Catégorie : Chez moi

Lectures de vacances

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Pour ma reconversion, ma femme a pensé à moi. Comme elle travaille à l’ESPE et qu’elle connaît des formateurs qui enseignent aux professeurs des écoles, elle m’a ramené tout cela  pour les vacances d’hiver.
Pourquoi ? Parce que je vais demander un détachement en 2017-2018 pour enseigner en primaire ou de passer le concours de professeur des écoles (les détachements semblant en effet très difficile à obtenir).
J’enseigne depuis 1995 c’est-à-dire 12 ans en lycée et 9 ans en collège (une année dans les deux en même temps), et j’ai le sentiment d’en avoir fait le tour et de ne pas être très utile aux élèves, notamment en me cantonnant dans une seule discipline.
J’ai conscience qu’en matière d’apprentissage et d’éducation, l’essentiel se joue avant le collège et que c’est un tout.  C’est pourquoi je veux essayer d’aider les enfants avant cela, dans l’apprentissage de l’écrire, du lire, du dire et du nombre  et même de la maîtrise du corps (ces deux derniers thèmes vont en faire sourire plus d’un, je le sens…).
C’est aussi un défi personnel, pour voir si je peux développer de nouvelles compétences et acquérir de nouvelles connaissances.
Il est donc probable que je parle de plus en plus des cycle 2 et 3 sur ce blog (je ne me sens pas prêt à affronter le cycle 1…), ainsi que d’autres disciplines que l’histoire – géographie et l’éducation civique.

Nostalgie ? « Nouvelle » pédagogie ?

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Pour me préparer dans l’éventualité où monsieur Fillon deviendrait président et ferait appliquer ses propositions sur l’enseignement de l’histoire, j’ai acheté  des bons points sur le thème des rois de France à l’iconographie très XIXe !

Et puisqu’on fait dans le kitch, je pourrais utiliser ces anciennes affiches pour créer d’autres bons points. Il s’agit des scènes d’histoire de France des éditions Rossignol, illustrées par Pierre Joubert sont j’ai pour le moment les séries 1 et 3.

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On peut faire l’histoire de bien des choses

Dans le cadre du travail sur les médias, j’ai expliqué aux élèves que les premiers médias ont été le geste et la parole, en évoquant (voir un peu plus…) le doigt d’honneur. Je ne m’étais cependant pas posé la question de l’origine de ce geste, mais mon fils m’a raconté que, selon son professeur de primaire, il avait été « inventé » par les archers anglais durant la guerre de cent ans. Après recherche, ce geste semble remonter à bien plus loin.

La première trace du doigt d’honneur attestée remontrait la Grèce antique, plus précisément en 423 av. J.-C. Le poète Aristophane l’a mis alors en scène dans sa comédie « Nuées ». Un de ses personnages, Strepsiade, y déclare que lorsqu’il était enfant, il mesurait le temps qui passe en tapant son phallus plutôt que son majeur, le tout en présentant son majeur. Ce premier doigt d’honneur de l’Histoire avait donc pour vocation de représenter le sexe masculin dressé. Le geste était connu sous le nom κατάπυγον (katapugon, de kata – κατά, « vers le bas » et pugē – πυγή, « fessier, derrière »)

« SOCRATE. Va-t’en aux corbeaux ! Tu n’es qu’un rustre et un ignorant ! Peut-être pourras-tu mieux apprendre les rythmes.
STREPSIADE. A quoi me serviront les rythmes pour la farine d’orge ?
SOCRATE. D’abord à être aimable en société, puis à comprendre ce que sont dans les rythmes le rythme énoplien et le rythme du dactyle.
STREPSIADE. Du dactyle ?
SOCRATE. Oui, par Zeus !
STREPSIADE. Je le connais.
SOCRATE. Dis alors.
STREPSIADE. Quel autre cela peut-il être que ce doigt-ci. J’en ai usé, dès mon enfance, de ce doigt-là.
SOCRATE. Tu es un rustre et un lourdaud.« 

