Catégorie : Vers une nouvelle école ?

Le professeur, un guide pour une partie du chemin ?

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Ces propos du philosophe Jacques Rancière, trouvés dans le numéro 307 de la revue Sciences Humaines,  me semblent sonner assez juste et renvoient dos – à – dos les deux écoles qui s’affrontent actuellement au sujet de l’éducation. Et si être professeur c’était effectivement guider les élèves vers leur propre chemin pour apprendre, seulement ?

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L’illectronisme

Je reproduis ici un très intéressant article écrit par Rachid Zerrouki, enseignant en segpa, publié dans le journal Libération du 22 novembre. Enseignant en REP, je partage tout à fait ses observations et ses conclusions.

« Lorsque j’emmène mes élèves de sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) en salle informatique et que je vois la plupart d’entre eux être déconcertés par des consignes aussi simples qu’ouvrir un navigateur, j’ai de sérieux doutes sur le fait que le maniement des outils numériques soit, chez eux, une compétence innée.
Mes doutes sont confirmés par des études. L’une d’entre elles, publiée en juin 2017 dans la revue Teaching and Teacher Education, montre qu’on ne naît pas avec des prédispositions qui renforcent la maîtrise des outils numériques, on les acquiert.
Et cette acquisition ne se fait pas à la faveur d’un simple accès illimité à Internet : mes élèves, quoique pour la plupart issus de milieux défavorisés, possèdent tous des tablettes à la maison et des smartphones. Ils savent jouer à Fortnite et publier des statuts sur Facebook ou des stories sur Snapchat. Ils sont aussi capables de trouver les clips de leurs artistes préférés sur YouTube et de suivre les carrières de telle ou telle star de télé-réalité sur Instagram. C’est quand il s’agit de faire un usage éducatif de l’outil numérique qu’ils redeviennent ces êtres chétifs et impuissants qu’ils sont devant un livre ou un cahier.
LA VISION IDÉALISÉE
C’est ce qui mène certains sociologues à rappeler la nécessité de faire la différence entre l’accès et l’usage. La fracture numérique telle qu’on l’entendait au début des années 2000 est derrière nous : 98 % des 12 à 17 ans ont aujourd’hui un ordinateur chez eux. Demeurent pourtant de fortes inégalités liées à leur utilisation qui poussent le sociologue Fabien Granjon à parler de «fractures numériques de second degré», définies comme étant des inégalités sociales qui résultent d’un usage différent des mêmes outils numériques. Il faut se pencher sur ce phénomène pour en finir avec la vision idéalisée d’une génération de digital natives toute convertie aux nouveaux écrans et naturellement habile avec les appareils électroniques. Les données révèlent en effet des écarts de pratiques considérables entre les plus jeunes.
Les Américaines Ellen Seiter en 2008 (1), Eszter Hargittai en 2009 (2) et Jen Schradie (3) cette année : toutes ces sociologues sont arrivées à la conclusion selon laquelle la classe sociale façonne la compétence et l’usage en matière d’outils numériques.
Et derrière ce constat se cache l’ombre de Bourdieu, c’est en lui que les chercheurs anglo-saxons ont trouvé une approche à même de raconter combien les relations de pouvoir et les reproductions des inégalités sociales sont au cœur même des outils numériques. En utilisant sa théorie du capital comme étant un ensemble de richesses matérielles mais aussi culturelles et sociales, ils ont montré que la position sociale construit une manière d’être («habitus» dans la terminologie de Bourdieu) vis-à-vis de l’utilisation d’Internet et des nouveaux médias. Dans son article «Les classes sociales sont-elles solubles dans Internet ?», le chercheur en sociologie de la communication Eric George donne un chiffre frappant : 72 % des utilisateurs d’Internet en milieu ouvrier ont un objectif de divertissement, contre 36 % seulement chez les cadres supérieurs.
