Catégorie : Ils l’ont dit !

« ça n’existe pas les violences policières en France, c’est un mensonge » selon le politicien Christian Jacob

Le chef du parti Les Républicains a apporté son soutien à toutes les forces de sécurité. Dans certains cas, « s’il y a eu dérapage, la justice est saisie, les sanctions tomberont. Mais on assiste à un amalgame invraisemblable », s’est-il indigné. Non monsieur Jacob, il n’y a pas d’amalgame. Il n’y a en effet pas de police raciste par nature ni institutionnellement, jusqu’à preuve du contraire, du moins, mais il y a bien de nombreux policiers racistes. Il n’y a pas de violence institutionnelle, c’est évident, mais il y a de plus en plus de policiers violents en toute impunité.
La police des polices s’est vu confier 1460 enquêtes judiciaires en 2019, ce qui représente une hausse de 23,7% en un an. Plus de la moitié de ces saisines portent sur des accusations de violences des forces de l’ordre, selon le rapport annuel.
Ceci est inacceptable dans un pays comme le nôtre, qui se  donne si volontiers en exemple pour le monde entier..
J’ai honte de la police de mon pays dont le rôle est normalement de nous protéger, ainsi que des hommes politiques qui sont censés oeuvrer pour notre bien.

Je sens arriver les caricatures !

(J’aurai bien placé ici l’ouverture du film Le sens de la vie des Monty Python)

« Ici, on a vécu comme un passage du cap Horn avec un navire bien malmené, entouré de bateaux pirates qui n’avaient qu’une idée : nous faire couler plutôt que de s’intéresser à l’intérêt général. Mais on l’a passé. » Cette déclaration du ministre de l’Éducation nationale dans un entretien à Paris Match (!), outre son caractère exagéré, montre le besoin d’être vu et admiré de cet homme que j’aurai préféré de l’ombre.
Et à ses heures, il fait même de la poésie : « L’Éducation nationale s’est mise en mouvement et cela a bien fonctionné. Cette maison a longtemps été qualifiée de mammouth, mais c’est un peuple de colibris coordonnés ». Je n’aime pas trop être comparé à un oiseau, d’autant qu’il n’est pas noir, et en voyant la tête de ma femme à la lecture de cette phrase, je crois que elle non plus !

« J’aurais été plus populaire en supprimant l’oral de français, mais les élèves me remercieront dans dix ans, en se souvenant de leur lecture de Phèdre pendant le confinement.« 

Cette phrase du ministre de l’Education national, tiré de son entretien au Journal du Dimanche de ce jour, montre bien le fossé qui excite entre les hommes politiques et la vraie vie. Comment un homme, intelligent au demeurant, peut-il énoncer avec certitude une telle énormité ? C’est qu’il ne sait pas en réalité comment pensent, ressentent et agissent les élèves et qu’ils projettent sur eux l’élève qu’il a peut-être été ou celui qu’il aurait rêvé être. 

La phrase du jour

« la tonalité critique bien normale dans le débat démocratique n’est pas tellement pertinente dans les circonstances dans lesquelles nous vivons. »
C’est une citation du ministre de l’Education nationale (ne) répondant (pas) aux questions de députés de l’opposition au sujet de la réouverture des classes à partir du 11 mai, aujourd’hui… Je dois admettre qu’il a de l’aplomb. Cela rejoint cet article du journal Le Figaro d’aujourd’hui et fait peur pour le fonctionnement démocratique de notre pays.

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Après le dire, le faire ?

Le ministre français de l’Economie et des Finances a parlé de l’épidémie de Covid-19 comme d’un évènement qui change la donne dans l’économie de mondialisation. Selon lui, il y une « nécessité impérative de relocaliser un certain nombre d’activités et d’être plus indépendant sur un certain nombre de chaînes de production« .
Je reste sans voix devant l’importance de cette découverte ! Mais je doute que cette belle déclaration soit suivie d’un quelconque effet car l’épidémie sera terminée avant que ce chantier puisse être lancé, si la volonté est réelle, ce sont je doute fortement.

