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Une vie sous un plancher

Joachim Martin

Dans les Hautes-Alpes, sur les bords du lac de Serre-Ponçon, se trouve le château de Picomtal. Au début des années 2000, les nouveaux propriétaires effectuant des travaux découvrent, au revers des planchers qu’ils sont en train de faire démonter, des inscriptions. Cent vingt ans plus tôt, au début des années 1880, Joachim Martin, le menuisier qui a installé le parquet dans les différentes pièces a rédigé comme un journal intime au dos des lattes.
Ces propos se présentent sous la forme de 72 textes de quelques mots à quelques
lignes, écrits au crayon noir. Au total, ces textes contiennent 3943 mots. Ils sont partiellement datés, mais il est impossible de les replacer dans l’ordre exact de leur rédaction. Il est aussi probable qu’ils ne forment qu’une petite partie d’un ensemble plus vaste, car leur auteur a peut-être usé de la même pratique sur les autres chantiers qui lui ont été confiés au cours de sa carrière.
L’homme, qui sait qu’il ne sera lu qu’après sa mort, parle de lui, de ses angoisses, de sa famille, de ses voisins, faisant revivre pour le lecteur des années 2000 une société villageoise confrontée au progrès économique matérialisé par l’arrivée du chemin de fer, mais aussi à l’avènement de la République. Il évoque aussi la vie très privée de ses contemporains du village de Crottes (les Crots aujourd’hui).
Pour ne savoir plus, voici un article écrit par Jacques-Olivier Boudon dans la revue Histoire Economie et Société. Il est aussi l’auteur d’un essai sur cette formidable découverte.

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Et vous pouvez écouter ci-dessous une émission Au coeur de l’histoire consacrée au menuisier et à son oeuvre.

Une image antisémite du XIIIe siècle ?

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Sur un rôle d’imposition anglais de 1233, un scribe a dessiné une scène satirique probablement antisémite. Le décor fait apparaître deux personnages présentant des nez crochus dans ce qui semble être une reconstitution du palais de Westminster. Leur caractéristique physique est moquée par une armée de démons. L’un des diables pointe du doigt les narines des deux principaux protagonistes.
Si des doutes subsistent encore sur l’appartenance à la communauté juive des personnages dessinés, notamment parce que l’imagerie chrétienne n’a à cette époque produit que peu de représentations de Juifs ; cependant, le contexte historique de l’Angleterre en 1233 tend à accréditer cette idée.
Affaibli par une guerre civile, le royaume d’Henri III était en effet ruiné financièrement. Le souverain s’est appuyé alors sur les riches marchands juifs pour collecter les impôts en les affermant et lui prêter de l’argent. Au-dessus de la scène, le personnage tricéphale est sans nul doute Isaac de Norwich, un marchand juif très connu et très puissant, représenté comme la figure de l’Antechrist. Il était usurier, notamment au service de l’abbaye de Westminster. Il est probable que le second personnage masculin moqué dans le dessin soit Mosse Mokke, un notable juif de Norwich qui prélevait  la taxe sur les juifs pour le roi et travaillait pour Isaac dans le recouvrement de créance. Le personnage féminin représenté en face est probablement sa femme, Avegaye, qui pratiquait également l’usure. Mosse Mokke a été exécuté  en 1242 après avoir été accusé de rogner les monnaies.
Le quatrième personnage, représenté à gauche avec une balance, en train de peser des pièces de monnaie, est probablement un changeur juif ou un usurier, rappelant la fonction d’Isaac et de Mosse.

D’après un article du New York review of books

Internet et la recherche en histoire

J’ai été contacté par mail, il y a quelques jours, par une personne liée à la famille Vougnon, dont j’ai parlé ici. J’avais en effet récupéré un lot de lettres, écrites entre 1914 et 1918, entre trois frères, Jules, Alphonse et Louis et surtout entre Jules et sa femme Marie. Les lettres mentionnaient également un autre frère, Edmond, tué dès 1915, dont j’avais pu retrouver ensuite l’acte de mariage. La personne qui m’a contactée est en lien avec les descendants d’Edmond Vougnon et elle m’a proposé de me communiquer des documents le concernant.
J’ai ainsi appris qu’il était dans le 174e régiment d’infanterie, dans la 11e compagnie. Il a fait son service militaire en 1903 dans le 149e régiment d’infanterie. Il a été décoré à titre posthume de la Croix de guerre avec étoile de bronze le 10 novembre 1926.
Je suis dans l’attente d’autres documents ainsi que de l’autorisation de les publier ici pour continuer le travail sur ces soldats de la Première guerre mondiale et leurs familles.

 

Des leçons à écouter

Voici les reconstitutions de diverses leçons inaugurales au Collège de France, proposées par France Culture, avec la voix de Clémence Azincourt  .
La leçon inaugurale de la chaire d’histoire des sociétés médiévales au Collège de France, prononcée par Georges Duby le 4 décembre 1970.

Puis celle de Fernand Braudel, titulaire de la chaire de la civilisation moderne, le premier décembre 1950.

La leçon de Raymond Aron, pour la chaire de sociologie de la civilisation moderne, le premier décembre 1970 au collège de France.

Et celle de Jean-François Champollion, le 10 mai 1831, intitulée « Discours d’ouverture du cours d’archéologie ».

Comprendre le travail de l’historien

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Ce livre, qui m’avait échappé jusqu’ici, dresse le portrait d’un historien en ses archives, celles qu’il a consultées, mais celles aussi qu’il a constituées en explorant le «fonds Duby» déposé pour l’essentiel à l’ Institut Mémoires de l’édition contemporaine.
Cette enquête collective, en réalité les actes d’un colloque organisé par la Fondation des Treilles, entreprend de saisir Georges Duby à travers les visages de papier que constituent ses archives de travail, qu’il conservait avec soin. Ce faisant, ils invitent le lecteur à entrer dans la fabrique de l’œuvre historique.
L’étude se compose de quatre parties, avec une introduction assez longue sur le fonds déposé par la femme de Duby. La première partie concerne les documents liés à la thèse de Duby sur le Mâconnais. La seconde partie aborde les liens de Duby avec les autres sciences sociales. La troisième partie étudie l’élaboration du livre Les Trois Ordres ou l’imaginaire du féodalisme. La dernière partie s’intéresse aux travaux de Duby sur les arts ou ses liens avec le cinéma et la télévision entre autres choses.