Étiquette : Turquie

La Turquie, poubelle des plastiques européens ?

C’est les sujet de cette émission de En direct du monde.

La Turquie achète en masse les plastiques usagés européens pour les recycler et ainsi produire des matières premières utiles à son économie. En 2018, les importations de plastique lui auraient rapporté 770 millions de dollars, plus de six fois le coût de ces importations. Selon l’office européen des statistiques, les importations turques de déchets plastiques européens ont été multipliées par 173 en 15 ans, avec une accélération marquée ces dernières années. Rien qu’en 2019, la Turquie a importé plus de 582 000 tonnes de ces déchets européens, principalement du Royaume-Uni, d’Italie, de Belgique, d’Allemagne et de France. La raison principale est simple : début 2018, le plus gros importateur qu’était la Chine a cessé d’acheter la plupart des déchets recyclables. D’autres pays asiatiques ont pris des mesures similaires et es Européens ont donc dû trouver une autre adresse pour leurs plastiques indésirables.

Helin Bölek (1991 – 2020) et Ibrahim Gökçek (1980 – 2020)

La chanteuse et le bassiste du groupe turc Grup Yorum sont morts le 3 avril et le 7 mai dernier des suites d’une grève de la faim.  Je ne les connaissais pas, ainsi que leur groupe, avant de lire cet article du journal Libération ce matin.

Tous deux avaient entamé une grève de la faim en mai 2019 pour dénoncer la répression à l’encontre de leur groupe de musique Grup Yorum et les continuels empêchements organisés par le pouvoir turc. Comme d’autres membres du groupe, Ibrahim et Helin étaient poursuivis pour « appartenance à une entreprise terroriste ». Certains musiciens du groupe sont encore détenus à Istanbul, dont la femme d’Ibrahim, Sultan Gökçek. Inan Altin, batteur et guitariste de Grup Yorum, est réfugié en France.
Voici une déclaration d’Ibrahim Gökçek : « Prendre la décision de ce jeûne de la mort n’a pas été une décision si difficile au vu de ce que nous vivons chaque jour. Nos instruments et notre musique sont systématiquement détruits. Nos concerts interdits. Nos noms sont inscrits sur des listes terroristes, et nous sommes emprisonné·es. Tant de choses se sont passées. De grandes injustices. Bien sûr, depuis le début, nous voulons vivre. Mais parfois, en Turquie, il faut être prêt à mourir pour se tenir débout. […] Lorsque Grup Yorum a été créé, la Turquie était réduite au silence. Nous avons chanté contre les injustices et nous nous battons encore aujourd’hui pour montrer l’évidence. Nous ne nous battons pas seulement pour nous, mais pour tous les peuples de Turquie. Et je sais que, s’il devait nous arriver quelque chose, à Helin ou à moi, la résistance ne prendrait pas fin. »
Quand je pense que la Turquie est vue comme un pays sûr !

Le piège syrien se referme-t-il sur la Turquie et la Russie ?

Capture d’écran 2020-03-01 à 10.17.11

Le régime autoritaire de Syrie veut mettre fin à la guerre civile qui ravage le pays depuis 2011 et qui a fait au moins 380 000 morts. Pour cela, il attaque depuis décembre la province d’Idlib, dernier bastion rebelle et djihadiste en Syrie, occasionnant près d’un million de déplacés. Mais cette région étant proche de la Turquie, celle-ci veut s’assurer entre autre que de nouveaux réfugiés n’entrent pas sur son territoire, alors qu’elle accueille déjà 3,5 millions de Syriens ayant fui le conflit et a envoyé près de 10 000 soldats pour « sécuriser » la zone.
Cette proximité des deux forces armées a dégénéré jeudi dernier lorsqu’une bombe russe à guidage laser a détruit le bâtiment où des soldats turcs avaient trouvé refuge à Idlib, causant la mort de trente-trois d’entre eux. L’armée turque a riposté depuis et tué 74 soldats syrien dans des bombardements. Aujourd’hui, l’armée turque a abattu deux Soukhoi Su-24 syriens, des bombardiers de fabrication russe alors que le gouvernement a officiellement confirmé avoir lancé une offensive militaire contre le régime syrien à Idleb en ajoutant toutefois qu’il n’avait ni l’intention, ni l’envie d’entrer dans une confrontation avec la Russie.
Il apparait de fait que la clef pour éviter un conflit ouvert entre les deux pays est la Russie, allié inconditionnel de la Syrie mais également fournisseur d’équipement militaire à la Turquie ainsi que partenaire économiquede plus en plus proche. En effet ni l’Union européenne, divisée sur la conduite à tenir et soumis au chantage turc à propos des migrants ; ni les états-Unis qui se désintéressent de la région ;  ni enfin l’ONU, paralysée par le veto russe au Conseil de sécurité, ne peuvent faire autre chose que des déclarations pieuses. L’Union européenne, les Etats-Unis et les pays de l’Otan ont ainsi affirmé leur soutien à leur allié turc tout en appelant à la fin des combats.

Capture d’écran 2020-03-02 à 14.30.20

Deux livres sur l’Empire ottoman

J’ai reçu ces deux ouvrages en service presse. Celui d’Yves Ternon est une réédition de son travail en vue de l’habilitation à diriger des recherches et il couvre une période allant du XVIe siècle au début des années 1930. Le second, écrit par Odile Moreau, est forcément plus court et l’empire finissant y est est envisagée dans sa confrontation aux nationalismes, aux tensions ethniques et communautaires ainsi qu’au sein des relations internationales.

En Turquie, en plus d’enfermer les écrivains, on brûle les livres

Le ministre de l’Éducation turque vient de donner un chiffre impressionnant : en l’espace de trois ans, il a fait retirer des écoles et des bibliothèques 301 878 livres et les a détruits. Il a expliqué cet autodafé par le rejet du prédicateur Fethullah Gülen, ancien allié du président Erdogan, accusé d’avoir fomenté le coup d’État raté il y a trois ans. Le gouvernement, en supprimant ces livres, espère apparement supprimer toute trace de l’homme dans son pays.
Selon le site Internet Turkey Purge, la censure va très loin dans l’absurde : en 2016, un livre de mathématiques aurait été interdit au motif que les initiales de Fethullah Gülen apparaissaient dans un exercice de géométrie qui mentionne une ligne allant «du point F au point G». Le journal BirGün a fait savoir que 1,8 million de manuels scolaires de niveau de la classe de sixième avaient été retirés du circuit car ils faisaient mention de la Pennsylvanie, État américain où est réfugié Fethullah Gülen.
L’association internationale des écrivains, le Pen Club, a de son côté montré qu’en à peine trois ans, l’édition turque a été jugulée. Vingt-neuf maisons d’édition ont dû cesser leur activité à cause de l’état d’urgence et du gouvernement qui les accusent de faire le jeu de la propagande terroriste.

D’après un article du Figaro.fr