Étiquette : Géopolitique du monde actuel

Israël coupable de crime de guerre ?

L’ambassadrice d’Israël en Belgique, interrogée sur la répression menée par l’armée contre les manifestants palestiniens à Gaza sur la radio publique La Première a déclaré mardi 15 mai : « Je regrette beaucoup, pour chaque humain décédé, même si ce sont des terroristes. Cinquante-cinq terroristes qui viennent près de la barrière pour essayer de passer sur le territoire israélien. »
On peut déjà reprocher à l’armée israélienne, et donc au gouvernement, l’usage disproportionné de la force contre les manifestants puisque 60 ont été tués et 1400 blessés par balle lundi 14 mai alors qu’aucun soldat israélien n’a été blessé. Mais qu’un diplomate mente aussi effrontément est impardonnable. Les règles d’engagement de l’armée stipulent bien que toute personne qui entre dans un périmètre de 100 à 300 mètres de la barrière de sécurité israélienne, même côté palestinien, est considérée comme une menace et peut être abattue qu’il soit armé ou non. Mais cela ne fait de simples manifestants non armés des terroristes.
Les Palestiniens manifestaient pour commémorer la Nakba, c’est-à-dire la fuite des Palestiniens de leurs terres et de leurs habitations au moment de la proclamation de l’État d’Israël, en 1948, et de la guerre qui a immédiatement suivi. Des centaines de milliers de Palestiniens avaient fui leurs foyers, volontairement ou forcés par l’armée israélienne pour se réfugier en Syrie, au Liban en Jordanie ou à l’intérieur des territoires palestiniens (Gaza et Cisjordanie). Ils réclament un droit au retour intégral des réfugiés, ce qui semble toutefois impossible et donne à Israël une justification pour dire que son existence même est menacée.
Une réunion de la Ligue arabe a été convoquée après ce massacre, mais elle n’aboutira probablement à aucune décision majeure. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont en effet tournés vers l’Iran et voudraient passer une alliance avec Israël contre leur ennemi principal, quitte à oublier la cause palestinienne. L’Égypte se méfie du parti palestinien du Hamas, lié aux Frères musulmans et elle estime, en outre, que la bande de Gaza est une source de danger pour elle aussi à cause des trafics d’armes avec les groupes djihadistes dans le Sinaï.
Du côté de l’ONU si quatorze autres membres du Conseil de Sécurité ont condamné l’usage disproportionné de la force par Israël et demandé la tenue d’une enquête indépendante, la représentante américaine a souligné la responsabilité de « l’organisation terroriste Hamas » qui a incité à la violence pendant des années et opposé le veto américain à toute initiative.
Reporters sans frontières annonce avoir saisi la Cour pénale internationale « concernant la perpétration de crimes de guerre commis par l’armée israélienne contre des journalistes palestiniens » depuis le 30 mars. RSF s’appuie sur l’article 15 du statut de Rome, qui stipule que la procureure peut ouvrir une enquête si des faits qui lui sont transmis relèvent de la compétence de la cour. Dans la requête transmise, Reporters sans frontières mentionne des tirs directs de snipers israéliens sur des journalistes palestiniens. Pour RSF « Les autorités israéliennes ne pouvaient ignorer la présence, parmi les civils manifestant, de journalistes. Elles ont manqué à leur élémentaire devoir de précaution et de distinction en visant à balles réelles ces personnes protégées. Ces violations délibérées et répétées du droit humanitaire international sont constitutives de crimes de guerre. En saisissant la Cour pénale internationale, RSF appelle les autorités israéliennes au strict respect du droit international ». Selon l’ONG, deux journalistes palestiniens ont été tués par balle par l’armée israélienne depuis le 30 mars, alors qu’ils étaient clairement identifiés par un gilet ou un casque barré du mot “press”, et une vingtaine d’autres ont été blessés, dont sept journalistes le lundi 14 mai.

D’après plusieurs articles du Monde.fr

 

Un entretien intéressant

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Martine Gozlan est la rédactrice en chef du magazine Marianne. Elle est aussi l’auteur  d’ouvrages sur le Maghreb et le Moyen-Orient. Son dernier livre, Israël 70 ans, 7 clés pour comprendre, vient de paraître aux éditions de l’Archipel. Pour l’occasion, elle s’est entretenue au sujet d’Israël avec un journaliste du Figaro. Je ne suis bien sûr pas d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais ses propos son intéressant.

