Étiquette : L’Europe des Lumières

Chronologie de l’Encyclopédie

Oser l-Encyclopedie - iBooker

Ceci est une page extraite du livre Oser l’Encyclopédie : un combat des Lumières, une synthèse très bien faite sur cet ouvrage majeur que je fais étudier aux quatrièmes.

Oser l-Encyclopedie couverture

 

img_62971

Cet ouvrage m’a permis de comprendre que les volumes que j’amène aux élèves sont ceux de l’édition suisse d’Yverdon. Il s’agit d’une refonte complète de l’Encyclopédie d’origine par l’Italien De Felice qui, après avoir réuni une équipe internationale d’une quarantaine de collaborateurs, édita progressivement les volumes d’articles au format in-quarto, plus petit que celui code l’Encyclopédie originale, en retravaillant souvent le texte original , puis les volumes de planches, connectés aux articles. On y assiste à une mise à jour des connaissances et une ouverture plus européenne des références. Cette encyclopédie compta au total 58 volumes (j’en possède seulement douze…), parus entre 1770 et 1780, essentiellement diffusés en Suisse et dans l’Europe protestante.

Les différences entre l’Encyclopédie et les autres dictionnaires

Diderot, dans ses Pensées philosophiques de 1746 et Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique de 1764, voulaient mettre en évidence les « absurdités »de toute religion qui se prétend révélée, et du christianisme en particulier face à la raison humaine.  » Tous les peuples ont de ces faits, à qui, pour être merveilleux, il ne manque que d’être vrais ; avec lesquels on démontre tout, mais qu’on ne prouve point ; qu’on n’ose nier sans être impie, et qu’on ne peut croire sans être imbécile. » Écrivit ainsi Diderot.
Cette démarche se retrouve donc dans l’Encyclopédie, au fil des articles consacrés à la religion. Nous avons par exemple cherché la définition du mot « Dieu » dans l’Encyclopédie et voici ce que nous avons lu :
DIEU, s. m. (Métaph. & Théol.) : Tertullien rapporte que Thalès étant à la cour de Crésus, ce prince lui demanda une explication claire & nette de la Divinité. Après plusieurs réponses vagues, le philosophe convint qu’il n’avoit rien à dire de satisfaisant. Cicéron avoit remarqué quelque chose de semblable du poëte Simonide : Hieron lui demanda ce que c’est que Dieu, & il promit de répondre en peu de jours. Ce délai passé, il en demanda un autre, & puis un autre encore : à la fin, le roi le pressant vivement, il dit pour toute réponse : Plus j’examine cette matiere, & plus je la trouve au-dessus de mon intelligence. On peut conclure de l’embarras de ces deux philosophes, qu’il n’y a guere de sujet qui mérite plus de circonspection dans nos jugemens, que ce qui regarde la Divinité : elle est inaccessible à nos regards ; on ne peut la dévoiler, quelque soin qu’on prenne (…)
Puis nous avons trouvé l’article « croire » :
CROIRE, v. act. & neut. (Métaphysique.) C’est être persuadé de la vérité d’un fait ou d’une proposition, ou parce qu’on ne s’est pas donné la peine de l’examen, ou parce qu’on a mal examiné, ou parce qu’on a bien examiné. Il n’y a guère que le dernier cas dans lequel l’assentiment puisse être ferme & satisfaisant.

Pour faire comprendre aux élèves la subtilité prudente dont firent preuve les rédacteurs de l’Encyclopédie, nous avons cherché les mêmes définitions dans un dictionnaire récent :
DIEU, nom masculin (latin deus) : Dans les religions monothéistes, être suprême, transcendant, unique et universel créateur et auteur de toutes choses, principe de salut pour l’humanité, qui se révèle dans le déroulement de l’histoire (avec majuscule, considéré comme un nom propre).
CROIRE, verbe transitif indirect : Être certain de l’existence de quelqu’un, de quelque chose, de la véracité de quelque chose : Croire aux revenants.
Tenir quelque chose pour véritable, vrai, vraisemblable ou possible : Tout le monde a cru à un accident.

L’exercice a été difficile, mais certains élèves ont compris les nuances et l’audace du contenu de l’Encyclopédie pour l’époque.