En effet, au début des années 90, le journaliste Howard Rheingold défendait l’idée que ce réseau allait devenir un espace public tel que l’imaginait Habermas : un lieu capable de revitaliser la démocratie, gouverné par la raison, affranchi des «gatekeepers» et permettant aux citoyens de se rassembler pour discuter des questions d’intérêt commun. C’est raté, Internet n’est pas devenu ce lieu magique où s’évapore la stratification sociale : «La classe sociale est l’élément démographique le plus déterminant dans la production de contenu en ligne», explique Jen Schradie. «Et alors ?» répondront ceux pour qui la déconnexion est un choix assumé, qui sont encore convaincus qu’on peut vivre et exercer sa citoyenneté à l’écart des écrans et des intelligences artificielles. Chaque changement social qui prend source sur les terres numériques et se répand dans la vie réelle leur rappelle la triste défaite de leur pensée. Aujourd’hui, ne pas participer à la production de contenu sur Internet, c’est se mettre un peu à l’écart de la marche du monde.
On peut en avoir l’illustration en regardant le récent documentaire Mission vérité diffusé sur Arte, qui explore les coulisses du New York Times et où on peut voir une rédaction évaluer la qualité de ses sujets en ne prenant en compte que les réactions sur Twitter. Contactée par mail, Jen Schradie déplore cette démarche de plus en plus répandue : «Quand les journalistes et les décideurs politiques s’appuient sur les réseaux sociaux, c’est une forme d’exclusion sociale. Ils favorisent les gens qui ont le temps, les ressources et les compé- tences pour être en ligne fréquemment et ceux qui comprennent le fonctionnement des algorithmes.»
LES VOIX ABSENTES
Pire encore, comme en témoigne ce terme englobant de digital natives, on continue de faire comme si la voix d’une jeunesse tout entière n’était pas sous-représentée sur Internet. Et pendant qu’on façonne un monde de plus en plus connecté dans lequel l’exclusion numérique vous laisse au bord du chemin, vous bâillonne et vous condamne à un rôle d’observateur invisible et inaudible, c’est toute une cohorte d’adolescents fragiles, des milieux populaires ou ruraux, qu’on condamne à rester des «digital immigrants.» L’«illectronisme», cet illettrisme du numérique, ne se contente pas d’être un obstacle empêchant la participation à la vie démocratique. A l’heure où le gouvernement envisage des services publics totalement dématérialisés en 2022, il est la promesse d’une exclusion sociale pure et simple.
La comparaison avec l’illettrisme a de quoi interpeller, mais est-elle si absurde ?
En 1957, Marguerite Duras s’était entretenue avec Germaine Roussel, une ouvrière de Romainville qui avait grandi chez des fermiers de la Somme et qui ne savait ni lire ni écrire. Au cours d’un entretien qui marque pour toute une vie, cette femme a tout déballé : sa sensation d’être comme une aveugle, sa honte, et sa façon de reconnaître le nom de sa rue : «Le mot “Lilas”, il est haut presque comme il est large, il est joli.» Ce sentiment d’être à l’écart, cette honte et ce contournement de l’obstacle par l’intelligence ou la débrouille, c’est ce que je ressens quand je vois des parents échouer à demander une bourse pour leurs enfants par Internet.
Fabien Granjon l’a d’ailleurs théorisé dans son article portant sur les inégalités numériques : «L’échec dans les manipulations ou, sans doute plus violent encore, le fait de ne pas savoir quels types d’utilisation faire du dispositif technique, se transforment en une variété de moments négatifs, allant de la perte de confiance au sentiment de relégation», démontre-t-il. Et Philippe Marchal, qui a récemment conduit une étude sur ces Français déconnectés, met en avant ce qu’il appelle des «abandonnistes». Ce sont des personnes qui, par manque de maîtrise, renoncent à faire une démarche administrative sur Internet, à envoyer un mail important ou à faire un achat. L’abandon est encore plus ou moins permis aujourd’hui, il ne le sera plus avec la dématérialisation rampante.
Ils sont d’ailleurs 21 % de soi-disant digital natives à être des abandonnistes, selon cette même étude. Preuve, s’il en fallait encore, que des spécificités telles qu’un effet de génération ne sauraient supplanter d’autres déterminants sociologiques aussi puissants que l’appartenance sociale. «Chaque génération possède un million de visages et autant de voix», disait l’article du Time. C’est toujours aussi vrai, et l’oublier revient à fermer les yeux sur un fléau qui promet, aux jeunes les plus fragiles, l’extension du domaine de leur exclusion sociale. »
(1) «Practicing at Home : Computers, Pianos, and Cultural Capital», d’Ellen Seiter, 2008.
(2) «Digital Na(t)ives ? Variation in Internet Skills and Uses Among Members of the “Net Genera- tion”», d’Eszter Hargittai, 2009.
(3) «The Digital Activism Gap : How Class and Costs Shape Online Collective Action», de Jen Schradie, 2018.

