Étiquette : Turquie

Défense de la liberté d’expression

Voici quelques extraits des plaidoiries des journalistes turcs du quotidien Cumhuriyet, accusés par leur gouvernement de soutenir le terrorisme.

« Les journalistes sont des gens curieux par nature, ils peuvent s’entretenir avec tout le monde. Si en plus vous êtes éditorialiste et que vous prenez votre métier au sérieux, c’est votre devoir de vous informer auprès de multiples sources sur tous les sujets importants pour votre pays, de comparer les points de vue, de donner des perspectives complètes à vos lecteurs. Et ça, cela ne peut être considéré comme un délit dans une démocratie. Cela s’appelle du journalisme et le journalisme n’est pas un délit. […]
On m’accuse d’avoir, dans mes éditoriaux, ciblé ouvertement et directement le président de la République. Mais ce n’est pas un délit ! Au contraire, un bon journaliste doit cibler parfaitement ses critiques pour qu’elles soient compréhensibles. Il n’y a aucune loi qui interdit de critiquer le président de la République, ni aucune tradition qui demande qu’on fasse cela indirectement. »
Kadri Gürsel, éditorialiste

« La caricature est en fait un art qui est le fruit d’une période où la pensée libre et indépendante, celle qui pose des questions, commence à s’exprimer. La caricature est par essence incompatible avec la culture de la soumission, avec les structures rigides et grossières basées sur des relations hiérarchisées et faisant l’apologie de la violence. Une caricature efficace comme il se doit, ne peut être dessinée que grâce à une vision libre et courageuse, capable d’aller au-delà des carcans et des idées toutes faites. Les structures hiérarchisées sont incapables de fournir au caricaturiste le strict minimum d’espace dont il a besoin pour sa quête de liberté.
Les organisations basées sur la violence s’adossent sur des tabous et des icones, l’humour et la caricature, au contraire, sont iconoclastes et brisent les tabous. C’est pour cela que les adversaires de la démocratie n’aiment pas les caricaturistes et c’est aussi pour cela que les caricaturistes n’aiment pas les adeptes de la violence. Par conséquent, accuser un caricaturiste de complicité avec des organisations terroristes et les mettre en prison, c’est faire du mal non seulement à l’art de la caricature, mais au pays tout entier. »
Musa Kart, caricaturiste

D’après un article de Libération.fr

Un procès politique en Turquie

La romancière turque Asli Erdogan est jugée à partir de ce jeudi à Istanbul. Elle avait été arrêtée le 16 août pour ses écrits dans un journal d’opposition prokurde Özgür Gündem, comme une vingtaine de journalistes. Le journal avait été fermé quelques heures avant son interpellation pour propagande pro-PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, classé organisation terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles).
Asli Erdogan est accusée de «propagande en faveur d’une organisation terroriste», d’ «appartenance à une organisation terroriste» et d’«incitation au désordre».
L’appartenance à une «organisation terroriste armée» est le chef d’accusation le plus grave, passible d’une peine de prison à vie.
Son dernier roman paru en français chez Actes Sud en 2013, Le Bâtiment de pierre, dénonce la torture et les conditions de détention dans son pays. Le 4 janvier 2017, un recueil de ses articles, Le silence même n’est plus à toi, sortira en France chez Actes Sud, mais pas en Turquie, où certaines de ces chroniques ont été versées au dossier d’accusation.
Le procès a débuté devant la 23e chambre de la cour d’assises du palais de justice de Caglayan. Trop exiguë, la salle d’audience ne pourra accueillir les diplomates européens, les représentants des ONG, les parents et les journalistes désireux de suivre les audiences. Les avocats ont réclamé en vain la mise à disposition d’une salle plus vaste. Le ministère de la justice leur a opposé une fin de non-recevoir.

Mais Istanbul n’entend pas…

La  romancière turque Asli Erdogan dont la libération a été annoncée mercredi 23 novembre, reste finalement incarcérée pour un autre chef d’accusation.
L’ordre de libération conditionnelle annoncé par les médias était lié au chef d’accusation, « atteinte à l’Etat et à l’intégrité de l’Etat » mais elle reste en état d’arrestation pour le chef d’accusation «d’appartenance à une organisation terroriste», a expliqué son avocat.
Le terme « organisation terroriste » désigne en Turquie le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en guerre contre l’Etat depuis 1984.
L’écrivain est détenue depuis août sous l’accusation de collaboration avec un journal prokurde. Elle avait rédigé dans les colonnes d’Ozgür Gundem des éditoriaux favorables à la cause kurde. Elle y déplorait surtout les vies perdues à l’hiver 2015-2016, quand le PKK avait lancé des soulèvements armés dans les localités kurdes du sud-est du pays (Sur, Cizre, Varto, Nusaybin).
Elle est détenue à la prison pour femmes de Bakirköy. Souffrant de diabète et d’asthme, elle s’était plainte récemment des conditions de détention, déplorant le manque d’accès aux médicaments et l’absence de promenades quotidiennes dans la cour.

