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Survivre dans un pays en ruine

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Détruite à 70 % à l’hiver 2014-2015, la ville syrienne de Kobané, située à la frontière turque, était surtout peuplée de Kurdes. Les entrées de la ville sont aujourd’hui barricadées, les véhicules n’y pénètrent qu’après d’interminables contrôles. Des miradors se dressent aux points stratégiques et une profonde tranchée encercle la cité pour empêcher le passage de véhicules-suicide car le front est tout proche.

En septembre 2014, l’Etat islamique avait assiégé Kobané et contraint la plupart de ses habitants à fuir en Turquie. Quelques centaines de combattants kurdes, armés et entraînés par le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan de Turquie), firent cependant face, bénéficiant du soutien aérien décisif de la coalition internationale. Le siège a pris fin au bout de quatre mois, le 26 janvier 2015 et la population est progressivement revenue.
Mustafa Hassan, âgé de 75 ans avait dû fuir en Turquie avec sa famille : « Nous avons été entassés dans des camps de l’autre côté de la frontière. Cela a duré un an. Nous étions heureux de rentrer chez nous, mais la ville était complètement détruite. Il y avait des cadavres partout ainsi que des explosifs. Chez nous, il ne restait plus rien. Même ma moto avait disparu. »
Nahida, sa fille de 40 ans portant son bébé dans les bras, ajoute : « Nous survivons grâce à mes deux fils de 14 et de 17 ans. Le cadet travaille dans un restaurant pour 3000 livres syriennes hebdomadaires (6 €), l’autre est ouvrier sur les chantiers lorsque son patron peut s’approvisionner en matériaux de construction. »
Dans le restaurant, Ousman cuisine des falafels à la chaîne. « Je travaille dix heures par jour, six jours par semaine. Avant la guerre, j’allais à l’école. Tous mes amis sont en classe en ce moment. Moi, je n’ai pas le choix, je dois travailler car ma famille n’a pas d’argent.« 

D’après un article de La Croix.fr

Pour en savoir un peu plus sur l’Iran

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En 1979, le shah d’Iran (empereur) n’avait pas de successeur immédiat, et il se savait atteint d’un cancer qui allait l’emporter en 1980. Sa mégalomanie, amplifiée par le boom pétrolier de 1973, l’entraînèrent dans des projets de développement qu’il pensait financer sans limites mais la récession qui survint peu après entraînèrent des difficultés pour la population : spéculation sur l’immobilier, pannes d’électricité quotidiennes, mécontentement et frustration des travailleurs attirés vers la capitale par une prospérité mensongère. La corruption généralisée de l’administration aggravant encore les choses.
Cette situation a permis au religieux musulman Rouhollah Khomeyni de se présenter comme le défenseur d’une république vertueuse et respectueuse des libertés. Peu après son retour d’exil (entre 1964 et 1979), il forma même un gouvernement transitoire modéré.
Et le 11 février 1979, quand l’armée se rallia au mouvement protestataire, le régime s’effondra rapidement. Le caractère révolutionnaire de la République naissante ne fit bientôt plus de doute : ses positions internationales vis-à-vis des Palestiniens, des mouvements de libération du tiers-monde et des soulèvements du monde islamique contre l’impérialisme occidental étaient très claires.
Les pays occidentaux misèrent donc sur la victoire rapide de l’Irak quand son dictateur Saddam Hussein envahit la région pétrolifère du sud de l’Iran. La guerre dura cependant huit ans (1980-1988), permettant au pouvoir religieux iranien de se débarrasser de ses opposants et de se consolider.

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Sa Constitution peut faire apparaitre l’Iran comme une démocratie avec des élections tenues régulièrement depuis 1979. Mais le pouvoir est réparti de manière inégale entre un président élu pour quatre ans dont le gouvernement est responsable devant le Parlement et un Guide suprême désigné à vie par une Assemblée des experts élue séparément. Le Guide (Ali Khamenei depuis 1989) contrôlant le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir militaire (avec les milices).
Le président est le chef unique de l’exécutif, mais il est contrôlé par le Guide. Les lois les plus libérales que certains présidents ont voulu mettre en place ont été bloquées par le Guide qui s’appuient sur les miliciens (anciens combattants volontaires de la guerre contre l’Irak) et l’armée des  Gardiens de la révolution (pasdaran). Ces deux groupes tirent de leurs sacrifices, des blessures et de la mort de leurs camarades pendant la guerre contre l’Irak une légitimité que personne n’osent contester dans le pays. En prix de leur dévouement, ils ont d’ailleurs obtenus nombres d’avantages sociaux ou financiers.
L’armée des pasdaran bénéficie de la priorité dans les investissements matériels et compte environ 120 000 combattants, dont une marine et une aviation puissante. Pour assurer son financement, elle contrôle une grande partie des secteurs stratégiques de l’économie : pétrole, gaz, pétrochimie, travaux publics (routes, barrages, tunnels), télécommunications, infrastructures portuaires et aéroportuaires et énergie (technologie nucléaire).

