Catégorie : Vers une nouvelle école ?

Rions un peu !

Voici un extrait d’un article de FranceInfo intitulé  » A quoi va ressembler la France si Emmanuel Macron tient ses promesses ? « . Il évoque les propositions du candidat au sujet de l’enseignement.
« Pour lutter contre les inégalités sociales qui ont des conséquences sur la scolarité, Emmanuel Macron veut « faire vraiment plus pour ceux qui ont moins ». Il propose donc de limiter à 12 élèves les classes de CP et CE1 dans les écoles des « zones prioritaires » (REP et REP+). Cette mesure nécessite la création de 12 000 postes de professeurs des écoles. Pour les financer, Emmanuel Macron compte en partie sur des économies « sur l’épreuve du bac ».
Il souhaite aussi plus d’autonomie dans la gestion des établissements scolaires, comme il l’a expliqué mi-janvier en meeting à Lille (Nord). Il entend donc développer « l’autonomie pédagogique, l’autonomie de recrutement, la possibilité de choisir les enseignants qui y travaillent ». Les enseignants pourraient être mieux rémunérés mais en contrepartie, ils seraient aussi évalués plus régulièrement. Les résultats de ces évaluations pourraient être rendus publics : « On doit voir les endroits où on n’arrive pas à avoir des résultats et ceux où on arrive à contrecarrer le destin ».
Emmanuel Macron souhaite aussi le rétablissement des études dirigées après la classe pour tous les élèves.« 

Ces propositions font rêver, mais monsieur Macron semble ignorer l’existence des syndicats d’enseignants, véritables forces d’inertie…

Pour étudier à l’étranger : l’école Hattemer

J’ai été contacté par l’agence MCM qui m’a demandé si je pouvais parler sur ce blog de l’école privé Hattemer. Comme ce que propose cette école, située à Paris, m’a semblé intéressant, je le montre ici, mais je précise que je n’ai aucun lien avec elle.

Hattemer est une école privée laïque hors contrat qui accueille les élèves de la maternelle à la terminales (L, ES, S, STD2A et STMG). L’école a été fondée en 1885 par Rose Hattemer qui a développé une méthode pédagogique fondée sur une maîtrise solide et fine des savoirs fondamentaux. L’apprentissage de l’anglais dès la maternelle et le « Grand cours » hebdomadaire font partie des spécificités de cette école.
En septembre 2017, l’école Hattemer proposera une ouverture à l’international  avec le double-diplôme US High Bac, une section bilingue au lycée, des séjours académiques à Londres.
L’école vient en effet de signer un partenariat avec Academica, une plateforme américaine de cours en ligne. Via cette plateforme, les élèves de 3ème et de 2nde pourront préparer en 3 ou 4 ans l’équivalent américain du Bac : le US High Bac, un diplôme homologué reconnu par toutes les Universités aux États-Unis et en Europe. Dans le cadre de ce partenariat avec Academica, des enseignants américains accrédités entraineront les élèves à l’oral par visioconférence. Les élèves seront aussi entrainés à l’écrit, avec des exercices sur l’histoire et les institutions américaines notamment. Au total, ce sera 3h à 4h de travail personnel hebdomadaire supplémentaire pour les élèves qui souhaiteront préparer l’US High Bac.
L’école a également fait l’acquisition de l’école l’ICS2, à Londres. A partir de septembre 2017, tous les élèves d’Hattemer pourront effectuer un séjour académique dans cette école : Summer School, trimestre entier ou année scolaire complète. En cas d’année scolaire complète passée à l’ICS de Londres, les élèves français valideront l’International Baccalaureate, un diplôme qui leur permettra de postuler à 3300 établissements d’enseignement supérieur situés dans 90 pays.

Des collégiens proposent des mesures pour le collège

Pendant une semaine, dans le cadre du cours d’Enseignement Moral et Civique l’ensemble des élèves de 6e et 5e de ma collègue Mara Goyet a travaillé, par petits groupes, à l’élaboration de mesures qui pourraient, selon eux, améliorer la scolarité des collégiens. Elles se devaient d’être générales et réalistes. Chacune a fait l’objet de débats (l’uniforme, par exemple, a divisé les élèves qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord) et de mises en perspective.