Pour tenter de comprendre

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Ce hors-série de la revue Sciences Humaines est assez clair et bien fait. En voici le contenu :

COMPRENDRE LE MOYEN-ORIENT
Introduction
Une région à dimension variable…
De l’Antiquité au 19e siècle (chronologie)
Le Moyen-Orient depuis 1914 (chronologie)

À L’OMBRE DES GRANDES PUISSANCES
Le Moyen-Orient, une invention européenne ? Entretien avec Henry Laurens
De la domination ottomane à l’influence turque
Quand les chrétiens ont redécouvert la terre sainte…
Sur la route de l’Orient : la péninsule Arabique
Des frontières dessinées avec une règle et un crayon
Le pétrole, une arme politique. Entretien avec Philippe Copinschi
Russie et Iran, alliés de circonstances

UNE RÉGION EN GUERRE
Des guerres israélo-arabes au conflit israélo-palestinien
Les nouveaux historiens israéliens
Le Liban éclaté
Le Golfe : une paix introuvable
Yémen, les mille et une fractures
Le bourbier syrien
La «question kurde». Entretien avec Jordi Tejel
Les difficultés à sortir du piège de Daech

SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES
Derrière les enjeux géopolitiques, des sociétés dynamiques. Entretien avec Leyla Dakhli
L’émancipation par le Coran ?
En Israël, le combat des juives orthodoxes
Les religions du Moyen-Orient
L’armée, un tremplin vers le pouvoir ?
Avoir vingt ans au Moyen-Orient
Quand les réseaux sociaux ne font pas le printemps
Les réfugiés, moteurs du développement urbain
Géopolitique de la poussière
Dubaï et Abu Dhabi, tours de Babel du 21e siècle
Lexique des populations

Critiquer la politique israélienne ce n’est pas être antisémite

Invité en Israël par l’Institut français de Jérusalem du lundi 16 au jeudi 19 avril pour une série de conférences, Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, a été agressé dès son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv par des Israéliens anti-arabes qui l’ont bousculé, lui ont craché dessus et ont voulu l’entraîner en dehors de l’aéroport pour lui crever les yeux selon leurs propos. La police a dû intervenir pour le mettre à l’abri sans pour autant interpeller les agresseurs. Les agresseurs du chercheur lui reprochaient ses liens avec les Arabes et l’ont qualifié d’antisémite parce qu’il critique la politique du gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens.
L’actrice Nathalie Portman est de son côté vivement critiquée par l’ultra-droite israélienne pour avoir refusé de recevoir un prix à Jérusalem, lors d’une cérémonie ponctuée par un discours de Benyamin Nétanyahou. Un ministre du gouvernement israélien l’a même accusé d’être proche de l’antisémitisme, et de collaborer avec ceux qui haïssent les juifs. Elle a répondu ainsi à ses détracteurs haineux :  » Le mauvais traitement de ceux qui souffrent des atrocités d’aujourd’hui n’est simplement pas en accord avec mes valeurs juives. Parce qu’Israël m’est cher, je dois m’opposer à la violence, à la corruption, aux inégalités et à l’abus de pouvoir. Comme beaucoup d’Israéliens et de Juifs dans le monde, je peux critiquer la direction israélienne sans pour autant vouloir boycotter l’ensemble du pays. »
Ces deux exemples montrent bien la confusion entre antisémitisme et critique de la politique d’un gouvernement qui ne respecte pas les droits de l’homme, avec la complicité d’une partie de sa population. Cette confusion est entretenue par le gouvernement en question qui fait hypocritement de son action criminelle une question de survie face à la barbarie.
L’antisémitisme existe évidemment toujours bel et bien, malheureusement, mais ce n’est pas en le galvaudant ainsi qu’on va le faire disparaître, bien au contraire. Il est légitime de critiquer Israël pour ses actions récentes et son non-respect du droit international et le fait religieux ne doit pas servir à cacher ou justifier des actes criminels.