Catégorie : Vers une nouvelle école ?

La généralisation du dispositif devoirs faits en sixième

Pour cette généralisation de « devoirs faits » à tous les élèves de sixième, le rectorat nous a expliqué que c’était tout à fait possible de les aider à faire leur devoirs en classe entière, c’est à dire avec de 25 à 30 élèves ! Il s’agira alors au mieux d’une étude surveillée, ce qui n’est pas du tout pareil que d’aider de 5 à 10 élèves. On nous a par ailleurs précisé que l’enveloppe des heures supplémentaires affectées à cette généralisation pour chaque établissement sera connue à une date ultérieure, alors que l’organisation de l’année prochaine se prépare en ce moment dans les étalbissements… Voici encore une annonce « effet de manche », peu réaliste et qui fera juste bien dans les rapports académiques. 

Bla bla bla…

« Notre système scolaire est le symbole le plus vif et le pilier essentiel de notre République. Depuis la fin du XIXe siècle, le travail des professeurs, le maillage des écoles, l’élaboration des programmes ont permis à des générations d’enfants de devenir des citoyens éclairés. Cette réalité s’est étendue progressivement à un nombre croissant d’élèves : les enfants du peuple sont entrés au collège, puis au lycée.
L’éducation nationale est une formidable institution, bien éloignée de la fameuse caricature du « mammouth ». L’engagement de ses personnels est remarquable : au quotidien pour faire progresser les élèves ; lors de la crise sanitaire en préservant la mission d’éducation contre vents et marées ; face aux grands enjeux de notre monde, aux mutations de la société, à la remise en cause du principe de laïcité, aux demandes multiples de l’institution, des élèves, des parents, parfois face aux pressions et aux menaces.
Et pourtant, les constats sont durs. Ils concernent la crise du recrutement des professeurs, plus aiguë lors de chaque rentrée. Ils concernent le niveau des élèves, dont les comparaisons internationales révèlent les lacunes préoccupantes. Ils reflètent également l’expérience quotidienne des établissements, où les horaires annuels dans chaque discipline peinent à être couverts. Ils conduisent à la défiance générale, marquée par la montée en puissance du secteur privé et par le scepticisme exprimé d’une partie des parents. Un Français sur deux ne fait pas confiance à l’institution scolaire, bien que les trois quarts d’entre eux fassent confiance aux professeurs. A l’heure où pourtant le système scolaire conduit 80 % des élèves au bac, les Français doutent encore massivement de notre école.
Il y a bientôt quatre-vingts ans, le ministre de l’éducation nationale, Jean Zay, arrêté et incarcéré par le gouvernement de Vichy, se demandait de quoi « l’enseignement humaniste » avait manqué, en rigueur, en force de conviction, en fermeté, pour être ainsi battu par le fascisme. Depuis sa cellule, il en appelait à un « équilibre nécessaire entre la générosité de [notre] tradition culturelle et les nécessités vitales du monde moderne ».
Aujourd’hui, en des temps moins tragiques, nous devons d’une façon renouvelée défendre l’humanisme de notre école, pour former les citoyens de demain, tout en la rendant suffisamment efficace pour répondre aux besoins du pays, dans le contexte des bouleversements climatiques et du retour de la guerre sur le territoire européen. Nous avons plus que jamais besoin de connaissances solides, de raisonnements éclairés, pour tous.
Malgré des avancées majeures, qui ont notamment permis de soutenir les premières années de l’école primaire et qui montrent des résultats encourageants, le chemin est encore long pour affermir la promesse républicaine de l’école.
Des actions fortes ont d’ores et déjà été lancées depuis six mois : les mathématiques ont été rétablies pour tous les élèves de 1re du lycée général, et elles seront valorisées tout au long du parcours scolaire ; le niveau de nos élèves en langues vivantes va être amélioré grâce à des mesures ambitieuses ; plus de confiance est accordée aux équipes pédagogiques, avec tous leurs partenaires, pour concrétiser sur le terrain les principes du Conseil national de la refondation (CNR) souhaité par le président de la République et la première ministre. Mais nous avons encore beaucoup à faire.
Mon action répond à trois exigences.
La première exigence reste le niveau scolaire des élèves. Les résultats aux évaluations nationales et internationales ne sont pas satisfaisants. Disons-le clairement : le niveau d’ensemble baisse ! Nous devons progresser en fixant des objectifs ambitieux.
Les tests en orthographe, en lecture, en calcul, en langues vivantes indiquent qu’il faut encore insister sur les enseignements fondamentaux, en particulier en CM1, CM2 et 6e. La rupture entre le CM2 et la 6e est trop forte. Elle renforce les inégalités scolaires plutôt qu’elle ne les réduit. Il faut donc faciliter le passage de l’école primaire au collège, en proposant des choses simples : travailler régulièrement l’orthographe, la conjugaison et la grammaire, consolider encore ou approfondir le français et les mathématiques en 6e.
Les évolutions des classes de 5e, 4e, 3e feront l’objet d’une concertation. Elles intégreront notamment les engagements présidentiels relatifs à la découverte des métiers à partir de la classe de 5e, aux deux heures de sport supplémentaires qui concernent d’ores et déjà 640 collèges. Elles prépareront les élèves pour aborder le lycée en ayant les connaissances nécessaires pour leur réussite et leur orientation.
