Étiquette : Moyen Age

Une image antisémite du XIIIe siècle ?

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Sur un rôle d’imposition anglais de 1233, un scribe a dessiné une scène satirique probablement antisémite. Le décor fait apparaître deux personnages présentant des nez crochus dans ce qui semble être une reconstitution du palais de Westminster. Leur caractéristique physique est moquée par une armée de démons. L’un des diables pointe du doigt les narines des deux principaux protagonistes.
Si des doutes subsistent encore sur l’appartenance à la communauté juive des personnages dessinés, notamment parce que l’imagerie chrétienne n’a à cette époque produit que peu de représentations de Juifs ; cependant, le contexte historique de l’Angleterre en 1233 tend à accréditer cette idée.
Affaibli par une guerre civile, le royaume d’Henri III était en effet ruiné financièrement. Le souverain s’est appuyé alors sur les riches marchands juifs pour collecter les impôts en les affermant et lui prêter de l’argent. Au-dessus de la scène, le personnage tricéphale est sans nul doute Isaac de Norwich, un marchand juif très connu et très puissant, représenté comme la figure de l’Antechrist. Il était usurier, notamment au service de l’abbaye de Westminster. Il est probable que le second personnage masculin moqué dans le dessin soit Mosse Mokke, un notable juif de Norwich qui prélevait  la taxe sur les juifs pour le roi et travaillait pour Isaac dans le recouvrement de créance. Le personnage féminin représenté en face est probablement sa femme, Avegaye, qui pratiquait également l’usure. Mosse Mokke a été exécuté  en 1242 après avoir été accusé de rogner les monnaies.
Le quatrième personnage, représenté à gauche avec une balance, en train de peser des pièces de monnaie, est probablement un changeur juif ou un usurier, rappelant la fonction d’Isaac et de Mosse.

D’après un article du New York review of books

Un trésor médiéval découvert à Cluny

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Un trésor médiéval exceptionnel vient d’être découvert à l’abbaye de Cluny, en Saône-et-Loire. Anne Baud, enseignante-chercheuse à l’université Lyon II, a découvert le trésor avec ses étudiants. La bourse contenant les pièces se trouvait sous un sol à proximité de l’infirmerie de l’abbaye, détruite au XVIIIe siècle.
Dans la paroi verticale qui constituait un des côtés du sondage, les archéologues ont aperçu une pièce de monnaie qui tombait. Puis tout un petit amas de pièces s’est mis à dégringoler. Au total, le trésor se compose de 2200 pièces, plus une petite bourse en cuir et une bague sigillaire. Les pièces datent de la première moitié du XIIe siècle, aussi bien les deniers clunisiens – des monnaies d’argent frappées dans l’abbaye ou à proximité – que les monnaies arabes, les dinars d’or, qui sont aussi du deuxième quart du XIIe siècle. La bague sigillaire, qui permet de faire des sceaux, est également du début du XIIe siècle ou de la fin XIe. Les dinars arabes sont une monnaie qui circulait dans le pays au début du XIIe siècle parce qu’en France on ne frappait pas encore de monnaie en or à l’époque.

D’après un article de FranceInfo.

Les fiches d’activité à compléter à partir du jeu sérieux « Vivre dans un château au Moyen – Age »

Voici les fiches que je vais distribuer aux élèves de cinquièmes et qu’il devront compléter au fur et à mesure de leur progression dans le jeu. Il s’agit des fiches du site Histocollège (disparu je le crains) légèrement modifiées.

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Seigneurs et chevaliers

La féodalité

Les paysans et les seigneurs trace écrite

L’eglise trace écrite à trous

Les élèves vont utiliser le mode « jeu » de l’application pour visiter le château. Les points qu’ils vont gagner en répondant aux questions serviront de points d’expérience. Il auront trois ou quatre séances pour finir le jeu.

Une belle salle informatique

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Le collège Alain est équipé de trois salles informatiques et l’une d’elles se trouve à mon étage. À l’intérieur, 28 postes élèves en état de marche ! Et des casques audio pour tous !

Cet après – midi, j’ai donc passé deux heures dans cette salle à installer l’application « Vivre dans un château au Moyen – Âge », afin de programmer un travail en cinquième à la rentrée. Chaque élève va pouvoir explorer le jeu et répondre à un questionnaire que je vais bâtir pendant les vacances afin de traiter le chapitre « L’ordre seigneurial et la domination des campagnes ».

 

Comprendre l’Autre

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J’explique régulièrement aux élèves qu’il faut essayer de ne pas observer les agissements des sociétés du passé avec notre vision des choses, mais qu’il faut tenter de comprendre leur façon de vivre, de penser pour comprendre leurs actions. Ils sont en effet prompt à juger « idiot » ce qui ne correspond pas à leur façon de vivre ou de penser.
C’est par exemple le cas lorsque nous étudions le Moyen – Âge en cinquième : la religiosité de cette époque leur paraît au mieux saugrenue. À cette occasion, j’essaie donc de les « mettre dans la peau » d’un chevalier pour les confronter à des choix qui les obligent à réfléchir « comme à l’époque ».

