Catégorie : Pour réfléchir

Le mépris de nos dirigeants pour les élèves et l’éducation

« Quand on voit la façon dont deux heures de cours ont été résumées en moins de deux minutes, c’est-à-dire qu’on a coupé, recollé, expurgé, pour avoir finalement des bouts de phrase, dont vous savez très bien les uns et les autres qu’elles ont été complètement coupées de leur contexte… Est-ce que ça, c’est du journalisme ? Non. Ça, éventuellement, c’est un exercice au niveau CAP d’ajusteur-monteur. »
Ce sont les propos ignobles d’un membre du parti Les Républicains pour défendre son chef, qui a tenu des propos parfois discutables pendant un cours dans une école de commerce lyonnaise. Entendons nous, je ne défends pas le travail des journalistes, qui me semble au mieux bâclé. Non, j’emporte contre les termes utilisés pour le qualifier.
Mon fils est actuellement en lycée professionnel, en métallurgie et on lui demande des choses complexes, comme des analyses filmiques, en plus de sa formation technique et professionnelle qui est tout sauf simple. Ce mépris des diplômes professionnels par des gens dont l’activité est financée par de l’argent public est écoeurant.

Edit : voici un extrait de France Inter où Pierre Bérégovoy, ancien premier ministre de François Mitterrand,  parle du métier de fraiseur. Ce n’est pas du même niveau, décidément.

« Il y a un doute. Ce doute que je peux avoir par l’observation de la réalité va me conduire à une vision pragmatique… Il est probable que la crèche soit plus pertinente que la scolarisation à 2 ans » a déclaré de son côté le ministre de l’Éducation national.
Il évoque ainsi l’établissement probable d’un apprentissage en trois étages : la crèche jusqu’à 3 ans, l’école maternelle à partir de 3 ans et les CP et CE1 dédoublés à partir de  6 ans. Mais au-delà de cette déclaration, il y a ce qu’il ne dit pas et ce qu’il nie.
Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde en crèche, soit parce qu’il en manque, soit parce que seuls les enfants des classes sociales les plus favorisées peuvent y accéder. Il y aura donc une éducation à deux vitesses, institutionnalisée et ce même ministre demandera ensuite à l’école de rattraper un retard qu’il aura sciemment contribué à créer !
Ce qu’il nie ensuite, c’est le rôle important de la maternelle, et ce dès la petite section, dans l’éducation et l’apprentissage des enfants. Cet apprentissage était échu à des professionnels, formés pour cela par l’Éducation nationale elle-même ! Il nie également et balaye allègrement la capacité d’apprentissage des très jeunes enfants, qui a pourtant été étudiée et démontrée.
Pourquoi ne pas avoir la franchise cynique d’admettre que le manque de poste d’enseignants empêche la réalisation de l’objectif des classes dédoublées en CP et CE1 en réseau d’éducation prioritaire, et que la suppression de la petite section permettrait de redéployer les moyens ? L’efficacité des enseignants et la capacité intellectuelle des enfants n’ont rien à voir là-dedans !

Utiliser Instagram pour faire de la géographie en classe ?

L’article à lire ici pose la question de l’intérêt du réseau social de partage de photographies et de vidéos en classe, d’abord de ressources potentiellement mobilisables par un enseignant. Mais l’article examine aussi ce qu’il y a de géographique dans le réseau social et dans son utilisation et sa pratique quotidienne.

Au sujet de la dépénalisation de l’usage du cannabis

Le blog Les Décodeurs propose des éléments de réflexion livrés sous la forme d’une conversation SMS à consulter en intégralité ici.
On y trouve un document intéressant essayant de chiffrer le gain pour l’État d’une dépénalisation. Les explications détaillées se trouvant .

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Mais aussi ce tableau synthétique sur la dangerosité des différentes drogues :

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Tous ces éléments pourront alimenter la réflexion des jeunes de la MLDS de Barentin que je vais retrouver la semaine prochaine après leur stage.  Pour ma part, je reste persuadé que toutes les drogues, y compris le tabac et l’alcool, devraient être prohibées.