Vers une réunification de Chypre ?

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Le président chypriote grec et le dirigeant chypriote turc ont tous deux promis de réunifier l’île coupée en deux depuis 42 ans, et se sont fixés fin 2016 comme date butoir.
Réunis sous l’égide de l’ONU en Suisse, ils ont deux jours, dimanche 20 et lundi 21 novembre, pour arriver à dessiner les contours de la nouvelle Chypre « réunifiée » au sein d’un État fédéral bi-communautaire et bi-zonal.
Depuis l’invasion par l’armée turque du nord de l’île en 1974, en riposte à un coup d’État de nationalistes chypriotes qui voulaient le rattachement de l’île à la Grèce, la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie, occupe 36 % du territoire de l’île. Depuis 1974, 30 000 soldats turcs sont stationnés sur l’île.
L’accord devant aboutir à une fédération chypriote prévoit une rétrocession de 7 % du territoire « turc » pour aboutir à une entité limitée à 29 % de la superficie de l’île. Cela concernerait la zone tampon sous contrôle de l’ONU, la ville devenue fantôme de Varosha, vidée de ses 40 000 habitants par l’armée turque en 1974, mais aussi des terres habitées depuis plus de 40 ans par des Chypriotes turcs.
La séparation de l’île en 1974 avait entraîné de vastes mouvements forcés de populations, de Chypriotes grecs du Nord vers le sud et inversement pour les Chypriotes turcs (200 000 personnes en tout). Les Chypriotes grecs, les plus nombreux (860 000), sont aussi les plus demandeurs de récupérer les biens qu’ils avaient été contraints d’abandonner au Nord. Mais pour les Chypriotes turcs qui ont fait leur vie au Nord depuis 1974, notamment 118 000 agriculteurs (sur 286 000 habitants) , il est inconcevable qu’un accord de paix se solde par de nouveaux déplacements forcés.
S’il devait voir le jour, l’accord politique resterait toutefois à valider par référendum par les Chypriotes turcs et les Chypriotes grecs. Or les opposants à l’accord sont très nombreux et actifs.

D’après un article de La Croix .fr

Une loi ignoble proposée au vote en Turquie

Jeudi 17 novembre, le gouvernement turc a soumis au Parlement une proposition de loi qui permet, dans certains cas, d’annuler la condamnation d’une personne pour agression sexuelle sur mineur si l’agresseur épouse sa victime. Une loi qui, si elle est votée, pourrait concerner 3000 personnes, et qui scandalise une grande partie des Turcs : une pétition appelant les autorités à bloquer l’adoption du texte a déjà recueilli près de 750 000 signatures. Des célébrités, et même une association dont la vice-présidente est la fille du président Recep Tayyip Erdogan, ont exprimé leur inquiétude à propos de ce texte.
Face à la controverse, le Premier ministre a demandé au Parti de la Justice et du Développement (AKP), au pouvoir en Turquie, qui a soumis le texte, d’avoir des discussions au Parlement avec l’opposition sur le projet de loi.
Pour le Premier ministre, cette mesure vise à lever une injustice : « Il y en a qui se marient avant d’avoir atteint l’âge légal. Ils ne connaissent pas la loi. Ils ont des enfants, le père va en prison et les enfants restent seuls avec leur mère« , a-t-il déclaré.
Soulignant que les mariages précoces sont une réalité, le ministre de la Justice a lui soutenu que la mesure visait, au contraire, à protéger les enfants. Il a même précisé que la mesure ne s’appliquerait que dans les cas où « l’agression sexuelle a été commise sans force, menace ou toute autre forme de contrainte » (!!!). Une précision qui fait bondir Amnesty International en Turquie. « Le ministre de la Justice a utilisé l’expression agression sexuelle sans contrainte. Il n’y a rien d’autre à ajouter, je pense« , a déploré une responsable de l’organisation.

D’après un article de France Info