Catégorie : Pour réfléchir

Pour (re)penser l’école

Bertrand Ogilvie est psychanalyste et professeur de philosophie à l’Université de Paris 8 et ancien directeur de programme au Collège international de philosophie. Il donne ici sa vision de ce qu’est l’école et de ce qu’elle devrait être pour le film Notre monde, un espace d’expression rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains. Il s’agit d’un ensemble de propositions concrètes pour « faites de la politique » et de préférence autrement, réuni par Thomas Lacoste, déjà auteur des entretiens Penser critique, kit de survie éthique et politique pour situations de crise(s).
Il me semble qu’il y a des idées très claires et très justes dans ce que dit Bertrand Ogilvie, notamment :
– remise en cause des classes d’âges,
– abandon de la pédagogie pour la « méthode naturelle »,
– abandon des manuels.

Pour répondre à Plantu

Voici une émission enregistrée aujourd’hui par mes élèves de troisième, en conclusion de l’étude de la Shoah. Je leur ai montré la Une du Monde du 3 novembre dernier et le dessin de Plantu. Cela a été l’occasion de revenir sur l’antisémitisme aujourd’hui et sur la notion de liberté d’expression, avec l’exemple de Charlie Hebdo.

Et pourquoi pas un costume de Rohingya ?

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À l’occasion d’Halloween, le site américain Hallowen Costumes, a proposé un moment un déguisement d’Anne Frank. L’annonce a été retirée depuis devant l’indignation légitime qu’elle a soulevée.

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Selon les médias, l’article n’a cependant pas totalement disparu du marché et reste à vendre sur certains sites sous d’autres appellations comme celle de « réfugiée de la Seconde Guerre mondiale ».
Certains comportements sont vraiment à vomir !

 

Quand les élèves répètent des idées reçues

Un président de la République qui dénonce les « fainéants », un responsable politique qui fustige le « cancer de l’assistanat », des aides sociales rabotées parce qu’on ne va pas « pleurer pour 5 euros »… Le personnel politique n’est pas le dernier à véhiculer des caricatures des personnes en situation de pauvreté, ce qui concerne un Français sur sept, selon l’Insee.
À l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, ce mardi 17 octobre, j’ai malheureusement entendu un élève de l’une de mes classes comparer les chômeurs à des parasites…
Voici donc les clichés et idées reçues, tous faux, sur la pauvreté d’après une liste de l’association ATD Quart Monde.

Idée reçue n° 1 : Les pauvres profitent du système.
L’Observatoire des non-recours a publié en 2011 une étude montrant que 50 % des personnes éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le touchaient pas. Ce taux atteignait 68 % pour le tarif « première nécessité électricité » d’EDF ; entre 50 % et 70 % pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ; 70 % pour l’aide au paiement d’une complémentaire santé. Soit plus de 10 milliards d’euros non réclamés.

Idée reçue n° 2 : Les pauvres sont mieux soignés que les autres grâce à la CMU et à l’AME .
En 2016, plus d’un quart des assurés sociaux (26,5 %) ont renoncé à se faire soigner, en particulier pour les dents ou les yeux, selon une enquête de l’Observatoire des non-recours. Les premières raisons invoquées sont un « reste à charge » trop élevé (ce qu’il reste à payer après la Sécurité sociale) ou l’impossibilité d’avancer les frais. Ces chiffres s’expliquent également par le taux élevé de non-recours à la couverture maladie universelle ou à l’aide à la complémentaire santé.
L’aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers sans papiers, pour un nombre restreint de soins (en particulier vaccin, accouchement, lutte contre le VIH ou la tuberculose)est critiquée par la droite et l’extrême-droite. Mais sa suppression risquerait d’augmenter la propagation de certaines affections contagieuses.

Idée reçue n° 3 : La fraude aux prestations sociales est massive 
Les prestations versées sous conditions de revenus peuvent évidemment être détournées par de mauvaises déclarations des revenus ou de la situation familiale. L’ensemble des fraudes constatées par la branche famille de la Sécurité sociale (intentionnelles ou non) atteignait 248 millions d’euros en 2015, dont 62 % concernent le RSA et 21 % les aides au logement, selon le Comité national de lutte contre la fraude.
Ces montants sont toutefois sans commune mesure avec ceux de la fraude fiscale : en 2015, les opérations de la direction générale des finances publiques ont permis de « rectifier » 21,2 milliards d’euros, dont 12,2 milliards ont été encaissés. La cellule mise en place par Bercy pour rapatrier les avoirs des particuliers à l’étranger a permis à elle seule de récupérer 2,85 milliards d’euros. Les fraudes aux taxes douanières ont aussi atteint une somme record de 377 millions d’euros.

