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Une réforme qui ne dit pas son nom

La lettre de mission reçue par Pierre Mathiot du ministre de l’Éducation nationale indiquait : « des propositions sont attendues pour dessiner ce baccalauréat renouvelé, qui préparera la réussite dans l’enseignement supérieur et donnera ainsi à chaque lycéen la possibilité d’imaginer, de consolider et de déployer son projet d’avenir. Ce baccalauréat renouvelé reposera sur de nouvelles modalités d’évaluation avec un nombre d’épreuves terminales resserré. Ce travail vous amènera donc à identifier les conséquences que ce nouveau baccalauréat pourrait avoir « en amont » sur l’organisation du lycée et à me formuler à ce sujet toutes les propositions qui vous sembleront pertinentes ».
Ce à quoi l’auteur du rapport déclare :  » Il s’est donc agi de partir du point d’arrivée, le baccalauréat, pour remonter vers l’amont, l’organisation générale du lycée.« 

J’avoue ne pas bien voir dans les propositions du rapport la nécessité de procéder ainsi. Le bac se trouve réduit à cinq épreuves :
– le français en fin de première, à l’oral et à l’écrit, ce qui n’est certes pas nouveau ;
– deux épreuves écrites portant sur les matières d’approfondissement (les anciennes spécialités, rien de neuf non plus donc) choisies par les élèves en avril de l’année de terminale ;
– la sacro-sainte philosophie et un Grand oral (avec un G majuscule s’il vous plaît !) en juin. Ce grand oral n’étant qu’une nouvelle mouture des Travaux personnels encadrés effectués en première en ce moment, mais étalés sur deux ans avec la réforme, avec un suivi seulement sous la forme d’un tutorat si j’ai bien lu entre les lignes ;
– la suppression des épreuves de rattrapages, remplacées par l’examen du livret scolaire.
Cette proposition de réforme ne nécessitait donc pas, à première vue, la modification des filières et parcours actuels.

Ce qui est certain, par contre, c’est que la réforme du lycée proposée va permettre des économies substantielles sur le budget de l’Éducation nationale et sur les dépenses publiques : au total, le volume d’enseignement devrait atteindre 25 heures hebdomadaires soit trois heures de moins par rapport au minimum actuel, souvent dépassé avec les enseignements optionnels.
Cette baisse des horaires devrait permettre de récupérer plus de 20 000 postes, un appoint précieux pour un gouvernement qui s’est engagé à réduire le nombre de fonctionnaires.
Mais il y a encore mieux ! La division en semestre devrait s’accompagner d’enseignements totalement différents selon les périodes. Comment rester dans un emploi du temps professeur hebdomadaire dans ce cas ? Ce qui se profile c’est donc l’annualisation des services :
« Nous avons pleinement conscience que cette proposition pourrait avoir pour conséquence d’agir sur le rythme de travail des enseignants qui est actuellement organisé sur une base hebdomadaire« , est-il écrit dans le rapport.
Avec l’annualisation, l’enseignant de lycée devra au mieux 648 heures (36*18) de cours effectives, ce qui n’est pas le cas actuellement avec les jours fériés et les convocations officielles. Mais les enseignants étant des fonctionnaires, l’annualisation ne va-t-elle pas entraîner le passage aux 1657 heures dues inscrites dans leur statut ? Il s’agirait alors d’un doublement du temps d’enseignement pour le même salaire, soit de considérables économies en terme de masse salariale !  Autre économie, l’annualisation permettra la suppression des heures supplémentaires.

Dans le cas de ce scénario pessimiste, mais crédible, il va de soi que l’annualisation devra toucher ensuite les enseignants de collège, car on n’imagine pas une inégalité de traitement au sein d’un même corps. À moins que le gouvernement n’envisage de réformer aussi le concours, pour le séparer : l’un préparant à l’enseignement au collège, l’autre au lycée ?

On le voit, il est peu probable que la réforme avancée soit faite d’abord aux bénéfices des élèves.