Catégorie : Vers une nouvelle école ?

Eh bien, je n’ai pas hâte d’enseigner en 2050 !

(une délicieuse histoire de l’école, pleine de cliché)

Nous avons regarder en famille le documentaire sur l’école de la série Rêver le futur. Je l’avais commencé et je me doutais que le contenu allait faire bondir ma femme : pari gagné !  De mon côté, j’ai bien ri devant la somme de cliché et de vérités assenées à longueur de documentaire (les objets connectés et les robots auront envahi les classes en 2050… Dans les écoles privées élitistes comme certaines présentées, sans doute, mais dans le collège de Maromme, j’ai des doutes…). Le documentaire ressemble a une longue publicité pour des marques d’ordinateurs ou des organismes privés et prétend que tous les problèmes de l’école se résoudront par la technologie et surtout la robotique ou bien l’architecture. On nous fait comprendre aussi que le professeur sera très probablement obsolète.
Il n’y aurait rien à sauver dans ce film si n’y était pas relaté une expérience mené par un chercheur indien autour de l’apprentissage collectif en autonomie.

Cette expérience m’a donné envie de la tenter, sans ordinateur tactile cependant. Cela rejoint l’idée que « toute leçon doit être une réponse à une question que les élèves se posent » comme le disait John Dewey. Poser une question suffisamment large aux élèves sur un thème de l’année puis leur demander de chercher à y répondre en groupe avant de les faire échanger sur leurs découvertes en classe entière. Je vais y réfléchir.
Pour 2050, ma femme m’a fait remarquer que je serai en retraite depuis un moment cette date là…

Capture d’écran 2020-09-18 à 20.49.09

(on trouve vraiment des robots partout en ce moment !)

Un entretien avec Philippe Meirieu dans le Café pédagogique

Il est interrogé à propos de la sortie de son dernier livre, dans lequel il revient sur son parcours d’enseignant. Extraits :

En effet dans ce livre vous renoncez au traité. Pourtant vous faites découvrir un large horizon pédagogique…

Cet ouvrage n’est pas, effectivement, un « traité » qui égrène des certitudes. C’est plutôt, à tout prendre, un livre d’épistémologie de la pédagogie. Dans le second chapitre que j’ai intitulé « Les certitudes ne font pas le printemps », j’essaye de montrer que la certitude est le pire ennemi de la démocratie et de l’éducation à la démocratie. Elle bloque l’intelligence et enkyste chacun sur ses positions. J’ai, tout au long de ma vie de chercheur engagé, tenté de faire dialoguer des convictions, qui relèvent de choix éthiques et politiques, avec des connaissances, qui relèvent d’une approche rationnelle ou scientifique. Ce dialogue c’est pour moi ce qui constitue la dynamique même de la recherche et de l’invention pédagogique. On ne peut pas faire de pédagogie sans convictions. On ne peut pas en faire non plus sans connaissances. Mais on ne peut pas en faire, surtout, sans mettre en tension les unes et les autres.
Je tente ainsi de montrer comment mes convictions se sont heurtés à des connaissances et m’ont permis aussi d’en construire de nouvelles. Je crois même que toute l’histoire de la pédagogie peut être lue comme un dialogue sans fin entre convictions et connaissances. C’est ce même dialogue que l’on cherche à mettre en place chez les élèves pour combattre toutes les formes de blocage sur des représentations ou des opinions, comme toutes les dérives vers l’intégrisme et les théories du complot.

Vous dites aussi que la pédagogie et les pédagogues sont dans la tourmente. Pourquoi ?

Précisément parce que nous vivons dans un contexte intellectuel où l’on dénie toute réflexion à caractère éthique en matière éducative au profit d’un scientisme qui prétend résoudre toutes les questions. Cela compromet, tout à la fois, la recherche pédagogique et la formation des enseignants.

En prétendant asseoir l’éducation sur des certitudes, indépendamment, de toute réflexion philosophique, on transforme les enseignants en exécutants de procédures « validées scientifiquement » alors que le métier est constitué de prises de décisions qui implique des choix de valeurs. Enseigner, ce n’est pas seulement « transmettre des savoirs » – même si, évidemment, cette transmission est essentielle -, c’est aussi s’engager à faire de cette transmission une émancipation. Et cela passe par le partage du plaisir d’apprendre : si les enseignants n’incarnent pas ce plaisir d’apprendre, ils réservent le bénéfice de la transmission à ceux et celles qui ont découvert ce plaisir par ailleurs, à l’extérieur de l’école.

Mais, peut-être bien que dire que les pédagogues sont « dans la tourmente » est plutôt une vision optimiste. Ils sont, en réalité, largement dans l’oubli. Si l’on excepte la totémisation de Montessori et quelques références à Freinet, l’histoire de la pédagogie est la grande absente de la formation initiale et continue dans l’Education nationale. Et il faut s’inquiéter de l’inculture pédagogique de nos dirigeants comme de ceux qui pilotent la formation des cadres et n’ont comme seule référence les neurosciences et le « management agile ».