Un tournoi bourgeois et intercommunal en 1330

En 1330 se tint, à Paris, dans la grande plaine qui s’étend alors autour de Saint-Martin-des-Champs, un grand tournoi qui opposa des bourgeois venus de Paris à d’autres venus de communes « voisines » : Valenciennes, Rouen, Amiens, Saint-Quentin, Reims, Compiègne, Verdelot en Berry, de Meaux, de Mantes, de Corbeil, de Pontoise, Saint-Pourçain et  Ypres.
Tous venaient pour représenter leur «pays» dans une tentative de déjouer ou au moins de canaliser des rivalités urbaines : les équipes des différentes communes s’affrontèrent farouchement pour faire triompher leur ville. Il s’agissait aussi de s’approprier les codes culturels de la noblesse, notamment ceux de la tradition courtoise. La mise en scène sous-tendait également une revendication politique, à une époque où la bourgeoisie et la noblesse féodale rivalisent pour le contrôle des grands offices du royaume, tandis que de nouvelles techniques militaires remettent en question le monopole seigneurial sur les arts martiaux. L’événement manifestait aussi une volonté d’ancrage dans la tradition plus ancienne des jeux grecs. En cette année 1330, le thème du tournoi était la Guerre de Troie. Les Parisiens jouaient les Troyens (en rappel avec l’origine mythologique de la ville de Paris) : les 36 membres de l’équipe se déguisèrent en Priam et en ses 35 fils. Tous les autres bourgeois, venus de 13 villes différentes, étaient les Grecs. En 1330, c’est l’équipe de Paris (donc les Troyens !) qui gagna, raflant tous les prix.