« La tentation de voir le monde en noir et blanc existe. Or l’apprentissage de l’histoire en général est très largement celui de la nuance, de la complexité des éléments qui composent une société et les mentalités qui y sont à l’œuvre. »

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Miniature illustrant un manuscrit du début du XIVe siècle

La citation reprise en titre provient de cet excellent article du blog Enseigner l’histoire (médiévale) à l’université. Elle fait écho à la vidéo de la chaine YouTube Nota Bene que j’ai postée hier à propos des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale.
Dans cet article (et même dès son titre), le collègue enseignant à l’université évoque aussi ce qui a déclenché en moi l’envie d’étudier l’histoire médiévale depuis tout petit : ce sentiment d’étrangeté, cet éloignement par rapport aux sociétés du XXe puis du XXIe siècle que je n’éprouvais pas face à l’histoire de l’Antiquité.
Évidemment, une fois étudiée cette société médiévale paraît moins étrange, mais elle n’en demeure pas moins complexe et fascinante. Cette fascination touche d’ailleurs, un peu, les élèves de collège que j’ai en face de moi. Mes deux classes de cinquième ne sont pas passionnées d’histoire, loin de là. Mais le chapitre sur l’ordre seigneurial et les campagnes au Moyen – Âge est pour le moment celui qui les a plus motivés et qui a donné lieu aux meilleurs résultats d’évaluation, certains élèves m’ayant même déclaré qu’ils avaient appris parce que c’était intéressant…
À la fin de son article, le collègue se demande :  » Pédagogiquement, peut-on, doit-on, « simplifier » ? Écarter certains termes vraiment trop complexes, ou en donner une définition finalement partielle mais ni fausse ni incompréhensible (…) ? » Il parle évidemment de ce qu’il apprend à ses étudiants, en licence notamment. Mais je trouve que cette remarque vaut aussi pour le collège et le lycée.
Je ne vois pas comment être compris de mes élèves sans simplification, voire sans caricature. Cela me navre, me frustre. Mais si l’objectif est d’être compréhensible pour de jeunes gens, alors il faut nécessairement en passer par là.
Aujourd’hui, je ressens la même chose que les étudiants de ce collègue quand j’étudie la Préhistoire. Cette période, découverte tardivement pour moi, me fascine presque autant que le Moyen – Âge, mais elle fait appel à des connaissances et des notions qui me paraissent parfois trop complexes pour que je puisse les appréhender pleinement.

Wehrmacht et Waffen – Schutzstaffel : ce n’est pas la même chose

Cet épisode de la chaîne Nota Bene approfondit une partie du propos de mon article sur les jouets de la Seconde Guerre mondiale, dont j’ai parlé ici. Mais il permet aussi de revenir sur cette idée que j’essaie de faire passer aux élèves :  pour faire de l’histoire, il faut essayer de comprendre les personnes qui vivaient à chaque époque et s’abstenir de les juger à l’aune de la nôtre. Faire de l’histoire, ce n’est pas apprendre des dates, c’est comprendre les sociétés du passé, les appréhender dans toute leur complexité. Ce qui n’est jamais facile.

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Le livre Comme un Allemand en France, présenté dans la vidéo, m’a été offert par un ami, Pierrick, que je remercie encore au passage. Il m’arrive d’en utiliser des extraits avec les élèves, pour montrer notamment que la Second guerre mondiale a été le moment d’atrocités commises dans les deux camps mais qu’il y avait aussi des victimes dans les deux camps. J’en recommande la lecture.

Quand un site d’information va trop vite

France Info relaie un article de Mashable en affirmant que les internautes allemands peuvent acheter des lego nazis sur Amazon. Mais a y regarder de plus près, il s’agit de lego représentant l’armée allemande, c’est – à dire la Wehrmacht et non des SS. Et c’est d’ailleurs ce que précise le site Mashable.

De plus, en cherchant un peu, je suis aussi tombé sur ces boîtes vendues également sur Amazon. Cobi est une société polonaise de fabrication de jouets. La société est surtout connue pour sa fabrication de briques emboîtables, ressemblant furieusement au concept de Lego. L’entreprise serait même le second fabricant en Europe et le troisième au monde dans cette catégorie.
Dans sa gamme de produits, Cobi (pour CustomBricks) propose le label « Petite Armée » (Mała Armia ou Small Army), pour lequel elle vend des figurines et véhicules de l’armée allemande de la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi ne citer alors que les figurines Lego customisées par des particuliers qui les vendent ensuite sur Amazon dans les articles ?

