Catégorie : Histoire des arts

Il y a 80 ans, Guernica

Le 80e anniversaire du bombardement de la ville de Guernica par les Allemands a eu lieu le 26 avril dernier sans que je ne m’en rende compte.
Un lundi de 1937, jour de marché en pleine guerre civile espagnole, 44 avions allemands de la légion Condor et 11 italiens – Mussolini et Hitler étaient alliés de Franco – bombardèrent une cité sans défense. Les militaires allemands inauguraient ce jour-là la technique du « tapis de bombes », un bombardement massif en plusieurs vagues (il a duré trois heures et quinze minutes) avec pour objectif la a destruction totale d’une ville ou de quelques-uns de ses quartiers les plus peuplés. À 19 heures, la ville était en ruines et plus de 1654 habitants avaient été tué.
Cet événement a inspiré à Pablo Picasso l’une de ses œuvres majeures, présentée au public pour la première fois lors de l’Exposition internationale des arts et des sciences de Paris. Pourtant Picasso ne s’était pas engagé jusque là dans le conflit espagnol. Les intellectuels de gauche français et espagnols avaient bien tenté à diverses reprises de l’associer à la mobilisation politique contre le général Franco, mais Picasso restait en retrait.
En février 1937, Max Aub, l’attaché culturel de l’ambassade d’Espagne à Paris, lui commanda, pour le compte du gouvernement républicain, un « mural » pour le futur pavillon espagnol de l’Exposition universelle qui doit ouvrir à Paris, de mai à novembre. Picasso accepte et reçoit la somme de 150 000 francs français en paiement de l’œuvre à venir.
Le 30 avril, trois jours après l’assaut sur Guernica, Picasso prit connaissance du récit et des photos parus dans le quotidien Ce soir de son ami Louis Aragon. Ces visions, cette lecture du récit des premiers correspondants qui ont pu pénétrer dans la ville ont produit un électrochoc chez Picasso qui peinait jusque – là à trouver l’inspiration.
Cette fois, le peintre tenait son sujet : la guerre. Il travailla nuit et jour pendant un mois, sous le regard de la photographe Dora Maar, sa compagne d’alors. Sur cette toile de plus de 7 mètres de long – en noir, blanc et gris –, sa guerre prit une forme surréaliste.
Alors que le tableau s’apprêtait à rejoindre le pavillon espagnol, Picasso ne lui avait toujours pas donné de nom. Picasso convia quelques personnes pour voir l’oeuvre. Peut-être fut-ce Paul Éluard qui composait alors son poème Victoire de Guernica qui prononça le nom de la ville martyre voyant le tableau qui allait porter ensuite ce nom.

I

Beau monde des masures
De la nuit et des champs

II

Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III

Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d’exemple

IV

La mort coeur renversé

V

Ils vous ont fait payer la pain
Le ciel la terre l’eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l’aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s’accablaient de politesses

VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

IX

Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

XI

La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII

Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l’espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l’avenir

XIV

Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

Paul Eluard, Cours naturel, 1938.

D’après un article de La Croix.fr

Visite des expositions Picasso

Cet après-midi, nous avons visité les expositions consacrées à Picasso dans les différents musées rouennais.

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La période exposée concerne principalement les années 1930 à 1936. A cette époque, Picasso était marié à la ballerine russe Olga Khokhlova, mais éperdument amoureux d’une toute jeune femme, Marie-Thérèse Walter, rencontrée devant les Galeries Lafayette à Paris.
Picasso se sentait à l’étroit à Paris, surtout pour ses travaux de sculpture. Il fit donc l’acquisition d’un domaine datant des XVIIe et XVIIIe siècles, dans le hameau de Boisgeloup, près de Gisors, dont une pièce et d’anciennes écuries vont lui servir d’atelier.
Il avait 50 ans, c’était déjà un peintre reconnu vivant selon un certain standing (un chauffeur, un cuisinier).

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Ce sont trois expositions, dans trois musées différents de Rouen (le musée des Beaux Arts, le musée de la céramique et le musée de la ferronnerie), mettant en scène un total de 350 oeuvres, grâce à des prêts, qui permettent de visualiser cette « période normande » de Picasso.

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Le musée des Beaux  Arts propose la plus grande exposition, dont la première partie présente le domaine de Boisgeloup à partir de photographies et de lettres.

Certaines oeuvres exposées m’ont aidé à comprendre le travail de Picasso, notamment à partir du portrait de sa jeune maîtresse.

Le musée de la céramique expose un assez grand nombre d’oeuvres de Picasso, de styles très différents, allant du réemploi jusqu’aux assiettes kitsch…

Le musée de la ferronnerie expose en fait surtout des oeuvres de l’artiste catalan Julio Gonzàlez, considéré comme le fondateur de la sculpture en fer moderne, dont l’oeuvre fut nourrie par sa collaboration et son amitié avec Picasso dont deux oeuvres sont également présentées.

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Je reste peu sensible aux oeuvres de Picasso, mais ces trois expositions sont intéressantes à voir et bénéficient d’un billet groupé à 12€.

Etranges objets vidéo… poétiques ?

Entre novembre 2011 et mai 2012, ARTE Creative a mis à disposition de vidéastes, cinéastes et graphistes des deux côtés du Rhin cinq épisodes d’Un billet de train pour…, série documentaire sur le charme romantique du chemin de fer diffusée par ARTE depuis longtemps. À charge pour eux de créer une nouvelle œuvre visuelle à partir de ce matériau.
Les artistes qui s’en sont emparés ont remonté, retravaillé, détourné, recomposé les images, ajouté d’autres sons ou d’autres musiques, en un mot pratiqué un « recyclage créatif » dont sont présentés ici six des résultats les plus originaux et les plus imaginatifs.

A voir quelques jours encore sur le replay d’Arte.

La Grande guerre en animation

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Les multiples initiatives lancées pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre ont amené les auteurs de courts métrages d’animation à s’interroger sur ce qu’ils avaient à en dire.
Ce DVD propose une sélection d’œuvres évoquant la première guerre mondiale, établie en partenariat avec le festival du cinéma d’animation Anima de Bruxelles.
Aux côtés d’œuvres de réalisateurs confirmés (Dave Unwin, Bruno Collet, Claude Cloutier) sont présentées celles de jeunes auteurs, parfois encore étudiants, qui se réapproprient la mémoire collective (Lucrèce Andreae, Yancouba Dieme, Rémi Durin, etc.) .
Les neufs films d’animation du DVD :
La Détente de Pierre Ducros et Bertrand Bey (2009)(durée : 8 minutes)
Trois petits points du Collectif de l’Ecole des Gobelins (2010) (durée : 3 minutes)
Lien du Collectif de Supinfocom (2010) (durée : 6 minutes)
De si près de Remi Durin (2009) (durée : 12 minutes)
Le jour de gloire de Bruno Collet (2007) (durée : 6 minutes)
Poppy de James Cunningham (2009)(durée : 10 minutes)
La tranchée de Claude Cloutier (2010) (durée : 5 minutes)
Lettres de femmes de August Zanovello (2013) (durée : 11 minutes)
Wargame de Dave Unwin (2001) (durée : 28 minutes)

On pourra trouver d’autres courts métrages sur la Première guerre mondiale ici , et encore .