La deuxième exigence est l’égalité des chances. Notre système doit continuer à faire émerger l’excellence sous toutes ses formes, tout en permettant à tous de l’atteindre. Pour cela, nous devons lutter contre tous les déterminismes sociaux et toutes les assignations. Une école qui, tout en la promettant, n’accorde pas l’égalité produit non seulement des injustices, mais aussi une défiance et un sentiment de colère dans les classes populaires.
Nous avons récemment publié les indices de positionnement social des collèges et nous le ferons prochainement pour les lycées. Ils démontrent l’existence de forts écarts sociaux dans la carte scolaire, alors que nous savons que la mixité est un facteur de réussite pour tous.
J’annoncerai dans quelques semaines un éventail d’actions visant à favoriser la mixité. Des objectifs seront assignés aux recteurs d’académie, qui, en lien avec les collectivités territoriales, pourront notamment agir sur les affectations scolaires. L’enseignement privé sous contrat devra apporter sa contribution à cet effort. Dans le même temps, j’engagerai le chantier de la refonte de la carte de l’éducation prioritaire.
Le lycée professionnel doit faire l’objet d’une réforme en profondeur, conduite par la ministre déléguée à l’enseignement et à la formation professionnelle. Trop d’élèves décrochent encore, souvent mal orientés. D’autres maîtrisent aussi insuffisamment les savoirs fondamentaux. Favoriser à la fois l’insertion dans l’emploi, insuffisante à ce stade après le diplôme, ainsi que la réussite dans l’enseignement supérieur est une ardente obligation pour l’avenir des élèves mais aussi pour préserver la force économique du pays.
Tous les élèves sont concernés par cet objectif d’égalité des chances. Pour cela, nous allons poursuivre l’objectif d’une école pleinement inclusive en engageant une nouvelle étape, pour permettre à chaque jeune en situation de handicap de trouver une place à l’école. Augmenter la présence des filles dans des filières scientifiques et techniques. Permettre à chacun de réussir dans l’enseignement supérieur, voilà encore des enjeux fondamentaux. Il faut aussi donner à chaque jeune la possibilité concrète de s’émanciper, de se dépasser, d’envisager l’avenir sans fatalisme. C’est oser transcender la représentation des possibles, souvent trop restreinte et marquée par l’autocensure.
La troisième exigence est d’améliorer le fonctionnement de l’école. L’organisation du système scolaire amène aujourd’hui la perte d’environ quinze millions d’heures d’enseignement par l’incapacité du système à remplacer les professeurs absents, qu’ils soient malades ou mobilisés par la formation ou les corrections d’examens.
L’attractivité du métier de professeur est en berne. Les inscriptions au concours de recrutement sont deux fois moins importantes qu’il y a deux ans. Nous répondons à cela d’une double manière, avec l’appui d’un budget de l’éducation nationale en hausse de 6,5 % pour 2023. D’abord par la revalorisation salariale qui interviendra en 2023 : elle sera importante et contribuera à redonner aux enseignants la place qui doit être la leur dans le pays, tout en attirant davantage de candidats. Ensuite par un changement structurel grâce à un nouveau pacte avec les professeurs, qui, par l’évolution de leurs missions, pourront mieux accompagner chaque élève, assurer des remplacements de courte durée, se former hors du temps d’enseignement, etc.
En outre, nous allons repenser les modalités de recrutement, pour mieux gérer le quotidien des professeurs, leurs carrières, leurs mutations, par une meilleure gestion des ressources humaines. Il faut aussi redonner les marges d’initiative qui manquent tant aux enseignants, cesser de les infantiliser dans un fonctionnement uniquement descendant. Les premiers projets issus du CNR sont encourageants pour atteindre cet objectif.
La crise sanitaire nous a suffisamment montré que l’école n’est pas un concept, que la transmission des savoirs n’est pas une abstraction dématérialisable : l’école est un espace physique, où le bien-être est une condition de la réussite. Là aussi, la promesse émancipatrice doit prendre en compte les inégalités entre les élèves si l’on veut leur permettre un accès égal à la connaissance. L’éducation à la sexualité et à l’égalité entre les hommes et les femmes, l’éducation artistique et culturelle, l’éducation au développement durable doivent être ravivées, soutenues et promues.
L’émancipation voulue par l’école républicaine ne se négocie ni sous la pression religieuse ou politique ni sous l’influence préoccupante des réseaux sociaux. Donner à tous les élèves accès au savoir et à la culture, c’est être vigilant vis-à-vis des dangers et des défis de notre époque. Les atteintes à la laïcité sont sanctionnées et la loi de 2004 fermement appliquée. La laïcité est d’abord une liberté, celle de l’émancipation par le savoir et par le raisonnement. Les équipes éducatives sont soutenues et formées, les enseignants protégés, quelles que soient les menaces qu’ils peuvent subir.
« Les maîtres d’école sont des jardiniers en intelligences humaines », disait Victor Hugo. L’école doit être le lieu de leurs éclosions, j’y consacre toute mon énergie. »

Tribune du ministre de l’Education nationale, parue sur le site du Monde.fr

Une semaine de formation sur l’autisme

Cette semaine (du lundi au jeudi), je suis en formation à l’INSPE de Mont – Saint – Aignan sur le thème des troubles du spectre autistique. Ma femme, qui y assiste également, en fait un compte-rendu sur son blog. Je vous y renvoie donc si cela vous intéresse (ici et).

