Catégorie : Maisons d’écrivains

Promenade en bord de Loire

Je suis passé à Saint Florent le Vieil cet après-midi, pour visiter la maison de Julien Gracq, devenue une maison d’écrivains, conformément à son souhait. Ce fut une visite très agréable, car nous étions, ma femme et moi, les deux seuls visiteurs.

Nous avons vu la chambre des cartes et la bibliothèque sise au-dessus, dans l’ancien grenier à sel. De la maison même, nous avons aperçu le salon où Gracq recevait ses visiteurs, dans un décor entièrement changé toutefois, et la cuisine, modernisée. C’est que la maison accueille maintenant des écrivains et artistes en résidence, dans trois studios aménagés. Les séjours pouvant durer quelques semaines ou quelques mois. Après la visite, nous nous sommes promenés le long de la Loire, en empruntant un chemin que parcourait Julien Gracq. L’itinéraire, très agréable, est parsemé de panneaux comportant des citations de Lettrines. Nous sommes également montés jusqu’à l’abbatiale, offrant un beau panorama depuis son parvis.

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Les bibliothèque de la maison de Gracq

On peut parcourir plusieurs bibliothèques dans la maison de Julien Gracq, dont deux m’intéressent tout particulièrement.
D’abord la bibliothèque de Louis Poirier, constituée des livres trouvés dans la maison au moment du legs et qui n’ont pas été vendu aux enchères. J’ai toujours pensé que parcourir la bibliothèque des gens permettait de les connaitre.
Egalement la bibliothèque des grands lecteurs qui est le fruit d’une commande passée à des écrivains de langue française et aux artistes francophones, connus ou non. Chacun s’est vu poser la question : quels sont les livres que vous souhaiteriez trouver dans la Maison Julien Gracq ? (De 5 à 10 livres). Ainsi les rayonnages de cette bibliothèque sont constitués de la bibliothèque idéale d’écrivains et d’artistes, 80 ayant répondu à ce jour. Chaque linéaire de livres pouvant être par la suite modifié par son « auteur ».
Enfin, la Chambre des cartes du Grenier à sel qui présente jusqu’au 28 août des aquarelles, cartes et paysages imaginaires sur écorces de bouleau réalisés par Emmanuel Ruben.

 

oeuvre d’Emmanuel Ruben

« En cet empire, l’Art de la Cartographie fut poussé à une telle Perfection que la Carte d’une seule Province occupait toute une Ville et la Carte de l’Empire toute une Province. Avec le temps, ces Cartes Démesurées cessèrent de donner satisfaction et les Collèges de Cartographes levèrent une Carte de l’Empire, qui avait le Format de l’Empire et qui coïncidait avec lui, point par point. Moins passionnées pour l’Étude de la Cartographie, les Générations Suivantes réfléchirent que cette Carte Dilatée était inutile et, non sans impiété, elles l’abandonnèrent à l’Inclémence du Soleil et des Hivers. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des Animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. 
Suarez Miranda, Viajes de Varones Prudentes, Lib. IV, Cap. XIV, Lerida, 1658. »
Jorge Luis Borges, L’auteur et autres textes. El hacedor, édition bilingue, trad. Roger Caillois, Gallimard, 1982, p.198

J’ai très envie d’y aller

« Il y a deux catégories d’écrivains en ce qui concerne les impressions visuelles : il y a ceux qui sont myope et ceux qui sont presbytes, en effet. Il y a des gens qui décrivent et qui voient surtout le lointain, c’est sûr ; et d’autres qui voient les petits objets, menus. Il est certains que si j’ai à me promener, si j’ai le choix, je prends un chemin de crête, plutôt, pour avoir des vues. Oui, c’est instinctif. » Julien Gracq

L’avenir de la maison de Julien Gracq

Je parlais il y a quelques temps des maisons d’écrivains. Il convient d’en ajouter une à la liste, celle de Julien Gracq à Saint – Florent le Vieil.

La Fondation de France, qui était le légataire universel de Julien Gracq, a refusé son legs ne se sentant « pas capable » d’assumer l’ambition du défunt. Elle a donc laissé cela à la commune de Saint-Florent-le-Vieil qui en devient l’ayant-droit. Mais son conseil municipal, qui en a débattu, estimait n’avoir pas les moyens de ce projet. C’est le conseil régional qui a donc hérité du projet.

Le principe retenu : la demeure de l’écrivain va devenir une résidence d’écrivains et un pôle du livre. Le projet devrait être pris en charge financièrement, outre par la Région, par l’État, le conseil général du Maine-et-Loire et la commune. L’année 2009 sera consacrée à l’évaluation de l’état des bâtiments, à l’élaboration du projet culturel et architectural, ainsi qu’aux démarches administratives. Le lieu ouvrant en 2010 ou 2011.

Des maisons d’écrivains

Aujourd’hui, j’ai visité la maison de Pierre Corneille à Petit – Couronne. Elle fait partie du réseau de la route historique des maisons d’écrivains et abritent une assez belle collection d’œuvres originales de l’auteur ainsi qu’un mobilier d’époque. Le jardin, aménagé depuis 1993, accueille des plantes comestibles, aromatiques et décoratives à la manière des jardins du Moyen Age.

En complément de cette maison, on peut aussi visiter sa maison natale de la rue de la Pie, à Rouen. Elle abrite elle aussi des œuvres originales et des meubles d’époque reconstituant son intérieur.

Parmi les autres maisons de cette route, on compte celles de Michelet (Vascoeuil), Flaubert (Croiset), Hugo (Villequier) et Leblanc (Etretat).

De manière surprenante, Maupassant n’y a pas de maison. On peut bien sûr visiter le château de Miromesnil, près de Dieppe, où il est né. Mais sa propre demeure, « La Guillette », qu’il avait achetée en 1882 à Etretat, est toujours restée propriété privée. Jusqu’à aujourd’hui, car elle est en vente. 1 300 000 euros, un coût trop important pour la sauver d’une probable destruction.

Il serait donc souhaitable de mobiliser l’opinion pour la préserver. C’est d’autant plus urgent qu’un premier don de reliques se présente, à la condition que la maison de Maupassant en soit le dépositaire exclusif. Il s’agit des vestiges du « Bel-Ami I », son premier bateau : la barre en cuivre, une bouée, les fanions rouges et verts, le baril d’eau, la table d’acajou sur laquelle il écrivait, et d’autres objets évoqués dans Sur l’eau. Ils seraient de toute évidence les premiers d’un ensemble (lettres, manuscrits, photos, meubles etc.) qui prendrait une toute autre dimension une fois réintégré dans son cadre d’origine. Le réseau des « Amis de Maupassant » s’est heureusement mis en branle afin de préserver la demeure.

Mais il n’y a pas que Maupassant : l’une des maisons de Colette est également menacée. Sa maison natale de Saint-Sauveur-en -puisaye (dans l’Yonne) qui occupe une place importante dans son œuvre est aujourd’hui à vendre. Elle est sur le marché à un prix là encore délirant qui, malgré l’appui du Conseil général, décourage la commune, le département et la région de se porter acquéreur. Aussi les amis de Colette font-ils actuellement circuler une pétition afin que cette maison soit classée et achetée par l’Etat.