Catégorie : Pédagogie

La configuration de ma salle pour l’an prochain

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N’ayant pas d’élèves en cours ce matin, j’en ai profité pour essayer la nouvelle configuration pour ma salle de classe de l’an prochain.
Les six tables devant le tableau seront pour les élèves manquant d’autonomie dans le travail. Situés près du bureau, il me sera facile de les encadrer. Le coin informatique se trouve aussi juste à côté du bureau. Il sera renforcé à l’occasion par trois ordinateurs portables que je prête aux élèves.
Les quatre tables le long des fenêtres accueilleront les élèves les plus autonomes et / ou préfèrent travailler seuls.
Les autres îlots serviront à ceux qui préfèrent / réussissent à collaborer et à travailler en groupe.
La table isolée au fond près de la fenêtre servira de « sas » aux élèves incapables de travailler momentanément. Il est possible, selon les moyens dont disposera mon établissement, que j’aménage en cours d’année cet espace en coin lecture avec une bibliothèque et des coussins.
Enfin, la table inclinée sera utilisée par les élèves incapable de tenir en place, pour y travailler debout.

Pour l’an prochain

J’ai décidé de changer l’organisation spatiale de la classe et de modifier un peu mon approche pédagogique l’an prochain.

J’ai repris l’organisation spatiale de la classe de la présentation vidéo ci-dessus.

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En orange, près du tableau, les tables où s’installeront les élèves les plus en difficultés et/ou peu autonomes, afin de bénéficier de l’aide et de l’attention du professeur.
En vert, les îlots destinés aux élèves collaborant facilement.
En rouge, les tables des élèves autonomes, n’ayant que rarement besoin de l’aide du professeur.
La grande table bleue sera destinée aux élèves atteints de bougeotte. Pour travailler à cette table, il faudra se tenir debout.
Enfin, l’espace isolé, en marron, sera un coin lecture / jeu (?) pour ceux qui auront fini leur travail correctement. Il permettra aussi, si nécessaire, d’isoler un élève problématique.

Le déroulement des cours sera le plus souvent le suivant :
– nous démarrons chaque nouveau thème avec une vidéo introductive permettant de comprendre le sujet et ses enjeux (questionnement, principales notions). Les élèves rempliront systématiquement une fiche de visionnage ramassée et évaluée.
– Dans un second temps, les élèves prendront connaissance de la leçon dans le manuel (pour ceux pour qui la lecture n’est pas un handicap) ou à partir de vidéo sur mes ordinateurs portables.
– Ensuite, ils devront, en autonomie, travailler sur différentes fiches. Une partie sera commune à tous et obligatoire, les autres selon l’envie des élèves.Mais en fonction de son niveau, chaque élève devra obligatoirement avoir complété un certain nombre de fiches. Certaines fiches seront thématiques, d’autres permettront de travailler certaines compétences.
– Enfin, la trace écrite commune sera distribuée et les élèves compléteront une fiche « Qu’ai-je appris ? ».
Selon les chapitres et l’envie du professeur, ce déroulement pourra être boulversé par la mise en place de tâches complexes (sur les objets de la guerre 14-18, l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert…).

 

Chaque semaine, une heure de cours sera consacrée au « travail libre ». Les élèves pourront, seuls ou en groupe, réaliser un travail sur le thème en cours : exposé, diaporama, vidéo, dessin, affiche, textes (chanson, récit, nouvelle…), etc.
De même, nous démarrons chaque semaine par un « Quoi de neuf ? » en visionnant un numéro du magazine Arte Journal Junior et en consultant un numéro du journal L’Actu.

La classe libérée ?

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Ce schéma est issu du site HISTOgraphie et illustre à peu de chose près ma pratique pédagogique actuelle au collège. L’entrée par les notions se fait beaucoup par de courtes vidéos et des questionnements. Les activités en classe sont traitées soit individuellement soit en groupe et les traces écrites distribuées en cours ou en fin de chapitre. Les évaluations sont annoncées à l’avance et des vidéos et des questionnaires en ligne sont disponibles pour réviser.

« La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme pédagogique« 

Cette phrase extraordinaire et provocatrice a été prononcée par le ministre de l’Éducation nationale, à propos de recommandations faites aux enseignants du primaire, préconisant, entre autres, une dictée quotidienne, deux exercices d’écritures et 15 minutes de calcul mental.
Prenons le temps de quelques définitions d’abord :
Anarchisme : 1. Conception politique qui tend à supprimer l’État, à éliminer de la société tout pouvoir disposant d’un droit de contrainte 2. Refus de toute autorité, de toute règle.
Pédagogie : 1. Ensemble des méthodes utilisées pour éduquer les enfants et les adolescents 2. Pratique éducative dans un domaine déterminé ; méthode d’enseignement.

Je vois mal le rapport entre l’anarchisme et la pédagogie, à moins que le ministre ne veuille dire que les enseignants ne respectent aucune règle dans leurs pratiques professionnelles ?

