Catégorie : Bibliothèques de personnalités

Les livres de Talleyrand

Arrivant à la fin de la biographie sur Talleyrand écrite par Emmanuel de Waresquiel, j’ai lu quelques pages sur les bibliothèques de Talleyrand et son rapport aux livres. Voulant en savoir plus, j’ai trouvé sur Gallica ce catalogue de vente de la bibliothèque du château de Valençay en 1899, sachant que sa bibliothèque de l’hôtel Saint Florentin avait déjà été vendue en 1838. Les archives d’Indre – et – Loire conservent par ailleurs deux catalogues de la bibliothèque de Valençay, le premier datant de 1824, en 6 volumes, comportant 3600 entrées et l’autre, du milieu du XIXe siècle, en 4 volumes, comportant 20 145 entrées (mais les numéros ne se suivent pas en continu). Sous la Restauration, un visiteur de Valençay parle d’une bibliothèque de 10 000 volumes à la disposition des hôtes. 

Les bibliothèques des historiens

Le groupe de travail Biblhis (Bibliothèques d’historiennes et d’historiens) a mené en 2020 une enquête auprès de 450 historiennes et historiens, très divers par l’âge, le lieu d’exercice, le domicile et les spécialisations, au sujet de leur bibliothèque.
Six thèmes ont été dégagés pour le questionnaire en ligne :
1) la constitution des bibliothèques : depuis quand et comment ont-elles été constituées ? Quelles sont les lieux et pratiques d’achat et d’acquisition ? Des bouquinistes aux librairies en ligne, comment les historiennes et les historiens satisfont-ils leur passion (ou tout au moins leur besoin) de livres ?
2) leur composition : que trouve-t-on dans ces bibliothèques ? Quels types d’ouvrages ? Quelles disciplines ? Les historiens lisent-ils autre chose que de l’histoire ? Et quid de ce phénomène récent des bibliothèques numériques au sein de la communauté ?
3) leur organisation : comment les historiennes et les historiens rangent-ils leur bibliothèque (quand elle est rangée !) ? On saura enfin si ce sont les périodes, les formats ou les couleurs qui l’emportent ! A moins que ce ne soit le désordre…
4) leur installation : des petits appartements de centre-ville aux greniers des résidences secondaires, où sont les bibliothèques, dans quel type de meubles (en bois, comme chez Jacques le Goff, ou en verre, comme chez Arlette Farge ?). Et comment sont-elles agencées… et exposées aux regards ?
5) leur gestion : comment historiennes et historiens gèrent-ils leurs livres ? Et trouve-t-on sur leurs étagères autre chose que des livres, par exemple des photos, comme chez Mona Ozouf, des amphores, comme chez Georges Duby, ou bien… des jambes de mannequin comme chez Paul Veyne ?
6) leur devenir : comment voit-on l’après ? Comment envisage-t-on l’avenir de ces bibliothèques, leur conservation, leur transmission, quand elles ne seront plus utilisées ?
Un court article dans le numéro de L’Histoire d’avril 2021 révèle qu’une moitié des historiens qui ont répondu possèdent moins d’un millier de livres, et 20 % plus de 3000. Outre l’histoire et les sciences sociales, la littérature est omniprésente dans les bibliothèques, autant que les usuels et manuels, les ouvrages d’historiographie, les BD et les atlas géographiques ou historiques.
En tête des historiens les plus représentés sur les rayonnages, on trouve Marc Bloch et Fernand Braudel, loin devant René Rémond ou Michelle Perrot. Michelet est encore présent dans une bibliothèque d’historien sur trois.
82 % des historiens ayant répondu à l’enquête déclarent en outre posséder une bibliothèque numérique.
Les résultats complets de cette enquête promettent d’être intéressant.

Comment rangez-vous vos bibliothèques ?

