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Confusion des genres

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Lorsque l’artiste chinois Ai Weiwei est venu vivre en Europe, il a eu envie de connaître la situation des réfugiés et s’est ainsi rendu sur l’île grecque de Lesbos pour découvrir la situation des migrants qui y parviennent.
« C’était une expérience très intime que de voir débarquer des bateaux enfants, femmes et personnes âgées. Je voyais dans leur regard un vrai désarroi. Ils étaient terrorisés et ne savaient pas du tout à quoi s’attendre dans ce pays. C’est ce qui, plus encore, m’a poussé à en savoir davantage sur qui sont ces gens et pourquoi ils risquent leur vie en venant dans un pays dont ils ne connaissent pas les codes et où personne ne les comprend. J’avais énormément d’interrogations. C’est cette curiosité qui m’a incité à mettre en place une importante équipe de chercheurs pour étudier l’histoire des réfugiés et leur situation actuelle. En dehors de la guerre en Syrie, l’existence des migrants est née des guerres en Irak et en Afghanistan, du conflit israélo-palestinien, des différents conflits africains, de la persécution des groupes minoritaires au Myanmar et de la violence en Amérique centrale.« 

Ce matin, j’ai pu assister à une projection de ce documentaire beau et long, ce qui m’a parfois dérangé. Beau, car les images d’Ai Weiwei témoignent de sa vision d’artiste. Il parvient à rendre l’horreur photogénique, comme avec le cadavre d’un homme abandonné lors des combats autour de la ville de Mossoul en Irak. Long, car nous suivons les réfugiés dans le monde entier, en Europe, bien sûr, mais aussi au Moyen – Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique, et cela durant 2h20.
J’ai eu l’occasion de visionner de nombreux documentaires sur la situation des réfugiés pour préparer les cours de quatrième et je ne vois pas ce que ce film apporte de plus, honnêtement. Dans sa quête poétique, Ai Weiwei abuse pour moi de l’usage des drones : les images sont belles, mais le message perd en force.
Il y a toutefois plusieurs passages qui agissent comme de véritables coups de poing : le cimetière avec les tombes anonymes en Turquie et les sanglots de cet homme qui a perdu en mer cinq membres de sa famille ; le Kurde posant devant sa maison ruinée par une guerre qu’il ne comprend pas, qu’il ne voulait pas. Ou encore la ville de Mossoul libérée de l’État islamique, ce qui entraîne l’exode de 300 000 réfugiés de plus.
C’est bien sûr un film à voir, surtout si l’on ne connaît pas grand-chose aux mouvements migratoires actuels. Mais pour être un documentaire vraiment efficace, il aurait fallu le condenser et oublier plus souvent l’esthétisme. De même, trop de passage montrent l’artiste lui-même, même s’il se mêle aux réfugiés.
En l’état, il ne me semble pas exploitable avec des élèves, de collège du moins, ce qui est dommage. Toutefois, un dossier pédagogique est disponible ici.

Ci-dessous, une émission de France Inter dans laquelle Ai Weiwei parle du film et de l’art :

 

Au cinéma : Pentagon Papers

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Le film Pentagon Papers de Steven Spielberg s’inspire de l’histoire des documents secrets révélés au début des années 70 grâce à un analyste de l’armée américaine, Daniel Ellsberg, et diffusés par le New York Times, puis après que le président Nixon ait fait bloquer la parution par un juge, par le Washington Post.
Ces révélations, portant sur les mensonges sous les présidences Truman, Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon, ont rendu encore plus impopulaire la guerre au Viêt Nam, et préparé le terrain à la démission du président des États-Unis après l’affaire du Watergate.
Cependant, le film a été tourné dans l’urgence à la suite de l’élection de Donald Trump et devant sa capacité à mentir et manipuler l’information. Ce n’est donc pas totalement un film historique, mais aussi une réflexion sur les Etats – Unis des années 2010.

La carte du cinéma

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David Honnorat, co-fondateur de Vodkaster, un réseau social dédié au cinéma et aux séries) propose une carte de Movieland, pays où plus de 1800 films sont figurés par des  villes d’importances variables, interconnectées par un réseau routier, et localisées au sein d’espaces géographiques variés (forêts, vallées, déserts, collines, lacs, mers, îles, péninsules…) aux noms évocateurs.

