Étiquette : La politique d’extermination nazie

A propos du Journal fictif d’Adolf Hitler

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Je viens de terminer la lecture du Journal fictif d’Adolf Hitler, de Haris Vlavianos. Je n’ai pas été entièrement convaincu par l’exercice, qui m’a semblé trop artificiel et souvent, convenu. J’ai par contre beaucoup aimé la postface d’Alexis Ragougneau qui pointe le grand intérêt de ce roman :  » (…) lire le Journal fictif, c’est se trouver face à la bibliothèque de Hitler. C’est suivre le fil de ses lectures, partager la macération de ses réflexions et le ressassement de ses haines. Une part de la production intellectuelle de l’Allemagne (et plus généralement de l’Europe) est ainsi passée à la moulinette des obsessions hitlériennes : la pureté de la race, l’extension territoriale, la haine du Marxisme et des Russes, la revanche contre la France et l’antisémitisme. Machiavel, Dostoïevski, Rousseau, Isben viennent attiser cette pensée improbable et narcissique, et rejoignent un grand fourre-tout où se trouvent déjà Fichte, Schopenhauer et Nietzsche (« la sainte trinité du national-socialisme ») ainsi que la Bible… (…) Hitler feuillette plus qu’il ne lit ; il ne retient que ce qui l’arrange ; souvent il avoue ne pas tout comprendre à ses lectures. Toute analyse reste de surface. »
Cette lecture m’a évidemment fait me souvenir de l’essai que Timothy Ryback a consacré aux bibliothèques d’Hitler, dont j’avais parlé ici  et dont on voit bien qu’il a été une source d’inspiration pour le roman. Il n’est pas impossible que j’utilise des extraits de ce roman pour étudier le nazisme avec les élèves de troisième, tout en les faisant réfléchir à la notion de fiction.

Maurice Rajsfus (1928 – 2020)

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Né en 1928 à Aubervilliers, de parents juifs polonais, la vie de Maurice Rajsfus bascula avec la défaite de 1940 et les premières lois antisémites du gouvernement de Vichy qui l’obligèrent à abandonner l’école. Le matin du 16 juillet 1942, il est arrêté à son domicile avec sa famille par deux policiers français dont l’un était leur voisin de palier. Ils firent partie des 13 000 victimes de la rafle du Vél d’Hiv.
Si Maurice Rajsfus et sa sœur Jenny en réchappèrent, leurs parents furent assassinés à Auschwitz. Des années plus tard, Maurice Rajsfus expliqua dans un de ces livres :« J’en veux profondément à la police de ce pays, plus qu’aux Allemands ; sans cette police, les nazis n’auraient pas pu faire autant de dégâts. Depuis 1942, je me sens en retrait vis-à-vis de mes compatriotes : ils ont été plutôt veules, et ça n’a pas beaucoup changé ensuite. »
Après la guerre, il travailla dans plusieurs journaux, notamment La Vie des métiers et la Revue de la formation permanente, mais aussi brièvement au Monde comme secrétaire de rédaction en 1971.
Témoin de la violence des forces de l’ordre le 17 octobre 1961 contre les Algériens manifestant à Paris, le 8 février 1962 au métro Charonne, et pendant Mai 68, il commença à traquer les dérapages de la police et devint historien de la répression, en dressant des milliers de fiches entre 1968 et 2014, qu’il disait récemment vouloir transmettre et qui seront sans doute très utiles dans le contexte actuel (des milliers de fiches sur quelque chose qui n’existe pas, pensez donc ! ). Il dénonçait évidemment régulièrement les violences policières.
En 1994, il fonda l’Observatoire des libertés publiques en compagnie de quelques auteurs engagés et fut aussi un des initiateurs du réseau Ras l’Front (contre le Front national), dont il fut président pendant quelques années.

Le journal fictif d’Adolf Hitler

Dans ce roman, Haris Vlavianos parvient à restituer au jour le jour la plausible vie d’Adolf Hitler, dans sa prison, après la tentative raté de putsch en 1923. Haris Vlavianos nous fait assister ainsi  à la naissance du monstre  et montre la sympathie soulevée par les thèses d’Hitler chez ses gardiens de prison, dans les forces de l’ordre et chez les représentants de la justice, prémices de ce qui est advenu à sa sortie de prison. Mais même s’il est très documenté, ce roman ne risque-t-il pas de brouiller dangereusement les frontières entre la réalité historique et l’oeuvre de fiction ? Je vais le lire sans doute pour tenter de répondre à cette question.

