Catégorie : Pour réfléchir

Entendu en salle des profs

Lors d’une conversation à propos des élèves en situation de handicap.
– « Ils devraient s’adapter un peu. C’est à eux de s’adapter, pas à la société. »
– « Ils pourraient se forcer « .
C’est désespérant. Nombre de collègue sont restés sur la notion d’intégration et n’ont pas compris, ou ne veulent pas comprendre la notion d’inclusion. D’autre part, ils minimisent ou nient pour certains le handicap « invisible », car  d’ordre cognitif ou social.
Qu’est-ce qui différencie l’inclusion de l’intégration ? Je donne ici des extraits d’un entretien accordé par l’anthropologue Charles Gardou pour le site PRSIME (PRomotion des Initiatives Sociales en Milieux Educatifs).
Charles Gardou : « Intégrer consiste à faire entrer un élément extérieur dans un ensemble, à l’incorporer. Cet élément extérieur est appelé à s’ajuster au système préexistant. Ainsi, dans l’intégration, ce qui prime est l’adaptation de la personne : si elle espère s’intégrer, elle doit, d’une manière souvent proche de l’assimilation, se transformer, se normaliser, s’adapter ou se réadapter. Par contraste, une organisation sociale est inclusive lorsqu’elle module son fonctionnement, se flexibilise, pour offrir, au sein de l’ensemble commun, un “chez-soi pour tous”, sans toutefois neutraliser les besoins, désirs ou destins singuliers. »
(…)
Qu’est-ce qu’une société inclusive ?
Charles Gardou : L’idée de société inclusive tourne le dos à toute forme de captation qui accroît le nombre de personnes empêchées de bénéficier des moyens d’apprendre, de communiquer, de se cultiver, de travailler, de créer… Une société inclusive n’est pas un club dont certains membres, privilégiés, pourraient capter l’héritage social à leur profit pour en jouir de façon exclusive. Une société inclusive, c’est une société sans privilèges, exclusivités et exclusions. Chacun d’entre nous est héritier de ce que la société a de meilleur et de plus noble. Chacun a un droit égal à bénéficier de l’ensemble des biens sociaux, qu’il s’agisse de l’école et autres lieux de savoir, des transports, des espaces culturels, etc. Nul ne peut avoir l’exclusivité du patrimoine humain et social, légué par tous nos devanciers et consolidé par nos contemporains : il doit être accessible à tous.
Cet idéal d’inclusion concerne-t-il uniquement les personnes en situation de handicap ?
Charles Gardou : « Non, il va bien au-delà. Une société inclusive se conçoit à l’encontre de la dérive, trop fréquente, consistant à donner davantage aux déjà-possédant et des parts réduites à ceux qui, ayant le moins, nécessiteraient le soutien le plus affirmé. Elle rem et en question les mécanismes par lesquels les premiers augmentent leur avantage sur les seconds, en réalisant des plus-values et en capitalisant les conforts. La gageure d’une société inclusive est de réunifier les univers sociaux hiérarchisés pour forger un “nous”, un répertoire commun, une communauté où la solidarité avec les plus fragiles est dictée par une proximité de destin. »
(…)
Si tous les hommes sont égaux, pourquoi faudrait-il prendre des mesures spécifiques pour certains d’entre eux ?
Charles Gardou : « Les hommes sont égaux en droits, mais ils ne sont pas des copies conformes d’un modèle unique. Une société inclusive est une société consciente que l’égalité formelle – en droits – n’assure pas l’égalité réelle – dans les faits. Et que si des situations identiques appellent des réponses identiques, les citoyens les moins armés et les plus précarisés nécessitent des réponses spécifiques. »

Pauvre Bugs Bunny…

A noter que ce n’est pas l’homme politique qui fait référence à la Gestapo et à la milice, mais l’auteur du tweet. Monsieur Philippot préfère une allusion à l’Ancien régime, moins polémique, mais tout aussi absurde.
Pour rester dans le même sujet et montrer les méfaits des réseaux sociaux, voici un article de Libération à propos de l’enseignante qui a manifesté avec une pancarte sans doute antisémite et les photos qui circulent sur les réseaux sociaux mais  qui ne la montrent cependant pas !