Eloge de la censure

Le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé a fait parler de lui (je suppose que c’était son objectif) pour sa première interview politique au micro de France Inter en louant la réactivité de la Chine dans la crise liée au coronavirus, mais surtout en estimant que la mainmise du pouvoir sur les réseaux sociaux avait favorisé la gestion sanitaire de l’épidémie : « La Chine a une capacité de réactivité. Elle a pris ses responsabilités en mettant en place des mesures de confinement et d’isolement très rapidement. Je ne suis pas sûr que ce serait possible de réaliser tout cela dans un pays dans lequel les réseaux sociaux seraient ouverts. Mais en tous les cas, la Chine a un système sanitaire, nous donne les informations dont elle dispose, je crois, en transparence. »
je m’interroge sur le degré de naïveté de ces propos…

Ah, et puis il y a cette nouvelle aussi…

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«Faire de l’histoire, c’est peut-être remplacer l’espace perdu par le temps…»

J’ai trouvé cette jolie phrase dans L’air du temps, texte que Michelle Perrot écrivit pour les Essais d’égo-histoire réunis par Pierre Nora en 1987. L’auteur se demande ainsi si son goût pour l’histoire ne vient pas en partie de la disparition progressive des lieux de son enfances. Un peu plus loin, elle raconte sa première rencontre avec ce qui ressemble à la science historique, à propos de l’étude de la Bible, lors de ses cours dans une école privée : «Les cours d’ « histoire sainte », comme on disait, étaient désormais assurés par un professeur de l’Institut catholique, l’abbé D…, pédagogue autant qu’érudit. Il nous initia à l’exégèse, à la critique interne et externe des textes, voire à leur histoire matérielle. On venait de découvrir les manuscrits de la Mer morte, preuve de l’existence historique du Christ. je ne sais is la question inquiétait personnellement l’abbé D…, mais il mettait un soin obsédant à nous démontrer l’authenticité et la véracité des Evangiles, à les distinguer des apocryphes. il lui importait aussi d’inclure la chronologie biblique dans l’histoire du bassin méditerranéen et l’histoire générale ; de dater, par exemple, la création de l’homme au sein des ères géologiques, de dater le Déluge par rapport aux mythes ou aux récits des autres religions, de replacer le passage de la mer Rouge dans l’histoire des dynasties pharaoniques, la passion du Christ dans le contexte socioculturel de l’Empire romain, veillant aussi à distinguer  ce qui était symbole et réel. La Bible cessait d’être seulement sainte, pour devenir un grand livre d’histoire qu’il fallait saisir dans toutes ses dimensions, de la Genèse à l’Apocalypse. (…) La naissance du christianisme prenait corps dans le bassin de la Méditerranée où foisonnaient des cultures diverses, dont il était solidaire, et nous avec lui

A propos de la future retraite des enseignants

Voici les propos tenus par le Président de la République à Rodez, lors du débat sur le thème des retraites :

Question d’une personne du public :
« Bonjour Monsieur le Président, je suis professeur ici en lycée à Rodez et fière de mon métier, je suis passionnée par mon métier et pourtant depuis 20 ans que j’enseigne j’ai vu les conditions de mon travail se dégrader. Cela ne m’a pas empêché de continuer et d’être toujours en grande activité. Cependant quand je vois la retraite que vous proposez je m’inquiète fortement. Tout à l’heure j’ai entendu vous avez dit une retraite de 1 200 euros pour un enseignant cela me choque un petit peu, peut-être vous vous êtes trompé ou j’ai mal entendu mais on a un bac + 5 et on est face à des jeunes régulièrement et notre travail donc est parfois un petit peu compliqué. On le voit dans l’actualité aussi. Donc j’aimerais juste que vous me rassuriez et que vous me redonniez confiance en cette réforme.« 

