Catégorie : Histoire de Maromme

Maromme, une ville sans histoire ?

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Le village de Marrona ou Matrona appartenait  à l’abbaye de Fécamp depuis 1034 et comptait environ cent feux au XIIIe siècle. La rivière du Cailly formait vraisemblablement autrefois un marécage sur la commune actuelle de Maromme. En 1575 Maromme est constituée en seigneurie et donné en fief à un laïc par les moines de l’abbaye. Les papiers de la seigneurie se trouve aujourd’hui conservé aux archives départementales sous la cote 104 J et regroupent des documents s’échelonnant entre le XVe et le XVIIIe siècle. En 1750, le fief de Maromme appartenait aux moines de l’Hôtel Dieu de la Madeleine de Rouen selon un aveu pour une maison d’un maçon.

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Aveu pour une maison d’un maçon de Maromme aux gouverneurs et administrateurs de l’Hôtel Dieu de Rouen.

La première église Saint-Martin, édifiée au XIIIè siècle, étant devenue trop exiguë et dangereuse (l’une des cloches tomba en 1836), le conseil de la fabrique décida en 1852 de la rebâtir et le nouvel édifice, bâti dans le style néogothique, fut consacré en 1869. L’ancienne église démolie se trouvait à la place des trois chapelles en abside et du chœur actuel.
Maromme aurait aussi accueilli une léproserie au XIIIe siècle mais il n’en reste aucune trace actuellement. De même, une chapelle dédiée à Saint Sulpice, datant du XIIIe siècle, se trouvait sur la commune et donnait lieu à un pèlerinage. Elle était encore mentionnée au XVIIIe siècle sur les cartes de Cassini.

En 1879, dans  leur ouvrage Géographie de la Seine – Inférieure, les abbés Bunel et Tougard mentionnaient pour Maromme une population de 2 795 habitants. Les activités de la villes étaient des filatures, tissage et retordage de coton, fabrique d’indiennes, blanchisserie, teinturerie, fonderie de fonte, huilerie, tannerie, corderie, scierie de sucre, moulins à blé et à triturer le bois.
Le même ouvrage cite d’anciennes activités comme le moulins à poudre, fermé en 1834, une fonderie de canon active en 1793 et un moulin à papier en 1501, fournissant l’Université de Caen.

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portrait-carte de Aimable Jean Jacques Pélissier par Disderi, vers 1860.

On trouve plusieurs personnalités venant probablement de Maromme comme « maire » de Rouen au Moyen – Age : un dénommé Gueroult en 1321 et un Alleaume en 1360 et un autre Gueroult en 1479 et 1499.
Mais l’homme célèbre de Maromme est sans doute Aimable Jean Jacques Pélissier, né au Moulin à poudre en 1794 d’un père commissaire des poudres et salpêtres. Militaire de carrière, il fit campagne en Espagne en 1823 puis en Algérie en 1830. C’est là qu’il se rendit tristement célèbre en ordonnant l’enfumage des grottes où s’étaient réfugiés des rebelles et leurs familles, occasionnant la mort de plusieurs centaines de personnes. Malgré un désaveu officiel, ce « fait d’arme » lui valu de devenir gouverneur-général de l’Algérie en 1851. En 1855, il s’illustra en Crimée, lors du siège de Malakoff ce qui lui permis de devenir  maréchal de France, sénateur et duc de Malakoff. Il termina sa carrière en étant à nouveau nommé gouverneur-général de l’Algérie entre 1860 et 1864.

Pas très loin du collège Alain

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Non loin du collège où je travaille, on peut voir cette plaque apposée sur le mur d’une petite maison, témoignage de l’horreur de la Seconde guerre mondiale et de l’engagement de certains Français dans la lutte contre le nazisme.

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Photo prise lors de l’arrestation

André Pican était instituteur à Maromme mais aussi l’un des responsables du Parti communiste en Seine-Inférieure en 1940. C’est pour cette raison qu’il fut d’abord incarcéré à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen le 11 avril 1940, avant d’être transféré au bagne de Beaulieu.
Libéré lors de la débâcle de l’armée française,  il devint rapidement l’un des organisateur du parti communiste clandestin en Seine – Inférieur et participa à la rédaction et l’impression du journal régional, L’Avenir normand, pour la Seine-Inférieure et l’Eure, et La Vérité, pour Rouen et sa région.

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Image Gallica

Il fut rapidement recherché par la police française et la Gestapo et fut arrêté le 15 février 1942 à Paris avant d’être fusillé au Mont-Valérien le 23 mai 1942.