Des propos pertinents

Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de Doctissimo, a répondu aux question du Figaro. J’ai souligné en gras certains passages.

Jean Castex a annoncé 18.000 nouvelles contaminations en 24 heures le 20 juillet. Doit-on craindre les effets sanitaires d’une quatrième vague ?
Le Premier ministre est même allé plus loin en parlant d’ores et déjà de quatrième vague. Il est nécessaire de savoir à quoi correspond ce terme de vague très anxiogène pour le grand public. Les trois premières vagues étaient des vagues correspondant à un système hospitalier en tension. Mais comprenons-nous bien : à aucun moment des patients n’ont pas pu être pris en charge en France. Il n’y a jamais eu de saturation totale des hôpitaux et les vagues successives n’ont pas du tout eu le même impact au même moment partout en France. Si la première a concerné les régions Grand-Est et Île-de-France, les autres régions ont été quasi totalement épargnées. Lors de la deuxième, des régions épargnées jusqu’alors ont connu un phénomène d’augmentation des cas et des hospitalisations chez des patients âgés, fragiles et donc vulnérables au virus. La médiane d’âge des décès est de 85 ans, le taux de mortalité de 0,15% en population générale et 95% des patients hospitalisés pour des formes graves ont plus de 65 ans.
Dès lors, ce sont ces patients qu’il faut protéger pour éviter une quatrième vague dans laquelle nous ne sommes pas. Il y a deux moyens insuffisamment développés : vacciner les plus fragiles et doper l’hôpital. Or, le Premier ministre lui-même a reconnu que trois millions de personnes vulnérables n’étaient encore pas vaccinées ; elles sont à cibler en extrême priorité car ce sont elles qui sont susceptibles d’engorger les réanimations et tout n’a pas été fait pour leur apporter le vaccin (équipes mobiles, ciblage par l’Assurance maladie comme pour la vaccination antigrippale,…). Sur le volet hospitalier, je suis effaré qu’un an et demi après le début de la crise, aucune remise en question structurelle de notre système de santé ne soit faite. On continue de fermer des lits, des hôpitaux de proximité ne sont pas mis en place pour accueillir précocement les patients et éviter la réanimation par un scanner et une prise en charge rapide (oxygène, anticoagulants, corticothérapie, antibiotiques,…), tout cela dans un contexte chronique de pénurie de lits et d’engorgement des urgences par exemple, indépendamment du COVID. Partout en France, les lits manquent comme au centre hospitalier de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) confronté, en ce mois de juillet 2021, à une grosse activité de son service des urgences avec des lits d’hospitalisation qui ont dû être rajoutés en catastrophe. Ces phénomènes ont lieu chaque été et chaque hiver avec de véritables pertes de chance pour les patients et un épuisement des équipes.

Alors que l’on encourage les Français à se faire vacciner et que le passe sanitaire introduit des mesures strictes, risque-t-on un nouveau confinement à la rentrée ?
Si on suit le nombre de contaminations et non le nombre de malades ou d’hospitalisation, tout est possible ! Sauf que suivre une épidémie de courbes et de tests positifs, et des modèles mathématiques projectifs, n’a pas beaucoup de sens… Y répondre par un confinement, même si les hospitalisations augmentent, n’en a pas non plus. Le confinement a été une mesure d’urgence en mars 2020 devant un phénomène inconnu et une panique médicale et politique. Ce virus n’est plus un mystérieux virus chinois dont on ne connaît rien. Ses cibles sont connues, ce qui permet de les protéger par la vaccination et qui change la donne. Ses modalités d’action le sont aussi, permettant une prise en charge précoce des malades ; et enfin ses modes de propagation se sont éclaircis (transmission en lieux clos essentiellement) offrant la possibilité de mesures préventives adaptées (ventilation des espaces, masque en intérieur,…). Le confinement ne paraît donc plus du tout adapté à l’incertitude du printemps 2020 et aux connaissances actuelles. Son efficacité est par ailleurs douteuse sur le plan scientifique alors que ses effets délétères prouvés y compris sur le plan psychologique. Les Français sont à bout. Les menaces d’un confinement qu’on sait irréalisable et inutile ajoute à la détresse psychologique.

Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a déclaré ce matin sur BFM TV qu’un retour à la normale sera « peut-être en 2022 ou 2023 », « nous aurons probablement un autre variant dans le courant de l’hiver »… Partagez-vous ses inquiétudes ?
Ce virus est un virus respiratoire qui évolue finalement de manière assez classique. Par vagues et de manière préférentielle en automne-hiver. Ces vagues d’ampleur successives se succèdent sans que l’Homme ne puisse éradiquer le virus ; la stratégie « Zéro COVID » est donc peu pertinente et d’ailleurs les nombreux pays l’ayant prônée en reviennent. L’air ne peut être supprimé !
Dès lors, il est fort probable que nous vivions avec le virus avec une immunisation progressive de la population, naturelle post-infection ou post-vaccinale. Et là encore, le virus va se comporter comme tous les virus depuis des millénaires dont l’unique objectif est de se reproduire en infectant des êtres vivants : il mute pour survivre. Moins la population rencontrée est naïve, c’est-à-dire qu’elle laisse pénétrer le virus facilement, plus le virus cherche à contourner les défenses, se réplique, fait des erreurs et des mutants.
Ces mutants ou variants n’en sont pas forcément plus virulents ; souvent, c’est même l’inverse par affaiblissement. Le variant Delta n’est ni le premier ni le dernier ! Chaque année, des virus respiratoires produisent des variants. La différence est que leur séquençage et identification ne font pas la Une des médias, créant une véritable psychose. De la même manière, chaque année meurent des patients d’atteintes virales respiratoires directes ou indirectes par décompensation de comorbidités. La différence est que ces morts sont invisibles et donc « acceptées » alors maintenant toute mort est devenue visible (décompte quotidien sur tous les médias) et donc inacceptable même si elle vient dans l’ordre des choses.

Faut-il maintenir les gestes barrières et le port du masque, malgré le passe sanitaire, pour empêcher toute contamination ?
Le passe sanitaire est une obligation vaccinale qui ne dit pas son nom. L’objectif est de rendre la vie des non-vaccinés tellement difficile que cela les pousserait à la vaccination. Hormis le fait que je préférerais convaincre plutôt que contraindre, le passe sanitaire et ses conséquences posent de nombreux problèmes, dont certains pourraient aggraver l’épidémie. D’abord sur le plan éthique et sociétal, il s’agit d’une rupture du secret médical et d’une discrimination sur des données médicales extrêmement graves. Imaginez qu’il faille montrer une sérologie VIH avant d’accéder à la piscine par exemple ? Que penser de l’obligation d’un passe pour se faire soigner à l’hôpital ou rendre visite à un proche ? Comme le rappelle le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG), « fermer les portes du soin aura des conséquences dramatiques ». Le contrôle de ce passe réalisé par d’autres citoyens, le flicage systématique pour des activités quotidiennes ou encore les volte-faces politiques sur le sujet ou l’excès d’autoritarisme médical n’inspirent pas une société d’apaisement et de confiance…
Plus grave encore, conditionner le relâchement des gestes barrières par le passe sanitaire et la vaccination est dangereux. Le vaccin ne protège pas à 100 % ni à titre individuel (formes graves) ni collectif (transmission). Dès lors, supprimer le port du masque en intérieur ou relâcher les gestes simples et faciles à mettre en œuvre comme le lavage des mains va conduire inévitablement à des clusters et potentiellement à un redémarrage épidémique régulier, notamment parce que le passe n’incite pas les bonnes personnes à se faire vacciner :ce sont les jeunes pour lesquels la balance bénéfice-risque est la moins favorable qui le font et ceux à risque (plus de 50 ans avec comorbidités, plus de 65 ans et obèses quel que soit l’âge) ne sont toujours pas vaccinés exhaustivement.
Il n’y a pas d’un côté les bons citoyens immunisés (les vaccinés) qui peuvent vivre normalement et les mauvais citoyens, non vaccinés, de l’autre. Chacun doit continuer des gestes barrière : port du masque en intérieur si densité de population et peu de ventilation, lavage des mains, aération… En revanche, finissons-en définitivement avec le masque en extérieur ou la désinfection de toutes les surfaces ou encore les pseudo-distances de sécurité dans les lieux publics ou sens de circulation !