Catégorie : Tolkien

Deux « nouveaux » poèmes de Tolkien

Deux poèmes écrits par Tolkien en 1936, ignorés pendant 80 ans, viennent d’être exuhmés. Ils datent de l’époque où Tolkien était enseignant à la Our Lady’s School de Oxfordshire. C’est un chercheur qui a redécouvert ces deux poèmes, via une note écrite par Tolkien lui même et dans laquelle il affirmait avoir fait paraître deux poèmes dans un magazine : le Abingdon Chronicle. Grâce à d’anciens élèves de l’école, il est arrivé à retrouver les magazines et les intrigants poèmes. Le premier, The Shadow Man, est une première version d’un texte publié en 1962 dans le livre Les Aventures de Tom Bombadil. Le deuxième, vraisemblablement inédit, est un chant de Noël à l’atmosphère très sombre.

Pour habiter l’oeuvre de Tolkien ?

 

Geldrop est une ville située aux Pays-Bas dont l’un des quartiers a toutes ses rues nommées selon les oeuvres de Tolkien. Lorsque le quartier a été construit, on cherchait des noms différents de tout ce qui existe habituellement, et comme la personne en charge de la toponymie était fan de Tolkien… Mais ne vous emballez pas. A voir les photos, on est loin des paysages de la Nouvelle – Zélande !

Le roman comme exploration

Voici ce qu’écrit Jacques Abeille à propos de son oeuvre Les jardins statuaires dans la postface des Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten.

« Il y a une quinzaine d’année, passant sur une route de campagne, je vis un paysan qui grattait la terre et je me représentai tout à coup un monde où poussaient non des courges mais des statues. Je garde le souvenir de l’éclatante blancheur du marbre en moi vibrant. En ce moment me fut donné une manière de conte philosophique, une métaphore de la création artistique avec son avers de soins patients à une croissance que tout menace, et son revers, le bourgeonnement fou et la mort du créateur écrasé sous son oeuvre.
Je menais une vie sans loisir et des années passèrent sans me laisser l’occasion de tracer la plus modeste ébauche. Puis j’étais dans une chambre d’hôtel et je voyais ma vie que je rompais en faveur de l’avenir. J’étais seul et des pensées me menaçaient. Je pris un cahier et me mis à écrire ce conte dont l’idée me revenait dans mon désoeuvrement. Je croyais en faire le tour en quelques pages. Ma minutie m’entraîna, et enfin un obscur désir de réalité. Je ne veux pas dire qu’il m’importait de rendre vraisemblables des fantaisies, mais qu’il y avait dans le monde que je découvrais trop de richesse pour qu’il consente à la fade transparence d’une allégorie; je cessai de vouloir ce que j’écrivais et laissai surgir des incongruités. Ainsi ce qui devait n’être que le divertissement d’un moment, fut le rêve de quelques mois. Le plus étrange était que cette chose exigeait son temps propre et retardait sa clôture. Par exemple, si des filles hantent cette narration, c’est que deux enfants, Laurence et Stéphanie, vinrent jouer autour de la maison où j’écrivais, leurs rires montaient jusqu’à ma fenêtre; le roman happa ce reste diurne et s’en nourrit. Je cru avoir écris l’oeuvre d’un fou; l’ayant laissé quelques temps, je m’étonne d’une cohérence inattendue. C’est ainsi. Ecrivant, il arrive que l’on franchisse par mégarde une indécise et insoupçonnée frontière; ce dont on se croyait maître se met à exister de son propre poids et, tandis que l’auteur bascule dans une moindre existence, se dresse un être de parole que son élan porte au dehors. La publication est moins une ambition qu’un geste de bonne foi. Il me semble.« 

Ces propos me semblent parfaitement convenir à son oeuvre, ainsi qu’à celle de Tolkien et de Gracq. L’idée d’un univers découvert et révélé par l’écrivain, l’envahissant pour le dépasser progressivement me paraît juste en ce qui les concerne. Je crois que cela marche moins pour l’oeuvre de Borges, que je trouve plus maîtrisée, canalisée.

