Étiquette : Seconde guerre mondiale

La résistance selon Tzvetan Todorov

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Tzvetan Todorov, décédé hier, se décrivait comme un passeur entre les disciplines. S’il a commencé par les études littéraires et la théorie du langage, il est ensuite passé à l’anthropologie, puis l’histoire, les sciences politiques et la philosophie morale.
Je n’ai pas lu grand chose de cet auteur : Introduction à la littérature fantastique datant de 1970, lors de mes études, Les genres du discours (1978), Les Morales de l’histoire (1991) et Les Abus de la mémoire (2004). Vous l’entendrez ci-dessous parler des valeurs de la résistance durant la Seconde guerre mondiale.

Une famille américaine dans les tourmentes du XXe siècle

Le documentaire My american way of war a été proposé lundi 6 février dans l’émission Droit de suite de la chaîne LCP.
Nourrie d’images souvent inédites et privées, cette fiction documentaire retrace et analyse l’avènement de la puissance américaine au tournant des années 1918-1945, de la fin de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des années folles à la bombe atomique, en passant par la Deuxième Révolution industrielle et la Grande Dépression économique.
Grâce à la correspondance et aux films de familles, le narrateur, Jeff Stryker, enquête pour retracer de manière sensible, personnelle et à hauteur d’homme l’histoire de ses parents, Mike et Gisèle, héros de cette Génération perdue qui fut confrontée, d’une guerre mondiale à l’autre, à toutes les problématiques du XXe siècle qui résonnent encore aujourd’hui…
Portrait des Etats-Unis à travers celui d’une famille, ce film conçu comme un roman historique au point de vue documentaire original, humaniste, anthropologique et littéraire, donne à voir comment les individus de la classe moyenne ont vécu les grands bouleversements de la première moitié du XXe siècle.
Ce documentaire sera encore diffusé le mardi 14 février et le jeudi 02 mars à 20h30.

Voilà un documentaire qui peut donner des idées aux élèves de troisième pour l’EPI.

Portrait de femme : Irena Sendlerowa (1910 – 2008)

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En 1942, à Varsovie, Irena Sendlerowa était une employée du Comité d’aide sociale. Polonaise catholique,, elle a été éduquée dans l’idée qu’il faut sauver quelqu’un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité.
En face d’elle se trouvait le ghetto. Un mouroir où sévissait une épidémie de typhus et dans lequel ceux qui survivaient partaient pour les chambres à gaz. Le Comité d’aide sociale était autorisé à apporter un peu d’aide aux juifs : quelques vivres, des couvertures… Les Nazis laissaient entrer le camion. Irena Sendlerowa voyait cependant mourir ceux qu’elle essayer d’aider, notamment des enfants.
Un jour, elle accepta de sortir un enfant du ghetto en cachette et de lui trouver un foyer d’accueil. D’autres enfants suivirent, cachés dans le fourgon, planqués sous une banquette, dans un panier linge, une boîte à outils, parfois les égouts, une brèche dans un mur… Des institutions catholiques les accueillaient. Irena pensait alors que les parents reverraient leurs enfants après la guerre. Elle notait scrupuleusement les noms, les foyers d’accueil, sur des bouts de papier qui s’amoncellaient dans un bocal.
Irena Sendlerowa a fait sortir 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie.
Le 20 octobre 1943, Irena a été arrêtée par la Gestapo. Elle fut torturée trois mois. Les coups de gourdins tombèrent innombrables sur ses tibias, ses pieds et ses cuisses. On lui faisait compter les coups. En cas d’erreur, le supplice reparait de zéro.
Elle ne parla pas durant trois mois. Au plus fort des séances de torture, elle se cramponnait à une idée fixe : combien de personnes mourraient si elle craquait ?
Elle fut finalement condamnée à mort, mais la Résistance soudoya un gardien, et la fit évader. Les pieds et les jambes brisées par la Gestapo,Irena Sendlerowa ne fut plus jamais capable de marcher. Elle se cacha jusqu’en 1945. Après la guerre, elle déterra le bocal qui recelait ses petits bouts de papier et essaya de reconstituer les familles. Mais les parents étaient morts, ceux qu’elle avait sauvé étaient devenus des orphelins.
Irena Sendlerowa est resté anonyme tout le reste de sa vie, vivant à Varsovie. À sa mort, en 2008, la Pologne la proposa pour le Prix Nobel de la paix. Mais le jury préféra l’attribuer à Al Gore pour son clip sur le réchauffement climatique…

Des biographies romancées et une BD ont été publiées récemment sur sa vie.

D’après un article de Slate.fr

Autre temps ?

