Catégorie : Il était une fois un prêtre au XIXe siècle

Le début d’un beau projet ?

La lecture de la vie et des travaux de Michelet m’a redonné envie de me pencher sur la vie de l’abbé Guiot et de me remettre à mon projet de livre sur lui.

Voici pour commencer le plan général de l’ouvrage envisagé  en deux tomes. Le premier sera consacré à l’étude de la vie de l’abbé et de son époque et le second à l’édition critique de ses lettres (celles que j’ai récupérées et celles qui sont publiées dans ses oeuvres).

Tome I : L’abbé Guiot en son temps
Première partie : le diocèse d’Orléans entre 1840 et 1880
– l’espace géographique de l’abbé Guiot
– la crise religieuse dans le diocèse
– une période troublée
Deuxième partie : Louis Laurent Guiot (1818 – 1878)
– l’élève (? – 1841)
– le professeur (1842- 1852)
– l’archéologue (1856 -1859)
– le bâtisseur (1861 -1867)
– le poète – traducteur
Troisième partie : l’abbé Guiot
– une carrière modeste
– ses conceptions religieuses
– ses idées politiques
– sa vie quotidienne

Tome II : Correspondance de l’abbé Guiot
Première partie : le corpus des lettres
– les lettres du Petit séminaire
– les lettres de Triguères
– les lettres de Baule
– les lettres de Chécy
Deuxième partie : index des noms de personnes
Troisème partie : lexique

Et voilà, il ne me reste plus qu’à commencer…

Clergé, religion et sentiment anti-républicain en France vers 1880

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Pour illustrer le cours sur la Troisième république, voici des extraits de lettres de l’abbé Guiot, curé de Chécy près d’Orléans, rédigées en 1877. Ils témoignent de l’esprit anti-républicain du clergé français.

« Je vous écrits tout de même à la lueur de la foudre, pour vous souhaiter une meilleure soirée et un tranquille lendemain, car paris ou plutôt Versailles a aussi sa tempête, plus terrible et plus difficile à apaiser. ici un rayon de soleil dissipe les nuages qui s’en vont sans rien dire et il faut un coup d’état pour dissoudre et disperser  messieurs les députés qui s’en vont aussi, mais en montrant le poing et en se promettant bien de revenir. pour quelques épis couchés, quelques raisins meurtris, quelques carreaux cassés peut être, nous n’en mourrons pas, d’autres repousseront, mais vos orages à vous ont des conséquences bien autrement désastreuses. D’abord ils durent toujours et quand ils seront renvoyés, chacun des 363 orages fera de son côté sa petite tempête partielle, à domicile. Les journaux nous apporteront l’écho et il est dans la nature de ces petites foudres partielles de faire, sinon autant de bruit, au moins autant de mal et de dégâts au loin qu’auprès. Et ce mal reste, ne faisant que s’aggraver. Les esprits de travers ne se redressent pas comme le seigle et les pauvres âmes atteintes ne ressuscitent que par miracle. Quand donc aura lieu ce miracle et qui le fera ? Et combien de temps durera-t-il ? C’est le secret de Dieu. » (17 juin 1877)

Cette lettre évoque la crise parlementaire de mai 1877 faisant suite à des débats houleux au sujet de la restauration du pouvoir temporel du pape en France. Le président Mac Mahon, homme de droite ne cachant pas ses sympathies monarchistes accepte la démission du gouvernement « de gauche » de Jules Simon et nomme comme président du conseil Albert de Broglie, partisan d’un retour à « l’ordre moral ».  Il suspend les séances de l’Assemblée pour deux mois.Le 18 mai , des députés des différents groupes républicains de la Chambre se réunissent en séance plénière à Versailles, et signent un manifeste dénonçant « la politique de réaction et d’aventure ». Le texte reçoit trois cent soixante-trois signatures. Le 16 juin 1877, la session de la Chambre reprend ? un mois seulement après son renvoi. Le jour même, Mac Mahon demande au Sénat son « avis conforme » pour dissoudre la Chambre des députés, ainsi que l’article 5 de la loi du 25 février l’y autorise. Lors d’un débat à la Chambre, Gambetta prononce alors un discours véhément contre la politique du gouvernement, dans lequel il dit notamment : « Nous partons trois cent soixante-trois, nous reviendrons quatre cents » . Cette déclaration ne sera pas prophétique cependant car les républicains ne remporteront que 323 sièges lors des élections d’octobre 1877.

« Car Paris, la ville, la reine du peuple, sa mère, comme le disent ces scélérats imbéciles, après le roi des fous furieux , Victor Hugo, est un ogre qui mange ses enfants, tout en les révoltant et les poussant à Nouméa. il me semblait que sous l’empire de l’opinion démocratique où le peuple est tout, on se serait occupé de sa misère et de ses difficultés de vivre. C’est la plus absurde et la plus funèbre des blagues : on diminue le travail, on baisse les prix et on augmente, avec le loyer, les charges des familles ouvrières. » (17 juillet 1877)

Nouméa est une ville de Nouvelle Calédonie, une colonie pénitentiaire française. On y envoyait des condamnés de droit commun (« les transportés »), des prisonniers politiques (notamment les Communards après 1870, « les déportés ») et des récidivistes (« les relégués »).

