Étiquette : Expériences totalitaires et réaction des démocraties (1919 – 1939)

Deux films historiques pour la réouverture des cinémas

Ils peuvent être vus avec profit par des élèves de troisième.

Pour L’Ombre de Staline, j’en parlais ici le 15 mars.

Le second film s’intéresse au moment où le général de Gaulle gagne le Royaume-Uni lors de la débâcle de 1940 et à son combat pour faire vivre la résistance.

L’industrialisation de la basse-Seine dans les années 1930

L’Assemblé générale de l’Association française d’histoire économique, qui s’est tenue à l’Université Paris Dauphine en décembre 2018, a été l’occasion de plusieurs communications sur le sujet de la crise des années 30 en France. A cette occasion, Marine Simon, doctorante de l’Université de Rouen Normandie a exposé un résumé de ses recherches sur l’industrialisation de la basse-Seine dans les années 1930. J’en recopie ici la retranscription, faite initialement sur le site de l’Association française d’histoire économique.

« Merci beaucoup pour votre invitation. Je vais revenir à une échelle beaucoup plus locale et m’intéresser à l’industrie. Mon sujet de thèse concerne un petit territoire d’une quinzaine de kilomètres de long, rive droite de la Seine entre Rouen et Le Havre et du coup la question de cette crise des années 30, se fait poser une question à cette échelle du XXe siècle, est-ce que c’est un moment décisif, est-ce que c’est vraiment une crise dans les zones qui sont plus rurales, est-ce que c’est un moment de redéfinition de l’industrie sur ces territoires ?
Comme vous le savez, la Première Guerre mondiale bouleverse les économies et les sociétés des pays en guerre. Elle accapare les nations belligérantes sur tous les fronts et est le théâtre d’une mobilisation massive. La mobilisation est d’abord humaine d’une part puisque l’État français appelle, au lendemain de la déclaration de guerre, plus de 3 millions d’hommes, une mobilisation jamais atteinte au cours des guerres précédentes, mais une mobilisation industrielle d’autre part sur les territoires qui sont non occupés par l’armée allemande et c’est cet aspect qui nous intéresse davantage.
En effet la Première Guerre mondiale, c’est un peu un point de rupture entre l’ancienne Basse Seine qui est rurale et artisanale pour les zones entre Rouen et Le Havre, évidemment hors Rouen et Le Havre et la nouvelle Basse Seine qui s’industrialise tout au long du fleuve même dans les territoires les plus reculés pour répondre justement à l’effort de guerre. L’occupation prend un tournant très rude dès l’automne 1914, le Nord et le Nord-Est de la France sont occupés et cette occupation prive le pays d’une portion importante de son potentiel manufacturier. La Basse Seine s’impose donc comme un territoire stratégique évident.
La Seine relie Paris, la capitale de la France à la mer de la Manche, une des mers les plus fréquentées déjà à cette époque, et donc le territoire d’étude de ma thèse est complètement bouleversé dans ce contexte. Je vous le disais, c’est un petit territoire de 10 kilomètres dans une boucle de Seine, rive droite et qui, finalement, est complètement bouleversé par ce qu’on pourrait appeler le tournant de 1917. Arrive, en 1917, un nombre d’usines important, un chantier naval et une usine d’hydravions sur la demande de l’État, une goudronnerie également, une centrale électrique et une raffinerie de pétrole qui sont deux usines qui portent les stigmates de la seconde révolution industrielle. Cette arrivée d’usines massive engendre donc une arrivée de main-d’œuvre dès les années 1920 jusque dans les années 1930. On a d’abord des ouvriers qui viennent du nord de la France, mais également d’Europe de l’Est, principalement de Pologne, mais aussi des Italiens.
Par exemple, une des communes que j’étudie, qui s’appelle Le Trait, a 300 habitants en 1911. Elle en a 1570 en 1921 et 3200 en 1936. Vous voyez l’augmentation flagrante de la population qui est directement liée à l’arrivée de ces usines. Finalement ces usines, on peut dire qu’elles construisent complètement la ville et d’ailleurs, avant d’être une ville, une campagne. En effet, Le Trait devient une cité-jardin et Yainville, une ville voisine, devient une cité ouvrière importante également.
Alors qu’en est-il des années 1930, des impacts de la crise de 1929 et des crises politiques de 34 et 36 ? Le territoire se construit suite à cette poussée industrielle qui est intimement liée à la guerre. Jusqu’au milieu des années 30, la société industrielle nouvelle se structure et on peut parler de société puisque l’usine façonne aussi bien l’habitat que les vies quotidiennes et les vies économiques. Toutes les infrastructures sont construites dans ces années 30 et on élabore une espèce de réseau qui se développe entre les usines. Les années 30 marquent l’arrivée d’usines périphériques, je vous ai nommé les usines principales, les plus importantes et les plus structurantes pour ce territoire, mais d’autres usines périphériques arrivent justement après cette crise de 1929 et utilisent ce réseau déjà dense et ces infrastructures déjà installées. Par exemple, une savonnerie ou une usine de couture d’uniforme sont créées et permettent aux femmes d’ouvriers de travailler également dans l’industrie.
Le seul contre-exemple à ce propos, serait l’usine d’hydravions qui est nationalisée à la suite de l’arrivée du Front populaire au pouvoir, mais hormis ce cas isolé, le territoire n’a pas connu de crise économique à proprement parler, ni structurelle, ni conjoncturelle. Finalement, ce développement autour de deux piliers de la seconde révolution industrielle (une usine électrique et une raffinerie de pétrole) permet de former un réseau industriel dense et complet qui fonctionne un peu comme un écosystème jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Ce système fonctionne donc en interne sur ce petit territoire de 10 kilomètres, avec des investissements des usines entre elles pour en faire venir des nouvelles et des accords entre les dirigeants à propos de la main-d’œuvre. Les industries locales s’achètent également entre elles matières premières et services tels que de la vapeur, des clous, des solvants ou encore des huiles industrielles.
Pour ce territoire, il est difficile de parler de crise malgré le sujet de cette table ronde. Le chômage est vraiment très relatif puisque beaucoup des ouvriers sont des journaliers donc il est difficile d’avoir une idée des licenciements et, finalement, les usines continuent de s’accroître, de se structurer malgré cette crise des années 30.
Les aménagements, le long du fleuve et portuaires, sont aussi en croissance exponentielle et, même si Rouen et Le Havre, subissent de plein fouet cette crise économique et politique, les territoires qui sont nouvellement industrialisés, à savoir les territoires ruraux, sont comme épargnés par cette crise parce qu’ils sont en structuration. Évidemment, quelques soulèvements ont lieu en 1936, mais le territoire reste assez calme malgré les crises politiques des années 30.
Finalement en ce qui concerne ce territoire, la crise réelle arrive dans les années 1960, après la Seconde Guerre mondiale avec la crise de l’industrie lourde en France à un moment où le cadre national ne permet pas de rester concurrentiel à l’échelle du monde. Le retrait et l’isolement de ce territoire rural, que j’étudie dans le cadre de ma thèse, qui était auparavant une force puisqu’il a permis l’installation d’usines reculées du front qui vont continuer de se développer jusque dans les années 40, déterminent finalement sa crise structurelle et de positionnement par rapport à la mondialisation des années 60 et 70. »