Le cycle des Contrées de Jacques Abeille

Ma femme et ses parents m’ont m’offert le cycle des Contrée de Jacques Abeille, pour mon anniversaire. Cette série de romans est souvent décrite comme une oeuvre où Buzzati rencontre Tolkien, dans une langue mélodieuse et soignée comme celle de Julien Gracq. Des livres faits pour moi, donc !
Dans Les jardins statuaires, le narrateur, un voyageur sans nom aux allures d’explorateur, arrive dans le pays des jardins statuaires, où les statues poussent à même la terre et dont la culture a organisé toute une société. Le voyageur entreprend de découvrir, par ses visites des différents domaines statuaires et ses entretiens avec les autochtones, la civilisation des jardins statuaires, ses coutumes et ses rites, souvent fascinants mais aussi parfois exécrables.
J’ai été enthousiasmé par la première partie de l’ouvrage, relatant la découverte des jardins et de leurs us et coutumes. La seconde partie, consacrée aux steppes et  au déclin de la civilisation des jardins m’a moins convaincu. La langue de Jacques Abeille est précieuse, mais elle est moins « fluide » que celle de Gracq il me semble. Reste que son imaginaire est riche et intéressant.
Le deuxième roman, Le Veilleur du Jour, nous fait franchir la frontière ouest des jardins, pour une visite de la grande ville portuaire de Terrèbre, lieu central du monde. Le héros du roman, Barthélémy Lécriveur, arrive dans la mégalopole pour devenir marin et y trouve après quelques déboires un emploi de « veilleur de jour » dans un antique entrepôt pour le compte d’une société d’archéologues amateurs d’occultisme. Il doit se préparer à accueillir un héros qui doit venir dans ce monument. Après l’entrepôt aux allures de temple, l’un des personnages principaux du roman n’est autre que la ville elle-même, pleine du mystère de ses secrets millénaires, ses passages secrets et ses références au Tarot de Marseille.
Le tome 3 du cycle, appelé Les voyages du fils, nous fait suivre le voyage qu’entreprend le fils du héros du Veilleur du jour, Ludovic Lindien, pour revenir dans les lieux qui ont marqué la vie de son père, des forêts profondes des hautes brandes à Terrèbre. C’est l’occasion de faire connaissance avec les sociétés tribales de bûcherons et de charbonniers qui peuplent les forêts séparant Terrèbre des Jardins Statuaires.
Résultat des filatures de l’enquêteur Molavoine rencontré dans Le Veilleur du jour, Les chroniques scandaleuses de Terrèbre sont un recueil de sept textes érotiques, qui s’ils s’écartent largement du ton des tomes précédents, reprennent les lieux ( la boutique de l’antiquaire, le temple, l’auberge…), les situations et les personnages du second tome. Ces textes sont fictivement l’oeuvre de Léo Barthe, l’oncle de Ludovic Lindien et frère du veilleur de jour, auteur pornographe résidant à Terrèbre.
Les Barbares relate l’occupation de l’Empire de Terrèbre par les cavaliers des steppes qui ont déjà fait disparaitre la civilisation des Jardins Statuaires décrite dans le premier roman. Dans ce contexte troublé,un jeune linguiste terrebrin, connaisseur de la langue des steppes, se trouve enrôlé par le Prince des barbares, qui les a fédéré et mené dans la conquête. Mais le Prince l’a surtout recruté car il est le traducteur du manuscrit qui constitue le dernier témoignage des Jardins Statuaires, et qui est à la base du premier roman du cycle . Le prince veut obliger le jeune linguiste à l’aider dans la recherche de l’explorateur des Jardins, pour qui il semble éprouver une véritable obsession. Ainsi commence un prodigieux périple à travers l’ensemble des Contrées, et surtout à travers les ruines des Jardins Statuaires.
La Barbarie est la suite immédiate des Barbares. Le héros narrateur revient, après son périple à travers toutes les Contrées en compagnie des cavaliers des steppes, à sa ville natale de Terrèbre qui a bien changé durant son absence. A la barbarie des steppes succède celle de Terrèbre,  maîtresse d’un monde dont elle est en train d’éradiquer les anciennes cultures. Dans cette ville soumise au totalitarisme, le narrateur des Barbares et de La Barbarie rencontre le deuxième grand conteur des Contrées, Ludovic Lindien, narrateur des Voyages du Fils, des Carnets de l’explorateur perdu et compilateur du Veilleur du Jour.
Les Mers perdues, écrit en collaboration avec François Schuiten ne viennent ni en aval, ni en amont des autres romans. Il s’agit d’une oeuvre isolée relatant, sous forme épistolaire, une expédition au-delà des mers perdues. Les explorateurs sont un écrivain chargé du rapport, une jeune géologue, un guide (ancien aventurier) et un dessinateur. Débarquant sur une Terra Incognita, les explorateurs découvrent des statues démesurées qui jonchent un paysage urbain en ruine. La visite des ruines et l’absence de but à cette expédition (le milliardaire qui finance l’exploration n’a rien dévoilé au groupe) sera l’occasion pour eux de se déchirer mais aussi de se découvrir.

Rencontres littéraires

J’ai fait des rencontres importantes dans ma vie, y compris des rencontres littéraires.
Tolkien d’abord, dont ma mère m’a offert les trois tomes en Livre de Poche, alors que j’étais malade, au fond de mon lit. Je garde un souvenir précis et net de cet instant. Et cet auteur a infléchi ma vie, durablement.
Lovecraft ensuite, rencontré sur les conseils de Nicolas, un ami. Et découvrir un auteur clef grâce à un ami, c’est quelque chose.
Borges, rencontré par l’intermédiaire d’un magazine. Un coup de foudre, pourrait-t-on dire.
Dans une moindre mesure, ce même magazine m’a fait connaitre Michel Rio (l’auteur de l’excellent « Faux pas »), John Irving le monde selon Garp ») et Italo Calvino Si par une nuit d’hiver un voyageur »)
Julien Gracq, découvert à cause d’une liste de livres à lire pour entrer en Hypokhâgne.
Et enfin, Paul Auster pour lequel je ne me souviens plus des circonstances de la rencontre (une table, chez un libraire ?) et Siri Hustvedt, partagée avec une amie.

Pour être complet, il faudrait ajouter Dumas et Flaubert, découverts grâce à ma grand-mère.