Catégorie : Histoire

Jouer (mais sérieusement) à la Résistance

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Voyages en résistance est une application gratuite disponible sur iPhone et Android. Dans cette application, le joueur incarne un agent de liaison qui reçoit une mission à réaliser dans sa ville en 1944. Pour y parvenir, il a plusieurs choix d’actions et doit pour cela aller à différents endroits.
Le jeu s’inscrit dans l’espace quotidien où la réalité virtuelle fait surgir, à la manière de Pokemon, des personnages et des documents.
Le jeu se déroule sur 7 semaines au rythme de la vie réelle. Il faut en effet du temps pour aller chercher une information , pour contacter telle ou telle personne, pour recevoir  une information. Enfin le jeu oblige le joueur à créer un réseau , comme les réseaux de résistance, pour pouvoir réaliser la mission. Il faut donc recruter des camarades pour sa mission. On y gagne en efficacité mais on y perd évidemment en sécurité.
A travers le jeu les élèves peuvent apprendre beaucoup de choses sur le quotidien des résistants. Ils vivent leur vie sur un rythme réel et dans un espace réel.
Ce n’est pas un jeu adapté à la salle de classe. Il ne peut pas se jouer sur le temps scolaire. Mais l’enseignant peut le lancer, le suivre en pénétrant les réseaux et revoir avec les élèves le chemin parcouru.
La première version de Voyages en résistances a vu le jour le 11 novembre 2012 et s’est terminée en septembre 2014. La seconde version sera disponible le 31 décembre normalement.

Un essai intéressant sur les début de l’URSS

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Dans son livre, Yuri Slezkine, professeur à l’université californienne de Berkeley, raconte la vie d’un groupe d’apparatchiks que les Bolcheviques, à la suite de la Révolution d’Octobre, avaient installé dans un nouvel immeuble résidentiel, le plus beau et le plus grand d’Europe à l’époque, face au Kremlin.
On y trouvait les petites mains de Staline, des fonctionnaires et dirigeants du parti qui contribuaient à la mise en oeuvre de la politique choisie par celui-ci.
Tout leur parcours est retracé dans le livre. La plupart furent persécutés par la police du Tsar avant 1914. Tous se sont ralliés à Lénine et l’ont suivi dans sa lente conquête du pouvoir après 1905: ils ont été des rouages essentiels de la machine de guerre bolchevique entre 1917 et 1921 lors de la guerre civile. Pour les récompenser, et aussi pour les contrôler, ils furent donc installés au plus près du pouvoir, face au Kremlin à Moscou, dans la moderne «Maison du Gouvernement». La Maison sur le Quai ou Maison du Gouvernement a été bâti en 1931 par l’architecte Boris Iofane et était équipée d’installations inédites à cette époque: eau chaude, téléphones, cuisine, blanchisserie, jardin d’enfants, cinéma.
Les sources privées dont a bénéficié le chercheur comme des journaux intimes et des correspondances, lui permettent de faire revivre le quotidien de tous les habitants.
Déconnectés des réalités vécues par la majorité des habitants de l’URSS. Collectivisation forcée des terres, nationalisation de l’industrie, plans quinquennaux: autant de mots qu’ils manipulaient dans le cadre de leurs fonctions politiques, mais qui ne les touchaient absolument pas dans leur quotidien. Ils n’eurent pasà subir les conséquences parfois désastreuses de ces mesures. En pleine collectivisation des terres, les populations rurales, en particulier en Ukraine, souffrirent de la famine qui provoqua plusieurs millions de morts. Mais pendant ce temps, les apparatchiks de la Maison du Gouvernement faisaient bombance avec des mets de premier choix même en subissant le rationnement.
En revanche, ils se retrouvèrent au cœur des purges menées par Staline, entre 1936 et 1938, lors des «grands procès de Moscou». La plupart des habitants de la Maison du Gouvernement subirent de plein fouet la répression (les 2/3 des habitants périrent).