1° « Les seules surprises que nous ayons, c’est des interros« . Les élèves regrettent le train-train de la vie collégienne avec des semaines identiques qui se répètent tout au long de l’année. Ils voudraient des événements (une « semaine internationale » a été proposée), des thèmes, des emplois du temps qui varient, plus de sorties, de voyages. La routine les ennuie.

2° « On aimerait déjeuner parfois avec nos profs, si on les connaissait mieux, on prendrait mieux les remarques, on verrait que dans la vie, ils sont normaux« . Le lien avec les enseignants a fait l’objet de nombreuses propositions. Ils souhaitent des relations plus directes, plus simples et plus chaleureuses. Ils remarquent qu’ils découvrent leurs profs en sortie, en voyage, au détour d’un cours et que ça change tout pour eux. Ils souhaiteraient plus de discussions avec eux et pas seulement pour gagner du temps sur le cours : ça les intéresse.

3° « On aimerait avoir des amphis » . Un niveau, dans son ensemble, suivrait des cours (magistraux) dans un amphithéâtre (considéré comme le nec plus ultra de la classe internationale). 150 élèves de 6e écouteraient par exemple un cours d’histoire de cette manière pendant une heure ou deux. Les élèves seraient ensuite divisés par petits groupes dans des ateliers optionnels ou par niveau.

4° « On aimerait qu’on nous fasse confiance, qu’on nous confie des choses, avoir des missions« . Ils remarquent qu’on ne les laisse même pas cinq minutes seuls quelque part (et reconnaissent que l’on a bien raison !). Ils souhaiteraient qu’on leur confie des responsabilités (un jardin dans la cour par exemple).

5° « On aime bien apprendre des choses quand on nous les raconte« . Le récit fait l’unanimité même s’ils reconnaissent qu’en mathématiques, par exemple, ce ne va pas être évident. Ils se disent durablement marqués par les films ou les documentaires. Ils aiment bien quand les profs font de l’humour, sauf quand ils en font et qu’ils ne sont pas drôles.

6° Les élèves aimeraient des salles avec chacune leur personnalité, leur thème, leur couleur. Ils voudraient que certaines soient repeintes. Et soient dotées de climatisation. Ils souhaiteraient, chaque vendredi avant les vacances, consacrer une journée à laver, ranger et décorer le collège. Ils pensent qu’ainsi ils prendraient plus soin du matériel (critiqué pour son côté « lugubre ») et seraient plus attentifs à ne pas salir. De manière générale, le bien-être au collège est considéré comme primordial.

7° En ce qui concerne la cantine (au centre de leur vie et de la journée !), ils estiment que « la nourriture c’est la vie » et veulent simplement que ce soit bon tous les jours. Ce thème est omniprésent, récurrent, insistant.

8° Les élèves voudraient que les professeurs expliquent aussi longtemps que tout le monde n’aura pas compris. Plusieurs fois, donc, et de manières différentes. Certains, dont les résultats sont excellents, s’inquiètent : « on va s’ennuyer« .

9° Ils souhaiteraient une uniformisation des exigences. Qu’une classe n’ait pas 17 de moyenne avec tel prof et une autre 12 avec un autre enseignant de la même matière. Evidemment, l’uniformisation se ferait sur la base d’un 17 de moyenne, reconnaissent-ils l’oeil en coin.

10° Ils souhaitent faire les devoirs sur place le soir ou la matin histoire d’être débarrassés. Ils disent que la question des devoirs envahit leur soirée et leurs week-end et qu’ils aimeraient qu’une fois partis du collège ce soit réglé. A part pour relire ou réviser une leçon.

11° Ils aimeraient qu’on utilise encore plus de moyens modernes pour suivre les cours. Mails, tablettes, blogs, cours en ligne, texto. Cela ferait gagner du temps

12° Ils aimeraient que, à la manière de Poudlard, on mette les classes d’un niveau en concurrence, qu’il y ait des concours entre elles. Ca les motiverait beaucoup et ça leur donnerait envie de s’aider les uns les autres pour gagner.

