Catégorie : Vers une nouvelle école ?

C’est quoi, être un prof d’histoire -géo ?

Alain Daziron était professeur d’histoire-géographie en collège jusqu’en 2016 – 2017. Il a publié sur le Café pédagogique un texte où il parle de sa façon de pratiquer le métier d’enseignant et dont je retiendrai ceci :

« Quoiqu’il en soit, il me semble primordial, qu’en toutes circonstances, lorsqu’on doit passer toute sa vie professionnelle au contact des adolescents, d’être d’abord et pleinement soi-même. Si l’on met un masque ou si l’on s’emmure dans une posture artificielle, cela sonne faux et les élèves ne s’y trompent pas.

Si j’avais à situer ma façon d’habiter la classe – au-delà de la difficulté à s’auto-évaluer, à se voir dans un miroir je dirais à peu près ceci.

J’ai enseigné à l’enthousiasme, en empathie avec les élèves, et une vraie passion pour l’histoire ( plus que la géographie). J’ai toujours eu la conviction que le professeur était le moteur de la classe. Avec l’intuition que l’un des ressorts profonds pour stimuler les élèves est qu’ils perçoivent que l’enseignant est lui-même en recherche permanente. Qu’il est porté par une soif de découverte, de curiosité, et d’une grande capacité d’émerveillement comme l’enfant qu’il n’est plus. J’ai toujours veillé à rester moi-même dans une fermeté bienveillante pour ne pas verrouiller la relation vivante et sensible avec la classe.« 

Il a aussi rédigé un texte plus long, intitulé  » le collège n’est pas à refonder, mais à habiter », qu’on lira avec profit également.

Je ne vois pas la nouveauté !

Des députés ont proposé de créer une classe de troisième baptisée « prépa-métiers », dans un amendement adopté en commission mardi 29 mai et qui sera débattu à l’Assemblée à partir du 11 juin. Il fait partie du projet de loi « avenir professionnel », porté par la ministre de Travail, qui entend préparer l’orientation des collégiens, notamment vers l’apprentissage.
Au cours de la dernière année de scolarité au collège, les élèves volontaires pourraient suivre une classe intitulée troisième prépa-métiers. Cette classe, qui doit se substituer au dispositif existant d’initiation aux métiers en alternance pour les élèves, vise à préparer leur orientation vers la voie professionnelle et l’apprentissage, et leur permet de poursuivre l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.
En l’état, je ne vois pas ce que ce dispositif apporterait de plus que les troisièmes préparatoires à l’enseignement professionnel, d’autant qu’elle se déroulerait au sein de collège et non plus de lycée professionnel, accueillant des structures pour s’initier aux « disciplines professionnelles ». Quand arrêtera-t-on d’inventer ce qui existe déjà ?

 

A lire ?

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Cet ouvrage interroge l’évolution du métier dans le contexte de la réforme, pour mieux prendre en charge la difficulté scolaire et oeuvrer à la « réussite pour tous ».
Croisant les regards d’un enseignant et d’un personnel de direction, l’ouvrage replace les logiques d’un enseignement disciplinaire et des programmes de 2016 dans un contexte global. Il révèle les cadres dans lesquels s’inscrit l’action de l’enseignant et montre, conseils pédagogiques à l’appui, quelles sont les compétences à construire et à mobiliser.
Il redéfinit aussi l’identité professionnelle d’un enseignant d’histoire-géographie dans sa complexité et son appartenance à une communauté éducative.

Le mépris de nos dirigeants pour les élèves et l’éducation

« Quand on voit la façon dont deux heures de cours ont été résumées en moins de deux minutes, c’est-à-dire qu’on a coupé, recollé, expurgé, pour avoir finalement des bouts de phrase, dont vous savez très bien les uns et les autres qu’elles ont été complètement coupées de leur contexte… Est-ce que ça, c’est du journalisme ? Non. Ça, éventuellement, c’est un exercice au niveau CAP d’ajusteur-monteur. »
Ce sont les propos ignobles d’un membre du parti Les Républicains pour défendre son chef, qui a tenu des propos parfois discutables pendant un cours dans une école de commerce lyonnaise. Entendons nous, je ne défends pas le travail des journalistes, qui me semble au mieux bâclé. Non, je m’emporte contre les termes utilisés pour le qualifier.
Mon fils est actuellement en lycée professionnel, en métallurgie et on lui demande des choses complexes, comme des analyses filmiques, en plus de sa formation technique et professionnelle qui est tout sauf simple. Ce mépris des diplômes professionnels par des gens dont l’activité est financée par de l’argent public est écoeurant.

Edit : voici un extrait de France Inter où Pierre Bérégovoy, ancien premier ministre de François Mitterrand,  parle du métier de fraiseur. Ce n’est pas du même niveau, décidément.

« Il y a un doute. Ce doute que je peux avoir par l’observation de la réalité va me conduire à une vision pragmatique… Il est probable que la crèche soit plus pertinente que la scolarisation à 2 ans » a déclaré de son côté le ministre de l’Éducation national.
Il évoque ainsi l’établissement probable d’un apprentissage en trois étages : la crèche jusqu’à 3 ans, l’école maternelle à partir de 3 ans et les CP et CE1 dédoublés à partir de  6 ans. Mais au-delà de cette déclaration, il y a ce qu’il ne dit pas et ce qu’il nie.
Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde en crèche, soit parce qu’il en manque, soit parce que seuls les enfants des classes sociales les plus favorisées peuvent y accéder. Il y aura donc une éducation à deux vitesses, institutionnalisée et ce même ministre demandera ensuite à l’école de rattraper un retard qu’il aura sciemment contribué à créer !
Ce qu’il nie ensuite, c’est le rôle important de la maternelle, et ce dès la petite section, dans l’éducation et l’apprentissage des enfants. Cet apprentissage était échu à des professionnels, formés pour cela par l’Éducation nationale elle-même ! Il nie également et balaye allègrement la capacité d’apprentissage des très jeunes enfants, qui a pourtant été étudiée et démontrée.
Pourquoi ne pas avoir la franchise cynique d’admettre que le manque de poste d’enseignants empêche la réalisation de l’objectif des classes dédoublées en CP et CE1 en réseau d’éducation prioritaire, et que la suppression de la petite section permettrait de redéployer les moyens ? L’efficacité des enseignants et la capacité intellectuelle des enfants n’ont rien à voir là-dedans !

Pour les troisièmes qui s’inquiètent…un peu.

Voici le document officiel expliquant la réforme du lycée et ce qui va changer en première et en terminale à partir de la rentrée 2019 et 2020.  Il y aura pour les seconde de 2018 (donc les troisièmes de cette année), un test de positionnement.

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Et ci-dessous, quelques pages montrant le fonctionnement de manière synthétique.

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Le parcours d’une élève fictive :

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Ouf, cela finit bien !