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Renaissance de livres

Depuis maintenant huit mois, une librairie bien particulière a ouvert ses portes en Turquie dans une ancienne usine d’Ankara. Tous les livres qui la composent ont en effet été récupérés dans les poubelles du quartier de Çankaya, un quartier d’affaires qui concentre de nombreuses institutions politiques et économiques de la capitale du pays.
Les éboueurs y repéraient régulièrement un nombre incroyable de livres, pour la plupart en très bons états.
Alors, plutôt que de les laisser à l’abandon, les employés de la ville ont décidé de les collecter, pendant des mois, pour leur offrir une seconde vie.
Plus de 6000 livres ont été ainsi collectés, de la littérature à la politique, et parmi eux se trouvent même des livres en français et en anglais.
Le maire de Çankaya résume cela très simplement :  » D’un côté, il y a ces personnes qui jettent les livres et de l’autre, ceux qui sont à la recherche de ces livres » (…) « Nous avons alors commencé à discuter de la possible ouverture d’une librairie et une fois que tout le monde était d’accord, on l’a fait « .

D’après un article de Huffingtonpost.fr

« On ne déjeune pas avec le diable, même avec une très longue cuillère« 

Je ne comprends pas le concept de montrer ses seins pour protester, mais pour une fois, je trouve l’action de ces femmes tout à fait à propos.
Voici ce que l’on peut lire sur l’ardoise qu’elles brandissaient devant le palais de l’Élysée, quelques minutes avant l’arrivée du chef de l’État turc  venu rencontrer le président de la République.

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Au menu:
Tartare de Femmes
Émincé de Kurdes
Journalistes cuits à l’étouffée
Écrasé de liberté d’expression
Hachis de droits humain
Pudding de gay

Quelque 50 000 personnes sont actuellement détenues en Turquie pour leurs liens supposés avec la confrérie islamiste de Fetullah Gülen, accusée par les autorités d’avoir organisé le putsch raté, ou pour complicité avec la rébellion kurde. Au moins 140 000 fonctionnaires ont été limogés pour les mêmes raisons. Le gouvernement turc pratique aussi la répression contre les ONG de défense des droits de l’homme et la presse, qu’il s’agisse de citoyens turcs ou de ressortissants européens. 10 000 internautes font aussi l’objet d’une enquête et 4000 magistrats ont été révoqués.
Si les deux journalistes français arrêtés au cours des derniers mois, Mathias Depardon et Loup Bureau, ont été libérés, Deniz Yücel, le correspondant turco-allemand de Die Welt, est incarcéré depuis bientôt un an sans qu’aient été rendues publiques les charges pesant contre lui.
Lors de la conférence de presse, les deux parties ont enterré la possibilité d’une entrée de la Turquie dans l’Union européenne par ces mots :
Emmanuel Macron : « Il faut sortir de l’hypocrisie qui consiste à penser que l’on peut ouvrir de nouveaux chapitres dans la négociation avec l’Union européenne [UE], ce n’est pas vrai ». En réponse, M. Erdogan a déclaré : « Les premiers pas du processus d’adhésion datent de 1963 et cela fait donc maintenant cinquante-quatre ans que la Turquie attend dans l’antichambre de l’UE. Aucun autre pays n’a été traité de la sorte. Cela nous a fatigués, cela nous pousse à prendre des décisions : on ne peut pas en permanence implorer une entrée dans l’UE ».
Cette visite a surtout donné lieu à la signature d’un contrat d’étude dans la défense aérienne et antimissile. Le contrat, dont le montant n’est pas connu, porte sur le système de défense aérienne et antimissile longue portée, déjà utilisé par les armées française et italienne, entre des sociétés turques, une société franco-italienne et le gouvernement turc.
Monsieur Macron ne semble pas avoir retenu la phrase de Raymond Barre…

Un nouveau recul de la laïcité en Turquie

Un nouveau projet de loi inquiète les défenseurs de la laïcité en Turquie. Le gouvernement envisage d’autoriser les religieux à célébrer les mariages civils. Le texte, qui devrait être soumis au vote parlementaire à la rentrée, entend accorder aux muftis, employés par le Département des affaires religieuses, le droit de diriger eux aussi les mariages. Les raisons avancées par les autorités sont d’ordre pratique, afin de rendre les mariages officiels plus aisés et les accélérer soi-disant.

Défense de la liberté d’expression

Voici quelques extraits des plaidoiries des journalistes turcs du quotidien Cumhuriyet, accusés par leur gouvernement de soutenir le terrorisme.