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Photo prise lors de l’arrestation

Germaine Pican fit ses études à l’école primaire de Malaunay, puis à l’école primaire supérieure de Rouen et à l’école normale d’institutrices. Pendant que son mari se cachait, restée à l’école de Maromme, elle assurait les contacts entre l’organisation départementale dirigée par André et les groupes locaux de Résistance qui s’étaient constitués dans chacune des localités de la banlieue rouennaise.
Germaine Pican fut arrêtée le 20 juin 1941 à Rouen et internée à Compiègne. Le 12 décembre 1941, elle fut libérée et se réfugia chez une amie institutrice en Eure-et-Loir, avec ses deux fillettes, jusqu’alors cachées chez des amis en Seine-Inférieure.Elle retrouva peu après son mari à Paris et fut arrêtée le 15 février 1942 aussi.

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Photo prise à Auschwitz-Birkenau

Elle fit partie du convoi des 31 000, le 24 janvier 1943. Ce transport, composé 230 femmes, fut le seul convoi de résistantes à avoir été dirigé vers Auschwitz-Birkenau. Les autres femmes déportées par mesure de répression étant envoyées à Ravensbrück. Devenue le numéro 31679, elle fit fait partie du commando de Raïsko. Suite à la mesure de quarantaine du 3 août 1943, elle fut envoyée à Ravensbrück, du 4 août 1944 au 2 mars 1945, puis à Mauthausen, où elle a été libérée le 22 avril 1945.
Revenue à Maromme, elle redevint institutrice jusqu’à sa retraite en 1955 et habita de nouveau la petite maison en compagnie de ses deux filles, dont l’une mourut en 1947 des suites des privations de la guerre.
Germaine Pican poursuivit également son engagement politique au Parti communiste et fut élue conseiller de la République pour le département de la Seine-Inférieure le 8 décembre 1946 sur la liste d’Union républicaine et résistante. D’abord membre de la commission des pensions, elle s’intéressa particulièrement au sort des anciens combattants, à la situation des victimes de guerre et au statut des déportés et des internés de la Résistance et défendit un amendement visant à l’amélioration de leur reclassement professionnel. En 1947, Germaine Pican devint membre de la commission de la famille. En qualité de rapporteur, elle déposa une proposition de résolution sur les mesures en faveur des femmes seules chargées d’enfants. Son mandat s’acheva en 1948 et elle ne fut pas réélue.

De son incarcération à la prison de Bonne – Nouvelle, à Rouen, André Pican a laissé un manuscrit conservé par Germaine dont voici un extrait qui montre les conditions de détentions dans cette prison :

« A Bonne – Nouvelle, les détenus sont réunis en groupes de quatre-vingt environ par cour et par dortoir dans des pièces qui ne sont pas prévues pour cet usage et où ils manquent d’air (l’hygiène a disparu). Ils n’ont que trois minutes pour se laver le matin, sans savon. Faute de charbon, ils ne vont aux douches que tous les deux mois ! Dans l’étroit réfectoire où mangent cent quatre-vingt hommes serrés les uns contre les autres, on a placé deux tinettes, dont il faut bien faire usage pendant les repas ! Dans les dortoirs, les prisonniers sont littéralement dévorés par les poux. Les plus favorisés reposent sur une paillasse puante et le reste, faute de matériel, couche sur la paille posée directement sur le ciment.
Les  trois – quarts des détenus sont atteints de la gale et d’autres maladies (abominables) résultant de l‘appauvrissement de la nourriture qui, joint au manque d’air, de lumière et d’exercice, entraine l’épuisement du sang. Le mal est sans remède, faute de médicaments et de baignoires. Il faut voir l’état de ces malheureux, dont le corps n’est qu’une plaie et dont les souffrances ne peuvent prendre fin qu’avec la mort [Sur treize décès survenus à l’infirmerie depuis décembre 1940, dix sont dus au manque de soins. L’un des malades, signalé comme simulateur par le médecin de la prison, mourait vingt-quatre heures plus tard ! La responsabilité du [sinistre] docteur, médecin de la prison est lourde. Tout malade qui lui est amené doit, quel que soit son état physique et la nature de l’indisposition dont il souffre, subir une purgation. On l’enferme pour cela dans une cellule et on lui fait ingurgiter un litre d’eau additionnée de sel purgatif. Puis on coupe l’eau de son robinet et le malheureux doit rester seul jusqu`au lendemain. Lorsque des familles éplorées viennent supplier le docteur de soigner leur malade, le sinistre individu ricane : « Bah, on ne meurt pas en prison ! ». Ce que les faits démentent atrocement.
La disette dont souffre déjà notre malheureux peuple a sur les prisonniers politiques des répercussions tragiques. Chaque jour, ils reçoivent une boule de 350 grammes de pain noir que le manque de cuisson rend à peu près immangeable, et cette boule diminue sans cesse de volume et de poids. La « soupe ›› servie deux fois par jour, à 10 heures et à 4 heures, comprend quelques rondelles de rutabaga nageant dans un peu d’eau chaude. Cette abominable pitance, dont des chiens ne voudraient pas, manque le plus souvent de sel et l’accumulation des souffrances imposées aux prisonniers a déjà entraîné, à l’intérieur même de la forteresse, des manifestations désespérées ».