Catégorie : Histoire / Géographie et cinéma

Marc Ferro (1924 – 2021)

Marc Ferro est né en 1924. Tout jeune, Marc Ferro se passionnait déjà pour l’histoire, composant une première « Histoire de France » qui commençait pour lui à la guerre de Cent Ans. La guerre lui fait prendre le chemin de l’exode en juin 1940. De retour à Paris, en classe de seconde au lycée Carnot, il y fut menacé par la politique antisémite de Vichy. En terminale, son professeur de philosophie, Maurice Merleau-Ponty, lui recommanda de fuir au plus tôt la zone occupée. Sa mère, née Firdmann en Ukraine, était juive et fut arrêtée et mourut en déportation.
Etudiant en zone libre à Grenoble, en 1942, il fut recruté, pour sa connaissance de l’allemand, par une amie communiste qui animait un réseau de résistants. Il devait identifier, parmi les soldats qui stationnaient aux portes de la ville, les futures cibles en vue d’une action d’envergure. Mais le réseau est démantelé et Marc Ferro, début juillet 1944, rejoignit le maquis du Vercors. Comme géographe, il s’occupait de la lecture des cartes et était chargé de transmettre les ordres du lieutenant-colonel François Huet, alias Hervieux, commandant la défense du Vercors. Ce foyer de résistance fut anéanti par les Allemands et, en attendant le débarquement projeté en Provence, les survivants, dont Marc Ferro, effectuèrent de périlleux raids de ravitaillement. Il participa ensuite à la libération de Lyon avant de retourner à ses études.
Il commença à enseigner à Paris et, dès 1948, à Oran. Là, il prit conscience du fait colonial dont il se fera l’historien (Histoire des colonisations. Des conquêtes aux indépendances, XIIIe-XXe siècle, Seuil, 1994 ; Le Livre noir du colonialisme. XVIe-XXIe siècle : de l’extermination à la repentance, Robert Laffont, 2003 ; La Colonisation expliquée à tous, Seuil, 2016). Lorsque la guerre d’indépendance éclata, à la Toussaint 1954, il participa à Oran à la naissance de Fraternité algérienne, un mouvement progressiste hostile aux inégalités du système colonial, qui échoua à  proposer une voie médiane.
En 1956, il regagna Paris, où il exerça dans différents lycées tout en travaillant à sa thèse sur la révolution de 1917. Son directeur de thèse, Pierre Renouvin, l’introduisit au CNRS en 1960. Dans le même temps, il effectua des séjours d’études en URSS et accéda à des archives rares qui lui permirent de rédiger une première synthèse, La Révolution de 1917 (1967), précédant de près de dix ans sa thèse d’Etat (1976). Il publia d’alleurs des aspects majeurs de sa recherche dans la revue des Annales bien avant la soutenance. Adoptant un discours non idéologique, l’historien utilisa les archives écrites et audiovisuelles pour établir que la révolution prolétarienne, dont on créditait le mouvement ouvrier, fut en fait l’affaire des femmes, des soldats et des paysans. Fernand Braudel l’introduisit en 1964 au secrétariat de rédaction de la revue des Annales, avant d’en faire le codirecteur. Nommé directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études en 1969, Marc Ferro intégra en même temps l’Ecole polytechnique (1969-1992).
Après avoir collaboré à un film sur la première guerre mondiale avec Frédéric Rossif (La Grande Guerre, 1963), Marc Ferro fit de sa passion du cinéma un objet d’étude. Dans son livre Cinéma et histoire, il a proposé une analyse documentaire inédite dont il offrit aux téléspectateurs les fruits en créant, pour la Sept, puis Arte, « Histoire parallèle », une émission juxtaposant des bandes d’actualités diffusées quasi simultanément dans deux camps rivaux, sans coupes ni commentaires, avant de débattre de cette confrontation frontale avec un invité, spécialiste ou témoin. L’émission dura 630 émissions, entre 1989 et 2001, et donna une leçon de méthode et d’honnêteté critique qui fit date. Il cosigna aussi le scénario du film Pétain de Jean Marbœuf, en 1993, une adaptation de la biographie qu’il avait fait paraitre en 1987.
Il contribua à de nombreuses collections de vulgarisation avec des titres variés (Des Grandes Invasions à l’an mille ; Le Monde féodal ; Le Siècle de Luther et de Christophe Colomb ; L’Ancien Régime ; Les Révolutions et Napoléon ; Le XXe Siècle expliqué à mon petit-fils ; Le Mur de Berlin et la chute du communisme expliqués à ma petite-fille ; De Gaulle expliqué aujourd’hui). Il se fit aussi l’observateur de la science historique avec Comment on raconte l’histoire aux enfants à travers le monde entier (1981) et L’Histoire sous surveillance. Science et conscience de l’histoire (1985). Plus récemment, il publia Les Tabous de l’Histoire (2002), Le Ressentiment dans l’Histoire (2007), et L’Aveuglement, une autre histoire de notre monde (2015).

