Étiquette : La République et la citoyenneté

Un bon résumé

Dans un entretien au magazine L’Obs paru ce 10 février 2022, le comédien Vincent Lindon a ces mots :
« Il y a vingt-cinq ans on disait : « le chef de l’Etat est en déplacement à Limoges. » Après, on a dit : »le président Sarkozy est en déplacement à Limoges. » Puis : « François Hollande est à Limoges. » Et maintenant : « macron est à Limoges ».»

Sur le même sujet, dans l’Express de ce 10 février également, on peut lire une interview de l’auteur de l’essai On a les politiques qu’on mérite :
« A vous lire, il paraît indiscutable qu’être responsable politique aujourd’hui est dix, cent, mille fois plus difficile qu’il y a trente ans…
Bien sûr, et ce pour de nombreuses raisons. J’en vois déjà trois. Il y a d’abord cette défiance qui s’est creusée. Tous les élus que j’ai rencontrés le disent : ils se sentent en sursis, ils doivent constamment faire leurs preuves, gagner leurs galons, et ils n’ont jamais droit au bénéfice du doute. Deuxième difficulté : l’accélération du temps. Auparavant, même un Mitterrand se ménageait des moments où il allait jouer au golf pour décompresser. Aujourd’hui, cela passerait pour un cruel manque de sérieux. De nombreux politiques sont constamment sous le regard des médias et du public. Quand vous êtes interpellé sur Twitter, il vous faut répondre tout de suite. Quand il y a une crise, vous ne pouvez pas attendre vingt-quatre heures pour faire un communiqué exposant votre position…
Enfin, la troisième raison est, selon moi, extrêmement importante : c’est la tyrannie de la transparence. L’élu est aujourd’hui constamment sous le regard du public, il doit sans cesse rendre des comptes sur ce qu’il fait, ce qu’il dit à chaque instant, et y compris dans sa vie privée. C’est une chose qui me choque beaucoup : nous avons une exigence envers nos élus qui dépasse le cadre de leur fonction, de la qualité de leur travail. On exige qu’ils soient bons pères ou bonnes mères de famille, qu’ils soient fidèles à leur compagne ou à leur compagnon, que leurs enfants soient évidemment scolarisés dans le public, qu’ils partent en vacances au bon endroit, ni trop bling-bling ni trop beauf… C’est une demande d’exemplarité perpétuelle, une pression permanente. Conséquence : les élus n’osent même plus revendiquer leur vie privée. Ils ont tellement intégré la critique du public, qui les prend pour des paresseux profiteurs, qu’ils n’osent plus dire : « J’ai aussi droit à ma part de liberté. »

Si je suis globalement d’accord avec l’analyse de la façon dont sont perçus les élus, je ne vois cependant pas pourquoi les hommes et femmes politiques sont obligés de se plier à la tyrannie des médias, et surtout d’Internet. S’il estimaient, ce dont je doute malheureusement, devoir attendre vingt-quatre heures pour faire un communiqué (mais pas sur Twitter !), ils pourraient tout à fait le faire et ce serait à leur honneur. S’ils désirent se ménager des moments de pause, qu’ils le fassent mais sans faire croire qu’il travaillent tout de même, à Ibiza ou ailleurs. Je n’ai rien à faire qu’un ou une élue soit un mauvais  père / mère ou infidèle (sauf s’il enfreint la loi à cette occasion), mais qu’il/elle ne s’érige pas auparavant en paragon de vertus. Si le peuple des citoyens a des défauts, faut-il que les responsables politiques aient les mêmes ? Je ne le pense pas. Mais s’ils les ont cependant, qu’ils n’essaient pas de les masquer tout en sur-utilisant les médias, c’est stupide !