Étiquette : L’Europe des Lumières

Tout Voltaire en 200 volumes…Et 30 000 euros !

Fondée en 1967 par un passionné du siècle des Lumières, la fondation Voltaire s’est fixée pour objectif de recenser et de publier tous les textes connus de Voltaire. Son président actuel, le professeur Nicholas Cronk de l’Université d’Oxford, veut publier l’intégralité des oeuvres de l’écrivain d’ici 2020.
De nombreuses tentatives de rassemblement de ses écrits ont déjà vu le jour. La première débuta même l’année de sa mort, à l’initiative de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Les premiers volumes de cette édition qui ne visait alors ni l’exhaustivité, ni la rigueur scientifique, commencèrent à paraître dès 1784.
De 1829 à 1899, ce fut le tour de l’édition Morland, qui servit à l’enseignement du grand homme dans les écoles de la toute jeune IIIe République.
En 1967, un bibliographe britannique passionné par le siècle des Lumières, Theodore Besterman, entreprit la publication des 16000 lettres conservées qui composent la correspondance de Voltaire.Il se lança également dans l’aventure de l’édition intégrale et rigoureuse de ses oeuvres (retour systématique sur les éditions originales et les manuscrits afin de pouvoir, pour chaque texte, remonter à sa version la plus authentique et déjouer les nombreux pseudonymes employés par l’auteur), projet qui devrait donc aboutir en 2020…
La fondation Voltaire regroupe une centaine de chercheurs, majoritairement français, mais également britanniques, américains et australiens, qui espèrent parvenir à publier les 200 ouvrages qui composeront au final l’édition complète des œuvres de Voltaire,au rythme de cinq à six volumes par an. Si le coût moyen d’un volume sera tout de même de 150 à 200 euros,  l’objectif à long terme est de parvenir à démocratiser l’accès au corpus par sa numérisation et son édition en poche.
En 2017 seront notamment publiés Les Questions sur l’Encyclopédie, un dictionnaire de petits articles inédits à ce jour, dans lesquels Voltaire s’amusait, entre autres, à répondre aux auteurs de L’Encyclopédie. Ce document exceptionnel sortira dans une édition de poche prévue aux éditions Robert Laffont, pour l’an prochain.

D’après un article du Figaro.fr

Thème 1 de 4e : l’Europe des Lumières circulation des idées, despotisme éclairé et contestation de l’absolutisme.

Pour traiter ce thème , j’ai décidé de poursuivre l’étude de l’esclavage entamée avec le premier chapitre.

J’ai d’abord projeté cette vidéo sur Diderot et l’Encyclopédie aux élèves. Puis ils ont complété une fiche en manipulant des volumes de l’édition de 1779 que j’ai amené en classe.
exercice-encyclopedie (fiché réalisée par monsieur Leroy)

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Les élèves ont ensuite étudié en groupe deux articles de l’Encyclopédie, consacré à l’esclavage, rédigé par le chevalier de Jaucourt (article « esclavage » et « traite des nègres »). Cela a été l’occasion d’aborder la notion de texte argumentatif et de voir que ces articles allaient déplaire au roi, à l’Eglise et à une partie de la bourgeoisie pratiquant le commerce avec l’Amérique.

Pour terminer, nous allons étudier les deux premières scène de L’île des esclaves de Marivaux afin de voir que les Lumières étaient un courant littéraire et philosophique plus large que celui des seuls rédacteurs de l’Encyclopédie. Cette étude se fera conjointement avec ma collègue de lettres qui travaille en ce moment avec eux sur le renversement des valeurs au XVIIIe siècle.

Les élèves recevront ensuite la trace écrite du cours,  empruntée de nouveau  à monsieur Leroy :
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239 ans les séparent…

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Dans le cadre du cours sur l’Europe des Lumières, je ramène aux élèves les exemplaires de l’Encyclopédie en ma possession afin qu’il puissent les manipuler. Mon édition est la treizième, publiée en 1777. Je n’ai malheureusement que 12 volumes de texte sur les 17 parus et aucun des volumes d’illustrations.

Après avoir visionné cette vidéo, les élèves vont manipuler les exemplaires afin de remplir un questionnaire. Puis ils vont travailler plus finement sur deux articles écrits par le cavalier de Jaucourt, « Esclavage » et « Traite des nègres » afin de faire le lien avec le thème précédent.