D’après un article du Monde.

Dans cet article de Mediapart, le réalisateur du documentaire Vercors 44, le rêve des hommes jeunes, reviens sur l’entretien qu’il a eu avec Marc Ferro au sujet de sa vie de résistant dans le maquis.

Bertrand Tavernier (1941 – 2021)

Né en à Lyon, la ville des frères Lumières, Bertrand Tavernier est le fils de René Tavernier, résistant et écrivain, qui publia Eluard et Aragon, ce dernier vivant à l’étage au-dessus de la famille, avec sa femme Elsa Triolet, durant la guerre. Il a donc grandi dans un milieu culturel et humaniste, auxquels ses films firent souvent référence.
Passionné de cinéma depuis ses douze ans, il fréquenta la Cinémathèque une fois à Paris, créa un Ciné-club en 1961, collabora aux Cahiers du cinéma et devint assistant réalisateur sur le tournage de Léon Morin prêtre (1961) de Jean-Pierre Melleville. Il fut aussi attaché de presse pour Stanley Kubrick sur 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), Orange mécanique (1971) et Barry Lyndon (1975).
Il réalisa son premier long métrage, L’Horloger de Saint-Paul, d’après L’Horloger d’Everton de Simenon, en 1974. Bertrand Tavernier tourna ensuite, entre autres, de nombreux films historiques, sur des périodes très différentes.
Il réalisa enfin un documentaire en 2016, Voyage à travers le cinéma français, devenu une série à la télévision. Voyageant à travers le cinéma de 1930 à 2008, le film de plus de trois heures compile 594 extraits couvrant 94 longs métrages, choisis et commentés par ce réalisateur-cinéphile.
Voici les films que j’aime de ce réalisateur, sans doute mon préféré.
Que la fête commence… (1975), sur la Régence.
Un dimanche à la campagne (1984) se déroulant à la veille de la Première Guerre mondiale.
La Passion Béatrice (1987) : LE film sur le Moyen – Age selon moi.
La vie et rien d’autre (1989) sur le traumatisme de la première Guerre mondiale.
L.627 (1992), un extraordinaire film sur le métier de policier, qui m’a fait hésiter un temps sur mon orientation professionnelle.
La fille de d’Artagnan (1994). Un bon film de cape et d’épée avec de formidables acteurs.
Capitaine Conan (1996). Un film dur et terrible sur la Première Guerre mondiale.

On pourra lire ici un portrait de lui paru dans le magazine L’Histoire n°374, en 2012.

Mise en contexte du film 1917

En cette fin d’année, je passe aux derniers élèves de troisièmes présents le film 1917, de Sam Mendès, en leur demandant de noter ce qui leur semble peu historique ou réaliste. Ils ont facilement vu le côté artificiel, irréaliste et esthétique de la scène de nuit dans le village d’Ecoust (qui se prononce Ecout et non Ecouste comme entendu dans le film). De même, la chute de l’avion allemand dans la ferme les a laissé sceptique. J’en ai profité pour situer l’action du film dans la chronologie et dans le théâtre des opérations.

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L’action du film se déroule durant l’Opération Alberich, le repli stratégique des Allemands vers la ligne Hindenburg construitehors de la vue des Alliés d’octobre 1916 à mars 1917. Les deux localités évoquées dans le film sont Ecoust-Saint-Mein, occupée par les Allemands, et Croisilles où se trouve le bataillon britannique prêt à attaquer lors de ce qui fut appelé la bataille de Bullecourt.

