Catégorie : Julien Gracq

Quatre émissions sur Gracq

Merci à Rolande et Jean – Pierre de m’avoir signalé ces quatre émissions de La compagnie des auteurs, sur France Culture.

Art, géographie et littérature

Le travail de Pauline Delwaulle pose la question de l’écriture de l’espace et de sa représentation. Le paysage et la cartographie servent de support à ses interrogations, que ce soit par le land art, les cartes numériques ou le film. Elle se confronte au lieu, au monde, puis vient le couvrir, le doubler, pour mieux le voir, le présenter.
Un même projet se déploie souvent en plusieurs médiums au gré des découvertes.
J’ai choisi de présenter ici deux de ces oeuvres car elles évoquent deux de mes auteurs favoris.

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De la rigueur de la géographie s’inspire d’un texte de Jorge Luis Borges, intitulé De la rigueur de la science. Il y est question d’une carte à l’échelle 1, une carte si précise qu’elle aurait la taille du monde, et donc le recouvrirait point par point.
L’installation de Pauline Delwaulle se trouvait dans un vallon où coule un ruisseau dans le parc de Kozara, en Bosnie. Les lignes altimétriques ont été dessinées à la poudre de craie, ainsi que les chiffres d’élévation. La représentation topographique de ce vallon recouvrait donc le vallon lui-même. En se déplaçant dans ce «territoire», l’appréhension par la carte se faisait en même temps que celle de l’espace.

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Dans La forme de la ville, rappelant le livre La forme d’une ville de Julien Gracq, elle a voulu dessiner la forme de la ville de Sarajevo en cherchant ce qui la dessine, la contient, la limite.
Elle a donc parcouru les routes extérieures de Sarajevo, le long des crêtes, avec un GPS piéton. Revenue au point de départ, la forme de la ville était dessinée par son déplacement sur le GPS, qu’elle a alors photographié.

Une conférence sur Louis Poirier et Julien Gracq

Grâce à mon amie Barbara, j’ai pu me rendre hier soir à l’Hôtel des Sociétés Savantes de Rouen pour écouter Jean – Louis Tissier parler du géographe Louis Poirier et de l’écrivain Julien Gracq. Lors de cette conférence, un membre de la société a lu magnifiquement des extraits choisis de l’oeuvre de Gracq.

Si la mise à disposition de cette conférence et les photos présentées posent problème, il suffit de me le signaler et je les supprimerai.

Olonne, une ville où j’aimerai marcher

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le plan inventé d’Olonne

J’ai découvert Description d’Olonne sur ce site, en raison de la référence à Julien Gracq. Et c’est vrai qu’à la lecture, j’y retrouve des accents gracquiens.
La description partielle, partiale, empreinte de nostalgie, de cette ville située sur un fleuve en fond d’estuaire, non loin de la côte atlantique, rappelle beaucoup en effet La forme d’une ville que Gracq a consacrée à Nantes. Ce texte serait né du plan d’une ville imaginaire que l’auteur a dessiné un jour, par désoeuvrement.
Dans un autre livre, Tuiles détachées, Jean – Christophe Bailly a expliqué son habitude de se lancer ainsi dans « la réalisation patiente et pouvant durer plusieurs heures de plans de villes imaginaires commencés au crayon puis terminés au feutre, jusqu’à ce que la feuille soit remplie. Des villes comme cela je crois que j’en ai dessiné des centaines et je ne vois pas bien ce qui pourrait m’empêcher d’en dessiner encore. […] Une seule fois, confie Jean-Christophe Bailly, j’ai prolongé cette activité de pure perte en un livre, et ce fut Description d’Olonne. »
Professeur à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, il est aussi écrivain, poète et dramaturge. Il a écrit deux essais sur la ville : La phrase urbaine et La ville à l’oeuvre.

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La carte et le paysage selon Julien Gracq

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La chambre des carte dans la maison de Julien Gracq, devenue maison d’écrivains.

Voici ce que disait Julien Gracq des cartes et du paysage, avec ce concept intéressant du paysage histoire.