Recommandation : 1.  Action d’exhorter quelqu’un à faire quelque chose, à adopter une certaine conduite : Faire une recommandation à un collaborateur. 2.  Résolution émanant d’une organisation internationale et qui en principe n’a pas force obligatoire à l’égard des États membres. 3. Acte par lequel, au Moyen Âge, un homme faible (le recommandé) se mettait sous l’autorité et la protection d’un homme puissant (cette coutume fut à l’origine des liens de vassalité).

La recommandation est donc une demande fermement exprimée. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas inscrire directement ces pratiques pédagogiques dans les programmes, qui s’imposent aux enseignants ?

Une autre chose me gêne dans les propos du ministre : il semble considérer que les enseignants du primaire ne feraient pas cette dictée, ces exercices d’écriture ou le calcul mental. Or, il suffit de parcourir les nombreux blogs d’enseignants et de consulter leurs emplois du temps pour voir que c’est tout le contraire ! On m’objectera bien sûr que tous les enseignants ne tiennent pas de blogs… Je crois qu’il s’agit là d’une nouvelle déclaration tonitruante du ministre, dans un but éminemment politique et non d’un objectif pédagogique.

Ajoutons que lorsque les enseignants du primaire respecteront cette recommandation, ils y consacreront l’équivalent de la matinée de chaque jour de classe, une fois l’accueil et la récréation déduits. Cela ne laissera que les après-midi pour toutes les autres parties du programme officiel (et donc plus que recommander par le ministère !) à traiter, ce qui risque d’être difficile.

Enfin, élève, je n’ai jamais fait une dictée par jour ni même 15 minutes de calcul mental. Mes enfants, en primaire, n’ont jamais fait cela non plus. Encore une fois, je crois qu’il faut remonter à l’école de la IIIe et de la IVe République pour trouver cela, et encore, je n’en suis pas certain ! Il est donc évident que ce n’est pas l’abandon de ces pratiques qui est à l’origine du déclin de la maîtrise de l’orthographe et de la grammaire. Quand comprendrons-nous que cette maîtrise se perd si on ne l’entretient pas après la période de scolarité obligatoire ? Ce sont les adultes à qui on devrait recommander de faire une dictée par jour et 15 minutes de calcul mental !

A lire ?

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Cet ouvrage interroge l’évolution du métier dans le contexte de la réforme, pour mieux prendre en charge la difficulté scolaire et oeuvrer à la « réussite pour tous ».
Croisant les regards d’un enseignant et d’un personnel de direction, l’ouvrage replace les logiques d’un enseignement disciplinaire et des programmes de 2016 dans un contexte global. Il révèle les cadres dans lesquels s’inscrit l’action de l’enseignant et montre, conseils pédagogiques à l’appui, quelles sont les compétences à construire et à mobiliser.
Il redéfinit aussi l’identité professionnelle d’un enseignant d’histoire-géographie dans sa complexité et son appartenance à une communauté éducative.

Suzanne Citron (1922 – 2018)

Suzanne Citron

Elle était agrégée d’histoire et docteur de 3e cycle en histoire contemporaine. Sa thèse de doctorat, soutenue en 1974 avait pour titre Aux origines de la Société des professeurs d’histoire : la réforme de 1902 et le développement du corporatisme dans l’enseignement secondaire (1902-1914).

Elle a beaucoup écrit sur l’enseignement et la pédagogie, puis a tenté de mettre en pratique ses réflexions dans L’Histoire des hommes. Ce livre a été publié pour la première fois en 1996 et est une mise en perspective globale de l’aventure humaine, à destination des enfants. Le livre n’étant plus édité, Suzanne Citron en avait récupéré les droits et avait décidé de le mettre en ligne à la disposition de tous.

 

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Elle est aussi l’auteur du Mythe national : l’histoire de France revisitée, paru en 1987, où elle revenait sur l’école de la IIIe République qui, estimait-elle, avait inventé le mythe de l’histoire de France notamment grâce au monument qu’était le Petit Lavisse, manuel qui racontait le «roman national» imaginé par les pères de la République.
« Inventée pour et transmise par l’école de la IIIe République, notre histoire multiculturelle et poly-ethnique doit être réécrite dans la France d’aujourd’hui, une France post-vichyste, post-coloniale, amarrée au char de l’Europe, insérée dans la complexité du monde du XXIe siècle. » Écrivit -elle dans Libération, le 30 décembre 2004.
Cette volonté de déconstruire le mythe national lui est venue à la suite des guerres d’Indochine et d’Algérie, menées sous le couvert des idéaux de la République.
En 2003, Suzanne Citron avait publié ses mémoires, intitulées Mes lignes de démarcation – croyances, utopies, engagements. Fille d’une famille juive de Lorraine, elle passa clandestinement la ligne de démarcation durant la guerre et entra dans la Résistance, ce qui lui valut une arrestation et un enfermement au camp de Drancy en 1944. Elle échappa cependant à la déportation et fut libérée à l’arrivée des Alliés.
L’émission La Fabrique de l’Histoire lui a rendu un hommage :