Les projets officiels de programmes en seconde et premières

Ils sont à consulter ici. Je mets ci-dessous ceux d’histoire – géographie et d’éducation morale et civique.
– pour la seconde :

2de_Histoire-geographie_Enseignement_commun

2de_EMC_Enseignement_commun

– pour la première générale :

1e_Histoire-geographie_Enseignement_commun G

1e_EMC_Enseignement_commun_Voies_G_et_T

– pour l’enseignement de spécialité en première générale :

1e_HG-geopolitique-SP_Specialite_Voie_G

– pour la première technologique :

1e_Histoire-geographie_Enseignement_commun_Voie_techno

1e_EMC_Enseignement_commun_Voies_G_et_T

L’élaboration et la transmission des projets de programme concernant les classes de terminale sont prévues au plus tard à l’automne 2019 pour une mise en place en septembre 2020.

Voici les compétences (ici appelées capacités) à maîtriser en seconde et en première (générale comme technologique) :

Des uniformes dans des écoles publiques

Les écoliers de la ville de Provins, en Seine-et-Marne, vont faire leur rentrée scolaire avec des uniformes, ce lundi 5 novembre, après un vote positif des parents d’élèves en juin dernier ( à 62,4 %), sans que la mesure soit toutefois obligatoire. Cela concerna tout de même près de la moitié des 700 élèves de la ville.
Le trousseau, qui coûte 145 euros, comprend polos, pull, sweat-shirt, veste, pantalon, bermuda pour les petits garçons et pour les petites filles pantalon et jupe. L’uniforme comporte un écusson qui reprend les armoiries de la ville de Provins et la devise de la République.
Pour le maire c’est une manière de faire vivre les valeurs républicaines dans la vie des écoliers : « (…)on parle beaucoup de la République ces temps-ci et notamment beaucoup des grandes valeurs républicaines, du rôle de l’école publique, du rôle qu’elle doit avoir pour rester ce qu’elle est depuis toujours, ou au moins depuis la fin du XIXe siècle, à savoir le premier creuset républicain. Je pense que c’est une manière pragmatique, pratique, concrète, dans la vie quotidienne des écoliers qui passent beaucoup de temps à l’école de faire vivre les valeurs républicaines et de montrer que ce qui rapproche ces élèves, c’est qu’ils sont tous à égalité membres de la communauté éducative et aussi en puissance de la communauté nationale, puisqu’ils ont tous vocation à devenir des citoyens. »
« (…)Partout où ça a été mis en place, on nous dit aussi que ça crée en règle générale un climat assez propice à l’apprentissage. On se lance dans cette aventure, c’est une première. Dans la durée, on pourra faire un bilan et puis dans quelques années je pense que les enseignants de nos écoles élémentaires pourront dire si effectivement, ça replace les professeurs au cœur du jeu et si on peut travailler sur des valeurs importantes qui sont celles du respect envers les professeurs, du respect mutuel entre les élèves. Ce sont des choses qu’on verra dans la durée et cette expérimentation servira sans doute aussi à se faire une idée précise des apports, des bénéfices de la tenue scolaire unique.« 

D’après un article de France Info.