Catégorie : Géographie et littérature

Poésie des noms des lieux

C’est le sujet de ce très bel article du blog Géographies Buisonnières  grâce auquel j’ai (re)découvert ce magnifique et long poème de Blaise Cendrars.

Je m’excuse auprès de mon amie Barbara qui m’avait déjà montré ce poème alors que nous préparions notre EPI de 3e en mangeant des cerises… J’avais oublié le poème, mais pas les cerises ! 

Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple
d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…

Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaives
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe…
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier.

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J’étais à Moscou, où je voulais me nourrir de flammes
Et je n’avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c’était la guerre
La faim le froid la peste le choléra
Et les eaux limoneuses de l’Amour charriaient des millions de charognes.
Dans toutes les gares je voyais partir tous les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s’en allaient auraient bien voulu rester…
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode.

Moi, le mauvais poète qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout
Et aussi les marchands avaient encore assez d’argent
Pour aller tenter faire fortune.
Leur train partait tous les vendredis matin.
On disait qu’il y avait beaucoup de morts.
L’un emportait cent caisses de réveils et de coucous de la Forêt-Noire
Un autre, des boîtes à chapeaux, des cylindres et un assortiment de tire-bouchons de Sheffield
Un autre, des cercueils de Malmoë remplis de boîtes de conserve et de sardines à l’huile
Puis il y avait beaucoup de femmes
Des femmes, des entre-jambes à louer qui pouvaient aussi servir
De cercueils
Elles étaient toutes patentées
On disait qu’il y avait beaucoup de morts là-bas
Elles voyageaient à prix réduits
Et avaient toutes un compte-courant à la banque.

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l’express et 34 coffres de joaillerie de Pforzheim
De la camelote allemande “Made in Germany”
Il m’avait habillé de neuf, et en montant dans le train j’avais perdu un bouton
– Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis –
Je couchais sur les coffres et j’étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu’il m’avait aussi donné

J’étais très heureux insouciant
Je croyais jouer aux brigands
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au transsibérien, le cacher de l’autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l’Oural qui avaient attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs
Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d’hôtel
Et les spécialistes des express internationaux.

Et pourtant, et pourtant
J’étais triste comme un enfant.
Les rythmes du train
La “moëlle chemin-de-fer” des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d’or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d’à côté
L’épatante présence de Jeanne
L’homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature!
Et derrière les plaines sibériennes, le ciel bas et les grandes ombres des Taciturnes qui montent et qui descendent

Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle Écossais
Et l’Europe tout entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur
N’est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d’or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l’univers
Est une pauvre pensée…

Du fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse;
Elle n’est qu’une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d’un bordel.

Ce n’est qu’une enfant, blonde, rieuse et triste,
Elle ne sourit pas et ne pleure jamais;
Mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
Tremble un doux lys d’argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
Avec un long tressaillement à votre approche;
Mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
Elle fait un pas, puis ferme les yeux – et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
N’ont que des robes d’or sur de grands corps de flammes,
Ma pauvre amie est si esseulée,
Elle est toute nue, n’a pas de corps – elle est trop pauvre.

Elle n’est qu’une fleur candide, fluette,
La fleur du poète, un pauvre lys d’argent,
Tout froid, tout seul, et déjà si fané
Que les larmes me viennent si je pense à son cœur.

Et cette nuit est pareille à cent mille autres quand un train file dans la nuit
– Les comètes tombent –
Et que l’homme et la femme, même jeunes, s’amusent à faire l’amour.

Le ciel est comme la tente déchirée d’un cirque pauvre dans un petit village de pêcheurs
En Flandres
Le soleil est un fumeux quinquet
Et tout au haut d’un trapèze une femme fait la lune.
La clarinette le piston une flûte aigre et un mauvais tambour
Et voici mon berceau
Mon berceau
Il était toujours près du piano quand ma mère comme Madame Bovary jouait les sonates de Beethoven
J’ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
Et l’école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains derrière moi
Bâle-Tombouctou
J’ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New York
Maintenant, j’ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j’ai perdu tous mes paris
Il n’y a plus que la Patagonie, la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse, la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route
J’ai toujours été en route
Je suis en route avec la petite Jehanne de France.

Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train retombe sur ses roues
Le train retombe toujours sur toutes ses roues.

“Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours
Tu es loin de Montmartre, de la Butte qui t’a nourrie, du Sacré-Cœur contre lequel tu t’es blottie
Paris a disparu et son énorme flambée
Il n’y a plus que les cendres continues
La pluie qui tombe
La tourbe qui se gonfle
La Sibérie qui tourne
Les lourdes nappes de neige qui remontent
Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui
Le train palpite au cœur des horizons plombés
Et ton chagrin ricane…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils télégraphiques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente
Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S’enfuient
Et dans les trous,
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Mais oui, tu m’énerves, tu le sais bien, nous sommes bien loin
La folie surchauffée beugle dans la locomotive
La peste le choléra se lèvent comme des braises ardentes sur notre route
Nous disparaissons dans la guerre en plein dans un tunnel
La faim, la putain, se cramponne aux nuages en débandade
Et fiente des batailles en tas puants de morts
Fais comme elle, fais ton métier…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Oui, nous le sommes, nous le sommes
Tous les boucs émissaires ont crevé dans ce désert
Entends les sonnailles de ce troupeau galeux
Tomsk Tchéliabinsk Kainsk Obi Taïchet Verkné Oudinsk Kourgane Samara Pensa-Touloune
La mort en Mandchourie
Est notre débarcadère est notre dernier repaire
Ce voyage est terrible
Hier matin
Ivan Oulitch avait les cheveux blancs
Et Kolia Nicolaï Ivanovitch se ronge les doigts depuis quinze jours…
Fais comme elles la Mort la Famine fais ton métier
Ça coûte cent sous, en transsibérien, ça coûte cent roubles
Enfièvre les banquettes et rougeoie sous la table
Le diable est au piano
Ses doigts noueux excitent toutes les femmes
La Nature
Les Gouges
Fais ton métier
Jusqu’à Kharbine…

“Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

Non mais… fiche-moi la paix… laisse-moi tranquille
Tu as les hanches angulaires
Ton ventre est aigre et tu as la chaude-pisse
C’est tout ce que Paris a mis dans ton giron
C’est aussi un peu d’âme… car tu es malheureuse
J’ai pitié j’ai pitié viens vers moi sur mon cœur
Les roues sont les moulins à vent du pays de Cocagne
Et les moulins à vent sont les béquilles qu’un mendiant fait tournoyer
Nous sommes les culs-de-jatte de l’espace
Nous roulons sur nos quatre plaies
On nous a rogné les ailes
Les ailes de nos sept péchés
Et tous les trains sont les bilboquets du diable
Basse-cour
Le monde moderne
La vitesse n’y peut mais
Le monde moderne
Les lointains sont par trop loin
Et au bout du voyage c’est terrible d’être un homme avec une femme…

“Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre?”

J’ai pitié j’ai pitié viens vers moi je vais te conter une histoire
Viens dans mon lit
Viens sur mon cœur
Je vais te conter une histoire…
Oh viens! viens!

Aux Fidji règne l’éternel printemps
La paresse
L’amour pâme les couples dans l’herbe haute et la chaude syphilis rôde sous les bananiers
Viens dans les îles perdues du Pacifique!
Elles ont nom du Phénix, des Marquises
Bornéo et Java
Et Célèbes a la forme d’un chat.

Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens au Mexique!
Sur ses hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et les pinceaux d’un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie
C’est le pays des oiseaux
L’oiseau du paradis, l’oiseau-lyre
Le toucan, l’oiseau moqueur
Et le colibri niche au cœur des lys noirs
Viens!
Nous nous aimerons dans les ruines majestueuses d’un temple aztèque
Tu seras mon idole
Une idole bariolée enfantine un peu laide et bizarrement étrange
Oh viens!

Si tu veux nous irons en aéroplane et nous survolerons le pays des mille lacs,
Les nuits y sont démesurément longues
L’ancêtre préhistorique aura peur de mon moteur
J’atterrirai
Et je construirai un hangar pour mon avion avec les os fossiles de mammouth
Le feu primitif réchauffera notre pauvre amour
Samowar
Et nous nous aimerons bien bourgeoisement près du pôle
Oh viens!

Jeanne Jeannette Ninette nini ninon nichon
Mimi mamour ma poupoule mon Pérou
Dodo dondon
Carotte ma crotte
Chouchou p’tit-cœur
Cocotte
Chérie p’tite chèvre
Mon p’tit-péché mignon
Concon
Coucou
Elle dort.

