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Un film sur l’extermination primé à Cannes


(l’arrivée d’un convoi de déporté dans le camps)

Pour raconter la vie quotidienne d’un Sonderkommando d’Auschwitz, László Nemes a choisi la fiction en racontant le parcours d’un homme décidé coûte que coûte à enterrer son fils dans Le fils de Saul.
« Je voulais trouver un angle précis, réduit, et déterminer une histoire aussi simple et archaïque que possible. J’ai choisi un regard, celui d’un seul membre du Sonderkommando en me tenant rigoureusement à son point de vue : je montre ce qu’il voit, ni plus ni moins. »
le spectateur suit donc Saul Ausländer à la trace du début à la fin et on ne le lâche plus. On entend tout – les ordres, les cris, les bruits sourds des portes qui s’ouvrent et se ferment, on sent le chaos, mais l’horreur reste le plus souvent hors champ. Tout ce qui n’est pas focalisé sur lui reste flou, indéfini (Le fils de Saul a été filmé en pellicule 35 mm avec un objectif 40 mm qui permettait un format restreint, à hauteur du personnage).
Au début du film, Saul Ausländer croit reconnaître son fils parmi les victimes de la chambre à gaz. De là va naître son obsession : trouver un rabbin qui dira le kaddish et l’enterrer. Tout le film se concentre sur cet unique point de vue, cette obsession et cette seule action.
Ce film tente de montrer ce qu’était la vie dans les Sonderkommandos. Une vie très courte puisqu’au printemps 1944, les nazis ont exterminé 400 000 Hongrois en en trois ou quatre mois. Le réalisateur s’intéresse à ces commandos spéciaux chargés de forcer d’autres Juifs à se dévêtir, à laisser leurs vêtements puis à entrer dans les chambres à gaz.
Il y avait tellement de corps à brûler que les fours crématoires n’y suffisaient pas. Ils se bloquaient et ne pouvaient plus remplir leur fonction. Les nazis avaient alors décidé de s’en passer et de creuser, autour des fours, des fosses, dans la terre même. Les nouveaux convois qui arrivaient étaient directement conduits dans les fosses.

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Pour réaliser son film, László Nemes s’est inspiré d’un livre écrit par les membres des Sonderkommandos hongrois d’Auschwitz alors qu’ils préparaient leur révolte car ils voulaient laisser une trace. La nuit, ils glissaient leurs manuscrits écrits en yiddish dans des bouteilles et les enterraient très profondément dans la glaise autour des crématoires. Ces manuscrits ont été édité par le Mémorial de la Shoah sous le titre Des voix sous la cendre : les Sonderkommandos hongrois y décrivent leurs tâches quotidiennes, l’organisation du travail, les règles de fonctionnement du camp et de l’extermination des Juifs.
La révolte d’Auschwitz a tragiquement échoué : tous les révoltés ou presque ont été tués ou se sont noyés en fuyant. Certaines des bouteilles contenant les manuscrits ont été retrouvés plusieurs années après la libération du camp, et d’autres encore beaucoup plus tard.

Le film sortira en salle en novembre 2015. Sera-t- il envisageable d’y emmener les troisièmes et de travailler ce film en histoire et en histoire des arts ?

Un film sur un sujet difficile

Je suis invité à l’avant première du film The search de Michel Hazanavicius, le 22 octobre prochain.

L’action du  film se déroule pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. Elle retrace le parcours de quatre  individus que la guerre va amener à se croiser. Après l’assassinat de ses parents dans son village, un petit garçon rejoint le flot des réfugiés. Il rencontre une chargée de mission pour l’Union Européenne  et avec elle, il va revenir peu à peu à la vie « normale ». Parallèlement, on suit sa grande sœur qui le recherche  parmi des civils en exode. Enfin on se trouve aussi aux côté d’un jeune Russe de 20 ans, enrôlé dans l’armée, qui va affronter le quotidien de la guerre moderne.

Le film sortira le 26 novembre prochain.

Portrait de femme : Alice Guy Blaché (1873 – 1968)

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Après des études de sténographie, elle entra comme secrétaire au Comptoir général de la photographie où Léon Gaumont est employé. Elle le convainquit de produire des films dans la veine de ceux des frères Lumières et fut autorisé à tourner La fée aux choux en 1896, devenant la première réalisatrice de l’histoire du cinéma ainsi que la créatrice de la première oeuvre d’imagination de l’histoire du cinéma.

En 1898-1899, Alice Guy innova dans le choix du sujet de film en tournant plusieurs scènes de la vie et de la Passion du Christ, l’ensemble de ces bobines, vendues séparément, constitua le premier péplum du cinéma. En 1906, elle compléta ces différents épisodes par une production à gros budget pour l’époque, avec 300 figurants et 25 tableaux, soit plus de 600 mètres de film.

Après son mariage, elle partit pour les Etats -unis où elle fonda avec son mari une société de production, Solax Film Company. Le succès d’abord au rendez-vous leur permet de créer des studios à Fort Lee dans le New Jersey. Elle tourna ainsi des mélodrames (Falling Leaves, 1912), des westerns (Greater Love Hath no Man, 1911), des films sur la Guerre civile (For the Love of the Flag, 1912). Elle s’intéressa aussi aux problèmes ethniques avec Across the Mexican Line (1911) ou Making of an American Citizen (1913).

