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Une loi ignoble proposée au vote en Turquie

Jeudi 17 novembre, le gouvernement turc a soumis au Parlement une proposition de loi qui permet, dans certains cas, d’annuler la condamnation d’une personne pour agression sexuelle sur mineur si l’agresseur épouse sa victime. Une loi qui, si elle est votée, pourrait concerner 3000 personnes, et qui scandalise une grande partie des Turcs : une pétition appelant les autorités à bloquer l’adoption du texte a déjà recueilli près de 750 000 signatures. Des célébrités, et même une association dont la vice-présidente est la fille du président Recep Tayyip Erdogan, ont exprimé leur inquiétude à propos de ce texte.
Face à la controverse, le Premier ministre a demandé au Parti de la Justice et du Développement (AKP), au pouvoir en Turquie, qui a soumis le texte, d’avoir des discussions au Parlement avec l’opposition sur le projet de loi.
Pour le Premier ministre, cette mesure vise à lever une injustice : « Il y en a qui se marient avant d’avoir atteint l’âge légal. Ils ne connaissent pas la loi. Ils ont des enfants, le père va en prison et les enfants restent seuls avec leur mère« , a-t-il déclaré.
Soulignant que les mariages précoces sont une réalité, le ministre de la Justice a lui soutenu que la mesure visait, au contraire, à protéger les enfants. Il a même précisé que la mesure ne s’appliquerait que dans les cas où « l’agression sexuelle a été commise sans force, menace ou toute autre forme de contrainte » (!!!). Une précision qui fait bondir Amnesty International en Turquie. « Le ministre de la Justice a utilisé l’expression agression sexuelle sans contrainte. Il n’y a rien d’autre à ajouter, je pense« , a déploré une responsable de l’organisation.

D’après un article de France Info

Législation sur le maillot de bain aux Etats – Unis au début du XXe siècle

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Supt. of Public Buildings and Grounds, has issued an order that bathing suits at the Wash[ington] bathing beach must not be over six inches above the knee ». Source : National Photo Company Collection, Library of Congress Prints and Photographs Division.

Ou les frontières invisibles de la plage à Los Angeles. C’est le thème d’un intéressant article liant histoire et géographie, publié sur le blog Métro politiques. Je ne peux m’empêcher d’y sentir une résonance avec ce qu’il faut maintenant appeler l’épisode burkini de cet été.

Conclusion ?

Dans son ordonnance au sujet de l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet, le Conseil d’Etat (en fait un collège de trois juges) précise que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »
Dans les 30 autres communes ayant pris des arrêtés similaires, les arrêtés municipaux sont toujours en vigueur jusqu’à ce qu’ils soient contestés en justice. Mais la décision du Conseil d’Etat concernant l’arrêté de Villeneuve-Loubet se veut un arrêt de principe : en cas de recours, les autres arrêtés seront eux aussi cassés par la plus haute juridiction administrative française.
Il me semble parfaitement juste que ces arrêtés municipaux, mal rédigés, soit annulés.
Pour rappel, dans l’espace public, que ce soit dans la rue, les transports en commun, les commerces ou encore les centres commerciaux et donc les plages, chacun a le droit de porter un signe religieux ou le voile.
La loi de 2010 interdit cependant la dissimulation du visage dans l’espace public. Selon ce texte, « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». Les voiles intégraux, Burqa et Niqab, sont par conséquent interdits. Toutefois, la loi prévoit des exceptions dans certains cas spécifiques. La dissimulation du visage est ainsi tolérée lors de pratiques sportives, manifestations festives et artistiques ou encore processions religieuses traditionnelles. La Cour européenne des droits de l’homme a estimé, en juillet 2014, que la loi votée en 2010 poursuivait un objectif légitime et était proportionnée au but poursuivi. Le gouvernement français avait en effet souligné que cette loi était motivée par des questions de sécurité, au motif que la dissimulation du visage rend impossible l’identification de la personne concernée.