Un film sur l’extermination primé à Cannes


(l’arrivée d’un convoi de déporté dans le camps)

Pour raconter la vie quotidienne d’un Sonderkommando d’Auschwitz, László Nemes a choisi la fiction en racontant le parcours d’un homme décidé coûte que coûte à enterrer son fils dans Le fils de Saul.
« Je voulais trouver un angle précis, réduit, et déterminer une histoire aussi simple et archaïque que possible. J’ai choisi un regard, celui d’un seul membre du Sonderkommando en me tenant rigoureusement à son point de vue : je montre ce qu’il voit, ni plus ni moins. »
le spectateur suit donc Saul Ausländer à la trace du début à la fin et on ne le lâche plus. On entend tout – les ordres, les cris, les bruits sourds des portes qui s’ouvrent et se ferment, on sent le chaos, mais l’horreur reste le plus souvent hors champ. Tout ce qui n’est pas focalisé sur lui reste flou, indéfini (Le fils de Saul a été filmé en pellicule 35 mm avec un objectif 40 mm qui permettait un format restreint, à hauteur du personnage).
Au début du film, Saul Ausländer croit reconnaître son fils parmi les victimes de la chambre à gaz. De là va naître son obsession : trouver un rabbin qui dira le kaddish et l’enterrer. Tout le film se concentre sur cet unique point de vue, cette obsession et cette seule action.
Ce film tente de montrer ce qu’était la vie dans les Sonderkommandos. Une vie très courte puisqu’au printemps 1944, les nazis ont exterminé 400 000 Hongrois en en trois ou quatre mois. Le réalisateur s’intéresse à ces commandos spéciaux chargés de forcer d’autres Juifs à se dévêtir, à laisser leurs vêtements puis à entrer dans les chambres à gaz.
Il y avait tellement de corps à brûler que les fours crématoires n’y suffisaient pas. Ils se bloquaient et ne pouvaient plus remplir leur fonction. Les nazis avaient alors décidé de s’en passer et de creuser, autour des fours, des fosses, dans la terre même. Les nouveaux convois qui arrivaient étaient directement conduits dans les fosses.

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Pour réaliser son film, László Nemes s’est inspiré d’un livre écrit par les membres des Sonderkommandos hongrois d’Auschwitz alors qu’ils préparaient leur révolte car ils voulaient laisser une trace. La nuit, ils glissaient leurs manuscrits écrits en yiddish dans des bouteilles et les enterraient très profondément dans la glaise autour des crématoires. Ces manuscrits ont été édité par le Mémorial de la Shoah sous le titre Des voix sous la cendre : les Sonderkommandos hongrois y décrivent leurs tâches quotidiennes, l’organisation du travail, les règles de fonctionnement du camp et de l’extermination des Juifs.
La révolte d’Auschwitz a tragiquement échoué : tous les révoltés ou presque ont été tués ou se sont noyés en fuyant. Certaines des bouteilles contenant les manuscrits ont été retrouvés plusieurs années après la libération du camp, et d’autres encore beaucoup plus tard.

Le film sortira en salle en novembre 2015. Sera-t- il envisageable d’y emmener les troisièmes et de travailler ce film en histoire et en histoire des arts ?

Un film sur un sujet difficile

Je suis invité à l’avant première du film The search de Michel Hazanavicius, le 22 octobre prochain.

L’action du  film se déroule pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. Elle retrace le parcours de quatre  individus que la guerre va amener à se croiser. Après l’assassinat de ses parents dans son village, un petit garçon rejoint le flot des réfugiés. Il rencontre une chargée de mission pour l’Union Européenne  et avec elle, il va revenir peu à peu à la vie « normale ». Parallèlement, on suit sa grande sœur qui le recherche  parmi des civils en exode. Enfin on se trouve aussi aux côté d’un jeune Russe de 20 ans, enrôlé dans l’armée, qui va affronter le quotidien de la guerre moderne.

Le film sortira le 26 novembre prochain.