Elle dort
Et de toutes les heures du monde elle n’en a pas gobé une seule
Tous les visages entrevus dans les gares
Toutes les horloges
L’heure de Paris l’heure de Berlin l’heure de Saint-Pétersbourg et l’heure de toutes les gares
Et à Oufa, le visage ensanglanté du canonnier
Et le cadran bêtement lumineux de Grodno
Et l’avance perpétuelle du train
Tous les matins on met les montres à l’heure
Le train avance et le soleil retarde
Rien n’y fait, j’entends les cloches sonores
Le gros bourdon de Notre-Dame
La cloche aigrelette du Louvre qui sonna la Barthélemy
Les carillons rouillés de Bruges-la-Morte
Les sonneries électriques de la bibliothèque de New-York
Les campanes de Venise
Et les cloches de Moscou, l’horloge de la Porte-Rouge qui me comptait les heures quand j’étais dans un bureau
Et mes souvenirs
Le train tonne sur les plaques tournantes
Le train roule
Un gramophone grasseye une marche tzigane
Et le monde, comme l’horloge du quartier juif de Prague, tourne éperdument à rebours.

Effeuille la rose des vents
Voici que bruissent les orages déchaînés
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D’autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric-trac
Billard
Caramboles
Paraboles
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Syracuse
Archimède
Et les soldats qui l’égorgèrent
Et les galères
Et les vaisseaux
Et les engins prodigieux qu’il inventa
Et toutes les tueries
L’histoire antique
L’histoire moderne
Les tourbillons
Les naufrages
Même celui du Titanic que j’ai lu dans le journal
Autant d’images-associations que je ne peux pas développer dans mes vers
Car je suis encore fort mauvais poète
Car l’univers me déborde
Car j’ai négligé de m’assurer contre les accidents de chemin de fer
Car je ne sais pas aller jusqu’au bout
Et j’ai peur.

J’ai peur
Je ne sais pas aller jusqu’au bout
Comme mon ami Chagall je pourrais faire une série de tableaux déments
Mais je n’ai pas pris de notes en voyage
“Pardonnez-moi mon ignorance
“Pardonnez-moi de ne plus connaître l’ancien jeu des vers”
Comme dit Guillaume Apollinaire
Tout ce qui concerne la guerre on peut le lire dans les Mémoires de Kouropatkine
Ou dans les journaux japonais qui sont aussi cruellement illustrés
À quoi bon me documenter
Je m’abandonne
Aux sursauts de ma mémoire…

À partir d’Irkoutsk le voyage devint beaucoup trop lent
Beaucoup trop long
Nous étions dans le premier train qui contournait le lac Baïkal
On avait orné la locomotive de drapeaux et de lampions
Et nous avions quitté la gare aux accents tristes de l’hymne au Tzar.
Si j’étais peintre je déverserais beaucoup de rouge, beaucoup de jaune sur la fin de ce voyage
Car je crois bien que nous étions tous un peu fous
Et qu’un délire immense ensanglantait les faces énervées de mes compagnons de voyage.
Comme nous approchions de la Mongolie
Qui ronflait comme un incendie
Le train avait ralenti son allure
Et je percevais dans le grincement perpétuel des roues
Les accents fous et les sanglots
D’une éternelle liturgie

J’ai vu
J’ai vu les trains silencieux les trains noirs qui revenaient de l’Extrême-Orient et qui passaient en fantômes
Et mon œil, comme le fanal d’arrière, court encore derrière ces trains
A Talga 100.000 blessés agonisaient faute de soins
J’ai visité les hôpitaux de Krasnoïarsk
Et à Khilok nous avons croisé un long convoi de soldats fous
J’ai vu, dans les lazarets, des plaies béantes, des blessures qui saignaient à pleines orgues
Et les membres amputés dansaient autour ou s’envolaient dans l’air rauque
L’incendie était sur toutes les faces, dans tous les cœurs
Des doigts idiots tambourinaient sur toutes les vitres
Et sous la pression de la peur, les regards crevaient comme des abcès

Dans toutes les gares on brûlait tous les wagons
Et j’ai vu
J’ai vu des trains de 60 locomotives qui s’enfuyaient à toute vapeur pourchassées par les horizons en rut et des bandes de corbeaux qui s’envolaient désespérément après
Disparaître
Dans la direction de Port-Arthur.