En 2005, Mahmoud ­Ahmadinejad (2005-2013) accéda à la présidence. Ce non-religieux, ancien membre des pasdaran, plaça d’anciens frères d’armes aux postes clés du gouvernement et dans les provinces. Sa politique populiste rencontra un certain succès à l’intérieur du pays mais épuisa les réserves financières malmenées par l’embargo. À l’extérieur, ses menaces à l’égard d’Israël rendirent le président iranien populaire dans les pays arabes.
Lors de l’élection présidentielle de 2009, beaucoup d’Iraniens, parmi les jeunes et la moyenne bourgeoisie des grandes villes, sont toutefois allés voter dans l’espoir d’un changement réel pour deux candidats contestataires et « libéraux ». Lorsqu’on annonça la ­réélection ­d’Ahmadinejad au premier tour avec un score inattendu (62,9 %), les protestations entraînèrent des manifestations de masse, notamment à Téhéran.
L’intervention du Guide en faveur du président encouragea les miliciens à une répression très dure. Pendant plusieurs mois cependant, portés par l’écho de leur mouvement dans les médias occidentaux, de nombreux manifestants défièrent le régime. Les morts furent comptés par dizaines et les deux candidats contestataires lors de l’élection présidentielle furent réduits au silence et soumis depuis, sans jugement, à des assignations à résidence. La révolte fut donc étouffée. Toutefois le président Mahmoud ­Ahmadinejad a fini par être désavoué par le Guide, et c’est un « libéral », Hassan Rohani, qui lui a succédé lors de l’élection de 2013. Le nouveau chef de l’exécutif, qui bénéficie de la confiance du Guide, n’a cependant pas fait avancer les réformes et les libertés publiques bloquées par les partisans les plus  durs du régime.

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Les Américains avaient procuré à l’Iran leur premier réacteur nucléaire destiné à la recherche, et ce sont les Français et les Allemands qui avaient signé avec le shah la vente de cinq centrales dont la construction fut arrêtée lors de la révolution et dont la République islamique annula les contrats.
C’est pendant la guerre Iran-Irak que l’idée de reprendre la technologie nucléaire revint en Iran. L’isolement dans lequel le pays s’était retrouvé lors de l’attaque irakienne avait persuadé ses stratèges que seule l’éventualité d’une riposte nucléaire le protégerait contre une autre menace. C’est l’armée des pasdaran qui hérita du projet et le développa, ce qui aboutit à la construction d’un centrale par les Russes en 2011. Mais malgré la dissimulation des activités de recherches militaires dans des sites souterrains, elles furent dévoilées au monde en 2002.
Au nom du traité sur la non-­prolifération des armes nucléaires de 1968, les grandes puissances interdisait à l’Iran de développer une filière nucléaire autonome, y compris pour l’usage civil. L’Iran fut donc sanctionnée durement.

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La situation de l’Iran est aujourd’hui dramatique : l’embargo résultant des sanctions, les retards de construction d’infrastructures industrielles et la baisse du prix du baril de pétrole (de 120 dollars en 2012 à 20 en décembre 2015) ont affaibli l’économie iranienne qui dépend  pour une grande part des exportations de pétrole.
Et pourtant l’Iran, avec ses immenses réserves de gaz et de pétrole (9,3 % des réserves mondiales de pétrole), reste l’un des pays les plus solvables de la planète. Mais sa production était tombé à 3,9 millions de barils par jour en 2015.

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L’adhésion au régime dans les classes les plus pauvres et chez les miliciens repose beaucoup sur la personne du Guide Ali Khamenei, vieillissant (il est né en 1939). Des conflits risquent donc de surgir à propos de sa succession.

