Catégorie : Alberto Manguel

Alberto Manguel et sa bibliothèque

Après La bibliothèque, la nuit, où il évoquait sa bibliothèque installée dans un ancien presbytère, à Mondion, Alberto Manguel publie Je remballe ma bibliothèque pour évoquer la douloureuse expérience qui fut la sienne lorsqu’il lui fallut remettre définitivement en caisses la bibliothèque constituée des trente-cinq mille volumes qu’il s’était, toute sa vie, employé à amasser patiemment, ardemment et amoureusement pour déménager à New York puis, finalement, à Buenos Aires, la ville de son enfance, où il a dirigé un temps la Bibliothèque nationale d’Argentine, poste jadis occupé par son bien-aimé et prestigieux mentor, Jorge Luis Borges.
Alberto Manguel nous invite à le suivre lors un voyage émotionnel qui parcourt son existence et son histoire, revisite les pays qu’il a connus et évoque ses nombreux déménagements, lesquels furent toujours liés à la recherche d’un endroit où enfin héberger ses livres, sans lesquels il lui est impossible de travailler et sans doute même de vivre.

Les mains pleines de livres



De passage dans ma librairie, j’ai récupéré « L’un de nous deux » dont je parlais il y a peu de temps.J’avais prévu d’acheter « Tous les hommes sont menteurs » de Manguel. Mais je suis aussi tombé sur le dernier Paul Auster, « Invisible ».
Une bonne cueillette donc… Le Paul Auster n’a pas eu le temps de rejoindre les rayonnages de notre bibliothèque, mon amie en ayant aussitôt commencé la lecture. Pour ma part, j’ai commencé la pièce de théâtre qui n’est pas sans me rappeler « Le souper » en effet.

L’écrivain ce « maker »

J’ai fini la première causerie de Manguel, intitulée La voix de Cassandre. Il y évoque l’écrivain Alfred Döblin. Celui-ci pensait que le langage était un instrument de mise en forme et de compréhension du réel. Voilà ce qu’en dit Manguel :

« la plupart de nos fonctions humaines sont individuelles : nous n’avons pas besoin d’autrui pour respirer, marcher, manger ou dormir. Mais nous avons besoin d’autrui pour parler et pour nous renvoyer nos paroles. Le langage, a déclaré Döblin, est une forme de l’amour des autres. »
« Dans certains cas, les histoires peuvent nous venir en aide. Elles peuvent parfois nous guérir, nous illuminer et nous montrer le chemin. Et surtout, elles peuvent nous rappeler notre condition, percer l’apparence superficielle des choses et susciter en nous l’intuition des courants et des profondeurs sous-jacents. Les histoires peuvent alimenter notre conscience et, par là, nous amener à savoir qui nous sommes, du moins que nous sommes, connaissance essentielle qui s’enrichit par la confrontation avec la voix d’autrui. »

Il attribue à Döblin cette formule que je trouve magnifique et qui résume bien ce que devrait toujours être la lecture : « je lis comme la flamme lit le bois »

La cité des mots

Je n’en suis qu’à l’introduction, et déjà, je suis conquis. Manguel est vraiment un auteur qui fait réfléchir.

« Quand j’ai parlé à l’archéologue et romancier Ronald Wright de la possibilité d’intituler mes causeries « pourquoi sommes – nous ensemble », sa réaction a été : « Quelle serait l’alternative ? » Bien sûr, il n’y en a pas. Pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes des animaux grégaires, voués à l’obligation ou au privilège de vivre ensemble. »
« D’une vie entière passée à lire au petit bonheur, il m’est resté en tête une sorte de recueil de citations dans les pages duquel je trouve mes propres réflexions formulées avec les mots d’autrui. »

Cette dernière citation, surtout, résume parfaitement ma façon de lire.

Pas d’accord !

Une fois n’est pas coutume… Je ne suis pas d’accord avec la critique du livre d’Alberto Manguel, La bibliothèque, la nuit, faite par Pierre Assouline.

« On en ressort pourtant avec l’étrange impression que c’est trop ; non qu’il en fasse trop mais chez lui, tout acte semble précédé de la lecture idoine; rien ne paraît se faire, y compris dans les ressorts les plus anodins de la vie quotidienne, sans référence à un livre. C’est oppressant, asphyxiant même pour le lecteur le plus avide de nouvelles pistes. On a envie de lui crier “Alberto, pose ton livre, ouvre les fenêtres et va prendre l’air, le monde t’attend !”. Un rat de bibliothèque sort plus souvent que lui. »

Je n’ai vraiment pas eu cette impression. Au contraire, Alberto Manguel est un lecteur qui bouge, voyage, rencontre, comme en témoigne son autre livre Journal d’un lecteur.

La bibliothèque, la nuit est une réflexion sur l’agencement des bibliothèques, le classement à opérer. En ce sens, il recense les bibliothèques qu’il a connues ou visitées. Mais ce n’est jamais étouffant. Bien au contraire, ce voyage m’a paru comme autant de fenêtres ouvertes vers d’autres mondes… intérieurs il est vrai !

