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2019 = 1789 ?

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C’est du moins ce que laisse entendre Guillaume Bigot, auteur et chef d’entreprise, dans une tribune du Figaro.fr. Son propos est séduisant en apparence, et semble construit et argumenté, mais comme à chaque fois que l’on veut rapprocher l’époque contemporaine d’une époque passée, faux. Céline a écrit que « l’histoire ne repasse pas les plats » et Paul Valéry que « l’histoire justifie ce que l’on veut« , ce qui devrait nous inciter à nous méfier de tels propos.
L’histoire ne peut servir à prédire le présent, et encore moins l’avenir. Aucune époque ne se ressemble et aucun mécanisme ne peut se répéter à l’identique. La comparaison de Monsieur Bigot des trois ordres de l’Ancien régime avec les classes sociales actuelles est absurde. De même que de comparer le président au roi (« À cette nuance près qu’il n’est plus que le titulaire élu d’une fonction, un roi existe dans notre paysage politique comme au temps de Sieyès » !). Je sais bien qu’il peut paraître prétentieux de dire cela (non que je me sente concerné), mais je pense qu’il faut laisser l’histoire aux historiens, au contraire de ce que pensent (?) messieurs Deutsch et Zemmour.
L’auteur se dévoile en fait à la fin de son propos en condamnant l’Union européenne et l’Euro, responsable selon lui de la situation. Il fait de la classe politique française des laquais à la solde de l’étranger et appelle de ses voeux un retour à l’origine. Mais laquelle, celle d’avant 1789 ?

Peut-on comparer le mouvement des gilets jeunes avec 1789, mai 68, etc… C’est le sujet de cette émission d’Histoire d’Info :

Les Français et l’impôt

À partir du XIIIe siècle, la défense du royaume de France justifia l’imposition de ses sujets, cette imposition étant conçue comme un rachat du service en armes du système féodal. Au XIVe siècle, devant le coût exorbitant du conflit franco-anglais, la monarchie accrut les exigences fiscales en sollicitant les villes et l’Église afin qu’elles leur cèdent une partie du produit de leurs impôts, et en demandant l’aide des grands féodaux pour percevoir de nouveaux impôts.
La fiscalité royale était alors toujours considérée comme une contribution exceptionnelle, qui supposait d’être négociée auprès des états provinciaux ou les états généraux, qui réunissaient les délégués des barons, de l’Église et des «bonnes villes».
En 1380, à un moment où la guerre avec les Anglais s’apaisait, Charles V, avant de mourir, décida d’abolir les aides, c’est-à-dire les impôts indirects, dans un souci religieux. Ce geste généreux négligeait toutefois le fait que l’État royal réclamait maintenant des moyens permanents pour soutenir l’administration et la justice. Les aides furent donc rapidement rétablies, ce qui provoqua, en 1382, les deux premières révoltes antifiscales importantes de l’histoire de France : la Harelle à Rouen et la révolte des Maillotins à Paris, où des demeures de bourgeois, de changeurs et d’officiers royaux furent brûlées. L’affaire se termina par la pendaison d’une douzaine d’émeutiers, suivie d’une amnistie générale, mais Philippe le Hardi, régent et oncle du roi mineur, Charles VI, maintint les aides.
Sous l’Ancien Régime l’impôt direct restait considéré comme anormal, mais l’accroissement des besoins de l’État, en raison des guerres, surtout, entraîna une augmentation de la pression fiscale qui se traduisit, sous les gouvernements de Richelieu et Mazarin, par de nombreuses révoltes : Croquants du Quercy (1624), Lanturlus de Bourgogne (1630) et Nu-pieds de Normandie (1639).
Ces mouvements sociaux réunissaient parfois le peuple, la petite noblesse et le clergé contre l’État, mais n’étaient jamais antimonarchiques : les émeutiers incriminaient les mauvais conseillers du roi et s’en prenaient aux collecteurs d’impôts. À partir du règne personnel de Louis XIV, ces séditions, comme la révolte des Lustucrus dans le Boulonnais (1662) ou celle du Papier timbré en Bretagne, dite des Bonnets rouges (1675), furent malgré tout réprimées sans pitié.
Pourtant, le poids de la fiscalité sous l’Ancien Régime n’était pas si considérable, mais l’injustice dans la répartition de la taille, principal impôt direct et les exemptions dont bénéficiaient certaines catégories de la population ont provoqué une aspiration à l’égalité devant l’impôt qui fut l’une des causes de la Révolution en 1789, qui en réponse unifia la fiscalité et mit en place l’administration fiscale.
Au début du XXe siècle, l’essor des prétentions fiscales de l’État et l’introduction de nouveaux types de prélèvement (impôts progressifs sur les successions et sur le revenu, créés en France en 1901 et 1914) ont entraîné l’émergence de nouvelles pratiques de contestation de l’impôt. Dès la fin du XIXe siècle, des ligues de contribuables furent créées par les conservateurs hostiles à l’instauration de toute forme de progressivité dans le système fiscal. L’idée que l’impôt puisse corriger les effets du marché et redistribuer les richesses étant alors fortement combattue. Les débats autour de l’impôt sur le revenu, entre 1907 et 1914, provoquèrent la naissance de nouvelles organisations qui, sous prétexte de défendre les contribuables et les « classes moyennes », dénonçaient vigoureusement l’« inquisition fiscale » à laquelle l’État pourrait s’adonner. La lutte contre la redistribution se radicalisa à la fin des années 1920 et au début des années 1930, dans un contexte de profonde crise économique. La Fédération nationale des contribuables, fondée en 1928, associa ses récriminations contre l’impôt à une dimension antiparlementaire et antiétatique. Une « journée nationale des contribuables » fut organisée en mars 1933, qui donna lieu à des défilés et des protestations dans un certain nombre de villes du pays. La défense du contribuable s’ancra ainsi à la droite, voire à l’extrême droite de l’échiquier politique, certains des animateurs du mouvement entretenant des liens avec les ligues et les groupements antirépublicains, notamment lors de la manifestation parisienne du 6 février 1934.
La contestation fiscale apparut aussi dans les colonies, illustrant pour les indigènes la brutalité du colonisateur, mais aussi sa volonté à fixer les populations sur un territoire donné et à leur imposer de force la monétarisation de leurs économies. La grève ou le refus de l’impôt se politisèrent à mesure que les revendications d’indépendance se renforcèrent dans les années 1930.
Malgré l’établissement d’un consensus fiscal avec l’apparition de l’État – Providence, les années d’après – guerre connurent encore des révoltes antifiscales. En 1955, Pierre Poujade, fondateur de l’Union de défense des commerçants et artisans, appela à la grève de l’impôt. Ses consignes furent peu suivies, mais le poujadisme devient un mouvement politique qui, en 1956, parvint à envoyer 52 députés à l’Assemblée, parmi lesquels Jean-Marie Le Pen. En 1970, Gérard Nicoud, après avoir dévalisé une perception appela lui aussi à la grève de l’impôt,au cours d’un meeting qui réunit 40 000 personnes au Parc des Princes.

