Catégorie : In memoriam

Triste coïncidence

Je regardais hier soir le film Saint Germain ou la négociation, adapté du roman de Françis Walder, dans lequel Jean Rochefort tenait le rôle de Henri de Malassise, diplomate à l’époque des guerres de religion, qui a permis de conclure paix de Saint Germain en 1570. Et ce matin, nous apprenons la mort de ce formidable comédien de cinéma et de théâtre. Parmi les films marquants pour moi : Que la fête commence, Le Crabe tambour, Je suis le seigneur du château, Le mari de la coiffeuse, Ridicule, Les Grands Ducs, L’homme du train et J’ai toujours rêvé d’être un gangster.

Une triste nouvelle

C’est en visionnant cette intervention de Philippe Torreton au sujet des exclus de la culture que j’ai appris la mort de Gérald Désir, un collègue de français que j’ai connu au lycée Val de Seine de Grand Quevilly. En plus des cours, il s’occupait avec passion de l’option théâtre au lycée, suscitant de nombreuses vocations au fil des années. Je me souviens de ses coups de gueule et de ses envolées en salle des professeurs ainsi que de sa formidable culture.

Max Gallo (1932 – 2017)

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Historien et romancier prolifique, Max Gallo est l’auteur d’une centaine de romans, biographies et études historiques.
Né à Nice en 1932, dans une famille d’immigrés italiens, il était patriotique et avait la passion de la République et l’horreur de la « repentance ». Il s’est d’abord fait connaître comme historien, avant de toucher le grand public avec des sagas romanesques et des biographies historiques à succès de Jaurès, de Gaulle ou Napoléon.
Ancien militant communiste dans sa jeunesse, Max Gallo a également mené une carrière politique dans les années 1980-1990. Député socialiste de 1981 à 1983, puis porte-parole du gouvernement socialiste (1983-1984), il avait ensuite pris ses distances avec la gauche. Max Gallo avait par ailleurs exercé un mandat de député européen de 1984 à 1994. En 2007, il avait été élu à l’Académie française.

Max Gallo faisait partie de ces historiens voulant à tout prix le retour du roman national, très lié au catholicisme, ce qu’il a théorisé dans son ouvrage L’Âme de la France, paru en 2007.

Simone Veil et son mari Antoine entreront au Panthéon

Le président de la République l’a annoncé lors des obsèques nationales aux Invalides, ce 5 juillet. A cette occasion, il a également rappelé les combats de Simone Veil pour le rêve européen de paix et de liberté, pour les droits des femmes, pour la ratification de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour la protection sociale, contre le racisme et l’antisémitisme. Cette entrée au Panthéon se fait avec l’accord de la famille des deux époux qui souhaitait que leurs dépouilles ne soient pas séparées.

Un bel hommage

Gisèle Halimi, avocate, militante féministe, et amie de l’ancienne ministre de la Santé a fait un beau portrait de Simone Weil.

franceinfo : Quelle femme était Simone Veil ?

Gisèle Halimi : Simone Veil, c’est la soeur que je me serais choisie. Bien sûr, il y a nos combats communs, mais il y a tout le côté affectif que nous partagions, nos virées incognito, parce que vous savez, ministre de la Santé, elle fumait en cachette ! On se cachait dans des bistrots des portes de Paris où personne ne pouvait nous reconnaître. J’avais une affection pour elle, parce qu’elle n’était pas seulement la Simone Veil de l’IVG, elle était une femme juste. Elle savait choisir la cause juste, en dehors de la cause des femmes. Je me souviens, j’étais à l’Assemblée nationale, et j’avais organisé une réunion sur la Palestine. Elle n’était pas prévue au programme, elle est venue à l’improviste, parler, on a échangé. Elle avait un don, d’ailleurs. Elle avait un caractère exécrable. Je me souviens d’une de vos consoeurs, qu’elle a rabrouée d’une manière… Mais elle avait le sens de la justice, parce qu’après elle est venue la voir pour s’excuser. C’est une soeur que je perds aujourd’hui. Et c’était une femme très gaie, très drôle. On se payait des fous rires dans ces bistrots !

Drôle, malgré le drame épouvantable qu’elle a connu, la Shoah, la perte de ses parents ?