À Tchita nous eûmes quelques jours de répit
Arrêt de cinq jours vu l’encombrement de la voie
Nous le passâmes chez Monsieur Iankéléwitch qui voulait me donner sa fille unique en mariage
Puis le train repartit.
Maintenant c’était moi qui avais pris place au piano et j’avais mal aux dents
Je revois quand je veux cet intérieur si calme, le magasin du père et les yeux de la fille qui venait le soir dans mon lit
Moussorgsky
Et les lieder de Hugo Wolf
Et les sables du Gobi
Et à Khaïlar une caravane de chameaux blancs
Je crois bien que j’étais ivre durant plus de 500 kilomètres
Mais j’étais au piano et c’est tout ce que je vis
Quand on voyage on devrait fermer les yeux
Dormir
J’aurais tant voulu dormir
Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur
Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font
Les trains d’Europe sont à quatre temps tandis que ceux d’Asie sont à cinq ou sept temps
D’autres vont en sourdine, sont des berceuses
Et il y en a qui dans le bruit monotone des roues me rappellent la prose lourde de Maeterlinck
J’ai déchiffré tous les textes confus des roues et j’ai rassemblé les éléments épars d’une violente beauté
Que je possède
Et qui me force.

Tsitsika et Kharbine
Je ne vais pas plus loin
C’est la dernière station
Je débarquai à Kharbine comme on venait de mettre le feu aux bureaux de la Croix-Rouge.

Ô Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés de tes rues
et tes vieilles maisons qui se penchent au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert multicolores comme mon passé bref du jaune
Jaune la fière couleur des romans de la France à l’étranger.

J’aime me frotter dans les grandes villes aux autobus en marche
Ceux de la ligne Saint-Germain-Montmartre m’emportent à l’assaut de la Butte
Les moteurs beuglent comme les taureaux d’or
Les vaches du crépuscule broutent le Sacré-Cœur
Ô Paris
Gare centrale débarcadère des volontés carrefour des inquiétudes
Seuls les marchands de couleur ont encore un peu de lumière sur leur porte
La Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens m’a envoyé son prospectus
C’est la plus belle église du monde
J’ai des amis qui m’entourent comme des garde-fous
Ils ont peur quand je pars que je ne revienne plus
Toutes les femmes que j’ai rencontrées se dressent aux horizons
Avec les gestes piteux et les regards tristes des sémaphores sous la pluie
Bella, Agnès, Catherine et la mère de mon fils en Italie
Et celle, la mère de mon amour en Amérique
Il y a des cris de sirène qui me déchirent l’âme
Là-bas en Mandchourie un ventre tressaille encore comme dans un accouchement
Je voudrais
Je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages
Ce soir un grand amour me tourmente
Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France.
C’est par un soir de tristesse que j’ai écrit ce poème en son honneur

Jeanne
La petite prostituée
Je suis triste je suis triste
J’irai au Lapin Agile me ressouvenir de ma jeunesse perdue
Et boire des petits verres
Puis je rentrerai seul

Paris

Ville de la Tour unique du grand Gibet et de la Roue.

Paris, 1913.

 

Crimes à Shanghai

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Voici les textes rédigés par des élèves de quatrième du collège Alain qui ont été choisis par des élèves de quatrième du collège de Clères dans le cadre d’un concours d’écriture, organisé avec ma collègue et amie Barbara. Il s’agissait pour mes élèves d’imaginer la fin du roman policier De soie et de sang se déroulant à Shanghai. J’avais demandé que l’action soit localisée précisément et que le crime soit élucidé à la fin. Il s’agit ici d’une version retravaillée, après la publication des résultats. Vous pourrez trouver le début du roman ainsi que les textes des élèves de Clères racontant sa suite directe, ici.

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Le texte de Lou :

