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On en parlait hier avec les troisièmes

J’évoquais hier la fin de la guerre froide et la défaite idéologique de l’URSS avec l’installation d’un restaurant McDonald’s à Moscou, en 1990. La fermeture des 850 restaurants russes de l’enseigne mondialement connue, suite à l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, ne va évidemment pas infléchir la politique de Vladimir Poutine.

De la belle propagande russe

La vidéo tournée sur le plateau de la télévision d’Etat Russe Rossiya-1 dans les derniers jours d’avril a beaucoup été diffusée sur Internet. Elle est la preuve de la propagande du gouvernement à l’encontre de sa population. Les invités sur le plateau, députés du Parlement russe et chroniqueurs, y vantent les capacités de frappes de Moscou contre de potentiels ennemis et soutiens de l’Ukraine. Une infographie est montrée : on aperçoit des trajectoires oranges sur un fond de carte européen avec des capitales de membres de l’Otan comme points d’impact. Alexeï Jouravlev, un élu de la Douma (l’Assemblée russe), est particulièrement véhément : il propose d’utiliser contre les ennemis de la Russie un missile de dernière génération appelé Sarmat. Pour illustrer cette proposition, la présentatrice énonce le temps que mettrait, supposément, ce missile balistique à atteindre des capitales européennes depuis l’enclave russe de Kaliningrad, au nord de la Pologne : «Jusqu’à Berlin, il faut compter 106 secondes. De Kaliningrad jusqu’à Paris – 200 [secondes]. Si c’est Londres qui vous intéresse – 202 secondes.»
Cette affirmation qu’un missile Sarmat pourrait toucher Paris en 200 secondes est fausse pour plusieurs raisons. D’abord, le missile balistique intercontinental Sarmat est encore en développement et donc pas encore fonctionnel. Deuxième affirmation absurde : ce missile serait lancé à partir d’une endroit où aucun silo de tir n’est présent. Enfin, le temps de 200 secondes pour toucher Paris est de toute façon fantaisiste, comme l’explique Benjamin Gravisse, un politologue spécialiste de l’armée russe : «Les valeurs indiquées par Rossiya-1 sont absurdes (et je reste poli). Ils se sont contentés de diviser la distance par la vitesse maximale… en ligne droite d’un ICBM. C’est con et ça ne repose sur rien de crédible, vu qu’un ICBM ça ne vole pas en ligne droite, ça c’est le job d’un missile de croisière. […] Si ça peut vous donner une première idée, il faut compter environ six minutes pour mettre les charges nucléaires d’un ICBM sur un profil de vol balistique avant de leur permettre d’entamer leur descente vers la zone à frapper.»
L’idée est ici de rassurer les Russes en leur faisant croire que leur gouvernement est en capacité de frapper et détruire les pays européens possédant l’arme nucléaire (la France et le Royaume – uni) sans qu’ils puissent riposter, ce qui est faux. De fait, la Russie dispose d’un arsenal nucléaire varié et parfaitement opérationnel. Le pays pourrait toucher Paris sans problème avec un tir de missile intercontinental depuis son sol, depuis un sous-marin ou un avion. En combien de temps ? C’est difficile de le dire en fonction du projectile utilisé et de la zone de tir. Mais ce discours se garde bien aussi de préciser qu’une frappe sur des membres de l’Otan déclencherait nécessairement une riposte des Etats-Unis.

D’après un article du blog CheckNews de Libération.