La question même de l’interdiction de ces boîtes est-elle pertinente ? Cela signifie-t-il qu’on ne peut pas jouer à la Seconde Guerre mondiale ? Dans ce cas, il existe de nombreux jeux vidéo qui devraient être interdits aussi de vente. J’ai longtemps joué aux jeux de figurines historiques ou aux wargames, en reconstituant des batailles de la Seconde Guerre mondiale entre autres. Doit-on interdire les règles de ces jeux et les figurines ? Cela me semble absurde.

J’avais évoqué il y a quelque temps la question de jouer à la Shoah. Il me semble que la problématique n’est ici pas la même.

EDIT : l’Union des étudiants juifs de France a demandé ce jeudi à Amazon et Ebay de retirer de leur site les figurines Cobi représentant l’armée allemande de la Seconde Guerre mondiale. Cette même association ne dit par contre rien sur les figurines de l’armée américaine, russe ou japonaise, vendues également par Cobi.

S’il faut interdire le mauvais goût, Cobi propose aussi cela à la vente…

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Et si plutôt que de les boycotter, ces jouets (les références de la Seconde Guerre mondiale) étaient utilisés à des fins pédagogiques. Et pourquoi pas par les parents eux-mêmes ?

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affiche de propagande des années 30

 

Etre Français selon Jean d’Ormesson

En 2011, Jean d’Ormesson tentait de définir ce qu’est « être Français » pour le magazine Le Point :
« Devant un jardin où l’eau des fontaines coule entre des statues du XVIIIe et des parterres de buis bien taillés, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant un gâchis invraisemblable où personne ne comprend plus rien, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant une action d’éclat au panache inutile, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant une opération de séduction menée tambour battant avec un mélange de grâce, de drôlerie et de distance, vous dites : ‘C’est très français.‘ Pascal est très français et Cyrano est très français. Montaigne est très français et Pasteur est très français. Descartes est très français et Musset est très français. De Jeanne d’Arc à de Gaulle, nous nous y connaissons en héroïsme. Et quoi de plus français que l’ironie et la légèreté qui appartiennent de tout temps à la légende de Paris ? Être français, c’est aimer la tradition et c’est aimer la Révolution. Être français est d’abord une contradiction.

Autour de nous, l’Angleterre, c’est la mer. La Russie, c’est la terre. Le génie allemand se déploie dans les légendes du Nord. L’Italie et l’Espagne incarnent la séduction du Sud. Être français, c’est être écartelé entre le Nord et le Sud, entre le rêve et la réalité, entre la mer et la terre, entre la Meuse chère à Péguy et la langue d’oc de Mistral. La France est une diversité – poussée trop souvent jusqu’à la division. Il y a des pays et des cultures qui sont des pléonasmes. La France est un oxymore. Elle aime rassembler les contraires.

Un Anglais n’a pas de doute : il sait qu’il est anglais. Un Allemand n’hésite pas : il s’efforce d’être allemand. Les Français s’interrogent sans cesse : ‘Qu’est-ce qu’être français ?‘ C’est qu’il y a au coeur de la France quelque chose qui la dépasse. Elle n’est pas seulement une contradiction et une diversité. Elle regarde aussi sans cesse par-dessus son épaule. Vers les autres. Vers le monde autour d’elle. Plus qu’aucune nation au monde, la France est hantée par une aspiration à l’universel. Avec une ombre peut-être de paternalisme extérieur, Malraux assurait que la France n’était jamais autant la France qu’en s’adressant aux autres nations. Witold Gombrowicz va plus loin : ‘Être français, c’est précisément prendre en considération autre chose que la France.’

C’est une tâche difficile de vouloir rester soi-même tout en essayant de s’ouvrir aux autres. Français, encore un effort pour être un peu plus que français et pour faire de la France ce qu’elle a toujours rêvé d’être sous des masques différents : un modèle d’humanité et de diversité. Ces malins de Français ont même donné un nom à ce mélange explosif : ils l’ont appelé fraternité.«