Étiquette : Moyen Age

Un autre chantier médiéval bientôt lancé

Située tout près de Tours, à une douzaine de kilomètres, les ruines de la forteresse de Montbazon laissent encore voir un imposant donjon érigé aux alentours de l’an 1000. La principale raison de la conservation du donjon jusqu’à aujourd’hui est qu’il fut habité jusqu’en 1725, puis sérieusement endommagé mais jamais détruit en raison de la solidité de ces murs d’une épaisseur de 2 à 3 mètres. La Forteresse est aujourd’hui ouverte au visiteurs et gérée par l’association des Chevaliers du Faucon Noir.

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En 2015, l’équipe de passionnés adhérents de l’association a lancé un vaste projet de création d’un village médiéval, baptisé l’archéosite. Au total le site devrait abriter une trentaine de maisons, une halle, un châtelet d’entrée, une exploitation agricole et même une église ! une fois achevé, ce village accueillera les métiers d’art les plus emblématiques et représentatifs du Moyen âge, et sera habité de façon permanente. Une partie des constructions sera dédiée à l’hébergement des scolaires pour des séjours, lors de semaines patrimoines notamment.
A l’image du chantier de Guédelon, toutes les constructions imaginées pour le site de la Forteresse seront intégralement réalisées dans le respect des techniques de l’époque.

Les actes des congrès de la société des historiens médiévistes sont en ligne

Les Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur, entre 1970 et 2007, sont disponibles en téléchargement ici.
Le 38ᵉ congrès, en 2007, s’intitulait « Être historien du Moyen Âge au XXIe siècle ».
J’avais utilisé plusieurs de ces actes pour mes études et notamment les numéros 7, 19, 24 et 26 pour mon mémoire de maîtrise puis de DEA, toujours en chantier…

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A cette occasion, j’ai découvert les actes du 40e congrès, consacré aux migrations et mobilités au Moyen Âge, que je vais me procurer.

 

Leçons de l’histoire ?

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Dans son essai Conjurer la peur, Patrick Boucheron replace la fresque du bon gouvernement, peinte par Lorenzetti dans le palais communal de Sienne en 1338, dans le climat d’urgence qui l’a suscitée et qui lui donnait sens. Dans les années 1330, la commune de Sienne était en effet menacée par la seigneurie c’est-à-dire par cette forme de gouvernement personnel trahissant les principes républicains de la cité, mais aussi par la crise de l’économie et des banques.

De cet essai a été tiré un documentaire tentant de faire le parallèle entre la situation de Sienne au XIVe siècle et notre monde du XXIe siècle. Si tout ne m’a pas convaincu dans ce documentaire, loin de là, il a le mérite de poser des questions et de proposer une étude assez détaillée de la fresque de Lorenzetti.
J’ai découvert que le livre de Patrick Boucheron avait aussi inspiré Gaëlle Bourges, une chorégraphe, pour un spectacle imaginé après l’attentat de Nice.

« La tentation de voir le monde en noir et blanc existe. Or l’apprentissage de l’histoire en général est très largement celui de la nuance, de la complexité des éléments qui composent une société et les mentalités qui y sont à l’œuvre. »

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Miniature illustrant un manuscrit du début du XIVe siècle

La citation reprise en titre provient de cet excellent article du blog Enseigner l’histoire (médiévale) à l’université. Elle fait écho à la vidéo de la chaine YouTube Nota Bene que j’ai postée hier à propos des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale.
Dans cet article (et même dès son titre), le collègue enseignant à l’université évoque aussi ce qui a déclenché en moi l’envie d’étudier l’histoire médiévale depuis tout petit : ce sentiment d’étrangeté, cet éloignement par rapport aux sociétés du XXe puis du XXIe siècle que je n’éprouvais pas face à l’histoire de l’Antiquité.
Évidemment, une fois étudiée cette société médiévale paraît moins étrange, mais elle n’en demeure pas moins complexe et fascinante. Cette fascination touche d’ailleurs, un peu, les élèves de collège que j’ai en face de moi. Mes deux classes de cinquième ne sont pas passionnées d’histoire, loin de là. Mais le chapitre sur l’ordre seigneurial et les campagnes au Moyen – Âge est pour le moment celui qui les a plus motivés et qui a donné lieu aux meilleurs résultats d’évaluation, certains élèves m’ayant même déclaré qu’ils avaient appris parce que c’était intéressant…
À la fin de son article, le collègue se demande :  » Pédagogiquement, peut-on, doit-on, « simplifier » ? Écarter certains termes vraiment trop complexes, ou en donner une définition finalement partielle mais ni fausse ni incompréhensible (…) ? » Il parle évidemment de ce qu’il apprend à ses étudiants, en licence notamment. Mais je trouve que cette remarque vaut aussi pour le collège et le lycée.
Je ne vois pas comment être compris de mes élèves sans simplification, voire sans caricature. Cela me navre, me frustre. Mais si l’objectif est d’être compréhensible pour de jeunes gens, alors il faut nécessairement en passer par là.
Aujourd’hui, je ressens la même chose que les étudiants de ce collègue quand j’étudie la Préhistoire. Cette période, découverte tardivement pour moi, me fascine presque autant que le Moyen – Âge, mais elle fait appel à des connaissances et des notions qui me paraissent parfois trop complexes pour que je puisse les appréhender pleinement.

Les souvenirs d’un routier au XIVe siècle

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Miniature du XIVe siècle.

« Il n’est bon temps, plaisir, or, argent, gloire en ce monde, que des gens d’armes et de guerre puissent avoir, que nous n’ayons obtenu à cette époque. Que nous étions réjouis quand nous chevauchions à l’aventure, et que nous pouvions trouver dans la campagne un riche abbé, un riche prieur, un riche marchand ou un convoi de mulets de Montpellier, de Narbonne, de Limoux, de Fangeaux, de Béziers, de Carcassonne ou de Toulouse, chargés de draps ou de soie, de Bruxelles ou de Montivilliers, ou de fourrures venant des foires du Lendit ou d’ailleurs, ou d’épices venant de Bruges, ou d’autres marchandises venant de Damas ou d’Alexandrie ! Tout était à nous, ou le devenait selon nos souhaits : tout nous appartenait, ou tout était rançonné selon nos désirs. Tous les jours, nous avions des ressources nouvelles. Les paysans d’Auvergne et du Limousin nous fournissaient et amenaient en notre château les céréales et la farine, le pain tout cuit, l’avoine pour les chevaux et la litière, les bons vins, les bœufs, les moutons, les brebis, tous gras, et la poulaille et la volaille. Nous étions approvisionnés comme des rois. Et quand nous parcourions la contrée à cheval, tout le pays tremblait devant nous : tout ce qui circulait nous appartenait. Vous rappelez-vous comment nous prisme Carlat, moi et le bâtard de Caupenne ? Comment nous prismes Chalusset, moi et Perrot le Béarnais ? Comment nous escaladâmes, vous et moi, sans autre aide, le château de Mercœur qui est au comte Dauphin [d’Auvergne] ? Je ne le tint que cinq jours, mais en reçut sur une table 5 000 francs, et encore je m’en tins quitte pour 1 000 pour l’amour des enfants du comte dauphin. Par ma foi, cette vie était bonne et belle ! »
Extrait des Chroniques de Jean Froissart, XIVe siècle. Repris dans Le temps de la guerre de Cent ans, Boris Bove, Belin, 2015.