« Les journalistes sont des gens curieux par nature, ils peuvent s’entretenir avec tout le monde. Si en plus vous êtes éditorialiste et que vous prenez votre métier au sérieux, c’est votre devoir de vous informer auprès de multiples sources sur tous les sujets importants pour votre pays, de comparer les points de vue, de donner des perspectives complètes à vos lecteurs. Et ça, cela ne peut être considéré comme un délit dans une démocratie. Cela s’appelle du journalisme et le journalisme n’est pas un délit. […]
On m’accuse d’avoir, dans mes éditoriaux, ciblé ouvertement et directement le président de la République. Mais ce n’est pas un délit ! Au contraire, un bon journaliste doit cibler parfaitement ses critiques pour qu’elles soient compréhensibles. Il n’y a aucune loi qui interdit de critiquer le président de la République, ni aucune tradition qui demande qu’on fasse cela indirectement. »
Kadri Gürsel, éditorialiste

« La caricature est en fait un art qui est le fruit d’une période où la pensée libre et indépendante, celle qui pose des questions, commence à s’exprimer. La caricature est par essence incompatible avec la culture de la soumission, avec les structures rigides et grossières basées sur des relations hiérarchisées et faisant l’apologie de la violence. Une caricature efficace comme il se doit, ne peut être dessinée que grâce à une vision libre et courageuse, capable d’aller au-delà des carcans et des idées toutes faites. Les structures hiérarchisées sont incapables de fournir au caricaturiste le strict minimum d’espace dont il a besoin pour sa quête de liberté.
Les organisations basées sur la violence s’adossent sur des tabous et des icones, l’humour et la caricature, au contraire, sont iconoclastes et brisent les tabous. C’est pour cela que les adversaires de la démocratie n’aiment pas les caricaturistes et c’est aussi pour cela que les caricaturistes n’aiment pas les adeptes de la violence. Par conséquent, accuser un caricaturiste de complicité avec des organisations terroristes et les mettre en prison, c’est faire du mal non seulement à l’art de la caricature, mais au pays tout entier. »
Musa Kart, caricaturiste

D’après un article de Libération.fr

Un procès politique en Turquie

La romancière turque Asli Erdogan est jugée à partir de ce jeudi à Istanbul. Elle avait été arrêtée le 16 août pour ses écrits dans un journal d’opposition prokurde Özgür Gündem, comme une vingtaine de journalistes. Le journal avait été fermé quelques heures avant son interpellation pour propagande pro-PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, classé organisation terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles).
Asli Erdogan est accusée de «propagande en faveur d’une organisation terroriste», d’ «appartenance à une organisation terroriste» et d’«incitation au désordre».
L’appartenance à une «organisation terroriste armée» est le chef d’accusation le plus grave, passible d’une peine de prison à vie.
Son dernier roman paru en français chez Actes Sud en 2013, Le Bâtiment de pierre, dénonce la torture et les conditions de détention dans son pays. Le 4 janvier 2017, un recueil de ses articles, Le silence même n’est plus à toi, sortira en France chez Actes Sud, mais pas en Turquie, où certaines de ces chroniques ont été versées au dossier d’accusation.
Le procès a débuté devant la 23e chambre de la cour d’assises du palais de justice de Caglayan. Trop exiguë, la salle d’audience ne pourra accueillir les diplomates européens, les représentants des ONG, les parents et les journalistes désireux de suivre les audiences. Les avocats ont réclamé en vain la mise à disposition d’une salle plus vaste. Le ministère de la justice leur a opposé une fin de non-recevoir.

Mais Istanbul n’entend pas…

La  romancière turque Asli Erdogan dont la libération a été annoncée mercredi 23 novembre, reste finalement incarcérée pour un autre chef d’accusation.
L’ordre de libération conditionnelle annoncé par les médias était lié au chef d’accusation, « atteinte à l’Etat et à l’intégrité de l’Etat » mais elle reste en état d’arrestation pour le chef d’accusation «d’appartenance à une organisation terroriste», a expliqué son avocat.
Le terme « organisation terroriste » désigne en Turquie le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre l’Etat depuis 1984.
L’écrivain est détenue depuis août sous l’accusation de collaboration avec un journal prokurde. Elle avait rédigé dans les colonnes d’Ozgür Gundem des éditoriaux favorables à la cause kurde. Elle y déplorait surtout les vies perdues à l’hiver 2015-2016, quand le PKK avait lancé des soulèvements armés dans les localités kurdes du sud-est du pays (Sur, Cizre, Varto, Nusaybin).
Elle est détenue à la prison pour femmes de Bakirköy. Souffrant de diabète et d’asthme, elle s’était plainte récemment des conditions de détention, déplorant le manque d’accès aux médicaments et l’absence de promenades quotidiennes dans la cour.