(…)

Le livre avance plusieurs propositions pédagogiques. Pour quel métier enseignant ?

Le coeur des propositions pédagogiques de ce livre se situent autour de l’exigence. Je m’interroge sur ce que veut dire être exigeant avec les élèves et pourquoi c’est important de faire intérioriser cette exigence par l’élève. Un des enjeux majeurs du métier c’est que l’élève devienne exigeant avec lui-même. Ce transfert de l’exigence du maitre vers l’élève est un élément fondateur qui justifie le titre du livre et, en particulier, le mot « démocratie » : il n’y a pas de démocratie possible sans une éducation qui rende les sujets exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes, en quête de toujours plus de précision, je justesse, de vérité.

Ce qu’on vit aujourd’hui au regard de la montée du numérique et des GAFAM, comme de toutes les formes de populismes, renvoie, pour moi, à l’urgence de cet apprentissage de l’exigence. La lucidité, la pensée critique, la posture de recherche et non d’enkystement sur les fake news les plus séduisantes, est absolument nécessaire à l’exercice de la citoyenneté et je crois que, si l’école ne peut pas tout dans ce domaine, elle peut néanmoins encore quelque chose : à condition de pas à dire à l’élève « je suis exigent pour ton bien » mais « je vais t’aider à devenir deviens exigeant avec toi-même et c’est ainsi que tu deviendras un citoyen libre et un professionnel heureux. L’exigence est le plus beau cadeau que je puisse te faire ».

A propos de la circulaire de rentrée 2020

Voici ce que je retiens de la circulaire de rentrée 2020. Elle est disponible en intégralité ici.

« Tous les élèves sont accueillis sur le temps scolaire. Afin de garantir la santé des élèves et des personnels, et eu égard à la situation épidémique à la date de la présente circulaire, le respect des règles sanitaires essentielles doit être assuré : gestes barrière, hygiène des mains, port du masque pour les adultes et les élèves de plus de 11 ans lorsque les règles de distanciation ne peuvent être respectées dans les espaces clos ainsi que dans les transports scolaires, nettoyage et aération des locaux. Dans la mesure du possible le déplacement des professeurs est privilégié par rapport au déplacement des élèves. Les personnels de santé sont pleinement mobilisés à l’appui de cette politique sanitaire.
(…)
En début d’année scolaire, l’ensemble de notre institution doit veiller à ce que les élèves maîtrisent les connaissances et les compétences indispensables à la poursuite de leur année dans de bonnes conditions. La logique de cycle donne la souplesse nécessaire pour atteindre cet objectif.
(…)
Les évaluations nationales de 6e s’étoffent pour mieux identifier les besoins des élèves et offrir des résultats plus précis pour faciliter l’action des équipes éducatives et le dialogue avec les familles. Pour apporter des réponses rapides et ne pas laisser s’installer les difficultés scolaires, elles ont lieu à partir du 14 septembre. En mathématiques, l’accent est mis sur la résolution de problèmes et, en français, sur la compréhension de textes longs. En outre, un test de fluence en lecture, permettant une appréciation immédiate, est désormais ajouté. Ce test est réalisé dans les premiers jours de l’année de 6e. Il peut être pris en charge par tout membre de l’équipe éducative.
(…)
Les modalités de passation des tests de positionnement en début de 2de, qui aident les professeurs à identifier les besoins de chaque élève en français et en mathématiques, ont été simplifiées. En outre, un test spécifique de littératie et numératie (Linu), adapté aux 1res années de CAP, est introduit cette année.
(…)
Pour les autres niveaux, au cours des premiers jours de la rentrée scolaire, des outils de positionnement sont mis à disposition des professeurs. Ces tests, courts et ponctuels, permettent de mesurer instantanément la maîtrise des compétences fondamentales et d’identifier les priorités pour chaque élève.
(…)
Pour réduire les éventuels écarts constatés entre la rentrée et les vacances de la Toussaint, les apprentissages sont concentrés sur les connaissances réputées acquises dans le cadre d’une scolarité ordinaire et nécessaires pour commencer leur année dans de bonnes conditions. C’est pourquoi, à l’école primaire comme au collège, pour chacun des niveaux d’enseignement, des objectifs pédagogiques prioritaires sont identifiés et mis à disposition des équipes pédagogiques.
(…)
Le ministère concentre tous les moyens disponibles pour assurer l’accompagnement personnalisé des élèves : plus d’1,5 million d’heures supplémentaires, l’ensemble des moyens de remplacement non utilisés ainsi que les AED en préprofessionnalisation et tous les partenaires de l’École dans le cadre de Devoirs faits seront mobilisés et concentrés entre septembre et décembre sur cet accompagnement. Tous les niveaux sont concernés, avec une priorité pour les classes charnières (CP, 6e, 2de).
En outre, à partir de l’expérience acquise durant la période de confinement, les équipes éducatives sont encouragées à mobiliser les outils numériques, notamment dans le cadre de l’aide personnalisée, de Devoirs faits ou des Stages de réussite qui peuvent être proposés à distance aux familles.
(…)
Si elles le jugent utile, les équipes éducatives des collèges offrent un parcours de soutien aux élèves qui éprouvent des difficultés à lire, notamment lors du test de fluence en 6e. En effet, la classe de 6e, dernière année du cycle 3, est l’aboutissement des apprentissages de l’école primaire et le tremplin vers l’acquisition de compétences plus complexes qui nécessitent une solide maîtrise des savoirs fondamentaux. Le chef d’établissement peut notamment proposer aux familles :
soit un parcours scolaire et périscolaire intégré du lundi au vendredi avec, d’une part, les enseignements obligatoires renforcés par des heures de lecture et d’accompagnement personnalisé centrées sur les savoirs fondamentaux, et, d’autre part, une offre périscolaire éducative. Cela peut être particulièrement pertinent dans le cadre d’une Cité éducative ;
soit un parcours scolaire renforcé en lecture : sur les 26 heures d’enseignements obligatoires hebdomadaires en 6e, jusqu’à 5 heures pourront être consacrées à la remédiation en lecture, écriture ou calcul. Ces heures peuvent être assurées par un professeur du collège ou un professeur des écoles. Elles sont organisées en petits groupes, sur le temps consacré à d’autres enseignements et en fonction des compétences acquises par l’élève pour lui permettre de dépasser ses difficultés. À mesure que les difficultés des élèves se résorbent, le volume d’heures consacré à la lecture et au calcul diminue.
(…)
Au collège, le dispositif Devoirs faits est renforcé. Les heures, positionnées dans l’emploi du temps, sont proposées aux élèves dès la première semaine de septembre, dans le double objectif d’offrir à tous les élèves volontaires un service d’accompagnement aux devoirs et d’aider les élèves en difficulté. Il s’agit de proposer 3 heures d’accompagnement aux devoirs par semaine pour chaque élève (4 heures pour chaque élève de 6e sur la période septembre-décembre).
Afin de permettre aux élèves en fragilité scolaire d’aborder la rentrée en confiance, les chefs d’établissement et professeurs informent les familles de cette possibilité et les encouragent à s’y inscrire. Les directeurs d’école attirent l’attention des principaux sur les élèves entrant en classe de 6e qui auraient été fragilisés du fait d’un éloignement de l’école pendant le confinement.
(…)
Le numérique est devenu indispensable dans la vie personnelle, citoyenne et professionnelle de chacun. Dans le contexte de crise sanitaire que nous avons connu, il est plus que jamais essentiel d’y préparer tous les élèves pour qu’ils puissent tirer parti des opportunités qu’offre le numérique et développer des usages responsables. Après quatre années d’expérimentation et de co-construction, le dispositif Pix sera généralisé dans les collèges et lycées, avec une première campagne de positionnement pour tous les élèves à partir de la 5e, l’introduction d’une certification des compétences numériques obligatoire pour les élèves de 3e et de terminale, et un accompagnement pédagogique innovant pour les enseignants au travers de la plateforme Pix Orga.
(…)
L’année qui commence sera spécialement consacrée au livre et à la lecture. Particulièrement cette année, il s’agit de se mobiliser pour lutter contre la difficulté en lecture et promouvoir le plaisir de lire.« 