« Le vieil homme accompagné de Chang – Zu, l’enquêteur qui travaillait avec lui sur cette affaire l’avait presque bouclée après avoir vu le suspect revenir cagoulé sur les lieux du crime. Ils allèrent au Starbuck Coffee de la rue Huaihai Centrale et virent sur la vitrine une affiche annonçant une soirée. La femme appelée Yang – Ti y était en photo.
Ils entrèrent et se dirigèrent vers le comptoir. Ils commandèrent tous les deux un café, mais Huang, piqué par cette histoire, demanda au serveur s’il en savait plus. Le serveur répondit bizarrement et expliqua qu’il savait juste que c’était un meurtre au couteau.
Sortis du Starbuck, Chang – Zu regarda la date de la soirée qui état dans deux jours. Les deux hommes décidèrent de s’y rendre.
Deux jours plus tard, ils retournèrent au café, en soirée. Ils virent beaucoup de gens. Il y avait aussi de la musique et des boissons à volonté. Le serveur de la dernière fois était là, toujours aussi bizarre. Il faisait souvent des allers- retour au sous-sol, là où le public n’avait pas le droit d’aller.
La soirée se déroulait normalement jusqu’au moment où un homme annonça que des danseuses allaient faire une chorégraphie pour l’occasion. Mais le serveur étrange dit alors que le spectacle avait été annulé. Il y eu un blanc dans la salle et l’homme et le serveur sortirent pour s’expliquer.
Pendant ce temps, Chang – Zu et Huang, curieux, en profitèrent pour descendre discrètement au sous-sol pour voir pourquoi le serveur y descendait ans cesse.
Leur découverte les frappa violemment au cœur ! Ils découvrirent le corps de plusieurs femmes, encore enchaînées à des piliers. Les deux hommes stupéfaits virent que les cadavres étaient tous vêtus d’un qipao rouge comme la femme retrouvée assassinée par Huang.
Le tueur était donc le serveur. Mais pourquoi avait-il fait cela ?
Les deux hommes entendirent un bruit, se retournèrent et virent le serveur, visiblement surpris de les trouver là.
« Expliquez – nous toute l’histoire », dit Chang – Zu sur un ton ferme en menaçant le serveur de son arme.
« J’ai des problèmes de dépendance aux drogues. Toutes ces femmes sont les danseuses engagées par le café que j’ai attaché ici alors que j’étais drogué, en compagnie de mon ami Fuyang. Revenu à moi, j’ai décidé de les tuer en les électrocutant et de les laisser ici. »
« Et la femme retrouvée poignardée dans la rue ? » demanda Huang.
« Ce n’est pas moi, mais mon ami Fuyang. Comme cette femme avait réussi à s’enfuir, il l’a poursuivi et l’a poignardé. »
Et il ajouta :
« Pitié, n’appelez pas la police, je ferais ce que vous voulez, mais je ne veux pas retourner en prison ! »
« Bien sûr que…. » commença Huang avant d’être coupé par Chang – Zu.
« D’accord, mais en échange, vous allez devenir mon informateur »
Stupéfait, Huang comprit qu’il ferait mieux de ne rien dire et il quitta les lieux.
Le serveur, souriant et heureux de s’en tirer à si bon compte, retourna à la soirée. La nuit venue, il jeta les corps à la mer, dans la zone industrielle du port de Gaoqiao et on n’entendit plus parler de cette histoire.« 

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Le texte de Charles :

« Après plusieurs mois de recherche et plusieurs autres meurtres, toujours dans la même rue, l’inspecteur Go Ni Tcheng trouva enfin une piste en ayant l’intuition que le tueur était peut-être quelqu’un se vengeant de la mort d’un proche, probablement une jeune femme.
Cinq jours plus tard, l’inspecteur reçut un appel. Le tueur avait encore frappé, mais cette fois-ci, il avait laissé plusieurs empreintes.
A sa grande surprise, Go Ni Tcheng découvrit que ce n’était pas un tueur, mais une tueuse, une ex- agent d’origine coréenne, déjà connue des services sous le nom de Hee Jung. Et cette femme avait effectivement perdu sa sœur dans un accident de la circulation, sur la rue Huaihai ouest alors qu’elle était en vacances à Shanghai. Depuis, elle avait été licenciée par les services de police coréens pour problèmes psychologiques.
Il fut assez simple de localiser la suspecte grâce à toutes les caméras de surveillance de la ville de Shanghai. Parvenu à son domicile, dans un hôtel du district de Pudong, Go Ni Tcheng ne trouva personne. Mais les murs de la chambre étaient couverts de photos et de plans que l’inspecteur se hâta de photographier.
Après avoir analysé les indices, il parut évident que Hee Jung allait encore frapper, le soir même. Mais cette fois, l’inspecteur savait où et il décida de l’attendre.
À la nuit tombante, alors que l’inspecteur l’attendait depuis deux heures déjà, la tueuse surgit. GO Ni Tcheng s’avança, mais l’ayant repéré, Hee Jung se mit à courir à travers les rues de la ville.
Après une poursuite qui dura un long moment, la tueuse s’engouffra dans la tour de la Perle de l’Orient et monta jusqu’au sommet, suivi par un Go Ni Tcheng essoufflé par cette course effrénée.
Il n’était plus qu’à quelques pas d’elle quand elle le fixa en disant :
« Ma vengeance est terminée, je vais rejoindre ma sœur ».
Elle se laissa alors tomber dans le vide. On retrouva son corps meurtri après une chute de 468 mètres. Elle portait à la ceinture un couteau, qui, après analyse, avait bien servi à commettre tous les meurtres de ces derniers mois. »

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Le texte d’Odeline :