De comique, le doigt d’honneur a pris un caractère insultant avec le philosophe grec Diogène de Synope (-413 ; -327) qui aurait levé son majeur à l’attention de voyageurs lui demandant où ils pouvaient trouver l’orateur Démosthène, que Diogène détestait, en leur disant « Voici le grand démagogue ! ». Le doigt d’honneur devint alors une insulte pour celui à qui il était adressé.
Le doigt d’honneur fut popularisé dans l’empire romain, sous le nom de « digitus impudicus ». Ce doigt indécent avait un double sens, dans certains cas il servait à protéger du mauvais œil, mais le plus souvent il conservait le caractère insultant et sexuel hérité du monde grec.
A la fin de l’Antiquité, le geste est petit à petit tombé en désuétude, notamment sous l’influence de l’Église qui le rejetait pour son caractère obscène.
C’est au Moyen Âge, selon les sources populaires, que le doigt d’honneur a été remis au goût du jour, lors de la guerre de cent ans. Dans cette guerre,  les Anglais avaient un avantage avec l’utilisation de l’arc long. Cette arme d’origine galloise, d’une hauteur de 2 mètres, permettait aux archers anglais de tirer 10 flèches à la minute, pendant que les Français, essentiellement équipés d’arbalètes, n’en tiraient que 3 dans le même laps de temps. Les Français, excédés par leurs cuisantes défaites, notamment à Crécy, décidèrent de lutter contre cette arme en coupant systématiquement l’index et le majeur à tout prisonnier anglais. Ainsi privés des deux doigts essentiels au tir à l’arc, les mutilés n’avaient plus aucune utilité guerrière ! En réaction à ce geste barbare et peu fairplay, les archers anglais avaient donc pour coutume d’exhiber fièrement leur majeur et leur index aux yeux des Français avant la bataille, afin de narguer l’ennemi.
Au fil du temps, le doigt d’honneur s’est mondialisé, et pas seulement sous les formes  « classique » ou anglaise, les plus répandues. Ainsi en Amérique latine, il est remplacé par un cercle formé par l’index et le pouce tandis qu’en Afrique il s’agit des 5 doigts relevés face à son interlocuteur (ce qui équivaut à lancer une malédiction). Au Moyen-Orient, le majeur est replié et les 4 autres doigts dépliés. Enfin, en Afghanistan ou en Iran, on ne lève pas le pouce pour faire du stop…

La mort du français ?

Voici un extrait d’un entretien donné par Michel Zinck, spécialiste de la littérature française du Moyen – Âge (et agrégé de lettres classiques),  au Figaro, au sujet de la langue française, menacée selon lui. Quoique, après lecture, il évoque surtout la disparition d’un français « commun » écrit (je suppose qu’il veut dire codifié ?).

(…)

Y a-t-il un risque que le français devienne une langue morte tandis que se développeraient différents dialectes francophones ?
« Le français classique pourrait en effet devenir une langue artificielle qui ne serait plus utilisée que dans de grandes circonstances. Le risque est d’autant plus grand que pendant des siècles, on n’écrivait pas comme on parlait. Maintenant les deux tiers des romanciers essaient d’imiter le français oral. La littérature ne jouant plus son rôle de frein, le français se fragmente de plus en plus rapidement si bien que les groupes sociaux, les générations, les populations qui parlent le français ne se comprennent plus.
Il faut travailler à conserver une langue commune. Ce terme de fragmentation n’est pas anodin. On l’emploie pour désigner l’éclatement du latin en langues romanes. Et oui, on risque d’arriver à un nouveau phénomène de ce type, le français devenant une langue morte comme l’est devenu le latin.« 

Comment ralentir ce processus de fragmentation qui menace la cohésion sociale ?
« Chacun est responsable de la façon dont il parle et écrit. Néanmoins deux catégories de personnes ont un rôle capital dans ce sauvetage d’une langue commune. L’écrivain a le droit de prendre toutes les libertés avec la langue, de la sculpter selon son génie propre, à condition qu’il soit conscient de ce qu’il fait ; à condition que les libertés qu’il prend ne procèdent pas de l’ignorance, du relâchement ou de la paresse. Or, je dois dire qu’un grand nombre de romans que je lis sont écrits de manière extrêmement plate. Ils sont truffés de lieux communs, de formules toutes faites, de métaphores éculées. Ils écrivent platement parce qu’ils ne sont pas conscients de l’épaisseur de la langue ni des sédiments que les siècles y ont déposés.« 

