Catégorie : manuscrit

La correspondance de Gustave Flaubert en ligne

Depuis novembre 2017, le Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter de l’université de Rouen propose en ligne la correspondance de Gustave Flaubert, entre 1829 et 1880, soit 4449 lettres. Ce projet éditorial a été dirigé par Yvan Leclerc, directeur du Centre Flaubert, que j’ai eu comme professeur à l’université de Rouen en 1992 -1993 pour un cours sur Maupassant alors qu’il travaillait à l’édition de la correspondance entre Flaubert et Maupassant. Je suivais son cours en parallèle avec celui de Jean Maurice sur La Chanson de Roland qui m’a aussi laissé de très bons souvenirs.

La dispersion prévisible d’un véritable trésor, résultat d’une escroquerie

10264164_376718049150227_4945244901166959792_o
Gérard Lhéritier posant dans le musée des Lettres et Manuscrits

Lundi 18 décembre, les deux lots-phares de la vente du fond Aristophil, le rouleau manuscrit des 120 journées de Sodome du marquis de Sade et les premier et deuxième Manifestes du surréalisme d’André Breton ont été classés trésors nationaux et retirés de la vente.

Le lot le plus important après ceux-là, le manuscrit d’Ursule Mirouët d’Honoré de Balzac, a été adjugé 1,17 million d’euros. Une lettre de Napoléon Bonaparte à Joséphine a aussi été vendue pour 320 320 euros. Il y avait aussi des dessins de Saint-Exupéry et un rare manuscrit médiéval du XVe siècle, L’Histoire d’Alexandre le Grand de Quinte Curse, proposés à la vente.
Plusieurs autres centaines de ventes de manuscrits issus du fond sont prévues sur une période de 6 à 7 ans. L’objectif de ces ventes est de restituer aux victimes au moins une partie de ce qu’ils ont investi, entre 6000 euros et 1,7 million, avec une moyenne de 83 000. Certaines d’entre elles avaient investi 100% de leur patrimoine.
Aristophil, société spécialisée dans le commerce de manuscrits et autographes anciens, avait été fondée par Gérard Lhéritier en 1990. L’homme d’affaires avait vendu quelque 130 000 manuscrits à des investisseurs, tout en conservant la garde de leurs biens. Il incitait ses clients à placer leur argent dans des documents du patrimoine en leur promettant un rendement de 8 à 9 % par an.
Via une armée de 800 courtiers qui sillonnaient la France, les investisseurs achetaient en indivision des lots de manuscrits (54 lots ont été identifié). Le ticket d’entrée était fixé à 1500 euros (il existait aussi une formule à 15 000 euros). Au même titre que les oeuvres d’art, cet investissement était défiscalisé et n’entrait pas dans le calcul de l’ISF.
Dans un communiqué du 12 décembre 2012, l’Autorité des marchés financiers appelait pourtant « les épargnants à la plus grande vigilance » à propos de certains « placements atypiques » comme les « lettres et manuscrits » et de leur de suggérer : « Posez-vous la question de savoir comment, et par qui, est réalisée la valorisation (prix d’achat ou de vente) du produit proposé. »
Mis en examen pour « escroquerie en bande organisée » et « pratiques commerciales trompeuses », Gérard Lhéritier est en effet soupçonné d’avoir utilisé l’argent des nouveaux entrants pour rémunérer les anciens et d’avoir ainsi lésé 18 000 personnes après avoir vendu au total pour 850 millions d’euros de parts à ses clients. Mais il a constamment surévalué la valeur des pièces proposées aux investisseurs : ainsi un manuscrit de 40 feuillets d’une rescapée américaine du Titanic, est estimé entre 300 et 400 000 euros. Or, en 2012, il avait été « facturé » 1,1 millions d’euros aux épargnants d’Aristophil. En 2004, Gérard Lhéritier acheta chez Sotheby’s les 69 pages du manuscrit de Cellulairement, de Paul Verlaine pour le prix de 300 000 euros. Six ans plus tard, il le revendit à ses épargnants pour 1,4 million d’euros! Enfin, le lot « Lettres, manuscrits, livres et objets historiques de l’empereur Napoléon Bonaparte », composé de 1500 pages – 9 lettres autographes signées de Napoléon, 424 missives où il a seulement apposé son paraphe – ou encore le télescope du duc de Wellington, était estimé par Aristophil à 13,4 millions d’euros en 2008 et divisé en 3900 parts vendues aux épargnants. L’expertise diligentée par la justice a abouti à un chiffre compris entre 1,189 et 2,365 millions d’euros seulement. A l’origine de ces surestimation vertigineuse, on trouve souvent Jean-Claude Vrain, célèbre libraire ancien installé à Paris, capable d’estimer un manuscrit sans même avoir eu la pièce entre les mains, mais en suivant la recommandation d’Aristophil ! Ou encore, chiffrant à 15,5 millions d’euros un ensemble d’ouvrages du Moyen Age qu’il avait lui-même vendus 5,5 millions à la société de Gérard Lhéritier quelques mois auparavant.
Gérard Lhéritier avait ainsi bâti un empire de papier. Il fut en effet l’un des plus gros acheteurs de manuscrits du monde, Aristophil dépensant plus de 100 millions d’euros par an en manuscrits, avant de les proposer aux épargnants.
Parallèlement, Aristophil avait lancé un musée des Lettres et Manuscrits, boulevard Saint-Germain à Paris et un autre à Bruxelles. On pouvait y admirer les joyaux du fonds ainsi que des expositions temporaires. Ces musées, parrainés par Patrick Poivre d’Arvor, étaient toutefois avant tout des vitrines destinées à attirer des investisseurs et ont fermé depuis.

