Catégorie : In memoriam

Portrait de femme : Irena Sendlerowa (1910 – 2008)

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En 1942, à Varsovie, Irena Sendlerowa était une employée du Comité d’aide sociale. Polonaise catholique,, elle a été éduquée dans l’idée qu’il faut sauver quelqu’un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité.
En face d’elle se trouvait le ghetto. Un mouroir où sévissait une épidémie de typhus et dans lequel ceux qui survivaient partaient pour les chambres à gaz. Le Comité d’aide sociale était autorisé à apporter un peu d’aide aux juifs : quelques vivres, des couvertures… Les Nazis laissaient entrer le camion. Irena Sendlerowa voyait cependant mourir ceux qu’elle essayer d’aider, notamment des enfants.
Un jour, elle accepta de sortir un enfant du ghetto en cachette et de lui trouver un foyer d’accueil. D’autres enfants suivirent, cachés dans le fourgon, planqués sous une banquette, dans un panier linge, une boîte à outils, parfois les égouts, une brèche dans un mur… Des institutions catholiques les accueillaient. Irena pensait alors que les parents reverraient leurs enfants après la guerre. Elle notait scrupuleusement les noms, les foyers d’accueil, sur des bouts de papier qui s’amoncellaient dans un bocal.
Irena Sendlerowa a fait sortir 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.
Le 20 octobre 1943, Irena a été arrêtée par la Gestapo. Elle fut torturée trois mois. Les coups de gourdins tombèrent innombrables sur ses tibias, ses pieds et ses cuisses. On lui faisait compter les coups. En cas d’erreur, le supplice reparait de zéro.
Elle ne parla pas durant trois mois. Au plus fort des séances de torture, elle se cramponnait à une idée fixe : combien de personnes mourraient si elle craquait ?
Elle fut finalement condamnée à mort, mais la Résistance soudoya un gardien, et la fit évader. Les pieds et les jambes brisées par la Gestapo,Irena Sendlerowa ne fut plus jamais capable de marcher. Elle se cacha jusqu’en 1945. Après la guerre, elle déterra le bocal qui recelait ses petits bouts de papier et essaya de reconstituer les familles. Mais les parents étaient morts, ceux qu’elle avait sauvé étaient devenus des orphelins.
Irena Sendlerowa est resté anonyme tout le reste de sa vie, vivant à Varsovie. À sa mort, en 2008, la Pologne la proposa pour le Prix Nobel de la paix. Mais le jury préféra l’attribuer à Al Gore pour son clip sur le réchauffement climatique…

Des biographies romancées et une BD ont été publiées récemment sur sa vie.

D’après un article de Slate.fr

Le premier article sur la Seconde guerre mondiale

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La journaliste britannique Clare Hollingworth, qui vient de mourir à Hong Kong à l’âge de 105 ans, était célèbre pour avoir obtenu le scoop du siècle à peine une semaine après avoir été embauchée à son premier poste de reporter.
Le quotidien Daily Telegraph l’a envoyée en Pologne en 1939 pour écrire sur l’inquiétante augmentation des tensions dans la région. Alors qu’elle traversait la frontière germano-polonaise en voiture, elle a vu les troupes allemandes qui se préparaient à envahir la Pologne. Sa dépêche, publiée en première page, était intitulée :«Mille tanks en attente à la frontière polonaise. Dix divisions seraient prêtes à un assaut imminent.» Cet article avait été publié dans le Daily Telegraph,sans signature, le 29 août 1939.
Le 1er septembre, Hollingworth a été réveillée par les explosions marquant le début officiel de la Seconde Guerre mondiale. Elle a appelé un ami à l’ambassade britannique de Varsovie et a crié: « La guerre a commencé !« . Mais celui-ci ne l’a pas crue et elle dû placer son combiné téléphonique à l’extérieur de sa fenêtre pour qu’il entende bien le bruit des tanks de la Wehrmacht.

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D’après un article de Slate.fr

La géographie et la cartographie sont tristes aujourd’hui.

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Jean-Christophe Victor, expert en géopolitique et créateur de l’émission Le dessous des cartes  diffusée sur Arte, est mort mercredi 28 décembre à Montpellier.
Né le 30 mai 1947, Jean-Christophe Victor était le fils de l’explorateur polaire Paul-Emile Victor.
Après un doctorat en ethnologie et un diplôme de chinois à l’institut des langues orientales, il a occupé plusieurs postes diplomatiques en Asie. Son premier livre, La Cité des murmures (1986, J.-C. Lattès), est consacré à son expérience en Afghanistan.
Entre 1980 et 1989, il rejoignit le centre d’analyse et de prévision du ministère des affaires étrangères. Il participa également à la fondation de l’association « Action contre la faim« , à la suite de la crise afghane.
Après avoir cofondé, en 1988, l’Observatoire européen de géopolitique avec Michel Foucher, Jean-Christophe Victor développa en 1990 une émission de géopolitique, Le Dessous des cartes, d’abord diffusée sur La Sept puis sur Arte. Durant vingt-six ans, il présenta ce magazine hebdomadaire qui s’appuie sur des cartes de géographie pour analyser les relations internationales.
En parallèle, il fonda en 1992 le Laboratoire d’études politiques et d’analyses cartographiques avec Virginie Raisson. Enseignant et conférencier, il anima des séminaires de formation dans des universités ou des entreprises privées à travers le monde.