La mort de l'abbé Guiot

Je n’ai pas le temps de me replonger dans mes recherches sur l’abbé Guiot ces jours – ci, les 7 classes dont j’ai la charge m’occupant largement. Je viens pourtant de recevoir un courrier de l’évêché d’Orléans me communiquant fort gentiment des extraits des Annales religieuses et littéraires évoquant la mort et le souvenir de l’abbé. Outre une notice nécrologique précisant quelques points de sa vie, j’y ai trouvé un récit de son enterrement ainsi que d’une cérémonie commémorative qui s’est déroulée un an plus tard, toujours à Chécy. Il y a aussi un poème dédié à l’abbé et rédigé par l’un de ces anciens élèves.

Deux sources potentielles

En lisant le livre de Chrisitianne Marcilhacy consacré au diocèse d’Orléans au milieu du XIXe siècle, j’ai appris l’existence d’un document qui pourrait contenir des éléments sur Louis Laurent Guiot. Il s’agit de deux registres à feuillets mobiles contenant de grandes fiches imprimées consacrées à chaque prêtre ayant rempli des fonctions dans le diocèse. On y trouve l’état civil (nom, prénom, lieu de naissance et date, famille), la formation (études primaires, secondaires, supérieures, ordination), la carrière ecclésiastique (fonctions, durée, cause de mutation) et des observations générales (esprit, talent, jugement, examens, conférences, zèle, piété, œuvres). Si la fiche de l’abbé Guiot existe, je pourrais la consulter lors de ma visite aux archives d’Orléans.

De la même façon, j’ai découvert que des fragments de l’enquête de 1859 mené par Mgr Dupanloup ont survécu, insérés dans celle de 1850. Il faudra que je vérifie si il y a répondu pour Triguères ou pour Baule.

Recherches sur le terrain

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Je reviens de deux jours de recherches dans le Loiret, sur les traces de l’abbé Guiot. Recherches fructueuses grâce à des gens très généreux et passionnés. Nous nous sommes d’abord rendus à Baule où les employés de mairie nous ont communiqué les archives concernant la reconstruction de l’église entre 1861 et 1867, ainsi que des documents concernant la fabrique de la paroisse. j’ai eu la chance de découvrir deux écrits directs de l’abbé : une lettre au maire concernant la destruction d’un mur de l’ancienne église qui se trouvait être aussi le mur d’enclos du jardin du presbytère et un courrier adressé au préfet du Loiret afin de demander l’autorisation pour une loterie afin de financer l’achat d’objets de culte. Mais le gros du dossier concernait le devis pour la nouvelle église. L’église de Baule étant fermée, on nous a orienté vers une dame qui détenait les clefs. Celle – ci nous a ouvert l’église et nous a commenté la visite avant de nous inviter chez elle afin de voir de vieilles cartes postales sur le village et des photos de la cloche de l’église au moment de sa restauration. Le nom de l’abbé Guiot figure sur cette cloche. Par la même occasion, son mari nous a communiqué les photos d’un livret de colportage comportant des notes manuscrites très hostile à l’abbé Guiot, accusé d’avoir ruiné la commune pour la construction de « son » église !

La fin du premier jour fut consacré à Chécy. Mais l’absence de l’archiviste nous a empêché de voir les archives. Nous avons tout de même visité l’église et le cimetière où est enterré l’abbé Guiot dans une tombe collective dédiée aux curés de la paroisse (le monument érigé par ses amis et mentionné dans sa biographie a donc disparu).

Le second jour, nous nous sommes rendus à Triguères où la mairie nous a orienté vers un adjoint, passionné d’histoire locale. Celui-ci était justement en train de préparer un article sur les curés de Triguères depuis le Moyen – âge. Il nous a reçu en compagnie d’un ami historien et nous avons passé l’après – midi a parlé de l’abbé et de l’histoire de Triguères et sa région. Ils m’ont aussi communiqué des documents comme les plans du théâtre romain fouillé par l’abbé et la notice nécrologique qui lui a été consacrée dans les Annales littéraires et religieuses du diocèse d’Orléans. Pour terminer la journée, ils nous ont emmené sur le site du théâtre, aujourd’hui invisible et sur le lieu de pèlerinage à Sainte Alpaix.

Ces deux jours m’ont appris beaucoup de choses sur l’abbé Guiot et m’ont apporté beaucoup de documents à exploiter. Il faudra que je retourne à Chécy, sans doute , et à Pithiviers avant de passer du temps aux archives départementales à Orléans. Mais ce sera pour une autre fois. Je remercie encore vivement toutes ces personnes qui m’ont consacré du temps et qui m’ont permis d’avancer dans ma connaissance de l’abbé Guiot.