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Dans les pas de Julien Gracq à Nantes

À parcourir Nantes avec La forme d’une ville à la main, je me suis rendu compte que cette ville était trop grande, trop populeuse et donc très bruyante et très sale. La lecture de différents passages au hasard de mes pas a renforcé cette impression de ville en déclin.

« Il y a certes beaucoup à dire – et on ne s’en est pas privé – sur l’indifférence ressentie par le touriste pour une cité qui ne présente que des beautés de second ordre (encore que le musée, au moins, renferme quelques – une des plus éclatantes toiles de La Tour, un des plus somptueux portraits d’Ingres qu’on puisse rêver). D’où vient que cette ville qui n’est pas immense, constituée aux trois – quarts d’immeubles de sous – préfecture, ingrate pour le regard, dénaturée dans son assise primitive sur la Loire par des comblements artificiels, « métropole régionale », restée sans mouvance sûre, au débouché d’un fleuve qui s’obstrue, donne si fortement le sentiment d’une « grande ville » (…) ? « 

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Mes déambulations dans Nantes

« Habiter une ville, c’est y tisser par ses allées et venues journalières un lacis de parcours très généralement articulés autour de quelques axes directeurs. Si on laisse de côté les déplacements liés au rythme du travail, les mouvements d’aller et de retour qui mènent de la périphérie au centre, puis du centre à la périphérie, il est clair que le fil d’Ariane, idéalement déroulé derrière lui par le vrai citadin, prend dans ses circonvolutions le caractère d’un pelotonnement irrégulier.
Tout un complexe central de rues et de places s’y trouve pris dans un réseau d’allées et venues aux mailles serrées ; les pérégrinations excentriques, les pointes poussées hors de ce périmètre familièrement hanté sont relativement peu fréquentes. Il n’existe nulle coïncidence entre le plan d’une ville dont nous consultons le dépliant et l’image mentale qui surgit en nous, à l’appel de son nom, du sédiment déposé dans la mémoire par nos vagabondages quotidien.« 

« Cette cellule, ce quartier exigu d’où partait, où tout ramenait pour moi avec la rigidité particulière aux sorties et aux rentrées de l’internat, c’était le Nantes administratif, militaire et clérical, dont l’axe suit du nord au sud, entre Erdre et Loire, la ligne des Cours : cours St – Pierre et cours St – André, dont le centre est marqué par un monument à peine moins exotique en France que l’obélisque : la très inactuelle et très solitaire colonne Louis XVI, et qui groupe, dans un cercle de quelques trois cents mètres de rayon la préfecture, l’hôtel de ville, la cathédrale, le musée, le lycée, le Corps d’armée, le Jardin des Plantes, le château. Quartier de peu de bruit et  peu de mouvement, quartier poreux où la vie semble s’enfouir(…)« 

« Le Jardin des Plantes de Nantes – à l’exception, précisément, d’un petit monument à Jules Vernes, figurant en bas-relief une lune, un ballon, un volcan et un viaduc, sommé du buste du Maître, et agrémenté à sa base par l’effigie d’une dame en robe à volants qui apprend à lire à son petit garçon dans un des tomes de l’édition Hetzel – ne montre aucune particularité bien remarquable : on y retrouve ce qui meuble et agrémente ordinairement les jardins des plantes de France : tulipiers, rhododendrons, plans d’eau à cygnes et à canards retenus, comme la perle d’eau au coeur du chou, par la molle incurvation des pelouses tondues à l’ordonnance, ponts japonais, labyrinthe, pleur intarissable d’une rocaille surplombée de cyprés et d’ifs (…)« 

« Par l’effet d’une rancune ancienne et longuement ruminée, je ne suis jamais retourné au Musée, qui touchant le lycée d’aussi près que le Jardin des Plantes, en représentait vraiment pour moi le pôle négatif : les incursions « culturelles » qui m’y amenaient tenu en laisse comme un chien battu m’ont fait prendre la peinture en exécration pour un quart de siècle. Étrange monument aveugle, sorte de piédestal découronné de son quadrige, qui me fait songer, quand je passe devant, non à sa crypte picturale et à son contenu, mais plutôt, je ne sais pourquoi, au mastaba surélevé du film « Kitsch » Antoine et Cléopâtre sur lequel les amants vaincus se réfugient après Actium (…)« 