Oui, justement c’était ça, l’étonnant ! C’était une femme qui était la vie elle-même, la vie malgré tout, la vie malgré le malheur. Même son combat, que nos adversaires ont caricaturé, c’était un combat pour la vie ! Cela a beau s’appeler l’avortement, c’était quand même sauvegarder la vie de ces milliers de femmes qui avortaient clandestinement. C’était la vie, parce que c’était le choix de la vie, et non pas la vie imposée. Je suis très émue en parlant d’elle.

Simone Veil avait-elle conscience d’être très aimée des Français ?

Je ne sais pas, je ne le dirais pas comme cela. Elle était consciente que ce qu’elle faisait, elle devait le faire. Elle avait un petit cercle, mais elle était quand même très heureuse d’être reconnue. Elle se sentait elle-même juste, au sens fort du mot. C’était vraiment mon amie, vraiment. Je la pleure.

Simone Veil, une humaniste (1927 – 2017)

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Lorsqu’elle est arrêtée en 1944, puis déportée à Birkenau avec sa mère et sa sœur Madeleine, Simone Jacob a 16 ans et vient tout juste de passer le baccalauréat. Ses parents et son frère aîné moururent dans dans les camps. Libérée au printemps 1945, elle s’inscrivit à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris, où elle rencontra son époux, Antoine Veil,
En 1975, des journalistes ont demandé à celui-ci ce qui l’avait séduit chez sa femme lors de leur rencontre. Il a répondu : « Sa carrure de caractère, et cette grande vulnérabilité que l’on apercevait dans l’œil des anciens déportés ». Il ajouta ces mots à propos de son caractère : « sereine », « intransigeante », « charmante », « rigide », « soupe au lait », « primesautière » et « souple ». « Entière ».
En 1953,licenciée en droit et diplômée de Sciences Po, elle annonça à son époux vouloir être avocate. Elle choisit finalement une autre voie : elle fut reçue cinquième à l’École de la magistrature.
Elle devint en 1956 directrice de l’administration pénitentiaire et dénonça l’état « déplorable », « moyenâgeux », « indigne » des prisons. Elle travailla à améliorer le sort des détenus. Elle insista sur celui des femmes, souvent oubliées des débats ; des membres du FLN, à qui elle assura le statut de prisonniers politiques.
Passée en 1962 au ministère des Affaires civiles, elle fut chargée du dossier de l’adoption et imposa sa conviction selon laquelle le bien-être de l’enfant doit primer. Elle fit alors sa première expérience de lutte parlementaire car les débats furent houleux.
Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, elle est devenue l’une des rares femmes ministres, en charge de la Santé. À l’Assemblée, après le discours resté fameux où elle pourfendit les hypocrisies qui mutilaient les femmes, les haines se déchaînèrent avec la plus grande bassesse. Un député osa même lui demander quelle différence elle faisait entre les expériences des médecins nazis et les pratiques qu’elle voulait autoriser dans les hôpitaux français !
En 1979, Giscard d’Estaing proposa à Simone Veil la tête de la liste UDF aux élections européennes, les premières au suffrage universel direct. L’une de ses dernières réunions publiques, à Paris, fut interrompue par des militants du Front national, accompagné par Jean-Marie Le Pen. Elle leur lança alors « Je vais vous dire quelque chose. Vous ne me faites pas peur. J’ai survécu à pire que vous, vous n’êtes que des SS aux petits pieds. »
Elle fut élue à la présidence du Parlement européen et affirma la construction européenne comme nécessité, l’amitié franco-allemande comme moteur. Elle siégea dans cette assemblée jusqu’en 1993, date à laquelle elle fit une nouvelle expérience ministérielle sous le gouvernement Balladur, en charge des Affaires sociales.
En 1998, elle fut nommée membre du Conseil constitutionnel. Elle sortit de sa réserve obligatoire une seule fois pour appeller à voter oui au référendum sur la Constitution européenne.
Élue en 2010 à l’Académie française, elle reçut une épée gravée du nombre 78651, qu’elle portait depuis Auschwitz tatoué sur le bras, et prit le 13e fauteuil – celui de Racine.

D’après un article du Point.fr