Un histoire du goulag

Capture d’écran 2020-02-08 à 16.05.38

Arte propose pour quelques jours encore un documentaire en trois parties sur ce sujet à voir là, ici et encore là.

Et cette émission de La Grande table avait comme invité Patrick Rothman, le réalisateur du documentaire « Goulag, une histoire soviétique », diffusé sur Arte :

La Marche de l’histoire a également consacré une série d’émissions à ce sujet :

Un documentaire qui tombe bien

En 1943, l’Allemagne nazie s’engagea dans une guerre totale face à une défaite devenue inévitable. Hitler avait toujours besoin de plus d’hommes pour se battre. En puisant dans le vivier des Jeunesses hitlériennes, et en lançant un large recrutement, il parvint à enrôler 20 000 adolescents pour constituer la 12ème Division blindée SS Hitlerjugend. Formés en moins d’un an à dépasser leurs limites, physiques comme morales, ils furent envoyés en Normandie pour repousser le débarquement qui s’annonçait. L’exaltation de l’adolescence conjuguée à l’appel au sacrifice pour la victoire du Reich et à l’obéissance absolue à des chefs que rien n’arrêtait en firent de redoutables adversaires d’une grande cruauté au combat. Les Alliés, effarés par leur jeunesse, les surnommèrent ironiquement « la baby division ». Transformés en criminels de guerre, fanatisés, certains d’entre eux commirent de nombreuses représailles et exactions barbares lors de leur repli vers l’Allemagne à travers la France.
Le magazine Infrarouge de France 2 va proposer le mardi 18 février un documentaire de Julien Johan qui est consacré à ces jeunes nazis et dans lequel on pourra voir des archives restaurées et colorisées mais aussi entendre le témoignage des quelques rares survivants de cette division SS.
Je viens d’aborder ce thème de l’enrôlement des jeunes dans les derniers instant de l’Allemagne nazie avec les troisièmes !