 

Raymond Gurême (1925 – 2020)

Dès le 6 avril 1940, un décret interdisait la libre circulation des nomades en France et les assignait à résidence. De nombreux départements créèrent alors leur camp pour Tsiganes et forains, décidé par l’occupant nazi et orchestré par la police française et 6000 à 6500 nomades ont ainsi été internés pendant la guerre. Raymond Gurême, décédé dimanche dernier, fut l’un d’eux, interné d’abord dans le camp de Darnétal, près de Rouen. Il avait alors 15 ans et fut arrêté avec sa famille, qui exploitait un cirque et un cinéma itinérant, à Petit-Couronne le 4 octobre 1940. Après Darnétal, la famille fut internée à Linas-Monthéry dans l’Essonne et survit dans des conditions atroces, sans nourriture ni de quoi se chauffer.
Le jeune Raymond parvint à s’échapper du camp, mais revint à plusieurs reprises pour apporter de la nourriture aux siens. En avril 1942 sa famille fut transférée dans le plus grand camp nomade de la zone occupée, à Montreuil-Bellay. Arrêté pour un premier acte de résistance contre l’occupant nazi, Raymond Gurême fut transféré dans des camps disciplinaires en Allemagne dont il s’évada pour entrer dans la Résistance et participer à la libération de Paris.
Son internement dans l’Essonne ayant marqué sa vie, il décida de ne plus quitter le département. Dès qu’il en a eu les moyens, il acheta un terrain à Saint-Germain-lès-Arpajon et y installa sa caravane. De là, il pouvait voir la colline où ses parents avaient été internés.
Après des années de silence, c’est dans le livre Interdit aux nomades publié en 2011 qu’il a raconté son histoire. En parallèle, il avait entrepris un travail acharné de témoignage dans les écoles en France et en Europe : « La jeune génération ne doit pas oublier pour ne pas subir les atrocités qu’on a vécues. Ce n’était pas la guerre, mais de la barbarie pendant cinq ans, seulement parce qu’on vivait dans des caravanes. J’ai eu le nez cassé, le crâne défoncé à coups de crosse dans le camp de discipline en Allemagne. Mon père a été décoré en 14-18 et, en remerciement, on a été internés en 1940, surveillés par des Français, sur le sol français. »
Ses funérailles ont eu lieu ce jeudi à Saint-Germain-lès-Arpajon en présence d’une partie de sa famille. Comme une revanche sur la vie, il a plus de 200 descendants, dont 15 enfants. « Ils ont voulu nous faire disparaître, en quelque sorte je me suis vengé », aimait-il dire.

Anise Postel-Vinay (1922 – 2020)

Née en 1922 à Paris, elle était la fille d’un médecin ayant participé à la Première Guerre mondiale. Élevée dans la tradition catholique, mais aussi républicaine, elle obtint son bac et entreprit des études d’allemand à La Sorbonne. Lorsque le maréchal Pétain demanda l’armistice, le 17 juin 1940, sa famille fut honteuse et en colère. Anise Postel-Vinay demanda alors à rejoindre Londres, ce que sa mère accepta à la condition qu’elle s’y rendit avec une amie. Mais chez les Éclaireuses de France, mouvement de scoutisme laïque dont elle membre, aucune ne fut partante.
Animée par le désir de faire quelque chose malgré tout, elle intégra, grâce à sa mère, un réseau de l’Intelligence Service. Les Anglais la chargèrent de relever les positions des bunkers de la Wehrmacht autour de Paris. Les renseignements qu’elle collectait étaient ensuite traduits en anglais, photographiés, miniaturisés et envoyés à Londres, cachés dans des boîtes d’allumettes à double fond.
Le 15 août 1942, elle fut arrêtée pour fait de résistance avec son frère et son père. Emmenée au siège de la Gestapo, elle fut incarcérée à la prison de la Santé, avant d’être transférée à Fresnes, le 13 octobre 1942. Elle resta un an seule en cellule avant d’être déportée à Ravensbrück, en octobre 1943. Elle y partagea le châlit, les planches de bois de son lit, avec l’ethnologue Germaine Tillion. Elle se lia aussi avec Geneviève de Gaulle, la nièce du général. Réveillée chaque matin à 3 h 30, elle dut affronter l’appel dans le froid. Elle rejoignait ensuite l’atelier de fourrure, où elle devait découper les manteaux de déportés juifs afin d’y trouver d’éventuels bijoux cachés dans les ourlets. La nuit, elle entendait pleurer les bébés enfermés dans une pièce. La plupart mouraient, emportés par les maladies et la malnutrition.
Elle fut libérée le 23 avril 1945 par la Croix-Rouge suédoise. De retour en France, elle retrouva son frère et son père, tous deux revenus des camps de concentration, mais apprit la mort de sa sœur.
En 1946, elle épousa André Postel-Vinay, ancien résistant qui sera secrétaire d’État chargé des travailleurs immigrés, en 1974. Elle consacra une importante partie de son temps à des associations d’anciens déportés et contribue aux trois ouvrages publiés par Germaine Tillion sur Ravensbrück. En avril 2015, elle publia Vivre, livre dans lequel elle racontait la Résistance et la déportation.