Parallèlement aux préparatifs de la grande attaque des 1re et 3e armées britanniques devant Arras, prévue début avril 1917 en prélude à l’offensive française sur le Chemin des Dames, le général Gough, chef de la 5e armée britannique à laquelle appartenaient quatre divisions australiennes, proposa un assaut complémentaire sur un secteur étroit du front, entre deux points forts de la « ligne Hindenburg », établis dans les villages de Bullecourt et Quéant. Une préparation d’artillerie, destinée à tracer un chemin à travers les lignes de barbelés ennemies, avait été initialement prévue. Mais informé des succès initiaux de l’assaut britannique devant Arras, le 9 avril, le général Gough décida de modifier ses plans et d’avancer son attaque ; il comptait sur les chars pour franchir les barbelés.

Après un premier report le 10 avril, en raison du retard des chars, l’attaque fut déclenchée à l’aube du 11, à 4h45. Les Australiens quittèrent l’abri d’un remblai de chemin de fer et se dirigèrent, à découverts, vers les lignes allemandes. Seuls onze chars les accompagnaient et ils ne jouèrent aucun rôle significatif dans le combat. Les assaillants furent soumis au feu des mitrailleuses et de l’artillerie allemande et les pertes furent immédiatement élevées : les plus avancés éprouvèrent de grandes difficultés à franchir les ceintures de barbelés, beaucoup s’y empêtrèrent et se firent tuer. Seule une faible partie des unités parvint à s’emparer de portions de la première ligne allemande après des combats à la grenade. Le nombre insuffisant d’hommes et de munitions interdisait cependant toute poursuite vers la seconde ligne et les Australiens furent alors soumis à un tir d’artillerie intense et exposés à une contre-attaque allemande des soldats de la 27e division wurtembergeoise, qui sortirent, indemnes, des abris profonds de la seconde ligne. Le repli des troupes alliées fut inévitable et seule une minorité des Australiens parvint à regagner sa position de départ, après un combat qui avait duré 8 heures. La 4e brigade australienne avait perdu 2229 hommes sur 3000.


Une seconde bataille de Bullecourt se déroula quelques semaines plus tard, le 3 mai 1917. Les Britanniques reprirent alors le village de Bullecourt, mais mais sans aller au-delà, au prix de 7000 morts de plus. Le village fut repris ensuite par les Allemands en mars 1918.

Le véritable cours d’eau passant à Ecoust…

Le film n’a pas été tourné sur place pour des raisons pratiques, les terres autour des villages français étant encore parsemées de munitions et des dépouilles de soldats non retrouvés. Mais en recréant cette partie de l’Arrageois au Royaume-Uni, le réalisateur a pris des libertés avec la géographie : le héros de 1917 se jette à Ecoust dans des rapides qui débouchent sur une vertigineuse cascade ! Or, ce type de cours d’eau n’existe pas dans le village : le « Fossé aux Eaux Sauvages » des cartes n’est qu’un petit ruisseau. De même, le héros franchit un pont détruit au-dessus d’un canal pour rejoindre Ecoust-Saint-Mein. Or le canal du Nord passe à quelques kilomètres du village et n’a été mis en service que dans les années 1960.

 

Deux films historiques pour la réouverture des cinémas

Ils peuvent être vus avec profit par des élèves de troisième.

Pour L’Ombre de Staline, j’en parlais ici le 15 mars.

Le second film s’intéresse au moment où le général de Gaulle gagne le Royaume-Uni lors de la débâcle de 1940 et à son combat pour faire vivre la résistance.

Pas sûr qu’on puisse le voir, mais cela a l’air intéressant

En 1933, Gareth Jones, journaliste indépendant, vient de publier la première interview d’Adolph Hitler tout juste promu chancelier. Le reporter veut enchaîner sur un entretien avec Staline pour percer le secret du « miracle soviétique », une réussite économique paradoxale alors que le pays est ruiné. Arrivé à Moscou, il se retrouve sous surveillance et son principal contact disparaît. On lui glisse à l’oreille que les ressources financières soviétiques émaneraient de l’ »or ukrainien ». Il parvient alors à fuir à Kiev, enquête, et découvre une terrible vérité, le génocide ukrainien qui fit entre 2,6 et 5 millions de morts en 1932-33.

Made in Bangladesh

Shimu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Le site Zéro de Conduite propose un dossier pédagogique pour étudier ce film qui sort en salle le 4 décembre.