« La route de Vannes est, parmi ces sorties rituelles du jeudi et du dimanche, le parcours qui m’a laissé le moins de souvenirs. Elle s’enracinait, au coeur de Nantes, dans la place Bretagne, ains i que le Nil au coeur de l’Afrique, par une artère sinueuse, boursouflée d’anévrismes malsains, comme la place Viarme. Il me semble d’ailleurs que nous ne la rejoignions jamais que latéralement, via le boulevard Le Lasseur, en évitant, par suite de quelque interdit administratif, la rue du Marchix, alors mal famée, bordée de taudis, et haut-lieu un peu fabuleux de la criminalité nantaise des années vingt. Toute la zone de la place Bretagne et de la rue du Marchix, écrasée de bombes et reconstruite à neuf, surplombée par l’énorme Tour de Bretagne, plantée toute seule agressivement comme le pieu de Dracula au coeur de cette ville vampirique, est d’ailleurs le quartier qui me dépayse le plus : derrière les vitrages miroitants des nouveaux immeubles officiels, j’ai peine à faire encore transparaître l’enduit jaunisse, écaillé(…)« 

« La promenade, de ce côté, était fort courte : nous gagnions l’île Gloriette en face de l’usine Lefèvre – Utile, dont le bâtiment en demi-lune, la tour de brique et de pierre blanche, et les initiales L.U figurait alors le vrai sigle industriel de Nantes, comme l’enseigne lumineuse de Mercédès au dessus de Stuttgart rebâti(…)« 

« Moins souvent que Breton, mais à intervalles réguliers, j’ai suivi l’itinéraire facile à identifier qui part du lycée de briques jaune de la rue Bocage (jumeau sans doute du lycée Clemenceau, auquel le machisme scolaire encore prononcé du début du siècle a réservé seul la pierre de taille) passe par la rue Mondésir, la rue de la Bastille et gagne le parc de la rue des Dervallières. J’aime encore aujourd’hui marcher le long de cette dernière rue, qui semble sinon au bord de l’abandon, du moins distinctement plus âgée que ce qui l’entoure, et qu’aucune rénovation n’a touchée.(…) L’actuel parc de Procé – tondu, sablé, enclos, poncé, ratissé – s’il fait honneur aux normes modernes d’aménagement des espaces verts, ne correspond plus que d’assez loin à celui que Berton a connu, et que j’ai retrouvé, sans doute inchangé encore, au début des années vingt. (…) Sauf du côté sud, il n’y avait pas alors de maisons en vue ; aujourd’hui, des tours flanquées de balcons montent derrière les belles futaines de conifères de l’entrée est, et transparaissent à travers les branches. Le parc restait ouvert et à-demi sauvage ; à la satisfaction sans doute de ses riverains et de ses usagers, il s’est palissadé et policé. Mais, quand on s’avance, par une claire fin d’après-midi, jusqu’au pont de briques à arches étroites, construit en aqueduc, qui ferme le parc du côté de l’ouest et enjambe la Chézine, on a la surprise, en regardant à travers une arche, d’une vue aussi nettement cadrée, aussi dépaysante, aussi insolite, que celles que nous procuraient, enfants, les microphotographies enchâssées avec leur lentille dans nos porte-plume d’écoliers. »

« Mais cette imprégnation historique radio-active, à laquelle le promeneur plus âgé reste encore sensible en traversant une ville inconnue, n’a pas de langage qui puisse parler à l’enfance, et les très vieux quartiers de Nantes, bizarrement, sont toujours restés muets pour moi : ni la rue de la Juiverie, ni les rues de la Bâclerie, des Echevins, du Petit – Bacchus ou de l’Ancienne Monnaie – champ de fouilles privilégié de l’archéologie nantaise, traversé distraitement, plus souvent évité – ne m’ont jamais donné à rêver : le Nantes qui me parle, qui m’a toujours parlé directement, commence au XVIIIe siècle. Peu de villes, dès le début du siècle des Lumières, donnent d’allers l’impression d’avoir congédié aussi résolument, aussi brutalement, les vestiges des siècles obscurs : guère de maisons d’Adam ici, guère de colombage, guère de pigeons en aiguille et d’étages en encorbellement. Ni le château, ni la cathédrale n’ont retenu, accrochés eux, ces fragments de l’ancien tissu féodal et clérical (…)« 