D’après un article du Monde.fr

Une réécriture de l’histoire de la Shoah en Hongrie

Le premier ministre de la Hongrie, Viktor Orban a profité de la crise du coronavirus pour s’attribuer les pleins pouvoirs pour une durée illimitée. Premier ministre depuis 2010, après avoir déjà exercé le pouvoir de 1998 à 2002, il fait preuve depuis 2014 d’un populisme très critique envers ses partenaires européens.
Mais il s’est aussi lancé dans une vaste entreprise de révision de l’histoire de la Shoah en cherchant à réhabiliter l’amiral Miklos Horthy, régent du royaume de Hongrie de 1920 à 1944. Très proche de l’Italie fasciste, puis de l’Allemagne nazie, Horthy promulgua à partir de 1938 toute une série de lois antisémites. Il participa au dépeçage de la Tchécoslovaquie, en 1938, de la Roumanie, en 1940, et à l’invasion de la Yougoslavie, en 1941, année de son intégration à l’Axe hitlérien. Horthy autorisa, en mai-juillet 1944, la déportation de 437 000 Juifs de Hongrie, pour la plupart vers Auschwitz-Birkenau (au total, 565 000 Juifs hongrois ont été exterminés durant le conflit) et mobilisa deux cent mille fonctionnaires hongrois pour ce qui fut la plus importante et la plus rapide des opérations de déportation de toute l’histoire de la Shoah. Renversé en octobre 1944 par les nazis hongrois des « Croix-fléchées » , Miklos Horthy fut accueilli en 1945 par le dictateur portugais Salazar. Il mourut en exil en 1957.
Viktor Orban qualifia Horthy d’ « homme d’Etat exceptionnel » en 2017 et a laissé des élus de son parti rendre hommage par des statues ou des noms de rues à l’ancien dictateur. Il a lui-même, en 2014, imposé sur la place de la Liberté de Budapest un mémorial des victimes de l’invasion allemande, où un aigle allemand attaque un ange Gabriel hongrois, comme si l’ensemble des Hongrois avaient été victimes des nazis, sans aucune mention des Juifs. Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix et rescapé de l’Holocauste, protesta, comme d’autres personnalités juives, contre une telle réécriture de l’Histoire.
Outre un Musée juif, situé dans l’ancien quartier juif, Budapest dispose depuis 2004 d’un Mémorial de l’holocauste, à la fois espace d’exposition et centre de recherche. Après avoir réduit le financement public de cette institution et imposé une autre direction, Orban a affecté 24 millions d’euros à la construction d’un musée alternatif. Il en a confié la muséographie à une de ses fidèles, déjà responsable à Budapest de la « Maison de la terreur », un mémorial assimilant nazis et communistes, mais se concentrant sur les seules « Croix-Fléchées », sans jamais évoquer la dictature Horthy. Le nouveau musée devrait mêler les témoignages des victimes de l’occupation nazie et souligner, plutôt que la collaboration du régime Horthy, les actes de courage des Hongrois envers leurs compatriotes juifs (867 Hongrois sont considérés comme des « Justes »).
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, très proche d’Orban n’a émis aucune réserve sur le projet de musée, malgré les sévères critiques de Yad Vashem, le Mémorial de la Shoah à Jérusalem, ainsi que du Musée de l’Holocauste de Washington.
Orban envisage une inauguration de la « Maison des Destins » en 2021, dans la perspective de sa propre reconduction au pouvoir l’année suivante, qu’il espère aussi écrasante qu’en 2018.

D’après un article du Monde.fr

Une bande dessinée sur la résistance et les camps de concentration

Cette bande dessinée retrace le témoignage de Guy-Pierre Gautier, grand-père de l’auteur, survivant de Dachau. Engagé en 1943 dans la brigade « Liberté » des francs-tireurs et partisans de La Rochelle, il s’employa à des sabotages de voies ferrées et au renseignement. Après l’arrestation du réseau, il fut torturé puis emprisonné dans la prison d’Eysses, où se produisit une mutinerie. Il fut ensuite déporté à Dachau jusqu’à la libération du camp par les Américains le 30 avril 1945. Même si elle est d’une lecture difficile par son thème, je la recommande aux élèves de troisième.