Idée reçue n° 4 : On vit mieux en cumulant le RSA et les allocations qu’en travaillant au smic.
Avoir un emploi reste toujours plus avantageux que de toucher les minima sociaux. Le smic net mensuel s’établit à près de 1 150 euros, soit deux fois plus que le montant du RSA pour une personne seule (545 euros).
L’association ATD Quart Monde rappelle que la plupart des prestations sociales (APL, allocations familiales, tarifs sociaux du gaz et de l’électricité) continuent à être versées aux personnes gagnant le smic. Elle a réalisé plusieurs simulations en 2016, avec différentes configurations familiales. Résultat, les écarts de revenus entre travailleurs au smic et bénéficiaires du RSA sont au minimum de 300 euros par mois pour un célibataire et peuvent atteindre près de 700 euros pour un couple avec deux enfants.

Idée reçue n° 5 : Quand on cherche vraiment du travail, on en trouve .
Les responsables politiques déplorent régulièrement la quantité d’emplois non pourvus en France : 350 000, selon François Rebsamen en 2014 ; 600 000, selon Jean-Christophe Lagarde en 2017. Sans compter les « 1,7 million d’intentions d’embauche » évoqués en 2015 par Pôle emploi. Qu’attendent donc les chômeurs pour occuper tous ces postes vacants ?
La réalité n’est pas si simple : en premier lieu, les intentions d’embauche sont des déclarations, qui reflètent les aspirations des entreprises mais pas des postes réellement à pourvoir. Quant aux emplois non pourvus, il s’agit de la photographie à un instant donné qui regroupe des emplois vacants depuis longtemps et d’autres qui sont disponibles seulement quelques jours.
Enfin, les qualifications et la situation géographique ne correspondent pas toujours au profil des demandeurs d’emploi.
Et dans tous les cas, les chiffres avancés sont loin de répondre au problème structurel du chômage de masse : 3,5 millions de personnes n’ont aucun emploi et plus de 2 millions de salariés exerçaient une activité réduite en France à la fin d’août 2017.

Idée reçue n° 6 : Les pauvres s’en sortent bien, parce qu’ils paient tout moins cher.
Si les personnes à faibles ressources peuvent avoir des tarifs réduits sur certaines prestations liées à l’État ou aux collectivités (EDF, transport en commun, cantine ou garde d’enfant, entrée dans les musées, etc.), elles paient plus cher que la moyenne pour d’autres biens et services du secteur privé. Le surcoût peut atteindre entre 3 % pour les assurances et 20 % pour les prêts à la consommation. L’achat en petite quantité fait augmenter les prix unitaires, par exemple dans la téléphonie, où il peut revenir jusqu’à 30 % plus cher d’utiliser des cartes prépayées plutôt qu’un forfait mensuel. Le logement suit également cette logique, puisque les prix au mètre carré sont plus élevés pour les petites surfaces.

D’après un article du blog Les Décodeurs.

 

Dictature, dictamolle, démocrature et démocratie.

Il y a une dizaine de jours, le député de France insoumise Ugo Bernalicis estimait que le projet de loi pérennisant certaines mesures de l’état d’urgence installait la France dans une «démocrature». Peu après, son confrère Alexis Corbière employait une autre formule :
«Je vais utiliser un autre mot. Pas “démocrature”, mais on est peut-être en “dictamolle”. Progressivement, dans une banalisation générale, nos libertés publiques sont un peu, comme ça, remises en cause.»
Ce n’est pas La France insoumise qui est à l’origine de ces étranges expressions. L’une des premières utilisations de l’expression «dictamolle» se rencontre dans l’Espagne des années 1930 : on désigna ainsi le bref gouvernement du général Dámaso Berenguer (1930-1931) qui, succédant à la dictature du général Primo de Rivera, affirma vouloir faire revenir le pays à la monarchie constitutionnelle, sans pouvoir empêcher la chute du régime.  En espagnol, le mot-valise «dictamolle» est un véritable jeu de mots : comme la dictature se dit dictadura (dicta-dure) on a imaginé la dictablanda, «blanda» voulant dire molle.
Dans un essai publié en 2013, les chercheurs Guillermo O’Donnell et Philippe C. Schmitter ont développé ce qui permet de distinguer la dictature, la «démocrature», la «dictamolle» et la démocratie.
La «dictamolle» est selon eux une autocratie libéralisée, où les procédures démocratiques (les élections) sont absentes, mais des droits civiques existent – une certaine liberté de la presse, par exemple.
La «démocrature», elle, est une démocratie limitée, où des élections ont lieu et où les droits civiques existent, mais où ces procédures et droits sont attaqués.

D’après un article de Slate.fr

Ces mots sont affreux, mais les concepts qu’ils recouvrent peuvent être intéressants à manipuler.