Plus tard, nous travaillerons sur une pièce de théâtre de Marivaux, L’île aux esclaves, en collaboration avec le professeur de lettres, sur le thème de la confrontation et du renversement des valeurs.

Montesquieu et la démocratie

J’ai trouvé cette citation sur ce blog et il me semble que ces propos peuvent toujours s’appliquer à notre démocratie :

« Le principe de la démocratie se corrompt, non-seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité ; mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême, et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, et dépouiller tous les juges.
Il ne peut plus y avoir de vertu dans la république. Le peuple veut faire les fonctions des magistrats : on ne les respecte donc plus. Les délibérations du sénat n’ont plus de poids : on n’a donc plus d’égard pour les sénateurs, et par conséquent pour les vieillards. Que si l’on n’a pas du respect pour les vieillards, on n’en aura pas non plus pour les pères : les maris ne méritent pas plus de déférence, ni les maîtres plus de soumission. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage : la gêne du commandement fatiguera, comme celle de l’obéissance. Les femmes, les enfants, les esclaves n’auront de soumission pour personne. Il n’y aura plus de mœurs, plus d’amour de l’ordre, enfin plus de vertu.
On voit, dans le banquet de Xénophon, une peinture bien naïve d’une république où le peuple a abusé de l’égalité. Chaque convive donne, à son tour, la raison pourquoi il est content de lui. « Je suis content de moi, dit Chamides, à cause de ma pauvreté. Quand j’étais riche, j’étais obligé de faire ma cour aux calomniateurs, sachant bien que j’étais plus en état de recevoir du mal d’eux que de leur en faire : la république me demandait toujours quelque nouvelle somme : je ne pouvais m’absenter. Depuis que je suis pauvre, j’ai acquis de l’autorité : personne ne me menace, je menace les autres : je puis m’en aller, ou rester. Déjà les riches se lèvent de leurs places, et me cèdent le pas. Je suis un roi, j’étais esclave : je payais un tribut à la république, aujourd’hui elle me nourrit : je ne crains plus de perdre, j’espère d’acquérir. »
Le peuple tombe dans ce malheur, lorsque ceux à qui il se confie, voulant cacher leur propre corruption, cherchent à le corrompre. Pour qu’il ne voie pas leur ambition, ils ne lui parlent que de sa grandeur ; pour qu’il n’aperçoive pas leur avarice, ils flattent sans cesse la sienne.
La corruption augmentera parmi les corrupteurs, et elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tous les deniers publics ; et, comme il aura joint à sa paresse la gestion des affaires, il voudra joindre à sa pauvreté les amusements du luxe. Mais, avec sa paresse et son luxe, il n’y aura que le trésor public qui puisse être un objet pour lui.
Il ne faudra pas s’étonner, si l’on voit les suffrages se donner pour de l’argent. On ne peut donner beaucoup au peuple, sans retirer encore plus de lui : mais, pour retirer de lui, il faut renverser l’état. Plus il paraîtra tirer d’avantage de sa liberté, plus il s’approchera du moment où il doit la perdre. Il se forme de petits tyrans, qui ont tous les vices d’un seul. Bientôt ce qui reste de liberté devient insupportable. Un seul tyran s’élève ; et le peuple perd tout, jusqu’aux avantages de sa corruption.
La démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité, qui la mène à l’aristocratie, ou au gouvernement d’un seul ; et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul, comme le despotisme d’un seul finit par la conquête.
[…]
Autant que le ciel est éloigné de la terre, autant le véritable esprit d’égalité l’est-il de l’esprit d’égalité extrême. Le premier ne consiste point à faire en sorte que tout le monde commande ou que personne ne soit commandé, mais à obéir et à commander à ses égaux. Il ne cherche pas à n’avoir point de maîtres, mais à n’avoir que ses égaux pour maître.
Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité ; mais ils n’y sauroient rester. La société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois.
Telle est la différence entre la démocratie réglée et celle qui ne l’est pas, que, dans la première, on n’est égal que comme citoyen, et que, dans l’autre, on est encore égal comme magistrat, comme sénateur, comme juge, comme père, comme mari, comme maître.
La place naturelle de la vertu est auprès de la liberté ; mais elle se se trouve pas plus auprès de la liberté extrême qu’auprès de la servitude. »

De l’Esprit des lois, 1748. Livre VIII, chapitre II.