Catégorie : Paul Auster

Le pouvoir de la lecture selon Paul Auster

« Puis il eut quinze ans et lors du dîner d’anniversaire qui eut lieu en son honneur à la Waverly Inn de Manhattan, dîner auquel participaient ses parents, ses grands-parents, tante Mildred, oncle Don et Noah, Ferguson se vit offrir un cadeau par chaque membre de sa famille, un chèque de cent dollars de la part de sa mère et de son père, un autre chèque de cent dollars de la part de sa grand-mère et de son grand-père et trois paquets différents de la part de la branche Marx, un coffret des derniers quatuors pour cordes de Beethoven de la part de tante Mildred, un livre de la part de Noah, intitulé Les Blagues les plus drôles du monde, et quatre livres de poche d’auteurs russes du XIXe siècle de la part d’oncle Don, des œuvres que Ferguson connaissait de réputation mais qu’il ne s’était pas encore donné la peine de lire : Pères et fils de Tourgueniev, Les Âmes mortes de Gogol, trois nouvelles de Tolstoï (Maître et Serviteur, La Sonate à Kreutzer, La Mort d’Ivan Illitch) et Crime et Châtiment de Dostoïevski. Ce fut ce quatrième titre qui mit un terme aux vagues rêves de Ferguson de devenir le nouveau Clarence Darrow, car la lecture de Crime et Châtiment le transforma.
Crime et Châtiment fut l’éclair tombé du ciel qui le fracassa en mille morceaux et quand il parvint à s’en remettre, il ne subsistait plus chez Ferguson le moindre doute quant à son avenir. Si un livre pouvait être cela, si c’était cela l’effet qu’un roman pouvait provoquer dans le cœur, l’esprit et la vision la plus intime qu’on pouvait avoir du monde, alors écrire des romans était certainement la meilleure chose qu’on puisse faire dans la vie, car Dostoïevski lui avait montré que les histoires imaginaires pouvaient aller bien au-delà du plaisir et du divertissement, qu’elles pouvaient vous retourner complètement, vous arracher le sommet du crâne, vous ébouillanter, vous frigorifier, vous déshabiller et vous jeter dehors nu, en proie aux vents violents de l’univers, et à compter de ce jour, après s’être débattu dans tous les sens pendant son enfance, perdu dans les miasmes toujours plus épais de la perplexité, Ferguson, enfin, savait où il allait ou du moins savait où il voulait aller et pas une seule fois au cours des années suivantes il ne revint sur sa décision, pas même pendant les années les plus dures quand il avait l’impression d’être au bord du précipice. Il n’avait que quinze ans mais il venait déjà d’épouser une idée, pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse et la misère, dans la maladie et la bonne santé, et le jeune Ferguson avait bien l’intention de rester fidèle à cet engagement jusqu’à la fin de ses jours. »

Extrait du roman 4321.

Invisible

Tel est le titre du dernier Paul Auster. Impossible bien sûr de ne pas se précipiter et de le lire en priorité, question de fidélité.
J’ai plein de choses à en dire, et je n’en écrirai aucune, en tout cas pour le moment : je gâcherais la surprise du bilbiothécaire qui, lui, ne l’a pas encore lu.
Alors chuuuuuuuuuuut, je garde tout au chaud dans ma tête.

Les mains pleines de livres



De passage dans ma librairie, j’ai récupéré « L’un de nous deux » dont je parlais il y a peu de temps.J’avais prévu d’acheter « Tous les hommes sont menteurs » de Manguel. Mais je suis aussi tombé sur le dernier Paul Auster, « Invisible ».
Une bonne cueillette donc… Le Paul Auster n’a pas eu le temps de rejoindre les rayonnages de notre bibliothèque, mon amie en ayant aussitôt commencé la lecture. Pour ma part, j’ai commencé la pièce de théâtre qui n’est pas sans me rappeler « Le souper » en effet.

Surprenant Paul Auster

Seul dans le noir n’est pas, et de loin, le meilleur roman de Paul Auster. Je commençais même à m’interroger sur son inspiration tant le début du roman me paraissait convenu et artificiel, comme si l’auteur lui-même n’y avait pas cru.
Et puis à la page 123, le ton change avec le récit du voyage en France du narrateur et de sa femme. Durant ce séjour, il apprend la destinée horrible d’une femme, morte dans un camps durant la seconde guerre mondiale. Ce passage du roman n’est pas racontable. Il faut le lire. J’ai ressenti un puissant choc à sa lecture. A partir de là, le roman change. A-t-il réellement changé ou bien est-ce moi qui ne lit plus de ma même manière ? En une vingtaine de page, Paul Auster se rachète à mes yeux et me donne envie de suivre la conversation entre August Brill et sa petite fille Katya, seuls dans le noir de la chambre. Mais il ne reste que quarante pages…

Ma lecture de « Seul dans le noir »

J’ai commencé à lire « Seul dans le noir » et deux passages m’ont particulièrement marqués :

« Et en quoi cet homme mérite-t-il de mourir ?
Parce que la guerre lui appartient. Il l’a inventée, et tout ce qui arrive ou est sur le point d’arriver se trouve dans sa tête. Elimine cette tête, la guerre s’arrête. C’est aussi simple que ça.
Simple ? A vous entendre, on croirait que c’est Dieu.
Pas Dieu, caporal, rien qu’un homme. Il passe toutes ses journées dans une chambre à écrire, et tout ce qu’il écrit se réalise ».

Outre la mise en abîme (procédé littéraire que j’affectionne particulièrement), il y a cette absurdité qu’est le destin. Comment ces hommes imaginés peuvent-ils croire que leurs actions sont libres et qu’elles n’ont pas été prévues par l’écrivain ? A moins que celui-ci ne cherche à se suicider ?

« (…) et je n’ai certainement jamais eu la moindre ambition d’écrire un livre. J’aimais en lire, voilà tout, lire des livres et puis écrire ensuite à leur propos, mais j’ai toujours été un sprinter, jamais un coureur de fond, pendant quarante ans j’ai cavalé tel un lévrier après des dates butoirs, accouchât en expert de l’article de sept cents mots, de celui de quinze cents mots, de la colonne semi hebdomadaire, de la commande occasionnelle d’un magazine »

Je me retrouve dans ces lignes, au moins pour ce qui est de la lecture et de l’écriture sur les livres (n’est-ce pas l’objet de ce blog, après tout ?). Et mon travail pour un magazine s’apparente assez à cette course du dernier moment, le plus souvent.