Aujourd’hui on peut visiter un petit musée-appartement dans l’immeuble, présentant la vie dans l’immeuble et l’utopie soviétique à travers le destin des habitants de la maison. Les autres appartements sont occupés par de nombreux russes célèbres et aisés dans une répétition dont l’histoire à parfois le secret.

D’après un article de Slate.fr

« La tentation de voir le monde en noir et blanc existe. Or l’apprentissage de l’histoire en général est très largement celui de la nuance, de la complexité des éléments qui composent une société et les mentalités qui y sont à l’œuvre. »

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Miniature illustrant un manuscrit du début du XIVe siècle

La citation reprise en titre provient de cet excellent article du blog Enseigner l’histoire (médiévale) à l’université. Elle fait écho à la vidéo de la chaine YouTube Nota Bene que j’ai postée hier à propos des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale.
Dans cet article (et même dès son titre), le collègue enseignant à l’université évoque aussi ce qui a déclenché en moi l’envie d’étudier l’histoire médiévale depuis tout petit : ce sentiment d’étrangeté, cet éloignement par rapport aux sociétés du XXe puis du XXIe siècle que je n’éprouvais pas face à l’histoire de l’Antiquité.
Évidemment, une fois étudiée cette société médiévale paraît moins étrange, mais elle n’en demeure pas moins complexe et fascinante. Cette fascination touche d’ailleurs, un peu, les élèves de collège que j’ai en face de moi. Mes deux classes de cinquième ne sont pas passionnées d’histoire, loin de là. Mais le chapitre sur l’ordre seigneurial et les campagnes au Moyen – Âge est pour le moment celui qui les a plus motivés et qui a donné lieu aux meilleurs résultats d’évaluation, certains élèves m’ayant même déclaré qu’ils avaient appris parce que c’était intéressant…
À la fin de son article, le collègue se demande :  » Pédagogiquement, peut-on, doit-on, « simplifier » ? Écarter certains termes vraiment trop complexes, ou en donner une définition finalement partielle mais ni fausse ni incompréhensible (…) ? » Il parle évidemment de ce qu’il apprend à ses étudiants, en licence notamment. Mais je trouve que cette remarque vaut aussi pour le collège et le lycée.
Je ne vois pas comment être compris de mes élèves sans simplification, voire sans caricature. Cela me navre, me frustre. Mais si l’objectif est d’être compréhensible pour de jeunes gens, alors il faut nécessairement en passer par là.
Aujourd’hui, je ressens la même chose que les étudiants de ce collègue quand j’étudie la Préhistoire. Cette période, découverte tardivement pour moi, me fascine presque autant que le Moyen – Âge, mais elle fait appel à des connaissances et des notions qui me paraissent parfois trop complexes pour que je puisse les appréhender pleinement.

Wehrmacht et Waffen – Schutzstaffel : ce n’est pas la même chose

Cet épisode de la chaîne Nota Bene approfondit une partie du propos de mon article sur les jouets de la Seconde Guerre mondiale, dont j’ai parlé ici. Mais il permet aussi de revenir sur cette idée que j’essaie de faire passer aux élèves :  pour faire de l’histoire, il faut essayer de comprendre les personnes qui vivaient à chaque époque et s’abstenir de les juger à l’aune de la nôtre. Faire de l’histoire, ce n’est pas apprendre des dates, c’est comprendre les sociétés du passé, les appréhender dans toute leur complexité. Ce qui n’est jamais facile.

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Le livre Comme un Allemand en France, présenté dans la vidéo, m’a été offert par un ami, Pierrick, que je remercie encore au passage. Il m’arrive d’en utiliser des extraits avec les élèves, pour montrer notamment que la Second guerre mondiale a été le moment d’atrocités commises dans les deux camps mais qu’il y avait aussi des victimes dans les deux camps. J’en recommande la lecture.