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J’ai beaucoup appris en regardant les différents numéros de cette émission et je les ai aussi beaucoup montrés à mes élèves de lycée. Ci-dessous, vous pourrez revoir le dernier numéro du Dessous des cartes diffusé, consacré à Haïti.

Mort du dessinateur Marcel Gotlib

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Gai-Luron en pleine action !

Marcel Gottlieb est né à Paris le 14 juillet 1934 dans une famille d’immigrés juifs hongrois. En 1942, son père a été déporté et assassiné à Buchenwald et lui a découvert qu’il était juif lorsque sa mère lui a cousu l’étoile jaune sur son manteau. Adepte du dérisoire, de l’absurde et de l’humour noir, il a créé des personnages originaux comme Gai-Luron, la Coccinelle, Superdupont, ou Hamster Jovial…

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une planche autobiographique où la guerre apparait sous la forme pudique d’un orage

Gotlib entama en 1962 sa carrière de dessinateur chez Vaillant, hebdomadaire pour enfants qui devint par la suite Pif-Gadget. Il n’avait que 18 ans lorsqu’il créa ses deux premiers héros, Nanar et Jujube, un jeune garçon et son renard apprivoisé, auxquels s’ajouta bientôt un chien : Gai-Luron.
Avec ce cabot neurasthénique, inspiré de Droopy, Gotlib quitta la bande dessinée pour enfant pour un humour décapant qui sera la marque de fabrique de toute sa carrière.

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Dingodossiers à propos du tourisme en France

En 1965, il entra chez Pilote où il partagea d’abord avec René Goscinny une double page de gags sur des sujets a priori sérieux, les Dingodossiers. Puis  il créa la Rubrique-à-brac à partir de 1968.

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La planche de Rubrique-à-brac qui faisait toujours rire Gotlib…

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Le personnage de Gai-Luron faisait justement son retour sous de nouveaux crayons, mais avec les encouragements de Marcel Gotlib, qui avait validé la reprise de son anti-héros. Et pour ceux qui voudraient retrouver le personnage original, 2017 verra la réédition des dix albums initiaux.

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Portrait de femme : Raymonde Tillon (1915-2016)

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Résistante communiste, députée de Marseille, Raymonde Tillon a été l’une des premières femmes élues en 1945. Elle est décédée le 17 juillet dernier.
D’abord épouse de Charles Nédélec, militant du Front populaire, elle vint s’établir avec lui à Marseille où elle participa aux diverses actions de résistance pendant la seconde guerre mondiale. Elle fut déportée en 1944 à Sarrebrück, puis à Ravensbrück. Affectée dans une usine de guerre de Leipzig,  elle s’évada et rentra à Marseille.
Avec elle, disparaît la dernière des 33 femmes élues à la première Assemblée Constituante de la 4e République. En 2005, elle avait rappelé, dans une interview à l’AFP, son émotion lors de son élection 60 ans auparavant. « On était émues. Les femmes étaient reconnues comme des citoyennes, en tenant compte de leur travail dans la Résistance. Nous étions de partis différents. Mais toutes nous nous disions : enfin ! ».
Son travail parlementaire s’était concentré sur la protection des personnes âgées et des veuves. Son engagement fut aussi marqué par une lutte contre la politique indochinoise du gouvernement. Son second mari, Charles Tillon, responsable du PCF fut exclu du Bureau politique en 1952. Raymonde Tillon, qui dénonçait le stalinisme à la française, fut à son tour définitivement exclue du parti en juillet 1970, après avoir contesté l’intervention de l’Union Soviétique en Tchécoslovaquie de 1968.

Mort d’Eli Wiesel

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Rescapé de la Shoah, Eli Wiesel s’est engagé toute sa vie pour de multiples causes (en faveur des juifs soviétiques, des Indiens du Nicaragua, des Kurdes, des réfugiés cambodgiens ou plus récemment  des victimes de la guerre du Darfour au Soudan) car il avait  fait un vœu après la guerre :
« Que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerai pas silencieux. »
Elie Wiesel a été déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau, en Pologne occupée par les nazis. Sa mère et sa plus jeune sœur furent assassinées dans ce camp. Son père mourut devant lui à Buchenwald où ils ont ensuite été transférés.
A sa libération en 1945, il a été recueilli en France par l’œuvre juive de secours aux enfants et il y a vécu jusqu’en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devint journaliste et écrivain. Il a publié son premier roman La nuit, en 1958 aux Éditions de minuit, reposant sur ses souvenirs de déportation.
Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a refusé la présidence de l’Etat d’Israël en 2006, arguant qu’il n’était qu’un écrivain. En 1986, il avait reçu le prix Nobel de la paix. Il laisse derrière lui une abondante liste de romans ou d’essais.