Réponse du Président :
« C’est la dernière. Il y a vous. D’abord, les niveaux de retraite dépendent beaucoup, comme vous le savez mieux que moi, si vous êtes prof, capésien, agrégé, à quel moment de votre carrière vous êtes parti, etc. Je ne prenais pas le niveau classique, je prenais un niveau de référence qui, à mon avis d’ailleurs, n’est pas totalement délirant. Parce que quand on regarde le niveau, quand vous êtes prof ça dépend de la part d’indemnités, d’heures sup que vous faites en fin de carrière, qui sont plus ou moins prises par votre système de retraite mais on est entre 1 000 et 1 200. À mon avis, sur la moyenne, je pense que je ne suis pas loin de la réalité, mais on pourra vérifier. Est-ce qu’on a les chiffres, Monsieur le Haut-commissaire. Oui, il va vérifier. Et puis, il y en a qui ont plus quand ils finissent agrégés. Aujourd’hui, sur l’ensemble du corps enseignant, le système actuel, et vous le disiez, est un système que je considère comme insatisfaisant parce que la carrière progresse peu, parce que la carrière, et moi j’ai une pensée pour votre collègue directrice d’école qui a commis le pire, soumise au stress, etc., dans une situation abominable parce que, comme vous le dites, Madame, directrice, il y a des fonctions d’encadrement qu’on ne reconnaît pas assez. Donc ça, c’est le deuxième point, en quelque sorte, le pacte social implicite qu’on a fait depuis des décennies dans l’Education nationale, c’est de dire : on ne vous paye pas très bien, votre carrière est assez plate mais elle peut avoir des bonds quand vous passer le CAPES, quand vous passez l’agrég, mais vous avez des vacances et vous partez à la retraite avec un système qui est mieux calculé que chez beaucoup d’autres parce que c’est le système où on calcule sur la base des six derniers mois, et après, il y a aussi certains autres. C’est pour ça aussi qu’il y a une grande diversité dans le corps enseignant. Ca dépend si vous faites des heures sup ou pas. Lesquelles sont maintenant défiscalisées et peuvent créer des variations de revenus importantes au sein du corps enseignant. Ca, c’est un peu le pacte social du corps enseignant. Ce pacte-là ne correspond plus à la réalité, ce qui est souhaitable je le dis très sincèrement. Et c’est pourquoi les enseignants comme quelques autres professions, je ne peux pas leur dire du jour au lendemain, vous allez passer dans le nouveau système parce que leur système est calculé sur les six derniers mois. Si je passe au nouveau système qui est tout au long de la vie, tous les enseignants seront lésés. Donc le passage au nouveau système pour les enseignants ne peut aller qu’avec une transformation de la carrière, de repenser la carrière dans toutes ses composantes. Et c’est pour ça que j’assume, sur certaines catégories qui sont très spécifiques, d’avoir un temps de transition qui peut être plus important parce qu’on doit penser la dynamique salariale et la carrière. Donc, je vais me corriger tout de suite, en direct. Mais ça, c’est pour les enseignants ou pour tous les retraités ? Je lis ce qui m’est donné par le Haut-commissaire : 2 600 euros de pension moyenne pour les nouveaux retraités de l’enseignement. Les enseignants titulaires partis en 2017 ont perçu une pension de retraite mensuelle moyenne de 2 600 euros. Cette moyenne de 2 600 euros cache des inégalités entre enseignants du premier degré public et second degré public. C’est la diversité qui fait que peut-être, vous ne vous y retrouvez pas. À mon avis, 2 600, faudra me dire comment on les retrouve, parce que les enseignants en font partie. Mais moi je pense à mes 1200, je ne suis pas dans le faux. Vous étiez enseignante ? Donc je ne suis pas dans le faux. Madame était enseignante, elle est à 1140. Bon, ça me rassure. Non mais c’est bien voilà.

