Catégorie : 3e

Emplois et métropoles en France

A partir de 1999, les métropoles (agglomération de plus de 400 000 habitants ici) ont commencé à capter davantage de créations d’emplois que les autres villes.
Résultat, les métropoles, qui concentrent actuellement environ 40 % de la population française, rassemblent près de 46 % des emplois, dont 22 % pour la seule aire urbaine de Paris et 24 % pour celles de province, tandis que les villes moyennes et petites subissent des pertes.
Les métropoles profitent davantage de la tertiairisation, de l’économie de la connaissance et des nouvelles technologies. En 2011, 85 % des ingénieurs de l’informatique, 75 % des professionnels de l’information et de la communication et 69 % du personnel d’études et de recherche y étaient localisés.
Si les métropoles de Toulouse, Montpellier, Nantes, Rennes, Bordeaux et Lyon ont créé de nombreux emplois entre 1999 et 2013, Lille et Strasbourg en ont attiré moins et Rouen en a perdu.
D’ici 2022, la métropolisation à l’œuvre en France devrait se poursuivre. L’enjeu est de savoir, estiment-ils, si cette dynamique des métropoles est susceptible d’irriguer les territoires avoisinants, ce qui dépendra beaucoup de la capacité de ces derniers « à faire réseau avec les métropoles. Un mouvement de déconcentration de certains métiers ou activités vers des aires urbaines de taille plus réduite contribuerait aussi à ce rééquilibrage.
Ces informations proviennent d’une étude publiée ici, quelques jours après l’adoption définitive d’une loi portant de quinze à vingt-deux le nombre d’aires urbaines ayant le statut de métropole.

Pourquoi venir en France ?

Alors que je corrige le brevet blanc dans lequel nous avons fait réfléchir les élèves sur ce qui pouvait pousser des personnes à vouloir venir se réfugier en France et ce que signifie les valeurs républicaines, Le Monde publie un article sur le cas d’une jeune femme d’origine ivoirienne et de ses difficultés pour être accueilli dans « le pays des droits de l’homme »…
Les difficultés commençèrent pour elle en novembre 2014, lorsqu’elle décida de fuir un mariage forcé à Abidjan, laissant à une tante ses deux filles (âgées aujourd’hui de presque 6 ans et 3 ans) et s’acheta un aller simple pour la France, le « pays des droits de l’homme » comme elle le dit, mi-ironique, mi-amère.
L’arrivée à Paris fut brutale, loin de ce qu’elle s’était imaginé, loin aussi de ce qu’elle avait vu à la télé.
Dans un premier temps, elle logea dans le Val-d’Oise, chez une amie qui a accepté de l’accueillir à son arrivée. Mais au bout de quelques mois, une fois la demande d’asile déposée auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), elle dut quitter son amie.
C’est alors que commença ce que la jeune femme appelle le parcours du combattant. Pendant quelques mois, elle logea à droite à gauche, parfois pour une nuit seulement, grâce à la solidarité et au bouche-à-oreille, son sac pour unique bagage. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve à la rue, avec pour seul revenu l’allocation de demandeur d’asile, soit 11 euros par jour.
La jeune femme passa alors quelques nuits chez un marchand de sommeil dans le 18e arrondissement de Paris, qui lui louait une place dans un dortoir insalubre pour quelques dizaines d’euros. Comme d’autres, elle appela en vain le 115 pour bénéficier d’un hébergement d’urgence. Elle se tourna alors vers France terre d’asile, association d’aide aux demandeurs d’asile. L’association lui proposa un lit dans une chambre à partager avec deux autres personnes dans un hôtel du 11e arrondissement, où elle reste quelques mois.
Plus d’un an après son arrivée en France, la jeune femme obtint finalement une place dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, dans le 13e arrondissement. L’appartement de quatre chambres accueillait alors huit femmes, toutes réfugiées ou demandeuses d’asile, venant d’Afrique ou d’Asie.
S’ouvrit alors une période d’attente et de désœuvrement. Sa demande d’asile ayant été rejetée une première fois, elle avait formé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), à laquelle son avenir en France était suspendu.
Sans formation, la jeune femme n’arrivait pas à trouver du travail. Elle commença donc des cours du soir pour devenir aide à la personne. Le reste de la journée, elle ne faisait rien ou presque : avec 300 euros par mois, tout passait dans la nourriture, le téléphone et les transports pour les rendez-vous administratifs.
Dans ce contexte difficile, c’est la télévision qui servait de soupape. Quitte à se restreindre en nourriture, la jeune femme décida d’acheter un téléviseur pour tuer le temps et oublier un peu ses problèmes. La vie s’organisa alors autour des programmes télévisés. Tout au long de la journée, les chaînes d’information en continu alternent avec les émissions favorites de chacune de ses colocataires de passage, alimentant les conversations.
Sa situation s’améliora en septembre 2016, près de deux ans après son arrivée. La CNDA lui a accordé la protection subsidiaire, estimant qu’elle serait exposée à une menace grave en cas de retour dans son pays. Cette protection internationale lui permet d’obtenir une carte de séjour d’une durée de validité d’un an, renouvelable chaque année si les circonstances ayant justifié l’octroi de la protection sont inchangées ou n’ont pas suffisamment changé pour garantir son arrêt. Après cinq ans de séjour régulier en France, elle pourra demander une carte de résident valable dix ans et renouvelable.
Cette protection lui donne également accès au marché du travail et aux droits sociaux dans les mêmes conditions qu’un réfugié statutaire. La jeune femme effectue aujourd’hui des remplacements en tant qu’auxiliaire de vie auprès de personnes âgées.
Elle a déménagé. En décembre 2016, en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire, elle a obtenu une place dans un appartement grâce au dispositif provisoire d’hébergement des réfugiés statutaires. Elle partage désormais sa chambre avec une autre femme, et l’appartement avec une famille de six personnes. Elle paie une petite partie du loyer, grâce au revenu de solidarité active (RSA), auquel elle a désormais droit.