Ce tournoi nous est connu grâce à une chronique parisienne anonyme, publiée dans le tome XI des mémoires de la Société Historique de Paris, éd. A. Hellot, 1884, § 212.
En voici le texte :
« Apres ce que aucunes dez villez de France, par plusieurs foiz, eurent appellez ceux de Paris pour jouster à eux, et [à] ceux qui y estoient de Paris le pris de leur festez donnés, et qui mont de grandez parollez disoient que ceux de Paris feste publique n’osoient faire, lez gouverneurs et les mesnistres et ceux de Paris, qui mont desiroient à la ville de Paris faire honneur et essaucier en toutez seigneuries par dessus toutez les villes du royaulme, comme soleil corporé, emprainte et ymaginacion dez trois fleurs de liz au royaulme de France [essaucié] par dessus tous aultrez royaulmes, et à qui lez parollez des gens d’estranges nacion estoient souvent rapportées, Jehan Gencien, Jehan Barbeite, filz jadiz sire Estienne Barbeite, Adam Boucel, prevost dez marchans, Jehan Billouart et Martin des Essars, maistre dez comptez, à eux aliez tous lez bourgoiz de Paris, supplierent au roy que, de sa grace, il voulsist donner congié aux bourgoiz de Paris de faire jouste contre les bourgoiz du royaulme. Adonc le roy de France Philippe de Valoiz, considerant la noblesce et la valeur de Paris, comment lez bourgoiz et tout le peuple de Paris de leur auctorité le rechurent à seigneur, par la proiere de son frere le conte d’Alenchon, Louys de Clermont duc de Bourbon, et Robert d’Artoiz conte de Beaumont, leur octroia leur feste à faire sans esmouvoir le peuple.
Lors lez diz bourgoiz, à l’exemple jadiz du roy Priant, soulz qui jadiz Troye la grant fut destruite, et de ses XXXV filz, ordenerent que ung des bourgoiz de Paris appellé Renier Le Flamenc seroit le roy Priant, et XXXV des jennes gens enffans de bourgoiz de Paris, donc l’en appelloit l’un, qui estoit en lieu de Hector le filz au roy Priant, Jaque des Essars, l’autre Jehan Bourdon de Nelle, Jehan Pazdoe, Symon Pazdoe, Hue de Dammartin, Denis Sebillebauch, Pierres Le Flamenc, Guillaume Gencien, Pierres de Pacy, Robert Miete, Jehan de la Fontaine, Robert La Pye, Jehan Maupas, et plusieurs aultrez filz de bourgoiz de Paris. Et ce fait, le dessus dist roy Priant, pour l’amour et honneur dez damez de Paris, manda par ses lettres à touz ceux des bonnes villes du royaulme cy aprez nommées, qui pour l’amour dez dames joustez et fait d’armes hantoient, que, en l’onneur de Pallaz, jadiz amoureuse dame en Troye, noble cité, et de la nobleté d’amours soustenir, comme à feste ronde que Artus, le roy de Bretaigne soulloit maintenir, feussent à Paris, chacun pour troiz foiz à courir à lances briser contre nostre roy Priant et ses filz, le lundi [et] le mardi ensuivant aprez la feste Nostre Dame en aust prouchain venant, qui furent en cest [an] de Nostre Seigneur MCCCXXX. Et pour ce, lez devans nommez bourgoiz de Paris, lez diz jours, delez Paris en ung champ qui est entre l’eglise Saint-Martin-des-Champs et l’ostel du Temple jadiz le manoir des Templiers, par devant toutez lez noblez dames et bourgoises de Paris mont très noblement et richement appareliés et la gregneur partie de ellez couronnées, qui sur grans eschauffaux et aultrez grant multitude de riche peuple de Paris sur aultrez eschaffaux, en iceluy champ faiz et sur maisons prouchaines d’illec sur aultrez eschauffaux estoient, ledit roy Priant et ses filz vindrent noblement en champ et contre tous les sourvenans asprement coururent et jousterent, c’est assavoir contre les bourgoiz de la ville d’Amiens, de la ville de Saint-Quentin en Vermandoiz, de Rains, de Compiengne, et de Verdeloy en Berry, de Miaux, de Mante, de Corbeul, de Ponthoise, de Rouen en Normandie, de Saint-Pourcein, contre ung bourgoiz de Valenciennes et contre ses II filz, et contre ung bourgoiz de la ville d’Yppre. Et comme au dist champ les diz sourvenans dez dictez villes noblement entrassent, et à courir à plaine lance contre ceux de Paris se adrechassent, comme ceux qui cuidoient lez enffans de Paris trouver non saichans du fait de jouste et entre lez aultrez bourgoiz un bourgoiz de Compiengne que l’en appelloit Cordelier Poillet, vestu illec en habit de Cordelier, qui de ceux de Paris se moquoit et portoit en sa main ung rainceau d’une verge et en feroit de foiz en aultre ung de ses compaignons, demonstrant que il chastiroit lez enffans de Paris que il appelloit « pastez » ; toutefoiz nulle lance ne brisa et du plus heingre de ceux de Paris fut geté de son cheval à terre, son outrecuidance abessant, et inglorieux du dit champ s’en alla. Et comme au dist champ, par lez diz jours, ceux de Paris noblement courans et brisant lances contre tous venans, du dist champ, à la haultesse et franchise d’amours, en emporterent victoire.
Et l’endemain, qui fut jour du merquedi aprez la dicte feste Nostre Dame d’aoust, les diz bourgoiz des dictes bonnes villes, avec lez bourgoiz et les noblez dames et bourgoises de Paris, en l’ostel jadiz du Temple le manoir dez Templiers, dessoulz pavillons à ce apparellez, à trompes, timbres, tabours et nacaires, grant joie illec demenant, en la presence mons. Robert d’Artoiz conte de Beaumont, mons. Guy Chevrier, et des seigneurs et maistres de la court, en la presence du prevost de Paris Huguez de Crusi, le chevalier du gueit de Paris et la gregneur partie des sergens de Paris à pié et à cheval, tous vestus d’un drap, disnerent. Et quant de ceste grande feste quant à ceux de dehors Paris attendans, comme dessus dist, à ung bourgoiz de Compiengne qui estoit appellé Simon de Saint-Osmer, qui en joustant eust une de ses jambes brisées, le prix donnerent ; et en l’ostel où le dist Simon estoit herbegié, en la grant rue de Paris, jouxte le nouvel hospital de Saint-Jasque, en la maison que l’en dist d’ardoise, à grant compagnie de noblez bourgoiz de Paris, par une pucelle de Paris, jadiz fille d’un drappier et bourgoiz de Paris jadiz appellé Jehan de Chevreuse, la quelle chevauchoit ung cheval blanc, ceinte d’une riche cheinture à la quelle pendoit une noble aumosniere, et tenoit la dicte pucelle sur sa main ung esmerillon, le dist cheval, ceinture, aumosniere et esmerillon, à grant joye et à la louenge de Paris, comme à celuy de dehors dez attendans qui mieux c’estoit à la feste porté si comme l’en disoit, lez dis joyaux la dicte pucelle presenta et donna. Et au dessus dist Jaquez des Essars, quant pour ceux de Paris qui mieux s’estoit porté à ceste feste si comme l’en disoit, lez diz bourgoiz de Paris le prix donnerent.
Et ainssi ceste feste dez bourgoiz de Paris faicte au très grant honneur de Paris, tant de ceux de Paris comme ceux de dehors, chacun en son lieu paisiblement se retraist, XXV ans aprez lez joustez que Renier Le Flamenc et Pierre son frere et lez autrez bourgoiz de Paris firent à Paris, en la place de Greve. »

D’après un article de Boris Bove, « Les joutes bourgeoises à Paris, entre rêve et réalité (XIIIe-XIVe s.)« , dans Le tournoi au Moyen Age, Cahiers du centre d’histoire médiévale, n° 2, Lyon, 2003, pp. 135-163.