Simplification d’un article de Yann Richard.

Pour en savoir plus, vous trouverez ici un atlas en ligne, d’où proviennent les cartes  de l’article (mais datant de 1998).

Quand un nazi se cachait en Syrie

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La revue de grands reportages XXI révèle dans son dernier numéro paru ce mercredi 11 janvier que l’ancien SS d’origine autrichienne Alois Brunner, jugé responsable de l’assassinat d’au moins 130 000 juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale, est mort dans un cachot à Damas en décembre 2001 à l’âge de 89 ans. Ce reportage confirme ainsi les informations recueillies par le centre Simon Wiesenthal en décembre 2014.
L’enquête est basée sur le récit de trois témoins, présentés comme d’anciens membres des services de sécurité syriens en charge de la protection de l’ancien nazi dont un, Abou Yaman, aujourd’hui réfugié en Jordanie, a accepté de s’exprimer sous son véritable nom.
Selon ces témoignages, il a vécu les dernières années de sa vie enfermé dans un cachot au sous-sol d’une résidence habitée par des civils. A sa mort en décembre 2001, son corps a été inhumé discrètement au cimetière Al-Affif à Damas.
A la fin de la guerre, Alois Brunner s’était enfui en Syrie et est devenu le conseiller d’Hafez El-Assad, le père de l’actuel président syrien, en 1966. Alois Brunner apporta son expertise pour la formation des services secrets du pays, contribuant ainsi à bâtir un système répressif efficace. Le régime de Damas a toujours nié sa présence sur son territoire.
Responsable de la déportation vers Auschwitz de 56 000 juifs de Vienne, 43 000 de Salonique, 14 000 de Slovaquie et 23 500 de France, où il a dirigé le camp de Drancy, Alois Brunner était très apprécié par Adolf Eichmann, l’architecte de la solution finale, qui a dit de lui dans ses mémoires : « C’était mon meilleur homme.« 

Vers une nouvelle prolifération nucléaire ?

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Le président russe Vladimir Poutine a déclaré cette semaine vouloir poursuivre la modernisation de l’arsenal militaire russe et renforcer la puissance de feu nucléaire de son pays de manière à pouvoir percer n’importe quel bouclier antimissile : « Il faut renforcer le potentiel militaire des forces nucléaires stratégiques, avant tout à l’aide de systèmes de missiles capables de garantir le franchissement des systèmes de défense antimissile existants ou à venir », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec les responsables des armées russes.
Ces propos vise évidemment le gouvernement américain qui a, depuis plusieurs mois, prévu l’installation en Roumanie et en Pologne d’un bouclier antimissile dont le but officiel est de défendre l’Europe contre d’éventuelles attaques provenant de l’Iran. 180 armes nucléaires américaines sont stationnées en Europe, dans cinq pays membres de l’Alliance Atlantique (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Turquie).
De son côté le président élu Donald Trump a déclaré sur Twitter que les États-Unis se devaient de renforcer et d’étendre leur arsenal nucléaire. Trump précise que le pays ne devrait pas attendre que le monde revienne à la raison sur les armes nucléaires.
Selon des estimations, les États-Unis comptent actuellement 7100 armes nucléaires, contre 7300 pour la Russie soit 90 % de l’inventaire mondial à eux deux.
En 2015, l’arsenal nucléaire mondial serait en effet d’environ 16 300 armes nucléaires, que se répartissent neuf puissances nucléaires : États-Unis, Russie, France (300), Chine (260), Royaume-Uni (215), Israël (80), Inde (entre 90 et 110), Pakistan (100 à 120), Corée du Nord (6 à 8 ?).
Seuls la Chine, le Pakistan, l’Inde, Israël et la Corée du Nord étaient toujours engagé dans un processus d’augmentation de leurs arsenaux jusqu’au déclarations des présidents américain et russe.
Depuis la production et l’essai de la première bombe atomique le 16 juillet 1945 par les États-Unis, ce sont au total plus de 125 000 ogives nucléaires qui ont été construites dans le monde ( 66 500 ogives pour les Etats – Unis et 55 000 pour la Russie / URSS). Au cours de la Guerre froide, la période où l’arsenal mondial fut le plus important fut atteint en 1986, avec un total de 70 000 ogives.