Voter en prison ? Ce n’est pas possible en fait.

En prison, les détenus sont environ 50 000 à conserver leur droit de vote si on exclut les mineurs, les étrangers et les condamnés expressément déchus de leurs droits civiques. Cependant on note 4% seulement de participation chez les détenus.
Il faut dire qu’à ce jour, le vote par procuration ou la demande de permission pour aller déposer son bulletin (pour les condamnés, non pour les prévenus) restent très difficiles à mettre en œuvre, et ce, malgré la loi pénitentiaire de 2009 qui donne désormais au détenu la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales de la commune où il se trouve détenu.
A ce sujet, je croyais que l’installation de bureaux de vote dans les prisons était possible, mais je me suis trompé ! (il faudra que je le précise aux élèves).
Un député a déposé un amendement dans ce sens le 25 janvier 2017 mais il a été repoussé par la Commission des lois. Pourtant le Sénat assurait déjà en 2013 que la seule solution était la mise en place d’un bureau de vote dans les établissements pour favoriser la participation.
Parmi les candidats à l’élection présidentielle un seul s’est emparé de cette question. Déjà sensible au sujet lors du scrutin de 2012, Jean-Luc Mélenchon doit publier d’ici la fin février un livret justice dans lequel il propose l’installation d’urnes dans chaque établissement pénitentiaire. Le candidat demande également à ce que des meetings politiques se tiennent dans les prisons afin d’exposer aux détenus directement leur programme.

D’après un article de Libération.fr

Mise au point sur la colonisation de l’Algérie et la notion de crime contre l’humanité

Sylvie Thénault est directrice de recherche au CNRS et historienne. Ses travaux portent sur la colonisation de l’Algérie et sur la guerre d’indépendance algérienne. Elle s’est particulièrement intéressée à la répression et au droit dans le contexte colonial. Voici ce qu’elle déclare après les propos d’Emmanuel Macron en visite en Algérie et les critiques qu’ils ont suscitées.

Sylvie Thénault : « Je pense qu’il faut distinguer le « crime contre l’humanité » au sens juridique et au sens moral. Juridiquement, non, la voie est bouchée, car la définition du « crime contre l’humanité » est telle qu’elle ne peut pas s’appliquer à la colonisation, mais il faut avoir conscience que toute définition juridique est le résultat d’une construction par des juristes et d’une évolution par la jurisprudence. C’est ainsi en toute connaissance de cause que les juristes et magistrats français ont ciselé dans les années 1990 une définition du « crime contre l’humanité » qui écarte la torture, les exécutions sommaires et les massacres commis par l’armée française dans les années 1954-1962, pendant la guerre d’indépendance algérienne. Il y a eu amnistie pour cette période, et, juridiquement, cette amnistie est inattaquable.
L’approche juridique n’épuise donc pas la question et il faut se la poser au plan moral. Se référer au « crime contre l’humanité », le plus grave des crimes, a une puissante signification – la meilleure preuve en est l’écho donné aux déclarations d’Emmanuel Macron. C’est en effet affirmer avec la plus grande force une condamnation de la colonisation. De ce point de vue, il n’y a pas de « vérité » à défendre. Les historiens peuvent évidemment contribuer au débat par leurs savoirs et leurs travaux, mais, ensuite, chacun est libre de se prononcer en conscience. C’est une question d’opinion.« 

Voici ce qu’elle déclare ensuite à propos des déclaration du même Emmanuel Macron en novembre 2016, lorsqu’il disait qu’en Algérie, « il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie « .
Sylvie Thénault : « A mon sens, il est aberrant de raisonner en ces termes. Trouvez-vous pertinent de dresser un tableau à double entrée pour lister, d’un côté, les violences, les discriminations, la paupérisation massive des Algériens pendant la période coloniale, et, de l’autre, les infrastructures administratives et économiques créées ? On ne peut pas, à mon sens, mettre les deux en balance pour savoir si le « négatif » ou le « positif » l’emporte. Personnellement, je trouve cela indécent.
Historiquement, c’est un raisonnement biaisé : la colonisation forme un tout inséparable. Elle est l’appropriation illégitime, par la force, d’un territoire et de ses habitants. Cette appropriation a signifié, à la fois, la violence et les souffrances de ceux qui la subissaient et la mise en place d’infrastructures administratives et économiques. A leur sujet, en outre, il ne faut pas exagérer la mise en valeur de l’Algérie : tous les gouvernements qui, après 1945, ont cherché à combattre le succès du nationalisme, ont fait le constat du sous-développement économique et social de l’Algérie. Ils ont alors conçu des plans de développement mais le seul à avoir eu un impact réel a été très tardif : le plan de Constantine, lancé en 1958, quatre ans avant l’indépendance.« 

D’après un article du Monde.fr