« Un soir, il était près de 19h30 quand le vieil ouvrier reçut un appel alors qu’il mangeait tranquillement avec sa femme et ses deux enfants. C’était le policier qui se chargeait maintenant de l’enquête sur la femme qu’il avait retrouvée, sans vie, dans la rue Huaihai.
Cette femme se prénommait Chih- Nii et allait avoir 23 ans.
Le policer l’appelait, car il avait enfin découvert la cause de sa mort ! Elle s’était en fait suicidée suite à des rumeurs propagées contre elle et à un harcèlement. Cela avait commencé trois ans auparavant quand Chih – Nii s’était installée dans le quartier de Nanjing avec son petit ami, Tchang, plus âgée qu’elle de cinq ans.
Les rumeurs et les violences physiques venaient d’une voisine, jalouse de la jeune femme qui était issue d’une famille assez riche. Désespérée, la jeune femme s’était suicidée en absorbant des médicaments et du poison. Elle venait juste de se droguer lorsqu’elle était sortie avec son chien pour s’écrouler, morte, dans la rue Huaihai, à l’endroit où le vieil ouvrier l’avait retrouvée. Elle était vêtue d’un qipao rouge, comme décris par son compagnon.
Les policiers ont ensuite découvert que la voisine avait déjà fait de la prison pour avoir harcelé quelqu’un. Cette fois-ci, la justice serait plus stricte contre elle !
Le vieil ouvrier eut du mal à oublier cette affaire. Les parents de Chih – Nii l’avait invité à la mise en terre de leur fille et il l’avait remercié d’avoir cherché le coupable alors que tout le monde pensait à un simple suicide, en lui offrant un appartement dans le quartier de Pudong, près du parc Jianglong, pour remplacer sa vieille maison Shikumen qui allait être rasée.
Un an et demi plus tard, il fut invité au mariage de Tchang, qui avait rencontré une nouvelle femme.« 

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Le texte de Lin Yao :

« Revenant dans cette rue Huaihai, transformée par l’apparition de grands bâtiments luxueux et la destruction de sa vieille maison Shikumen, Huang, le vieil ouvrier, repensa à l’incident qui avait entraîné tout cela.
Lorsqu’il avait trouvé le corps, il avait été effaré. Il avait appelé la police et avait ensuite été tenu au courant de l’enquête par un ami. Plusieurs autres meurtres avaient suivi, à chaque fois les victimes étaient des femmes d’une vingtaine d’années.
Terrifié, Huang s’était alors rendu compte en enquêtant que toutes les victimes étaient ses filles !
En effet, Huang n’avait pas toujours été un vieil ouvrier sage. Jeune, il avait été un grand coureur de jupons égoïste et avait eu plusieurs compagnes, mais sans être très prudent. Chacune de ses brèves conquêtes s’était retrouvée enceinte et apparemment aucune ne s’était résolue à se débarrasser de l’enfant.
Chaque assassinat suivait le même mode opératoire avec probablement le même meurtrier. Et si celui-ci voulait l’atteindre lui, à travers ses filles ?
Après de nombreuses nuits blanches, Huang avait fini par penser que l’assassin devait être le vieux Fei Wu. Celui-ci détestait Huang car il l’accusait de lui avoir tout pris : sa compagne, sa popularité et même sa place ! Cela ne pouvait être que lui, si jaloux.
Concentré sur ces réflexions, Huang ressentit soudain un choc dans son dos. Quelque chose de froid et tranchant rentrait en lui, le pénétrait jusqu’à son âme et atteignait son cœur. Huang sentit la vie le quitter, sans pouvoir bouger.
Il mourut seul, sans savoir si le coupable était bien Fei Wu.« 

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Le texte de Laura :

