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La guerre du champagne aura-t-elle lieu ?

Lancée en 1937, sous Staline, la marque Sovetskoïe champanskoïe voulait désacraliser le champagne, boisson bourgeoise par excellence, en la rendant accessible à tous les prolétaires de l’Union soviétique. Ces boissons, produites massivement et vendues à un prix accessible étaient toutefois de pâles copies de leurs versions françaises, au dire des amateurs. Nul doute, d’ailleurs, que Staline devait continuer à boire du champagne français de son côté !
Après la dislocation de l’URSS, l’appellation « champanskoïe » a perduré, ce qui a posé problème après l’adhésion de Moscou à l’Organisation mondiale du commerce en 2012. Appellation d’origine contrôlée, le terme « champagne » désigne un vin qui doit provenir d’un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir droit de s’en prévaloir.
Or une loi signée par le président russe Vladimir Poutine, vendredi 2 juillet, oblige les distributeurs de marques de champagne à inscrire sur la contre-étiquette, placée au dos de la bouteille, la mention « vin pétillant » et non « champagne ». Le terme « champanskoïe » étant réservée aux producteurs russes de vins pétillants, dont les usines du pays peuvent produire jusqu’à 220 millions de bouteilles par an, la grande majorité (216 millions) sur la base d’une méthode de production très différente de celle utilisée en France.
La Russie est le 15e marché d’exportation du champagne, avec environ deux millions de bouteilles sur les 150 millions vendues en moyenne chaque année hors de France.
Déplorant n’avoir pas été informé de la mise en place de cette nouvelle législation, le comité Champagne veut poursuivre les discussions avec les autorités russes pour obtenir le droit exclusif à l’usage du nom champagne, mais portera si nécessaire le dossier devant l’Organisation mondiale du commerce.

D’après un article du journal Le Monde.

Des crimes contre l’histoire et les historiens en Russie

Le rapport « Russie : crimes contre l’histoire » de la Fédération Internationale pour les Droits Humains recense toutes les atteintes généralisées et systématiques menées ces dernières années par les autorités russes contre ceux qui travaillent sur la mémoire historique. Apparu dans la presse nord-américaine pour désigner les exactions de l’organisation Etat islamique, le concept de « crimes contre l’histoire » a été développé par l’historien belge Antoon de Baets, qui le définit comme une politique délibérée, étatique ou non, construite sur les attaques et les persécutions à l’encontre des producteurs d’histoire, les discours de haine, la censure, la désinformation ou la destruction de patrimoine.
Depuis l’arrivée de Vladimir Poutine en 2000, pas moins de sept lois mémorielles ont, en effet, été adoptées dans le but d’imposer un récit historique officiel et d’autolégitimation du pouvoir, à partir du récit de la seconde guerre mondiale érigée au rang de cause sacrée et de pièce maîtresse historique du régime actuel. La dernière offensive a conduit à l’inscription dans la Constitution russe, à l’été 2020, d’articles contraignants : la Fédération de Russie, proclamée « successeure » de l’Union soviétique, « honore la mémoire des défenseurs de la patrie » et « protège la vérité historique ». Les autorités sont chargées « d’inculquer le patriotisme » aux enfants. L’Etat russe s’est arrogé le monopole de l’histoire. Comme inscrit dans la constitution, il « protège la vérité historique » et les autorités sont chargées « d’inculquer le patriotisme » aux enfants.
Pour protéger la vérité historique, une commission interministérielle a repoussé l’accès aux archives des services de sécurité, déjà cadenassées pour la période 1917-1991, de trente ans supplémentaires. Les documents de la Tchéka, du NKVD et du KGB resteront ainsi inaccessibles jusqu’en 2044  au moins.
Plusieurs historiens russes ont été empêché de travailler, perdant leur chaire ou contraint à l’exil. Iouri Dmitriev, âgé de 64 ans a été condamné, en septembre 2020, à treize ans de détention dans un camp à régime sévère pour de supposées violences sexuelles sur sa fille adoptive. Une affaire montée de toutes pièces, selon ses nombreux soutiens, et destinée à faire peur à tous ceux qui, comme lui, exhument les crimes de Staline. Pendant trente ans, Iouri Dmitriev a, en effet, dressé la liste de 40 000 noms de personnes exécutées et déportées pendant la terreur en Carélie, région frontalière de la Finlande, et découvert le charnier de Sandarmokh, où il a identifié plus de 6000 victimes assassinées alors que la version officielle prétend que ce sont des soldats de l’Armée rouge. Pour avoir émis des critiques sur cette version, Sergueï Koltyrine, chef d’un musée local, a été condamné à neuf ans de prison et est mort dans un hôpital pénitentiaire en avril 2020. Andreï Joukov, expert en histoire militaire, a été condamné à douze ans et demi de réclusion, au terme d’un jugement classé secret-défense, après avoir partagé en ligne des résultats de ses recherches avec d’autres historiens. Deux ans plus tôt, l’ONG russe Memorial avait publié un répertoire de plus de 40 000 bourreaux, unique en son genre, grâce à l’incroyable ténacité de cet historien qui, pendant des années, a épluché la presse soviétique. Cette ONG qui a entrepris depuis sa fondation, en 1989, un travail sur la répression soviétique, a été classée « agent de l’étranger » en 2012 et elle s’est vu infliger, depuis 2019, plus de 6,1 millions de roubles (67 900 euros) d’amende par les tribunaux, pour non-respect de faire mention, sur tout type de document, de son statut infamant.
En 2018,le réseau de défense des droits de l’homme Agora recensait déjà 17 historiens poursuivis pour des propos tenus sur la seconde guerre mondiale non conformes à la version officielle.
Pour contrôler « la vérité historique », Vladimir Poutine placé plusieurs proches à des postes-clés. Sergueï Narychkine, patron des Services de renseignement extérieurs, dirige depuis 2012 la Société de l’histoire de la Russie. Vladimir Medinsky, ex-ministre de la culture, pilote la Société russe d’histoire militaire. Le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, administre la Société russe de géographie, dont le président d’honneur n’est autre que Vladimir Poutine. Dernier venu, Alexandre Bastrykine, chef du comité d’enquête, le bras judiciaire du pouvoir, a créé en 2020 un département consacré aux « enquêtes sur les crimes liés à la réhabilitation du nazisme et à la falsification de l’histoire ».
En avril 2021, une série d’amendements a abouti à l’instauration d’une nouvelle infraction, pour des déclarations jugées diffamatoires ou dénigrantes sur les anciens combattants de la seconde guerre mondiale, pouvant entraîner jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. La mesure s’appliquant aussi aux vétérans morts, ce qui a pour conséquence de rendre illégal tout débat sur les crimes commis par les soldats soviétiques. Entre 2014 et 2019, 9171 personnes ont été condamnées à des amendes ou à des peines allant jusqu’à quinze jours d’emprisonnement, souvent pour de simples messages sur les réseaux sociaux, en vertu de ces lois répressives.
Sous la pression du gouvernement, des pans entiers du passé, comme le pacte germano-soviétique de 1939, sont revisités ou disparaissent des manuels scolaires corrigés et dont le nombre a considérablement chuté. Alors qu’en 1990 le dernier gouvernement soviétique avait reconnu le massacre de milliers d’officiers polonais à Katyn, en juin 1940, cette responsabilité est aujourd’hui niée. En 2020, la Société russe d’histoire militaire a estimé que le consensus sur cette tuerie de masse faisait « partie d’une propagande plus générale visant à faire porter à l’URSS la responsabilité du déclenchement de la seconde guerre mondiale ». Deux plaques mémorielles installées à Tver (ex-Kalinine, ouest de la Russie) ont été retirées.

