue de s’arrêter ; les langues ni le soleil ne s’arrêtent plus. Le jour où elles se fixent, c’est qu’elles meurent. — Voilà pourquoi le français de certaine école contemporaine est une langue morte.« 

Préface de Cromwell de Victor Hugo, 1827.

Merci à Twitter de m’avoir fait connaître cette référence.

Deux fragments d’oeuvres médiévales retrouvées dans une reliure du XVIe siècle

C’est d’abord un fragment d’un poème français sur Guillaume d’Orange, datant du XIIe siècle, a été retrouvé à la Bodleian Library d’Oxford dans la reliure d’un ouvrage publié en 1528, dans laquelle un bout de parchemin était coincé. Il s’agit d’un fragment de quarante-sept vers du cycle de chansons de geste médiéval sur Guillaume d’Orange, copie réalisée à la fin du XIIIe siècle. L’histoire relatée dans le poème se déroule au IXe siècle, sous le règne de Louis le Pieux, fils de Charlemagne.
En continuant de feuilleter l’ouvrage de 1528, la chercheuse Tamara Atkin est tombée sur un deuxième extrait d’œuvre célèbre, lui aussi caché dans la reliure. Il s’agissait d’un fragment de parchemin comportant un extrait du Roman de Tristan de Béroul, qui raconte une partie de l’histoire de Tristan et Iseult. Ce poème, daté du XIIe siècle lui aussi, est l’une des premières versions connues du roman médiéval. À ce jour, la seule autre copie de ce passage est un manuscrit incomplet du XIIIe siècle qui se trouve à la Bibliothèque nationale de France et dont celui découvert diffère significativement.
La présence de ces manuscrits contenant des poèmes français dans une reliure du XVIe siècle s’explique par leur recyclage, car les textes étaient alors considérés comme démodés.

D’après un article de Slate.fr