Catégorie : Histoire / Géographie et cinéma

Mise en contexte du film 1917

En cette fin d’année, je passe aux derniers élèves de troisièmes présents le film 1917, de Sam Mendès, en leur demandant de noter ce qui leur semble peu historique ou réaliste. Ils ont facilement vu le côté artificiel, irréaliste et esthétique de la scène de nuit dans le village d’Ecoust (qui se prononce Ecout et non Ecouste comme entendu dans le film). De même, la chute de l’avion allemand dans la ferme les a laissé sceptique. J’en ai profité pour situer l’action du film dans la chronologie et dans le théâtre des opérations.

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L’action du film se déroule durant l’Opération Alberich, le repli stratégique des Allemands vers la ligne Hindenburg construitehors de la vue des Alliés d’octobre 1916 à mars 1917. Les deux localités évoquées dans le film sont Ecoust-Saint-Mein, occupée par les Allemands, et Croisilles où se trouve le bataillon britannique prêt à attaquer lors de ce qui fut appelé la bataille de Bullecourt.

Parallèlement aux préparatifs de la grande attaque des 1re et 3e armées britanniques devant Arras, prévue début avril 1917 en prélude à l’offensive française sur le Chemin des Dames, le général Gough, chef de la 5e armée britannique à laquelle appartenaient quatre divisions australiennes, proposa un assaut complémentaire sur un secteur étroit du front, entre deux points forts de la « ligne Hindenburg », établis dans les villages de Bullecourt et Quéant. Une préparation d’artillerie, destinée à tracer un chemin à travers les lignes de barbelés ennemies, avait été initialement prévue. Mais informé des succès initiaux de l’assaut britannique devant Arras, le 9 avril, le général Gough décida de modifier ses plans et d’avancer son attaque ; il comptait sur les chars pour franchir les barbelés.

Après un premier report le 10 avril, en raison du retard des chars, l’attaque fut déclenchée à l’aube du 11, à 4h45. Les Australiens quittèrent l’abri d’un remblai de chemin de fer et se dirigèrent, à découverts, vers les lignes allemandes. Seuls onze chars les accompagnaient et ils ne jouèrent aucun rôle significatif dans le combat. Les assaillants furent soumis au feu des mitrailleuses et de l’artillerie allemande et les pertes furent immédiatement élevées : les plus avancés éprouvèrent de grandes difficultés à franchir les ceintures de barbelés, beaucoup s’y empêtrèrent et se firent tuer. Seule une faible partie des unités parvint à s’emparer de portions de la première ligne allemande après des combats à la grenade. Le nombre insuffisant d’hommes et de munitions interdisait cependant toute poursuite vers la seconde ligne et les Australiens furent alors soumis à un tir d’artillerie intense et exposés à une contre-attaque allemande des soldats de la 27e division wurtembergeoise, qui sortirent, indemnes, des abris profonds de la seconde ligne. Le repli des troupes alliées fut inévitable et seule une minorité des Australiens parvint à regagner sa position de départ, après un combat qui avait duré 8 heures. La 4e brigade australienne avait perdu 2229 hommes sur 3000.


Une seconde bataille de Bullecourt se déroula quelques semaines plus tard, le 3 mai 1917. Les Britanniques reprirent alors le village de Bullecourt, mais mais sans aller au-delà, au prix de 7000 morts de plus. Le village fut repris ensuite par les Allemands en mars 1918.

Le véritable cours d’eau passant à Ecoust…

Le film n’a pas été tourné sur place pour des raisons pratiques, les terres autour des villages français étant encore parsemées de munitions et des dépouilles de soldats non retrouvés. Mais en recréant cette partie de l’Arrageois au Royaume-Uni, le réalisateur a pris des libertés avec la géographie : le héros de 1917 se jette à Ecoust dans des rapides qui débouchent sur une vertigineuse cascade ! Or, ce type de cours d’eau n’existe pas dans le village : le « Fossé aux Eaux Sauvages » des cartes n’est qu’un petit ruisseau. De même, le héros franchit un pont détruit au-dessus d’un canal pour rejoindre Ecoust-Saint-Mein. Or le canal du Nord passe à quelques kilomètres du village et n’a été mis en service que dans les années 1960.

 

Deux films historiques pour la réouverture des cinémas

Ils peuvent être vus avec profit par des élèves de troisième.

Pour L’Ombre de Staline, j’en parlais ici le 15 mars.

Le second film s’intéresse au moment où le général de Gaulle gagne le Royaume-Uni lors de la débâcle de 1940 et à son combat pour faire vivre la résistance.

Pas sûr qu’on puisse le voir, mais cela a l’air intéressant

En 1933, Gareth Jones, journaliste indépendant, vient de publier la première interview d’Adolph Hitler tout juste promu chancelier. Le reporter veut enchaîner sur un entretien avec Staline pour percer le secret du « miracle soviétique », une réussite économique paradoxale alors que le pays est ruiné. Arrivé à Moscou, il se retrouve sous surveillance et son principal contact disparaît. On lui glisse à l’oreille que les ressources financières soviétiques émaneraient de l’ »or ukrainien ». Il parvient alors à fuir à Kiev, enquête, et découvre une terrible vérité, le génocide ukrainien qui fit entre 2,6 et 5 millions de morts en 1932-33.

Made in Bangladesh

Shimu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Le site Zéro de Conduite propose un dossier pédagogique pour étudier ce film qui sort en salle le 4 décembre.

Pour se préparer à voir Persépolis

affiche-film-persepolis_1

A la rentrée, les élèves de troisième vont assister à la projection du film Persépolis, de Marjane Satrapi. Pour l’occasion, j’ai proposé aux collègues de lettres de faire un petit topo sur l’Iran et son histoire pour que les élèves comprennent mieux le film. Voici les documents que je leur ai montrés pour introduire et accompagner mon récit :

Présentation Iran

Les photos présentées dans le pdf ont été prises par Reza et Manoocher, deux frères qui ont photographié la révolution iranienne puis la guerre entre l’Iran et l’Irak, dénonçant les exactions du régime des mollahs. Pour Arte Reportage, ils ont  commenté 40 photos réalisées dans les premières années de la révolution iranienne. C’était il y a 40 ans.