« Le quartier qui s’étend plus au nord, entre le cours St-André, les rues de Verdun et de la Marne, et le cours des Cinquante Otages, m’a toujours intrigué davantage. Plus desserré, plus spacieux, malgré le faible mouvement que lui communique la proximité de la gare routière, tout comme la prolifération récente, autour de l’Hôtel de Ville, des services municipaux, il reste peu vivant. Ce sont presque partout des rues froides et ombreuses, exsangues, bordées ça et là d’anciens hôtel à l’assez fière mine, mais d’un appareil plus mesquin que ceux des Cours. Ils s’écaillent silencieusement dans une pénombre humide, et portent partout au fond de cette zone délaissée la livrée de l’exil : on dirait d’un quartier autrefois huppé et même aristocratique, tombé à la roture, et de là à un semi-abandon : l’une de ces rues murées chagrinent sur leur déchéance s’appelle la rue du Marais. Secteur encore résidentiel mais fait pour le veuvage ou le retirement ; le vent qui promène les feuilles mortes, tombées par-dessus les murs de rares jardins verrouillés, ma pluie qui tambourine sur les toits de zinc, font ici plus de bruit qu’ailleurs (…)« 

« De l’autre côté de l’ancien lit de l’Erdre, devenu le cours des Cinquante Otages, le quartier Graslin, baptisé non sans raison du même nom que le théâtre, figure un second centre d’innervation, parfaitement autonome, du coeur de la ville. je ne connais aucune ville de France où le théâtre – qui groupe d’ailleurs ici autour de lui une constellation compacte de rues votives : rue Crébillon, rue Voltaire, rue Jean – Jacques Rousseau, rue Grétry, rue Piron, rue Regnard, rue Rameau, rue Le Kain, rue Racine, rue Corneille, rue Molière, rue La Fontaine, rue Scribe, rue Boileau, rue Gresset, rue Marivaux, rue Le Sage – projette sur tout un quartier une ombre tournante aussi impérieuse et aussi longue. Bâti à l’ère des Lumières pour les besoins culturels des négriers, il faut penser encore ici pleinement – ou plutôt il faisait penser encore, il y a un demi-siècle – à cette cathédrale laïque de l’art, rivale directe de l’autre (…)
D’où vient que l’incarnat ancien des peluches, que les ors du théâtre Graslin, ont toujours déteint pour moi si singulièrement, si fortement, sur tout le complexe de rues qui l’entoure ? au point que la rampe de la rue Crébillon me donne encore aujourd’hui vaguement, quand je la gravis, l’impression luxueuse d’un tapis rouge déroulé au-devant de son temple à colonnes ? Peut-être en partie du débouché sur la place, presque ne face de lui, du cours Cambronne, jalousement clos par ses grilles et machiné lui-même comme un vrai théâtre résidentiel, avec toutes ses maisons à terrasses qui se dévisagent comme des loges au-delà d’un parterre de verdure (…). Par les vitrages de la façade, on aperçoit un peu à gauche et obliquement, derrière ses grilles de fer forgé et ses magnolias, l’entrée surveillée du cour Cambronne ; plus à gauche encore la Cigale, bonbonnière de la Belle Époque, qui a conservé, à l’égale de Lipp ou de Bofinger, mais réduit à l’échelle de la province, son décor de céramique, les arabesques d’entrée de métro, la ligne liane des affiches de Cappiello ou de Mucha. »