Chez nous, nous avons plusieurs bibliothèques. La bibliothèque « classique » est rangée, irrégulièrement, par ordre alphabétique. Les nouveaux livres s’entassent près des autres, théoriquement près de leur classement alphabétique d’auteur… Pour la bibliothèque de travail (histoire – géo ou mathématiques), le classement est par période pour l’histoire et par âge ou niveau pour les maths. La bibliothèque fantastique est classé par séries, de même que celle des bandes dessinées et livres d’art. La bibliothèque de jeux de rôle n’est par contre pas classée du tout, ce qui est un problème…Ah, il y a aussi la bibliothèque numérique, mais il n’est pas nécessaire de la classer vraiment.

Alberto Manguel et sa bibliothèque

Après La bibliothèque, la nuit, où il évoquait sa bibliothèque installée dans un ancien presbytère, à Mondion, Alberto Manguel publie Je remballe ma bibliothèque pour évoquer la douloureuse expérience qui fut la sienne lorsqu’il lui fallut remettre définitivement en caisses la bibliothèque constituée des trente-cinq mille volumes qu’il s’était, toute sa vie, employé à amasser patiemment, ardemment et amoureusement pour déménager à New York puis, finalement, à Buenos Aires, la ville de son enfance, où il a dirigé un temps la Bibliothèque nationale d’Argentine, poste jadis occupé par son bien-aimé et prestigieux mentor, Jorge Luis Borges.
Alberto Manguel nous invite à le suivre lors un voyage émotionnel qui parcourt son existence et son histoire, revisite les pays qu’il a connus et évoque ses nombreux déménagements, lesquels furent toujours liés à la recherche d’un endroit où enfin héberger ses livres, sans lesquels il lui est impossible de travailler et sans doute même de vivre.

La bibliothèque d’un prêtre


(la bibliothèque de Léon Morin dans le film de Jean-Pierre Melville datant de 1961)

Et non, il ne s’agit pas de l’abbé Guiot, dont je n’ai pas pu reconstituer, malheureusement, la bibliothèque. Il s’agit de celle de Léon Morin, le personnage du roman de Béatrix Beck qui a obtenu le prix Goncourt en 1952. C’est l’auteur du blog Biblioweb qui a mené l’enquête et qui la restitue dans un article passionnant.

 

Vente de la bibliothèque de François Mitterrand

 

La bibliothèque personnelle de l’ancien président François Mitterrand va être vendue aux enchères, à Paris, les 29 et 30 octobre. Il s’agit d’un millier de livres de littérature moderne en édition originale et reliés soit par les plus grands praticiens du XXe siècle (Hélène Alix, son fils Jean-Bernard ou Henri Duhayon), soit par Danielle Mitterrand elle-même, qui tenait l’art de la reliure de l’atelier d’Henri Mercher. La plupart de ses ouvrages avaient été glanés chez les libraires spécialisés parisiens du Quartier Latin. Car il visitait beaucoup les librairies, comme le 10 mai 1981, lorsqu’après avoir voté à Château-Chinon, il s’en alla discrètement passer un petit moment chez un libraire du Nivernais, stupéfait de cette visite. Chacun des livres achetés faisait l’objet d’une petite fiche annotée par ses soins.

Le président Mitterrand fut ami avec de nombreux romanciers comme Gabriel Garcia Marquez, Michel Tournier, Marguerite Duras ou Françoise Sagan. Il eut aussi pour conseillers plusieurs écrivains (Régis Debray, Erik Orsenna ou Paul Guimard). Et son dernier visiteur, à l’Élysée, en 1995, s’appelait Jean d’Ormesson…
La vente comportera aussi des manuscrits de François Mitterrand, qui s’est toujours défendu d’être un écrivain. « Aviez vous l’intention d’être un grand écrivain?« , lui demanda un jour son ami Elie Wiesel : « Si j’avais eu une ambition, elle aurait été celle-la » répondit-il. Il préférait dire : « Simplement, il m’arrive d’écrire« . Dans l’émission Apostrophes, il déclara également à Bernard Pivot : « Ecrire de façon éloquente ou oratoire a le don de m’exaspérer. Si bien que je m’exaspère moi-même« .
Le fils de François Mitterrand, qui a hérité de cette collection, mais pas de la passion de son père pour les livres, a choisi de la vendre.

D’après un article du Point.

Ci-dessous, le catalogue des ventes :

catalogue

Et une émission de La Marche de l’Histoire :