13° Ils aimeraient que les professeurs cessent de croire qu’ils sont autrement qu’ils ne sont et tiennent compte de leur vraie vie, de ce qu’ils sont vraiment : ils ne relisent pas toutes leurs leçons la veille, ils ne s’y prennent pas à l’avance pour réviser, ils ne se ruent pas sur leur travail le soir en rentrant…

14° Ils aimeraient des caméras de vidéo-surveillance pour les recoins les plus sombres de la cour et les territoires annexés par les grands (type banc, nerf de la guerre)

15 ° Ils disent aimer travailler en groupe.  Ca leur semble intéressant et enrichissant.

Cette démarche est très intéressante, à condition que certaines de ces propositions, soumises à l’approbation des instances du collège, voient le jour. Ce qui n’est pas évident !

Des élèves français heureux ?

Les élèves Français de 15 ans sont satisfaits de leur vie selon un rapport sur le bien-être des élèves dans les pays développés publié par l’OCDE. Lors de la réalisation de l’étude Pisa sur les connaissances des élèves de 15 ans, publiée en décembre 2016, l’OCDE avait en effet aussi recueilli des données sur le bien-être de 540 000 adolescents.
On apprend que les jeunes Français affichent un niveau de satisfaction de vie plus élevé en moyenne que dans les autres pays, avec 7,6 sur une échelle allant de 0 à 10, la moyenne de l’OCDE étant 7,3. Seuls 7,4 % des Français se disent insatisfaits de leur vie contre 12% des élèves de l’OCDE, cette insatisfaction dépassant même les 20% en Corée et en Turquie.
Les adolescents français affichent un niveau d’anxiété moindre que la moyenne: 29% d’entre eux se disent très tendus lorsqu’ils étudient, comparé à une moyenne de l’OCDE de 37%.
L’enquête a révélé que le harcèlement à l’école constituaient un problème majeur, une forte proportion d’élèves interrogés s’en disant victimes. En moyenne, dans l’ensemble des pays de l’OCDE, 4 % environ des élèves – soit un par classe environ – disent être frappés, poussés ou volés au moins quelques fois par mois, pourcentage qui varie de 1 % à 9,5 % selon les pays.
En France, ils ne sont que 3% à déclarer le subir. Près de 18 % des élèves français étaient victimes de harcèlement verbal essentiellement, au moins plusieurs fois par mois, et 6,7 % des élèves étaient «fréquemment harcelés». C’est légèrement moins que la moyenne de l’OCDE. Les élèves dans les établissements où les violences sont très élevés accumulent, à 15 ans, plus de 3 ans et demi de retard de compétence en sciences que les élèves d’établissements plus calmes selon l’enquête PISA.
Les enseignants peuvent jouer un rôle particulièrement important en créant les conditions propices au bien-être des élèves à l’école selon l’OCDE. Les élèves plus heureux font en général part de relations positives avec leurs enseignant. L’OCDE a ainsi construit un indice de l’accompagnement des enseignants de sciences. L’institution internationale retient plusieurs critères pour qualifier la qualité du soutien des enseignants, parmi lesquels: s’intéresser aux apprentissages de leurs élèves, apporter une aide supplémentaire lorsque les élèves en ont besoin, donner l’occasion aux élèves d’exprimer leurs opinions.
Les résultats montrent que les enseignants français sont moins présents aux côtés de leurs élèves en comparaison de la moyenne de l’OCDE. C’est également le cas de l’Allemagne, de l’Italie ou de la Corée du Sud. De fait, seuls 41% des élèves ont un très faible sentiment d’appartenance vis-à-vis de leur collège contre 73% en moyenne dans les autres pays.
Autre enseignement du rapport, le temps consacré par les ados à internet est en augmentation. Entre 2012 et 2015, le temps passé en ligne en dehors de l’école a augmenté de 40 minutes par jour pendant les jours d’école comme pendant le week-end. En moyenne, ils y passent plus de deux heures après l’école et plus de trois heures par jour le week-end. Quelque 12% des élèves français ont déclaré utiliser internet pendant plus de 6 heures par jour pendant une journée de semaine. En moyenne, les élèves français utilisent Internet pendant 127 minutes pendant une journée de semaine type et pendant 191 minutes durant une journée de week-end, la moyenne OCDE étant de 146 et 184 minutes respectivement.