J’ai craqué !

Quand je ne vais pas trop bien, j’achète des livres…..

Voici le résultat de ma « descente » à l’Armitière cet après – midi !!


– Dans le scriptorium (Actes Sud) : le dernier roman de Paul Auster. Première impression : il n’est pas bien épais (147 pages). Un homme sans mémoire se réveille dans une chambre sans issue pour lui, mais qui laissera entrer des visiteurs qui semblent le connaître. Sur un bureau, sont soigneusement disposés une série de photographies en noir et blanc, deux manuscrits et un stylo. Intriguant et probablement excellent… Ceci dit, je suis un inconditionnel de Paul Auster.


Les caractères originaux de l’histoire rurale française (Pocket) : un classique de l’histoire par un maître, Marc Bloch. Ce livre de 1931 reste une référence dans son domaine et l’écriture est d’une limpidité qui fait des envieux.

Derniers rappels (Rackham) : un roman graphique du même dessinateur que De mal en pis. Une chronique qui suit le parcours de plusieurs américains de nos jours. Une star de la pop, un homme qui n’ose pas avouer à sa femme qu’il a été licencié, une jeune fille qui tente de retrouver son père…


Les contes du 7ème souffle (Vent d’Ouest) : une relecture des grands contes comme Blanche – Neige, Barbe – Bleue et quelques autres. Cela se passe dans le Japon de l’ère Edo. On suit les aventure d’un samouraï en quête de paix intérieur. Il s’agit de l’intégral des 4 tomes réunis en un seul volume. Le dessin est passé en noir & blanc pour l’occasion, ce que je préfère.

Les cours au Collège de France de Michelet (Gallimard) : cela fait longtemps que je veux me les acheter (depuis leur sortie en 1995, en fait). Michelet est-il vraiment un historien ? En tout cas, son style et ses idées me séduisent.

Cours de littérature anglaise par Borges (Seuil) : en réalité, un livre écrit à partir des notes de cours de ses étudiants. L’idée m’a paru intéressante et l’idée de suivre un cours de Borges a fait le reste !

Chez Borges (Babel) : un livre dans lequel Alberto Manguel raconte les visites qu’il a faites à Borges afin de lui faire la lecture.

Ah, oui, j’ai aussi commandé le livre sur les enfants au XIXe pour les TPE de mes chères Premières ES2. Il devrait arriver en fin de semaine ou en début de semaine prochaine.

Ce que je lis

Michel Schneider nous guide dans une époque (le début des années 1960) et un monde (les studios de Los Angeles) à un moment très particulier de l’histoire du cinéma, quand l’ombre du Dr Freud et la Mafia envahissent les studios. Marilyn, dernières séances est le roman de deux êtres marqués par le sceau du secret. Une actrice, au sommet de sa gloire, Marilyn Monroe, et son psychanalyste, Ralph Greenson, dans un monde d’intrigues, de paillettes et d’argent.

Greenson fut la dernière personne à avoir vue Marilyn vivante, et la première à l’avoir trouvée morte. Il fut accusé de l’avoir tuée ou d’avoir participé à un complot ourdi par les deux frères Kennedy (ses amants), et où auraient trempé la Mafia, pour se débarrasser d’une gêneuse qui en savait trop. Mais sans doute est-elle plutôt morte d’un mélange de médicaments, de soins psychanalytiques et de folie amoureuse…

Structuré autour de scènes assez brèves, qui s’enchaînent, se complètent pour donner un rythme fluide à cette enquête qui n’en est pas une, Marilyn, dernières séances, est une méditation sur l’art du cinéma, sur les acteurs et une réflexion sur les limites (ou les excès) de la psychanalyse.

Quatrième de couverture :

« Parce que la lecture est peut être avant tout une « conversation », tout lecteur éprouve le besoin de « répondre » aux textes qui l’interpellent et confèrent à sa propre vie un surcroît d’existence. Ayant choisi de relire, une année durant, ses livres de prédilection tels qu’ils lui semblent susceptibles de refléter le chaos du monde contemporain ou d’enrichir et d’éclairer son rapport personnel avec l’existence, Alberto Manguel offre ici, entre carnet intime et recueil de citations, ce journal dont l’érudition à la fois sensible et subversive rend compte à merveille de l’infini du « dialogue » entre toute oeuvre et son lecteur. »

On partage l’année que, de 2002 à 2003, Alberto Manguel vécut, au rythme de ses haltes en France où il a choisi de vivre et de ses nombreux voyages, en compagnie de : Adolfo Bioy Casares, H. G. Wells, Rudyard Kipling, Chateaubriand, Conan Doyle, Goethe, Kenneth Grahame, Cervantès, Dino Buzzati, Sei Shônagon, Margaret Atwood et Machado de Assis.

Comparé à « La Bibliothèque,la nuit« , ce livre m’a un peu déçu. Ses qualités ne sont pas en cause, mais l’érudition d’Alberto Manguel et son fantastique passé de lecteur font que je suis passé à côté de nombreuses réflexions. Ceci étant, la démarche est extrêmement intéressante et donne envie de la reproduire.