Frontispices de l’Encyclopédie

Dans le cadre du cours sur l’Europe des Lumières, je fais comparer aux élèves la page de titre de la première édition de l’Encyclopédie (1751) avec celles des volumes de la troisième édition, édité en Suisse, en ma possession (1777).
Je leur fais transcrire la date puis nous jouons au jeu des différences :
– le frontispice qui change d’une volume à l’autre ;
– la mention « Avec approbation et privilège du roi » qui a disparu ;
– le lieu de production qui est passé de Paris à Genève.
Cela me permet d’aborder l’histoire de l’Encyclopédie et la censure sous l’Ancien Régime.
Ensuite, nous détaillons le titre pour comprendre ce que contient l’ouvrage et comment il a été conçu. Pour cela, nous utilisons un extrait de l’article « encyclopédie » de l’Encyclopédie !
« Le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont ; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain. (…). Il faut tout examiner, tout remuer sans exception et sans ménagement. (…) Il faut fouler aux pieds toutes ces vieilles puérilités; renverser les barrières que la raison n’aura point posées; rendre aux sciences et aux arts une liberté qui leur est si précieuse (…). »

Il y a peut – être quelque chose à en faire en classe

128804_couverture_Hres_0

À la fin du XVIIIe siècle, deux membres de l’Académie royale d’Espagne sont mandatés par leurs collègues pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate entreprennent alors de Madrid à Paris un long voyage semé de difficultés et de dangers. Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auberges inconfortables, les deux académiciens arrivent à Paris, où ils découvrent avec étonnement les rues de la capitale française, ses salons, ses cafés, ses librairies, ses moeurs libertines et ses agitations politiques.
Mais très vite, leur quête de l’Encyclopédie se révèle d’autant plus difficile que l’édition originale est épuisée et qu’une partie de l’Académie espagnole, opposée à l’esprit des Lumières, a lancé à leurs trousses un espion chargé de faire échouer l’entreprise.
Nourri de réalité et de fiction, faisant cohabité des personnages ayant existé et d’autres nés de l’imagination de l’auteur, Deux hommes de bien est un roman d’aventures et un éloge de ce qui fut la plus grande entreprise intellectuelle du XVIIIe siècle. Mais c’est aussi une reconstitution minutieuse et vivante du Paris prérévolutionnaire.

13 mai 1717 : naissance de Marie – Thérèse d’Autriche

5099316_6_2f8c_portrait-de-marie-therese-d-autriche-peint_6cf2b3674a1325bc834f505ba22f5cc2
Portrait de Marie-Thérèse d’Autriche peint par Jean-Etienne Liotard ,  exposé au Rijksmuseum à Amsterdam.

Marie-Thérèse d’Autriche avait été éduquée en princesse, pas du tout préparée à diriger des peuples. Elle a grandi en apprenant plusieurs langues et l’art de la conversation, du chant et de la danse. Son père Charles VI l’avait désignée comme héritière du trône par défaut ,mais jusqu’à sa mort accidentelle, il avait espéré la naissance d’un enfant de sexe masculin, en filiation directe.
Lorsqu’elle fut propulsée, en 1740, faute de concurrent mâle, comme « roi de Hongrie » (!), Marie-Thérèse dut donc manœuvrer pour asseoir sa légitimité auprès des puissances étrangères mais aussi dans son propre pays. Elle y parvint cependant en prenant finalement le titre de « reine ».
Pensant n’en faire qu’une bouchée, la France et la Prusse provoquèrent contre elle la guerre de Succession d’Autriche et d’autres conflits. Mais si elle y perdit des territoires, Marie-Thérèse garda toutefois son empire et régna finalement quarante ans.
Marie-Thérèse d’Autriche a mis au monde seize enfants au cours de sa vie, dont cinq garçons, dont deux empereurs. Ceux-ci servirent souvent sa politique d’alliance, comme Marie-Antoinette qui devint reine de France en épousant Louis XVI.
Sa haine tenace des populations juives a dans doute été renforcée par la Contre-Réforme, qui la poussa à imposer le catholicisme comme la seule religion officielle. À la suite de soupçons d’espionnage en faveur de la Prusse par exemple, 200 000 juifs durent quitter Prague, ce qui conduisit à une catastrophe économique.

71k3am3aeDL
Poursuivant sa réflexion sur la place des femmes dans la société et le rapport entre les sexes, Élisabeth Badinter a écrit sur Marie-Thérèse d’Autriche en s’appuyant sur sa correspondance et les témoignages des ambassadeurs étrangers à Vienne, afin de montrer comment cette femme toute-puissante réussit à concilier ses statuts d’épouse, de mère et de souveraine.