D’après un article du Figaro.fr

Drôle d’impression

Ma collègue du blog Alchimie du collège m’étonne en ce moment, car elle revient aux fondamentaux, c’est-à-dire la classe et les élèves, après être égaré (à mon avis) dans la politique. Elle vient d’écrire un article qui m’a laissé une impression étrange. Elle qui critiquait assez vertement le pédagogisme ou les « nouvelles pédagogies » (je me souviens d’un article à pleurer sur les îlots) semble avoir découvert les vertus des travaux de groupe, du mélange des genres (histoire, maths, français en même temps) et du cours un peu décalé.  Aurait-elle succombé au complot ?

Utilité du cours d’histoire

Voici un extrait d’un appel lancé par les professeurs d’histoire en Belgique, inquiets d’une possible fusion de leur enseignement au sein d’un cours intégratif mêlant, à parts égales, l’histoire, la géographie, la sociologie et l’économie politique.

« Et l’histoire dans tout cela ?
Historiens de formation, nous demeurons convaincus de l’importance cruciale d’un réel et solide cours d’histoire tout au long de l’enseignement secondaire. Sans doute d’ailleurs est-il plus nécessaire que jamais, à l’heure où la société numérique nous conduit à gérer un flux d’informations qu’il convient d’ordonner, de hiérarchiser et dont il faut éprouver la fiabilité, – pensons aux sinistres « fake news ». La critique des sources, quelles qu’elles soient (écrites, iconographiques, audiovisuelles, internet…), la capacité à construire une explication des phénomènes prenant en compte les multiples dimensions de la vie sociale, l’apprentissage de la périodisation historique (notions de chronologie, de durée, de diachronie, de synchronie…) et l’attention au changement sont autant de savoir-faire qui s’acquièrent et s’affinent progressivement.
L’histoire que nous défendons est bien sûr, pour partie, celle qui permet de mieux comprendre les grands enjeux contemporains, d’envisager leurs racines et leurs causes, profondes ou plus immédiates. En ce sens, elle a une dimension citoyenne. Mais elle ne doit pas être confondue avec un cours de citoyenneté. Or, son insertion dans un ensemble vague de « sciences humaines » renforce le risque de ne l’étudier qu’à travers des enjeux mémoriels ou d’actualité. Selon nous, il demeure non seulement légitime mais indispensable d’enseigner aussi l’histoire pour elle-même, pour ce qu’elle peut apprendre de l’évolution des sociétés humaines, en articulant les niveaux local (au plus près de l’élève), régional, national, européen et l’ouverture aux autres civilisations. S’il est légitime de décortiquer, en partant du présent, le concept de démocratie et de s’interroger sur l’éventuel héritage athénien, il l’est tout autant d’étudier l’histoire de l’Antiquité grecque in se, et donc le fonctionnement, les ressorts et les caractéristiques propres de la démocratie athénienne. De surcroît, si on veut éviter l’écueil d’une approche téléologique ou finaliste, considérant que seul ce qui pouvait advenir est advenu, il importe de proposer une explication qui reconstitue un espace des possibles, permettant de comprendre les choix effectivement posés par des acteurs soumis à diverses contraintes. Il est enfin nécessaire d’amener les élèves à une maîtrise synthétique de l’histoire dans son temps long, qui évite tant une approche « à courte vue » du passé que l’usage de quelques grandes clés de lecture utilitaristes. Bien plus qu’une simple grille d’analyse de ce qui est, l’étude de l’histoire dans sa complexité doit préparer les jeunes à débusquer les simplismes, les a priori, les idées toutes faites, ce qui ne se conçoit ni sans connaissances solides, ni sans exercice de compétences : problématiser, critiquer, synthétiser, apprendre et communiquer. La culture historique est, en ce sens, l’une des conditions de plein exercice de la vie démocratique. »

C’est moi qui ait souligné deux passages.