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On distingue quatre grands types de voiles islamiques. Le Hidjab, souvent appelé « foulard », est la forme la plus courante de voile portée par les femmes musulmanes. Il couvre les cheveux, le cou et parfois les épaules. Le Tchador, lui, est une grande pièce de tissu, souvent noir, qui laisse le visage à découvert. Ces deux voiles ne sont donc pas en contradiction avec la loi de 2010.
Le Niqab est un voile intégral qui cache tout, sauf les yeux. La Burqa est un vêtement qui recouvre tout le corps et dissimule les yeux derrière une grille tissée. Ces deux voiles musulmans sont donc en infraction par rapport à la loi de 2010.

Ci-dessous, l’arrêté du Conseil d’Etat :

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Pourquoi j’ai changé d’avis

La polémique du Burkini va peut-être trouver son terme aujourd’hui, avec la décision du Conseil d’Etat concernant les arrêtés pris par une vingtaine de maires en France.
Après avoir réfléchi longuement et lu les arguments des uns et des autres, j’en suis arrivé à changer de position. Interdire le burkini est toujours une limitation de la liberté individuelle et invoquer les bonnes moeurs ou l’hygiène pour le faire me parait hypocrite et le trouble à l’ordre public exagéré. Cependant, tout comme le voile intégrale ou la burqa, ce vêtement communautaire n’a pas sa place dans l’espace public occidental.
La querelle du burkini ne porte pas sur un morceau de vêtement, mais sur ce qui est identifié par beaucoup comme un des signes visibles d’une forme d’affirmation identitaire sans doute agressive à l’endroit des sociétés occidentales. La question du burkini pose moins un problème de laïcité qu’un problème de civilisation.
Un des éléments constitutif des civilisations est la définition du rapport entre les hommes et les femmes. La civilisation occidentale, même si cela a pris du temps, a enfin permis aux femmes de vivre pleinement dans la cité (il reste toutefois des choses à conquérir). Le burkini témoigne d’un autre rapport au monde : la femme, dans l’espace public, doit être voilée, masquée et même dissimulée. Elle est ainsi en partie niée dans son identité et condamnée à l’effacement culturel.
Ce qui heurte autant dans le burkini, c’est qu’il représente un symbole militant du refus de l’intégration au monde occidental par une frange de l’islam. Il est devenu emblématique d’un communautarisme qui se définit contre la société d’accueil et qui entend contester de la manière la plus visible possible sa manière de vivre et ses représentations sociales les plus profondes.
Sous peine de devoir l’interdire, ce qui est difficilement concevable dans une démocratie, il semble nécessaire de pousser l’islam à s’adapter au monde occidental.

Malhonnêteté intellectuelle et médiatique

Le site Arrêt sur images, qui a enquêté sur la réalité du phénomène du Burkini, montre qu’il s’agit d’un micro-phénomène avec seulement dix cas relevés à Nice et deux à Villeneuve-Loubet. Ce qui n’a pas empêché certains maire de prendre des arrêtés pour interdire ce vêtement à Cannes,Villeneuve-Loubet, Sisco et Le Touquet sur le modèle suivant (arrêté de Cannes) :
« L’accès aux plages et à la baignade est interdit jusqu’au 31 août 2016 à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. Toute infraction fera l’objet d’un procès-verbal et sera punie de l’amende »
En admettant que le burkini soit contraire à la laïcité, cela signifie-t-il que les agents municipaux de ces communes vont verbaliser les seins nus et le string, qui ne sont pas respectueux des bonnes moeurs, c’est évident ? J’en doute, et c’est cela qui me gêne dans ces mesures.
Arrêt sur image révèle aussi la malhonnêteté de certains médias à ce sujet. Si TF1 a pu filmer, le 4 août, une femme en burkini plongeant dans la mer de la ville de Les Pennes Mirabeau dans les Bouches du Rhône, si France 3 a accompagné à la plage une femme en burkini, tête couverte et vêtement sur le corps, les autres chaînes ont dû tricher, remontant parfois très loin dans leurs archives. Ainsi le 20 heures de France 2 (mais aussi France 24 et France 5) a utilisé cette image pour illustrer la polémique du burkini.

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Or, il s’agit d’une photo prise en 2007 dans un parc aquatique à Antalya en Turquie, ce que n’a pas précisé France 2 qui a utilisé cette image dans le cadre d’un reportage sur le port du burkini en France…
Il s’agit encore d’un exemple utilisable en éducation civique à propos des médias et de l’esprit critique nécessaire pour les consulter.