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Extrait d’un entretien avec Paul Veyne

Paul Veyne est un historien spécialiste de Rome, devenu professeur au Collège de France et auteur d’ouvrages importants comme Comment on écrit l’histoire. Il revient ici sur les origines chrétiennes de la France et de l’Europe.

La question des origines chrétiennes de la France continue d’agiter le débat public. Quelle est votre opinion sur la question
« C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte.« 

Vous allez jusqu’à contester l’idée même de « racines ».
« Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.« 

Vous relayez également l’interrogation du sociologue (pourtant croyant) Gabriel Le Bras, « la France a-t-elle été jamais christianisée ? », tant la pratique religieuse a, de tout temps, été défaillante.
« Absolument. Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur.« 

Néanmoins, on ne peut nier l’apport réel du christianisme à notre culture.
« Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle.« 

Vous écrivez que notre culture est aux antipodes des valeurs chrétiennes. Pourquoi ?
« L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes.« 

Comment interprétez-vous le fait que le thème de nos racines religieuses revienne si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, malgré la sécularisation de la société ?
« Les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés.« 

Dans votre livre Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, vous écrivez : « Le Moyen Âge n’a rien de romanesque ; il est chrétien et fait donc partie de notre monde ennuyeux. » Voilà un jugement paradoxal au vu de ce que vous dites être le génie du christianisme !
« Quand j’étais petit, c’était mon sentiment. Je m’ennuyais à la messe ; par conséquent, à mes yeux, le Moyen Âge chrétien n’avait rien d’exaltant. Le paganisme, au contraire, était un monde totalement autre. J’aurais pu tout aussi bien m’intéresser au Japon, qui est également un monde radicalement autre. La société païenne antique est atroce, cruelle, effrayante. Si les supplices et les massacres ne m’attirent nullement, cette civilisation m’a fasciné. Sur le plan religieux, cependant, les sociétés païennes étaient plus pragmatiques, pour la simple raison que tous les dieux étaient considérés comme vrais : lorsqu’un Romain ou un Grec, en voyage à l’étranger, apprenait qu’on y vénérait tel ou tel dieu, il se disait qu’il serait peut-être utile de l’importer, de la même manière qu’on importait des plantes ou des denrées des pays étrangers. Il ne s’agissait pas de tolérance, mais d’une conception différente de la vérité. L’islam, qui a pris la mauvaise habitude d’être aussi intolérant que le christianisme, ferait bien de s’en inspirer. Car ni l’islam, ni le christianisme, ne disent que les dieux des autres peuples sont aussi vrais que le leur. Non, c’est leur Dieu qui est le vrai, et le seul.« 

(…)
Vous qui avez tant étudié l’histoire, comment jugez-vous notre époque ?
« Depuis qu’il n’y a plus de guerres mondiales en Occident, l’évolution est très positive. Certes, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que « c’était mieux avant ». Comme cette rengaine éculée est banale ! Rome a été fondée en 753 avant notre ère, et l’idée de la décadence a commencé dès 552… Cela fait 2 000 ans qu’on nous parle de décadence ! Pour ce qui nous concerne, je ne crois pas du tout à la décadence, au contraire. Il ne se passe pas une journée sans que l’on apprenne une bonne nouvelle. Ces cinquante dernières années, les progrès – en matière sociale ou de moeurs, notamment – ont été immenses. Je ne peux que m’en réjouir.« 

D’après un article du Monde.fr

26 décembre 537 : consécration de la basilique Sainte Sophie de Constantinople

L’église de Constantinople a été dédiée par Justinien le 26 décembre 537 à la Sainte Sagesse (Hagia Sophia, Sainte Sophie) de Dieu incarnée par le Christ. Pour reconstruire un édifice détruit par un incendie en 532, l’empereur Justinien fit appel à Anthémios de Tralles, architecte et mathématicien, et au géomètre Isidore de Milet.
Leur projet était centré sur une vaste coupole (32 mètres de diamètre) reposant sur des arcs et épaulée par des demi-coupoles. Les matériaux étaient des marbres colorés provenant de Grèce, d’Égypte et de diverses carrières d’Asie Mineure.
À la suite de tremblements de terre en 557, la coupole s’effondra et Isidore de Milet fut chargé de sa reconstruction, achevée en 563, à la fin du règne de Justinien.
Le décor de Sainte-Sophie fut constamment enrichi, notamment de peintures et de mosaïques sur les parois et sur les voûtes tout au long de l’Empire byzantin.