Une photographie de l’abbé Guiot ?

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Il y a, conservée au musée d’Orsay, une photographie de Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, en compagnie des professeurs de la chapelle Saint Mesmin. C’est un cliché d’André-Alphonse-Eugène Disdéri (1819-1889) non daté. Les reproductions que j’ai pu trouver ne permettent pas de distinguer les visages des professeurs et l’absence de date n’aide pas à déterminer si l’abbé Guiot se trouve sur cette photo. (N° d?inventaire : Pho1995-29-332). Mais vu le nombre de professeurs, on doit avoir réuni le petit et le grand séminaire pour l’occasion.

A propos du séminaire, je viens de commander le livre d’Emile Huet Le petit séminaire d’Orléans. Histoire du petit séminaire de la Chapelle-Saint-Mesmin? Souvenirs d’un rhétoricien de 1866-1867, publié à Orléans en 1913.

La carrière ecclésiastique de l’abbé Guiot

La lecture du troisième tome des ŒOeuvres poétiques de l’abbé Guiot m’a permis de préciser certains éléments de sa vie. Il termine le cours de théologie au grand séminaire d’Orléans à la fin de 1841, âgé de 23 ans. Il devient sans doute professeur de sixième au petit séminaire, chargé de la classe de grammaire,  dès 1842 avant d’avoir reçu l’ordination (il n’a pas l’âge coutumier de 25 ans). Il est ordonné prêtre le premier avril 1843 . Il est nommé dans la succursale de Triguères le 14 septembre 1852 puis à Baule le 16 août 1859. Il semble à ce propos que la succursale de Baule ait été érigée en cure pour son arrivée. Lors de l’inauguration de la nouvelle église de Baule le 2 août 1866, l’évêque Dupanloup fait de l’abbé Guiot une chanoine honoraire non résidant de la Cathédrale d’Orléans (un titre purement honorifique) . Il est enfin nommé à Chécy le premier novembre 1874.

La carrière de l’abbé contient l’un des deux mystères que j’aimerai tenter de résoudre à son sujet. Pourquoi a-t-il quitté le petit séminaire en 1852 alors que le professorat semblait lui réussir. Un premier élément est donné par sa notice biographique :  » Mais des modifications se firent dans l’institution. L’abbé Guiot dut renoncer à ce ministère de l’enseignement qui lui avait été si doux et auquel des aptitudes spéciales semblaient l’avoir destiné. »

Il serait donc parti « malgré lui ». Pourquoi ? L’une des explications tient peut être au remplacement du supérieur l’abbé Lecointe par un nouveau personnage,  l’abbé Champeau en  1851 ainsi que la nomination de nouveaux professeurs. Voici un extrait d’une lettre qu’il écrit à son ami l’abbé Léon Godefroy, qui a quitté le professorat en août, en décembre 1851.

« (…) je viens d’adresser une lettre à M. Poiré ; faut-il avouer, les larmes m’ont gagné en lui parlant de mes affections et de mes regrets. Je pleure encore comme un enfant au souvenir des années heureuses que j’ai passée auprès de lui, année que je regretterai toujours, parce qu’elle ne sont plus .

Je n’ai cependant pas à me plaindre ici. Je suis entouré …. de respects et de discrétions …. ; mais ce n’est plus la vie d’autrefois, la bonne et douce vie de famille.

On voit maintenant, parmi les professeurs, des représentants de toutes les nationalités : le cercle va toujours en s’élargissant ». 

Et un second, toujours au même, daté de février 1852 :

« …Et toi, mon cher ami, tu es triste ! C’est un état d’esprit que j’ai connu et que, sans doute, je connaitrais encore, si je n’avais mon orgue et mon dessin ; si je n’avais des élèves que j’aime, à te rendre jaloux ; si je n’avais, enfin, de bons confrères qui deviennent, de jour en jour, plus aimables. (…) Malgré tout, il est encore une partie de mon âme qui souffre …. Ne me faudra-t-il pas quitter, comme toi, bientôt et pour toujours, ce Séminaire …., tout ce que j’ai aimé le plus sur la terre ?  »

Ayant quitté le séminaire pour les vacances de 1852 (traditionnellement de août à octobre) il est nommé en septembre à Triguères. Voici ce qu’il en dit à Léon Godefroy :

 » Assez longtemps j’ai attendu que ma paroisse fût, comme la charte, une vérité. Errant de ville en ville, de foyer en foyer, sans feu ni lieu, j’allais chercher, sous des climats qui n’étaient pas les miens, de quoi me consoler des ennuis de l’attente. Enfin, un beau jour, sur un signal parti de haut, je vins tomber, comme l’aérolithe qu’on admire ici, sur Triguères dont les portes m’étaient enfin ouvertes. »

Il semble donc que son départ du séminaire ait été quelque peu soudain et en tout cas non préparé.