Pour le deuxième jour de formation, les compte-rendus de ma femme sont ici pour les conséquences des troubles autistiques sur les habiletés sociales, et et pour la pour la communication alternative améliorée.

Durant le troisième jour de la formation, on nous a présenté deux dispositif visant à rendre possible ou a favoriser les inclusions d’élèves autistes en maternelle et en élémentaire : un dispositif autour de l’auto-régulation, mis en place en primaire, à Lisieux, et une unité d’enseignement en maternelle située dans la banlieue de Rouen.

Le dernier jour a été riche et dense. Tout d’abord la présentation d’une recherche sur les effets de l’inclusion sur les élèves autistes. Puis une présentation du centre de ressources autisme de normandie et de ses missions. Enfin, l’après -midi présentation et expérimentation d’outil pour adapter les enseignements pour favoriser l’inclusion des élèves autistes.

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Les inégalités sociales entre les différents collèges en France

Condamné par le tribunal administratif de Paris, à transmettre les données relatives à l’indice de position sociale des collèges et des écoles, le ministère de l’Education nationale s’y est finalement résolu début octobre 2022, après deux années de refus. Les données 2021-2022 sont donc désormais disponibles par école et par collège sur le site de l’Education nationale.
L’indice de position social permet de savoir si les élèves sont en moyenne issus d’un milieu social favorisé et favorable à la réussite scolaire. Diplôme des parents, conditions matérielles, capital et pratiques culturelles y sont synthétisés et rapportés à la profession et catégorie sociale des parents. La valeur de l’indice de position social de chaque élève est donc d’autant plus élevée que les catégories sociales des parents sont favorables à la réussite scolaire. Inversement, plus il est faible, plus les élèves proviennent de milieux sociaux défavorisés.
L’indice de position sociale communiqué par le ministère correspond à la moyenne de ceux de tous les élèves de l’établissement, ce qui ne permet pas de mesurer le degré de mixité sociale des établissements proches de ladite moyenne, puisque l’on ne connaît pas l’écart type au sein de chaque établissement. Il permet par contre de bien cerner les établissements situés dans les extrêmes.
Pour les collèges, l’indice de position sociale moyen est de 103,36 et varie nationalement de 51,3 pour le collège Gran Man Difou de Maripasoula en Guyane, à 157,6 pour le collège franco-allemand de Buc dans les Yvelines.
La proportion de collèges avec un IPS inférieur à 90 est de 19,3%. Sans surprise, les collèges situés sur les territoires qui concentrent les difficultés manquent de mixité sociale. Les collèges affichant un indice de position sociale supérieur à 140 représentent eux 2,2% des établissements. Les Hauts-de-Seine détiennent le record, avec 23,1% de collèges très favorisés, suivi par Paris (20,8%) puis par les Yvelines (18,8%). Dans les autres départements, la proportion de collèges très favorisés ne dépasse pas 5%.
Les écoles et collèges privés sous contrat concentrent, sans surprise encore, les familles les plus aisées, et contribuent donc à la ségrégation scolaire. Plus l’indice de position sociale est haut, plus la part des établissements privés sous contrat est importante. On compte en France 23,8 % de collèges privés sous contrat, qui ne représentent que 5,7% des collèges ayant un indice de position sociale inférieur à 90, contre 77,9% des collèges avec un indice supérieur à 140.
Lorsque l’on rapproche l’indice de position sociale de l’indice d’éloignement des collèges (il synthétise, sous la forme d’un indicateur continu, les différentes dimensions de la notion d’éloignement géographique pour un collège donné : ruralité du territoire, densité et diversité de l’offre scolaire, accès aux équipements sportifs et culturels), on constate que 55% des collèges ruraux autonomes ou sous faible influence d’un pôle urbain ont un indice de position sociale inférieur à la moyenne nationale, contrairement aux collèges ruraux sous forte influence d’un pôle qui, eux, sont majoritairement au-dessus de la moyenne nationale.
Autre enseignement à tirer de cette base de données : 27,5% des plus défavorisés sont hors des réseaux d’éducation prioritaire !
D’après un article de La gazette des communes.
Je mets ci-dessous des captures d’écran de la situation des collèges de Seine – Maritime :

Et c-dessous, le haut et la bas du classements des collèges de Seine – Maritime : le collège Alain, où je travaille, a un indice de position sociale de 79,3. Il est impressionnant de voir la proposition d’établissements privés occupant la tête du classement !