« L’ancien maître ouvrier courait dans les ruelles de Chenzhou après un inconnu. Cet individu s’était mis à courir dès qu’il avait aperçu la police sur le lieu du meurtre de la femme au Qipao rouge. Ce comportement avait attiré l’attention de Huang qui l’avait poursuivi, en compagnie de deux policiers.
Ceux-ci avaient été rapidement distancés, mais Huang s’accrochait toujours à ses poumons en flamme et finit par le rattraper et l’immobiliser.
Les policiers arrivèrent un peu après.
« Vos papiers, monsieur » dit l’un d’eux, essoufflé.
« Mais je n’ai absolument rien fait, monsieur l’agent ! » S’exclama le fuyard.
« Alors, pourquoi fuir en nous voyant ? »
« Je n’aime pas trop la police ».
En le fouillant, les policiers découvrirent ses papiers. Les policiers se rendirent alors compte qu’ils avaient le tueur de la jeune femme au qipao rouge devant eux, car il avait été identifié par son ADN, mais était resté introuvable jusque-là.
Au commissariat, après l’interrogatoire de l’assassin, le policer raconta à Huang :
« Maïko, la jeune femme que vous avez trouvé morte, était une ressortissante japonaise propriétaire d’un centre commercial sur la rue Nanjing Ouest. Son frère voulait raser ce centre pour y construire une résidence de luxe. Mais Maïko n’était pas d’accord. Alors sachant qu’il était son unique famille et qu’il hériterait du centre commercial à sa mort, il l’a fait assassiner par l’homme que nous venons d’arrêter grâce à vous. »
Un mandat d’arrêt international fut ensuite émis contre Yukawa, le frère de Maïko et le vieux maître ouvrier reçut une belle récompense de la part de la police, ce qui lui permit d’offrir un appartement flambant neuf dans la ville nouvelle de Xinchengzhen, près du lac  artificiel de Dishui.« 

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Le texte de Zakariya :

« Traumatisé par sa découverte, et devant l’incompétence de la police de Shanghai, Huang s’était décidé à contacter Edward James, un enquêteur privé d’origine américaine qui lui devait un service.
Ensemble, ils menèrent alors l’enquête en découvrant d’abord qui était la victime. La jeune femme s’appelait Mulan. C’était une entrepreneuse qui possédait le quart d’un hôtel de luxe, dans le quartier des affaires de Shanghai et dont l’entreprise menait de nombreux travaux dans la ville. De quoi se faire beaucoup d’ennemis selon monsieur James.
Le soir du meurtre, Mulan était en qipao rouge car elle avait participé à la soirée d’inauguration d’un nouvel hôtel dans la vieille ville de Shanghai, construit par son entreprise.
Cet hôtel avait remplacé tout un quartier de vieilles maisons Shikumen, dont les habitants avaient été expulsés ou contraints d’aller vivre dans une ville nouvelle, dans la banlieue de Shanghai. Huang et James décidèrent donc de s’intéresser aux occupants de ces maisons, comme de possibles meurtriers.
Après quelques jours de recherche, ils découvrirent que deux frères, habitant l’une des maisons, avaient déjà fait de la prison pour des actes de violence et qu’ils menaient une vie de délinquants dans la vieille ville.
S’intéressant aux caméras de sécurité de l’hôtel, Huang et son ami enquêteur découvrirent que Chang et Chong, les deux frères, apparaissaient sur les enregistrements, se faisant passer pour des serveurs lors de la réception d’inauguration. La caméra du parking de l’hôtel avait même filmé les deux frères près de la voiture de la victime à la fin de la soirée.
Avec tous ces indices, les deux hommes décidèrent d’aller voir la police qui retrouva rapidement les deux frères. Ceux-ci avouèrent qu’ils avaient tué Mulan afin de se venger de la destruction de leur quartier et de leur « commerce ».
Ils furent condamnés à la prison et Huang et James reçurent une récompense de la famille de Mulan.
Heureux d’avoir trouvé les meurtriers de la jeune femme, Huang reprit alors ses joggings matinaux tout en espérant bien ne jamais plus découvrir un autre cadavre…« 

Fins de roman policier

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Voici les travaux de mes élèves de quatrième. Il s’agissait d’imaginer et d’écrire la fin du roman policier De soie et de sang dont ils avaient lu le début. L’histoire se déroule à Shanghai que nous avons étudié dans le cadre du chapitre « Espaces et paysages de l’urbanisation ». J’avais donné plusieurs consignes :
– il fallait connaître l’identité de l’assassin à la fin du texte ;
– l’un des « enquêteurs » devait être le vieil ouvrier du début ;
– le dénouement devait se dérouler dans un lieu réel et identifié de la ville.
Les travaux sont bien sûr de qualité variable, mais la plus grande partie des élèves ont joué le jeu. Et ce qui m’a fait très plaisir, c’est qu’un élève en très grande difficulté de compréhension et de rédaction a tout de même imaginé une histoire sur plus de quarante lignes, même si elles sont difficiles à lire. De leur côté, les élèves de mon amie Barbara ont rédigé la suite directe des premières pages du roman. Nous allons échanger les textes et proposer à nos élèves de choisir « les meilleurs » textes de chaque classe, dans une sortie de prix littéraire. À suivre donc.