Quelle autre catégorie de personnes est responsable du français ?
« Les professeurs. Ils ont un rôle presqu’opposé à celui des écrivains. Leur rôle est de modérer, de réguler, de ralentir l’évolution de la langue, de l’empêcher de s’emballer, d’éviter son morcellement, en éveillant leurs élèves à la conscience de son histoire, de son fonctionnement, de ses règles d’articulation, de sa beauté, de ses normes.
Le rôle du professeur est un rôle conservateur. Sa place est à l’arrière-garde. J’ai bien conscience que ce rôle n’est pas toujours gratifiant mais il est nécessaire. Ce combat conservateur, perdu d’avance puisque de toute façon la langue change, n’en est pas moins glorieux. Personne ne sait, sauf moi qui suis un cuistre, qui commandait l’avant-garde de l’armée de Charlemagne à son retour d’Espagne. Mais personne n’a oublié qui commandait l’arrière-garde: c’était Roland.« 

Parler une langue commune est un enjeu social mais aussi personnel ?
« C’est un enjeu immense, presqu’essentiel. Savoir dire et écrire ce qu’on pense et ressent est la seule façon d’être relié à soi. Lorsque nous ne pouvons pas nous exprimer d’une façon qui nous est propre, nous sommes réduits à rien. Lorsque nous n’avons plus conscience des effets que peut produire ce que nous disons selon la manière dont nous le disons, nous sommes mutilés.« 

Comment l’apprentissage du latin, fût-il rudimentaire, transforme-t-il notre conscience de la langue française ?
« Une langue vivante, on la comprend intuitivement. Le latin, non. Il exige une grande précision pour en sentir les nuances. Il oblige à une analyse exacte de la phrase. En latin, tout compte. Tout le sens d’une phrase peut être changé par une seule lettre. Apprendre le latin aide à mesurer la force qu’il y a à s’exprimer justement, donc à penser de façon concise. Quand on gravait dans la pierre, on cherchait la brièveté. Internet provoque l’effet inverse, une logorrhée que rien ne limite. Retrouvons le goût de la concision, des mots choisis, d’une langue amoureusement ciselée !« 

Ces propos me laissent perplexe par leur exagération. Son analyse de l’enjeu de la maîtrise d’une langue me convient. Par contre, je ne pense pas que le français risque de devenir une langue morte. Il commet là un contresens surprenant, en comparant la situation avec le latin. Le beau langage, le français hérité du XVIIIe siècle, va peut-être disparaître, en effet. Et c’est ce qu’il semble regretter. Mais ses propos sur la diversité du français parlé montre bien qu’il ne va pas mourir.  Or, c’est le latin parlé qui a disparu, il me semble, pas l’écrit. C’est donc tout le contraire.
Son attaque contre les écrivains contemporains rappelle évidemment le « c’était mieux avant ». Sans doute a-t-il raison pour certains d’entre eux, (n’est pas Julien Gracq qui veut !) mais il généralise outrageusement.
Pour terminer, il lance deux pauvres pavés dans la mare, très convenus. Commençons par le professeur comme gardien nécessaire du bel écrit et du bien penser, alignant soigneusement des idées baignant dans le formol, tout en sachant que c’est inutile. Très peu pour moi ! Je m’efforce bien sûr de faire écrire et parler les élèves, de leur faire remarquer leurs erreurs de langue et de langage (tout en en faisant moi-même)  ; mais je veux surtout les faire réfléchir, coûte que coûte, et même en mauvais français. Viens ensuite la défense, peu originale, du latin. Michel Zinck semble méconnaître Internet et son usage récent quand il parle de « logorrhée que rien ne limite » : twitter et ses 140 signes, utilisé n’importe comment par nos hommes politiques ? Facebook et son statut en quelques mots ? Les articles en ligne des journaux se contentant de recopier une dépêche de l’AFP ? Il me semble que c’est le contraire : Internet réduit l’écrit à la portion congrue le plus souvent.