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Quelques uns des passagers juifs

Le paquebot St. Louis Manifest était parti le 13 mai 1939 de Hambourg avec 937 passagers, en grande majorité des juifs allemands fuyant l’Allemagne nazie où la Nuit de Cristal laissait craindre le pire pour la suite.
Le St. Louis Manifest devait faire escale d’abord à Cuba avant d’arriver aux Etats-Unis. La plupart des passagers avaient demandé l’asile sur le sol américain et, selon les archives du United States Holocaust Memorial Museum, comptaient rester à Cuba le temps d’être admis aux Etats-Unis.
L’arrivée des exilés était toutefois contesté par le gouvernement cubain et une presse hostiles et le 8 mai 1939, ce qui est considéré comme la plus grande manifestation antisémite de l’histoire cubaine avait lieu à La Havane.
Seuls 29 des 937 passagers furent admis terre. Les 907 restants ne furent pas autorisés à quitter le paquebot.
Le bateau s’approcha ensuite des côtes américaines mais le gouvernement américain fit savoir aux passagers qu’il leur faudrait attendre leur tour sur liste d’attente pour avoir un visa : en 1939, cette attente pouvait en réalité durer plusieurs années ! Les quotas migratoires annuels étaient en effet depuis longtemps remplis pour la région Allemagne-Autriche, notamment par d’autres familles juives fuyant le nazisme.
Roosevelt, qui préparait une troisième campagne présidentielle dans un pays majoritairement hostile aux immigrés ne voulut pas prendre le risque de les accueuillir et les 907 passagers durent retraverser l’Atlantique le 6 juin 1939.
Pour ne pas renvoyer ses passagers vers une mort certaine en Allemagne, le capitaine du navire avait pris la décision de mettre le feu au bateau au large des côtes britanniques, afin de forcer les Anglais à recueillir les passagers. Mais durant le trajet de retour, le capitaine ayant appris que des pays européens, Hollande, France, Grande-Bretagne et Belgique avaient accepté d’accueillir des passagers, le paquebot accosta finalement à Anvers, en Belgique.
Selon le décompte des archives, 532 des passagers se sont retrouvés déportés quand l’Allemagne a conquis l’Europe occidentale et seule un peu plus de la moitié ont survécu. 254, habitant en France, en Belgique et aux Pays-Bas, sont morts dans les camps de concentration.

Comics et Shoah

Voici des extrait d’un entretien avec Chris Claremont, auteur des comics X-men, issus d’un article du Monde.fr.

Vous êtes aussi réputé pour avoir donné à Magnéto, le supervilain de la saga, un passé très fort, de rescapé d’Auschwitz. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

« Quand j’ai travaillé sur cette série, nous étions en 1975. J’ai commencé à m’interroger sur qui était Magnéto, pourquoi il a fait ce qu’il a fait. Je me suis dit qu’il devait avoir 40 ou 50 ans d’apparence. En regardant en arrière depuis 1975, je me suis demandé ce qui s’est passé cinquante ans plus tôt, dans les années 1920 – époque à laquelle sont nés mes parents. Quel événement marquant s’est produit à l’aube de leur vie ? La Grande Dépression ? Pas super, pas assez cataclysmique… Et puis oui, évidemment, m’est venue à l’esprit la deuxième guerre mondiale. Quand je regardais Magnéto, ce à quoi il ressemblait, son visage, sa génétique, il ne faisait aucun doute qu’il était nord-européen.
Je me suis demandé quel événement pouvait marquer un Européen au point de tenir une position si radicale, de défendre les siens peu importe le prix, ce qui m’a conduit à la Shoah. Par ailleurs, quand j’étais à l’université, j’avais passé deux mois et demi dans un kibboutz où j’ai côtoyé des survivants de l’Holocauste. Cette expérience est restée dans un coin de ma tête. Le difficile équilibre entre la lutte du peuple d’Israël pour sa survie, mais aussi la cohabitation rude et le conflit avec la Palestine, me paraissaient un excellent modèle pour dessiner un passé à Magnéto.« 

Vous avez fait le choix de ne pas représenter directement la Shoah dans vos histoires cependant. Pourquoi ?

« En effet, à quelques rares exceptions, elle n’apparaissait que dans des souvenirs. Je ne pouvais pas écrire des scènes qui se déroulaient dans les camps. En ayant connu des gens qui avaient été enfermés là-bas, en ayant mes parents qui avaient vécu et combattu pendant la guerre, cela ne me paraissait pas approprié. Je me sentais trop proche pour écrire un récit dépassionné, qui ne donnait pas le sentiment d’exploiter ce morceau d’histoire. Ma décision en tant qu’artiste a été de l’appréhender seulement dans le présent.« 

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Très peu de BD américaines pendant la guerre et même après ont évoqué la Shoah. Pourquoi ?

« Je ne sais pas. J’imagine que les auteurs de l’époque étaient bloqués pour en parler parce que c’était trop proche encore, et que c’était trop horrible pour le coucher sur trois ou quatre pages de BD. Alors oui, Capitaine America a mis un coup de poing à Adolf Hitler, Superman a capturé Hitler et Staline. C’est un souhait merveilleux, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Depuis, les dessinateurs de BD qui ont voulu aborder ce thème – c’est leur droit en tant qu’artistes et même peut-être leur responsabilité – ont trouvé un moyen de raconter cette histoire. Pas moi. Je pense avoir la responsabilité, envers ceux que j’ai rencontrés et qui l’ont vécue, de dire la vérité, d’être juste sur ce qui leur est arrivé. Tant que je n’aurais pas trouvé la bonne façon de le raconter, je ne le ferai pas.« 

Cet entretien a eu lieu dans le cadre de l’exposition Shoah et bande dessinée qui se tient au Mémorial de la Shoah, du 19 janvier au 30 octobre 2017 : Chris Claremont y est intervenu le 22 janvier 2017 sur le thème  « Pourquoi les super-héros n’ont-ils pas libéré Auschwitz ? « .

Ci-dessous, l’émission La Fabrique de l’histoire a visité l’exposition :