Étiquette : Radio

Découverte d’une résidence épiscopale du XIVe siècle dans le département du Pas-de-Calais

738_dsc_9373_dsc0918

Lors d’une fouille préventive à l’aménagement d’une retenue d’eau, près de la rivière de l’Aa, en vue de prévenir des inondations en aval du fleuve, les archéologues ont découvert une résidence aristocratique appartenant probablement à un évêque de Thérouanne. L’immersion fréquente du site, due à la remontée de la nappe phréatique, a favorisé la conservation de vestiges en bois et d’outils en métal.
Les sources documentaires sont rares pour ce site, aussi la toponymie – lieu-dit La Cour Lévêque – apporte-t-elle un premier indice. Grands propriétaires terriens, les ecclésiastiques gardent une forte mainmise sur le monde rural médiéval et les évêques de Thérouanne étaient à la tête d’un diocèse important.
Ce site fouillé à Saint-Martin d’Hardinghem, éloigné de 14 km du siège de l’évêché, date du XIIIe siècle jusqu’à la première moitié du XVe siècle (mais il devait y exister une demeure dès le XIIe siècle). Clos de mur, le domaine comprenait une partie agricole et une partie résidentielle.
La résidence aristocratique est entourée de douves de 13 m de large traversées par un pont en bois. Outre une cuisine et une galerie-couloir, elle présente une salle d’apparat de 144 m² équipée d’une cheminée monumentale semi-encastrée. Dans cette dernière, les pavages bien conservés malgré quelques lacunes couvrent une surface totale de 200 m². Les carreaux présentent des motifs variés, caractéristiques de cette période : lions, aigles, poissons, fleurs de lys, marguerites, chevaliers, figures héraldiques.

Crédits photos : Denis Gliksman/INRAP

Le secteur agricole s’organise autour d’une cour centrale. Il comporte une petite habitation accolée à une grande bâtisse de 360 m² dont le cloisonnement intérieur fait penser à une écurie.
Le maire de la commune souhaiterait que la retenue d’eau soit déplacée de quelques mètres afin de sauvegarder ces lieux, qui témoignent du riche passé de la commune et des environs. Si c’est le syndicat mixte d’aménagement de la gestion des eaux de l’Aa qui pilote les travaux, l’État donnera sans doute des directives précises quant à la façon de poursuivre ce chantier.

Ci-dessous, l’émission archéologique Carbone 14 consacrée à ces fouilles :

Une vie sous un plancher

Joachim Martin

Dans les Hautes-Alpes, sur les bords du lac de Serre-Ponçon, se trouve le château de Picomtal. Au début des années 2000, les nouveaux propriétaires effectuant des travaux découvrent, au revers des planchers qu’ils sont en train de faire démonter, des inscriptions. Cent vingt ans plus tôt, au début des années 1880, Joachim Martin, le menuisier qui a installé le parquet dans les différentes pièces a rédigé comme un journal intime au dos des lattes.
Ces propos se présentent sous la forme de 72 textes de quelques mots à quelques
lignes, écrits au crayon noir. Au total, ces textes contiennent 3943 mots. Ils sont partiellement datés, mais il est impossible de les replacer dans l’ordre exact de leur rédaction. Il est aussi probable qu’ils ne forment qu’une petite partie d’un ensemble plus vaste, car leur auteur a peut-être usé de la même pratique sur les autres chantiers qui lui ont été confiés au cours de sa carrière.
L’homme, qui sait qu’il ne sera lu qu’après sa mort, parle de lui, de ses angoisses, de sa famille, de ses voisins, faisant revivre pour le lecteur des années 2000 une société villageoise confrontée au progrès économique matérialisé par l’arrivée du chemin de fer, mais aussi à l’avènement de la République. Il évoque aussi la vie très privée de ses contemporains du village de Crottes (les Crots aujourd’hui).
Pour ne savoir plus, voici un article écrit par Jacques-Olivier Boudon dans la revue Histoire Economie et Société. Il est aussi l’auteur d’un essai sur cette formidable découverte.

HES_141_0072

41000603_0

Et vous pouvez écouter ci-dessous une émission Au coeur de l’histoire consacrée au menuisier et à son oeuvre.