D’après un article du Monde.

Un camp de concentration en 2021

Condamné à deux ans et huit mois de prison pour avoir, durant la période de convalescence consécutive à son empoisonnement, violé les conditions d’un contrôle judiciaire hérité d’une condamnation précédente, l’opposant à Vladimir Poutine Alexeï Navalny est incarcéré dans la « colonie de redressement numéro 2 », dans la région de Vladimir, à une centaine de kilomètres de Moscou.
C’est une prison où le contrôle de l’administration est total, à la différence de prisons dites « noires », où les détenus eux-mêmes se voient déléguer la charge de maintenir l’ordre.
Plusieurs témoignages racontent un rituel du tabassage à l’arrivée dans la prison. En août 2018, 800 détenus de la colonie de redressement numéro 2 ont mené une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements et les tortures, très répandus dans le système carcéral russe.
Les prisonniers « politiques » comme Alexeï Navalny ont droit à une surveillance de tous les instants. Les détenus, en uniformes et le crâne rasé, vivent dans des dortoirs de 60 lits minimum. Les détenus doivent garder en permanence les mains dans le dos et le regard vers le sol, demander l’autorisation pour se gratter ou aller aux toilettes. Les autres prisonniers ont interdiction de parler aux politiques et doivent dénoncer leurs infractions au réglement. Les prisonniers sont maintenus dans un état d’activité permanente, forcés de faire et de défaire leur lit, de plier et de déplier leurs habits, de crier leur nom et la nature de leur condamnation. Une partie importante de la journée – quatre à cinq heures – doit être passée devant la télévision d’Etat. Les détenus ont interdiction de ne pas regarder l’écran ou de fermer les yeux.
Considéré comme présentant un risque d’évasion, l’opposant est par ailleurs réveillé toutes les heures par un gardien qui doit s’assurer de sa présence de manière sonore.

D’après un article du Monde.fr