Suite à son divorce et à la perte de sa société pour dettes, elle rentra en France et se mit à écrire des contes pour enfants sous divers pseudonymes.

Vous trouverez ici le lien vers un documentaire qui lui est consacré.

1946 : les soviétiques sont les premiers à marcher sur la lune

Du moins dans un film de science – fiction produit en 1935, en URSS !

Le Voyage Cosmique est un film de Vassili Zhuravlev. Il est d’une grande qualité technique et aurait pu marquer l’histoire de la science fiction au cinéma s’il n’avait pas été victime de la censure stalinienne qui regrettait que ce film n’exhorte pas suffisamment la force et la grandeur du peuple soviétique.

En 1932 le Komsomol (Jeunesses Communistes du Parti communiste d’Union soviétique) demanda aux créateurs de cinéma de mettre en chantier, pour les jeunes spectateurs, le plus possible de films sur les sujets les plus divers, y compris de science-fiction : il s’agissait de « créer le film de science-fiction sur la vie dans notre pays (l’URSS) dans 6 à 10 périodes quinquennales« .

Le réalisateur Zhuravlev s’était déjà orienté vers la réalisation de films destinés à la jeunesse et prit  contact avec le scénariste Alexander Filimonov afin de lui demander d’écrire le sujet d’un film racontant le premier vol pour la Lune. En 1933, après une nouvelle conversation avec Sergueï Eisenstein et afin de répondre au souhait d’exactitude scientifique il entra en contact avec le scientifique Constantin Tsiolkovski, pour lui demander conseil sur la création d’un film scientifique et de devenir le consultant scientifique du futur projet.

La première projection du film eut lieu le 21 janvier 1936. Les premières critiques notèrent l’aspect technique omniprésent qui faisait la réussite du film mais insistait aussi sur la faiblesse du scénario et sur les caractères des personnages ou leurs relations qui n’étaient pas toujours claires. Et surtout, il apparut que les messages exprimés par le film n’étaient pas à la hauteur attendue par le gouvernement soviétique (l’académicien Sedykh  fait lancer la fusée malgré l’interdiction du Directeur, le Professeur Karine, ce qui est inconcevable dans l’organisation soviétique.)

Le début du film montre la ville « futuriste » de Moscou en 1946 avec deux bâtiments détaillés :

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L’esquisse du projet retenu en 1934

Le premier bâtiment de la capitale moscovite, bien visible au deuxième plan de l’image au début du film, est le Palais des Soviets. Ce bâtiment voulu par Staline en hommage à Lénine, fit l’objet d’un concours international au tout début des années 1930.  Y avaient notamment participé les architectes  Le Corbusier et Walter Gropius. C’est finalement un projet russe de Gelfreickh, Iofan et Shchuko qui fut retenu en 1934. Le bâtiment devait mesurer 315 mètres de hauteur et être surmonté d’une gigantesque statue de Lénine de près de 100 mètres !

La Cathédrale de Christ-Sauveur de Moscou fut rasée le 5 décembre 1931 pour dégager le site. Mais le palais ne put jamais être construit à cause de la proximité du fleuve et des infiltrations d’eau dans le sous-sol.  Finalement le projet a été annulé par Nikita Khrouchtchev en 1953 et l’excavation a été transformé en 1958 en Piscine Moskva, la plus grande piscine en plein air du monde. Après la chute du communisme la religion a  été réautorisée en Russie. En 1990 Boris Eltsine a donné l’autorisation de construire une nouvelle cathédrale d’après le plan original au même endroit. La cathédrale complète a été inaugurée le 19 août 2000.

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Le deuxième élément majeur de la ville est le Bâtiment fictif de l’Institut des Voyages Interplanétaires, un ensemble architectural massif comprenant le centre de recherche, le hangar de construction des fusées et la base de lancement de laquelle s’élance la rampe.
L’Institut est surmonté d’une grande tour décorée d’une statue représentant le deuxième étage de la fusée, dans une représentation faisant écho au Palais des Soviets. C’est un bâtiment d’architecture monumentale, une structure béton qui n’est pas sans rappeler ce que produisirent les architectes soviétiques et allemands, dans les années précédant la deuxième guerre mondiale. Du bâtiment s’échappe la rampe de lancement qui s’élève au-dessus de la ville de Moscou : par effet de perspective mais aussi certainement par volonté de grandiose, l’arche domine largement le Palais des Soviets ! On peut imaginer que cette image a pu participer à la censure du film.

Voici maintenant la scène où les Soviétiques sont les premiers à fouler le sol lunaire !

Pour voir ce film en entier, suivez ce lien vers Youtube.

J’ai écrit cet article en utilisant un extraordinaire site d’un fan du film.

Deux films de propagande nazis

Ils ont tous les deux été réalisés par Leni Riefenstahl, réalisatrice récompensé par un Lion d’argent à Venise pour son premier film, La lumière bleue, qui constitue un appel à la tolérance et au respect d’autrui.

Le premier, datant de 1934, s’intitule Le Triomphe de la Volonté et décrit le congrès de Nuremberg. Dans l’extrait que je propose, Hitler s’adresse aux jeunes Allemands. Cela fait un prolongement à l’étude de l’affiche vue ce matin.


En 1936, elle tourne Olympia, un documentaire consacré aux Jeux Olympiques de Berlin. Contrairement à ce que j’ai dit ce matin aux troisièmes, on y voit deux des victoires de Jesse Owens.