D’après deux articles :
« Le retour des révoltes fiscales ? », Nicolas Delalande, revue Pouvoirs, 2014/4 (n° 151), pages 15 à 25.
– « Quand l’impôt pousse à la révolte », Jean Sévilla, publié en 2013 sur le site du Figaro.

La semaine d’histoire de France Info Junior

Toute cette semaine, l’émission France Info Junior permet de réviser le programme d’histoire du collège.

– les Gaulois :

– La Première guerre mondiale :

– La Révolution française :

– Charlemagne :

– Napoléon et l’empire :

Un film sur la Révolution française

(il y a un travail à faire sur ces affiches en quatrième)

L’ambition de Pierre Schoeller était de redonner vie à la Révolution et d’en faire comprendre le mécanisme et le sens, de mettre en scène la mort d’un monde et la naissance d’un autre, ce qui est advenu en France entre le 9 avril 1789, jeudi saint, un mois avant la réunion des États généraux et jour où le roi lava pour la dernière fois les pieds des enfants pauvres de Paris, et le 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI.
En deux heures, le film concentre donc les images, les discours, les figures et les­ conflits dans un spectacle exigeant guidé par un souci de fidélité aux sources.
Le réalisateur a été interrogé par l’historien Patrick Boucheron au sujet du film et de sa dimension historique. L’entretien est à lire ici, dans la revue en ligne Entre Temps.
De son côté, le site Zéro de conduite propose de nombreuses pistes d’exploitation pédagogiques possibles du film ici.

 

Michel Vovelle (1933 – 2018)

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@France KEYSER

Michel Vovelle était un spécialiste de l’histoire de la Révolution française. Il fut d’ailleurs directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Il enseigna d’abord l’histoire moderne à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence à partir de 1961 puis devint professeur d’histoire de la Révolution française à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne jusqu’en 1993. Il avait été choisi en 1982 pour coordonner l’organisation de la commémoration scientifique du Bicentenaire, une expérience dont il tira un livre La bataille du Bicentenaire de la Révolution française. Il s’opposa alors à la vision antijacobine du bicentenaire de 89, incarnée par l’historien François Furet.
Il rédigea plus de trente-cinq ouvrages personnels et une quarantaine écrits en collaboration ainsi que plusieurs centaines d’articles.

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Parmi ces ouvrages, il y a eu une œuvre monumentale sur La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours  parus chez Gallimard en 1983, pour laquelle il passa de longues années à étudier les représentations collectives du trépas.
Également observateur de notre société contemporaine et notamment du vieillissement et de la peur de la mort qui s’y est installée, il participa au courant qui donna naissance aux soins palliatifs pour les patients dits terminaux dans le but de leur redonner leur dignité et d’éviter l’acharnement thérapeutique. Il fut pour cela l’un des premiers auditionnés par la commission dont le rapport déboucha sur la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie du 22 avril 2005.
Michel Vovelle est mort hier, samedi 6 octobre.

Un document d’archive intéressant sur la Révolution

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Les archives départementales du Loiret proposent un document numérisé tout à fait exceptionnel. Il s’agit d’un cahiers rédigé par Charles Pierre, agriculteur à Boësses, entre 1786 et 1848. Il y décrit la vie quotidienne et agricole de son village, rythmée par les saisons et les récoltes, mais également les évènements de la vie politique nationale, notamment les évènements de la Révolution. Ce document peut être utilisé en classe de quatrième, je crois.