Étiquette : La question de l’accès à l’eau

Ce n’est pas nouveau, mais c’est utile de le rappeler

Selon un rapport du World Resources Institute, près d’un quart de la population mondiale, vivant dans dix-sept pays, est en situation de stress hydrique très grave.
Le stress hydrique – autrement dit, une ressource insuffisante pour répondre aux différentes activités humaines et aux besoins de l’environnement – commence lorsque la disponibilité en eau est inférieure à 1700 mètres cubes par an et par personne. Les trois quarts des habitants des pays arabes vivent en dessous du seuil de pénurie établi, lui, à 1000 m3 par an, et près de la moitié se trouvent dans une situation extrême avec moins de 500 m3, en Egypte et en Libye notamment.
Dans  ces dix-sept pays – le Qatar, Israël, le Liban, l’Iran, la Jordanie, la Libye, le Koweït, l’Arabie saoudite, l’Erythrée, les Emirats arabes unis, Saint Marin, Bahreïn, le Pakistan, le Turkménistan, Oman, le Botswana et l’Inde – l’agriculture, l’industrie, et les besoins quotidiens absorbent 80 % des eaux de surface disponible et des eaux souterraines lors d’une année moyenne.

L’eau dans le monde

Selon un rapport de l’ONU, chaque année, dans le monde, 780 000 personnes meurent à cause d’une eau impropre à la consommation (dont 340 000 enfants de moins de cinq ans qui meurent de maladies diarrhéiques). La raison principale est que 80% des eaux usées retournent dans l’écosystème sans être traitées ou réutilisées.
En 2015, 2,1 milliards d’êtres humains n’avaient pas accès à une eau potable sûre, principalement en Afrique subsaharienne où seulement 24% de la population a accès à une source sûre d’eau potable. Ce sont principalement les femmes et les filles qui ont en charge la collecte de l’eau dans ces pays et elles consacrent plus de 30 minutes par jour à aller en chercher au détriment de leur éducation notamment.
Dans les pays les moins avancés, 62% des citadins vivent dans des bidonvilles et n’ont très souvent pas accès aux services d’eau ou d’assainissement. Les habitants doivent s’approvisionner en eau auprès de vendeurs ambulants et de camions citernes et peuvent payer leur eau dix fois plus cher que leurs concitoyens plus riches qui ont l’eau du robinet.
L’ONU rappelle également que l’eau a joué un rôle dans plus de 260 conflits ayant éclaté depuis 2010. Conséquence de la croissance démographique, du développement économique et de l’évolution des modes de consommation, la demande mondiale en eau devrait augmenter de 20 à 30% par rapport au niveau actuel d’ici 2050.

Augmentation du stress hydrique en Iran

983057-les-ressources-d-hydrocarbures-de-l-iran-infographie-big49_1280

Depuis 2018, les paysans de la province d’Ispahan en Iran se révoltent contre leur gouvernement à cause de la sécheresse qui ruine leurs récoltes. 2018 fut l’année la plus aride en Iran depuis quarante-sept ans, selon le ministre de l’Energie.
Cette désertification a été accélérée par le détournement des canaux d’irrigation au profit de Yazd, capitale de la province voisine. Mi-novembre, des fermiers ont donc saboté les conduites d’eau qui approvisionnent Yazd, ce qui a amené une forte répression policière.
Les effets du réchauffement climatique et de la pression démographique ont été en effet aggravés par des décisions politiques qui auraient été prises en dépit du bon sens ou par intérêt et corruption : le président Rafsandjani (1989- 1997) aurait détourné la rivière pour approvisionner l’industrie de Yazd et, au passage, irriguer ses champs de pistaches, dont il était l’un des plus gros exportateurs ; une politique continuée par Mohammad Khatami (1997- 2005), né dans la région de Yazd, qui aurait favorisé sa ville d’origine. Mais c’est surtout la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), qui a aggravé les choses en laissant proliférer les puits illégaux et en autorisant les paysans d’autres régions à puiser sans retenue dans le Zayandeh-rud pour irriguer leurs champs.
Et le peu d’eau dont dispose encore la région est pompé par l’usine de Saba, une gigantesque aciérie en périphérie d’Ispahan, qui emploie près de 15 000 personnes.
la région est dans une situation de stress hydrique très dangereuse. Au-delà de 40 % d’utilisation de l’eau, la capacité d’approvisionnement à long terme est menacée. Or, à Ispahan, on atteint 80 %.

D’après un article du journal Libération du 23 janvier.