enqu-3323-2-aristophil_5292811
Gérard Lhéritier bien entouré à l’époque de la célébrité et du succès…

Grand promoteur d’Aristophil, il semblerait que Patrick Poivre d’Arvor ait bénéficié d’un prêt de 400 000 euros de la part Gérard Lhéritier afin de payer le dédommagement dû à TF1 en 2012, pour non-respect de la clause de confidentialité de son contrat, mais aussi de manuscrits offerts en cadeau, pour environ 200 000 euros…
Autre point gênant, pour l’État cette fois, Aristophil a fait don de 2,5 millions d’euros à la BNF, en 2011, pour permettre l’achat d’un ouvrage du xve siècle, la Vie de Sainte Catherine d’Alexandrie, un don défiscalisé à 90 % toutefois !

Synthèse réalisée à partir de plusieurs articles.

Un carnet de Marcel Proust à lire en ligne

 

La BnF a mis en ligne l’« Agenda 1906 » de Marcel Proust, acquis en 2013. Ce mystérieux carnet qui n’était mentionné ni dans sa correspondance ni dans ses cahiers, contient des notes de travail qui esquissent une fin différente pour la Recherche et donnent une autre version du célèbre épisode de la madeleine, qui évoquait alors l’odeur et non le goût du thé.
Ces notes révèlent également certains aspects de la vie privée de l’auteur.
L’agenda a fait l’objet d’une étude détaillée livrée ici : transcription du texte, ajout de référence biographique des personnes mentionnées, de photographies des lieux, etc..
Alors que je me pose la question de la lecture de l’oeuvre de Proust, que j’ai sans cesse reporté, ce carnet donne une vision intéressante du processus d’écriture.

Un manuscrit d’Eugène Lapeyre

 

 

 

 

J’ai eu l’occasion de récupérer un manuscrit « inédit » (au sens de non publié) de l’écrivain Eugène Lapeyre. Poète chrétien ayant reçu le prix Véga et Lods de Wegmann de l’Académie française en 1975, il tenait en outre une librairie à Nice, A la Sorbonne. Nostalgique de la monarchie, il aimait l’ordre, la grandeur, le classicisme et la rigueur. Esprit religieux, il proclamait sa foi à travers ses oeuvres.
Son oeuvre poétique est abondante et comprend notamment Jardin sur le fleuve, Les Regrets, Les Silences, Le voyage intérieur, Le Palais de sable, Le Chant de l’âme au purgatoire, La Joie, Le jeune homme riche.  Il s’intéressa aussi au théâtre  et sa Jeune Phèdre est même donnée au Casino municipal de Nice en 1946.

Le manuscrit dont il est question ici est celui d’une pièce de théâtre en cinq actes,  intitulée Le roi lépreux. L’action se déroule dans les Etats chrétien d’orient sous le règle de Baudouin IV, au XIIe siècle.
Le premier acte débute à l’annonce du mariage entre la soeur du roi, Sybille, et Guy de Lusignan (en 1180) tandis que le rideau tombe sur la mort de Baudouin, en 1185. Le manuscrit compte 191 pages tapées à la machine et il semble avoir été achevé le lundi de Pâques 1948, à Nice.