« Il est curieux que le passage de la Pommeraye, qui reste la singularité la plus marquante du quartier, et qui donne si spontanément à rêver (en commençant par André Pierre de Mandiargues) à ses visiteurs non prévenus, n’ait pas tenu davantage de place dans l’équilibre du paysage imaginaire, à demi-rêvé, à demi-habité, qui naissait pour moi de la prospection décousue de la ville. La séduction liée, dans une cité, aux « passages », a des affinités érotiques qui sont de structure, et évidentes : hantise des orifices et des conduits secrets, ombreux, chaleureux, qui donnent sur le labyrinthe viscéral, les repaires intimes du vaste corps urbain. Tous les commerces, tous les trafics qui s’abritent là y flottent – pour l’imagination incomparablement plus encore que pour l’oeil – dans une pénombre d’alcôve (et, dans la réalité, on peut observer que tous ceux qui n’ont pas avec le secret féminin une connivence naturelle s’en excluent d’eux-mêmes : on y trouve des fourreurs, des chausseurs, des bijoutiers, des coiffeurs, des gantiers, des fleuristes ; rarement une quincaillerie, une droguerie ou une épicerie). Même s’il s’agit d’un passage tout neuf, comme celui qui joint aujourd’hui la rue de Sèvres à la rue du Cherche – Midi, je ne m’y aventure guère sans que le même charme, un peu clandestin, de souk secrètement érotisé y tombe sur moi, à l’improviste : rien ne peut faire que le pas, de lui-même, ne se ralentisse, que l’oeil ne sonde le clair-obscur de ces boutiques, où bouge parfois et se déplace une ombre languide, comme il sonderait les compartiments d’un aquarium.« 

« Peu de villes, d’ailleurs, communiquent aussi fortement que Nantes le sentiment d’un écart minimum entre les bâtiments d’apparat et le tout-venant des façades dont la frise se déroule au hasard des rues. La banalité de l’architecture, le caractère ingrat du matériau de la plupart des églises, les rapproche des églises de campagne du pays nantais, rebâties pour la plupart sans le moindre souci de style au siècle dernier. Les hôtels construits par les négriers du XVIIIe siècle, incommodes, délaissés peu à peu par leurs occupants ou divisés et mesquinement réaménagés comme le sont à Richelieu les hôtels Louis XIII, penchent aujourd’hui comme la tour de Pise, et décrépits, écaillés à la manière des palais vénitiens sur leurs pilotis, retournent à la grisaille anonyme du délabrement.« 

« Mais à Nantes, avec la trop large percée centrale qui a remplacé les bras comblés du fleuve, la ville n’a pas gagné en étrangeté, elle a perdu en équilibre. La surimposition, dans les esprits, de sa figure ancienne à son aspect actuel, si naturelle, si aisée dans presque tous les quartiers de la ville, ne s’opère plus. L’image périmée s’est brouillée ; il me serait aujourd’hui impossible, même approximativement, de désigner l’emplacement des anciens ponts. La raison en est, au moins en partie, qu’entre hier et aujourd’hui s’intercale dans mon souvenir un état intermédiaire, plus singulier et presque dominant : celui de la période même du comblement. (…) Ce qui a pris la place, aujourd’hui,  de cette vision africaine, est une coulée hybride que le trafic n’arrive pas à remplir entièrement, moitié autoroute, moitié jardin public, courant compliqué de voitures divisé et orienté par des languettes de gazon, d’arbustes ou d’asphalte : une zone de trafic plutôt qu’une voie, aussi incommode à traverser qu’une gare de triage, et dont le franchissement se révèle plus difficile que celui des anciens bras par les ponts. (…) le sentiment gênant subsiste pour moi à Nantes d’une percée urbaine trop volumineuse infligée à une cité trop petite, et incapable jusqu’ici de se fondre dans l’harmonie qui naît  peu ou prou, à la diable, de la croissance organique d’une agglomération. Que ne pouvait-on pas faire, dans cet espace vierge surgi en plein coeur de la ville ? Chaque foi que je m’aventure dans les chicanes du parcours du combattant qu’il est devenu, et qu’un piéton n’aborde ni sans risque, ni sans fatigue, une conclusion s’impose à moi : la rénovation consécutive à la guerre a mis en échec le génie d’une ville si riche en étrangeté.« 

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Toutes les photographies ne sont évidemment pas de moi, notamment pour les lieux que je n’ai pas pu arpenter faute de temps. Si leurs auteurs souhaitent que je les enlève, il suffit de me le signaler et ce sera fait.