Oui, je peux très facilement

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« Peut-on imaginer la ville sans église ? » cette question posée par l’association patrimoniale des diocèses d’Île-de-France pour sa campagne annuelle de collecte de dons amène des réponses historiques, géographiques et civiques.
Premièrement, la France a connu des villes sans églises entre la conquête romaine et la christianisation du territoire, soit entre le Ier siècle avant J.C et le IIIe ou IVe siècle après.
Géographiquement, il existe de nombreuses localités françaises (650 il semblerait) qui n’ont pas d’église et ne s’en porte pas plus mal tant au niveau des paysages que de l’urbanisme.
Du point de vue de la laïcité enfin : les racines « chrétiennes » de la France sont une idéologie dangereuse qui veut ignorer les migrations de populations issues de la colonisation et des années postérieures ainsi que l’émergence d’une forte communauté athée sur notre territoire.

 

Une nouvelle excuse pour ne pas faire ses exercices de maths !

Il suffira maintenant de dire : « je n’ai pas ouvert mon livre, je ne veux pas devenir une fille (ou un garçon) » !
En effet, au retour d’Azerbaïdjan, le pape François a précisé devant les journalistes qui l’accompagnait ce qu’il avait voulu dire, samedi, en parlant de «guerre mondiale contre le mariage» à propos de la diffusion de la théorie du genre. Une occasion pour lui de citer le témoignage d’un père de famille français  :
«Ce que j’ai critiqué est la mal qu’il y a dans le fait d’ériger la théorie du genre en doctrine. Un papa français m’a raconté qu’un soir, en famille (…). Il demande à son fils de 10 ans : que veux-tu faire quand tu seras grand ? Etre une fille ! lui répond l’enfant. Le papa s’était alors rendu compte que dans les livres du collège, on enseignait la théorie du genre. Ceci est contre les choses naturelles! Pour une personne, une chose est d’avoir cette tendance, cette option, et même de changer de sexe, autre chose est de faire l’enseignement dans les écoles sur cette ligne, pour changer la mentalité. C’est cela que j’appelle la colonisation idéologique.»
On ne s’attardera pas sur l’idée de colonisation idéologique, utilisée à tour de bras par la religion chrétienne et l’Eglise catholique au cours de son histoire et même de nos jour (il suffit de voir ce qui se passe en Pologne). On pourrait par contre reprocher au pape de faire d’un cas (un père de famille français catholique, le manuel n’est même pas cité) une généralisation au service d’une propagande religieuse…

D’après un article du Figaro.fr

Une enquête sur les musulmans de France

Une étude de l’Institut Montaigne s’intéresse au musulmans de France. Elle s’est appuyée, entre autre chose, sur un sondage de l’Ifop dont les résultats ont été publiés dans le Journal du Dimanche du 18 septembre.
Ce sondage a été conduit par téléphone (entre le 13 avril et le 23 mai 2016) auprès de 1029 personnes de confession ou de culture musulmane (dont 874 se déclarant musulmanes), extraites d’un échantillon de 15 459 métropolitains âgés de 15 ans et plus.
Le rapport avance que les musulmans représentent 5,6% des habitants de métropole. 66 % des musulmans accordent une grande importance à la religion qui, pour 84% d’entre eux, est une pratique d’ordre privée. Cela explique que 30% du des musulmans interrogés ne se rendent jamais dans l’une des 2500 mosquées existant en France alors que 30 % ne le font au mieux que lors des grandes célébrations du ramadan.
Selon un calcul de l’Ifop 28% des musulmans de France ont toutefois « adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République », s’affirmant « en marge de la société ». Les jeunes, les moins insérés dans l’emploi et les convertis étant les plus disposés à adhérer à ce modèle.

D’après l’article du JDD et un autre du Figaro.fr

Blasphémer avec Pokémon Go, c’est dangereux en Russie

Un blogueur russe a décidé de se filmer dans une cathédrale d’Ekaterinbourg, en Oural, en train de jouer à Pokémon Go pour protester contre une loi condamnant le blasphème. Il a ensuite publié la vidéo.
Interpellé suite à une plainte de l’Eglise orthodoxe russe, il a été présenté devant un juge samedi 3 septembre, pour une audience à huis clos à l’issue de laquelle il a été expédié pour deux mois en détention préventive.
Le jeune homme encourt désormais jusqu’à cinq ans de prison pour « extrémisme » et « violation des sentiments des croyants », selon le code pénal russe.
Militant athéiste revendiqué, le jeune Russe a créé, il y peu, une chaîne YouTube pour diffuser ses idées, puis une revue Sokolovski !, sous-titrée : « Rien n’est sacré ». Il revendique une filiation avec Charlie Hebdo qui se remarque dans son commentaire sur la vidéo : « Personne ne m’a empêché mais je n’ai pas pu attraper le Pokémon le plus rare, Jésus, mais certains disent qu’il n’existe pas… »

D’après un article du Monde.fr