 

Des haïkus sur Dakar

Voici les Haïkus composés par les élèves de l’une de mes quatrièmes ce matin durant la dernière séance sur les villes. À part quatre d’entre eux, tous ont joué le jeu malgré la difficulté que représente ce type d’exercice pour eux. Certains ont même rédigé plusieurs poèmes. Pour les écrire, ils avaient visionné un petit documentaire sur Dakar auparavant.

Dakar populaire
aime les éclats de rire
dans les rues

Dakar somptueuse
quartier Plateau d’immeubles
envie de voyager

Des muses qui conforment
des rubriques culturelles au conflit
du béton et machines

Les Dakarois vont
au marché des épices
pour la cuisine

Les Dakarois voient
la lune de leurs immeubles
et l’admirent ensemble

Dakar est luxueuse
exotique mais urbaine
les épices sont cuites

Le soleil brûle
le sable chaud sous nos pieds
l’eau les rafraichit

La population
le port de Dakar est grand
la ville est vivante

Dakar ville qui vit
des appels à la prière
dans les mosquées prier

Mosquée signal
la mosquée grande et pleine
des personnes jouent, luttent

Dakar est danse
population vivante
même la nuit

La plage de Dakar
pirogues colorées
joli paysage

La musique en ville
Dakar la populaire
tout le monde danse

Le sable fin et doux
sous nos pieds passe la mer
les poissons nagent

Les gens sont heureux
Ils dansent sur les grandes plages
les gens sont joyeux

Circulation pleine
Cheval qui tracte une charrette
port eau flotte

Dakar la somptueuse
ville riche hôtel luxueux
vivante même la nuit

Le soleil se couche
sur les grandes plages de Dakar
les personnes dansent

Les rues et marchés
chantent, dansent et vivent bien
bien que la chaleur est là

Dakar la populaire
Dakar la somptueuse
Dakar une belle ville

A deux nouveaux nés
égal un nouveau décès
donc Dakar grandit

 

Olonne, une ville où j’aimerai marcher

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le plan inventé d’Olonne

J’ai découvert Description d’Olonne sur ce site, en raison de la référence à Julien Gracq. Et c’est vrai qu’à la lecture, j’y retrouve des accents gracquiens.
La description partielle, partiale, empreinte de nostalgie, de cette ville située sur un fleuve en fond d’estuaire, non loin de la côte atlantique, rappelle beaucoup en effet La forme d’une ville que Gracq a consacrée à Nantes. Ce texte serait né du plan d’une ville imaginaire que l’auteur a dessiné un jour, par désoeuvrement.
Dans un autre livre, Tuiles détachées, Jean – Christophe Bailly a expliqué son habitude de se lancer ainsi dans « la réalisation patiente et pouvant durer plusieurs heures de plans de villes imaginaires commencés au crayon puis terminés au feutre, jusqu’à ce que la feuille soit remplie. Des villes comme cela je crois que j’en ai dessiné des centaines et je ne vois pas bien ce qui pourrait m’empêcher d’en dessiner encore. […] Une seule fois, confie Jean-Christophe Bailly, j’ai prolongé cette activité de pure perte en un livre, et ce fut Description d’Olonne. »
Professeur à l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois, il est aussi écrivain, poète et dramaturge. Il a écrit deux essais sur la ville : La phrase urbaine et La ville à l’oeuvre.

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Des élèves qui écrivent

En apprenant le travail que je leur demandais sur Shanghai, c’est-à-dire d’écrire les dernières pages d’un roman policier, les élèves de quatrième ont commencé par protester « que c’était trop dur », « qu’ils n’y arriveraient  jamais ». Ensuite, ils ont tenté de négocier un nombre de lignes, ce à quoi je répondais « peu importe tant que le lecteur pourra comprendre la fin de l’histoire après avoir lu seulement le début. » Et puis, durant la séance, la situation s’est débloquée. Une bonne partie des élèves s’est prise au jeu, cherchant des prénoms et noms chinois dans le roman original, me demandant comment s’appelait l’équivalent de la CIA en Chine, cherchant des marques automobiles chinoises sur Internet ou encore parcourant la carte du centre de Shanghai pour localiser leur récit. Certains se sont rendu compte qu’ils avaient déjà écrit trente lignes et qu’il n’avait pas encore terminé d’exprimer ce qu’ils voulaient… Bien sûr, quelques-uns ne jouent pas le jeu et soupirent en disant bien fort : « je n’y arrive pas », je n’ai pas d’idée », mais ils ne sont pas nombreux finalement.
Je récupère les brouillons d’une classe lundi et ceux des deux autres à la fin de la semaine prochaine.