Tout ce qui est dit à propos de l’aide à apporter en lecture aux élèves de sixième va dans le sens de l’atelier lecture que nous avons mis en place en sixième au collège, durant l’année 2019 – 2020 (même si une partie des élèves n’a pas pu en bénéficier à cause de la crise sanitaire). L’aide aux devoirs n’est toujours pas imposée aux élèves, ce qui va en réduire considérablement l’efficacité, comme les années précédentes. Enfin, l’idée de la certification numérique en 3e et terminale est bonne, mais j’ai des craintes concernant son contenu.

« L’école ne doit pas « s’adapter » au numérique, elle doit s’augmenter avec le numérique. »

C’est l’avis d’un psychiatre, président de l’association 3-6-9-12 et qu’il développe dans cet entretien au Berry Républicain.

Extraits :

Quels bénéfices voyez-vous pour les enfants, les étudiants ?
S.T. « Avec les outils numériques, l’élève peut travailler à son rythme, en trouvant un niveau de difficultés adapté à ses compétences. Les espaces numériques favorisent aussi ce qu’on appelle la motivation d’innovation (chacun prend d’autant plus de plaisir à une tâche qu’il y construit son propre parcours personnel) et la motivation de sécurisation : les logiciels ne jugent pas et ne condamnent pas. »

Y a-t-il, selon vous, des effets néfastes à cet enseignement sans présence d’un professeur, de copains ?
S.T. « L’élève a besoin d’une relation vivante avec un enseignant qui valorise ses possibilités, et auquel il peut s’identifier dans une relation dynamique et créatrice aux savoirs. C’est pourquoi il est extrêmement important que les élèves retrouvent à la fois leurs enseignants et leurs camarades à certains moments. Présentiel et distanciel doivent alterner. »