Non mais quand je vous disais 1 200 euros, je n’étais pas dans le délire. Non mais c’est très important parce que attendez. Là, on parle beaucoup de chiffres. Je veux quand même clarifier les choses pour vous. Madame elle me dit : on va prendre les 25 meilleures années. Quand vous êtes dans le privé, comme vous, comme vous; on va prendre vos 25 meilleures années mais sur ces 25 meilleures années, ce sera 50% du salaire de référence. Quand vous êtes dans le public, on prend vos six derniers mois et c’est 75 % du salaire, c’est ça la grande différence qui crée aussi des inégalités qui fait que plus personne s’y retrouve. Ça, c’est le système actuel. Et quand je regarde le salaire de fin de carrière des professeurs, il y a beaucoup de variations mais quand je vous dis que je suis autour de 1 100-1 200 euros, je pense que je ne suis pas complètement déconnant, par rapport à une fin de carrière de prof. Il y en a qui touchent beaucoup plus quand ils font des heures sup, quand ils sont agrégés ou autre, il y en a qui touchent un peu moins mais je suis peut-être en dessous de la moyenne, mais je suis dans la réalité et votre voisine le montre. donc, d’abord, premier point, parce que c’était votre angoisse. Vous me disiez : 1 200 euros, j’y crois pas du tout. Ça montre bien que notre système actuel, il n’est même pas lisible pour les actifs qui sont fonctionnaires et qui devraient pouvoir, dans une carrière où vous n’êtes pas licenciable donc, vous devriez pouvoir calculer votre retraite. Ça veut dire qu’un enseignant aujourd’hui, de la fonction publique d’Etat, il ne sait pas calculer sa retraite et il a peur, premier point. Alors moi, je vais essayer de vous rassurer, d’abord en vous disant : tout le monde passe au même système, visibilité et transparence. Deuxième point : en vous disant, ce pacte social que je décrivais pour les enseignants, on ne va pas y mettre fin du jour au lendemain, parce qu’on va se donner du temps, comme d’ailleurs, pour certaines professions médicales que j’évoquais, pour les policiers, pour les gendarmes, on doit se donner du temps parce qu’on doit repenser la carrière. Moi, c’est ce que je veux qu’on fasse sur 5-10 ans. Là aussi, ce n’est pas quelque chose qui se fait en six mois, si je revalorisais, comme je veux le faire, l’ensemble des enseignants -quand on parle de l’Éducation nationale dans notre pays, on parle d’un million de fonctionnaires, c’est le premier employeur du pays. Si je voulais revaloriser, c’est 10 milliards. On ne peut pas mettre 10 milliards demain, c’est vos impôts. C’est le déficit, c’est la dette pour nos enfants donc c’est investir sur notre éducation. Il faut repenser la carrière, ça veut dire qu’il faut qu’on arrive à ce que la carrière progresse davantage, qu’on ait un vrai dialogue avec l’ensemble des enseignants et leurs représentants pour dire comment on fait mieux progresser la carrière, comment on paye mieux. Comment, du coup, parce qu’on paye mieux, peut-être on change aussi le temps de travail et la relation au travail. Et je pense que les enseignants de votre génération y sont tout à fait prêts, et le font d’ailleurs bien souvent hors du temps scolaire, d’accompagner les jeunes différemment, que ce soit valorisé, que ça puisse être demandé aux enseignants, que le métier change, qu’on regarde aussi les périodes de vacances par rapport aux autres et puis qu’on pense sa carrière en valorisant beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui les périodes d’encadrement. Aujourd’hui, quand vous êtes directeur dans le primaire, directeur de collège, c’est terrible. C’est sous-valorisé, ça crée des situations de stress très dures, et donc peut-être qu’on valorise mieux cela. Et puis, qu’on intègre aussi qu’à des moments de la carrière, on ne doit plus être devant des élèves parce que si on dit tous : on va travailler un peu plus longtemps, eh bien je suis désolé mais il se trouve que je connais bien votre métier, j’ai une grand-mère qui m’a élevée et qui y a passé sa vie et j’ai une épouse qui a fait votre métier, c’est pas vrai qu’on peut jusqu’à 65 ans être devant des élèves de manière innocente. Ca dépend après des tempéraments, ça dépend des classes que l’on a face à soi, ça dépend de la réalité, mais quand on est dans une situation difficile, qu’on on a des gamins turbulents, à 55 ans, on en a marre, on est usés et donc, il faut pouvoir avoir un job en rectorat ou dans des fonctions où on sera moins exposé aux élèves. Il y a d’autres endroits où c’est beaucoup plus plaisant. Les profs ont des classes plus réduites. Ca se passe mieux. Ca, ça s’apprécie, ça s’appelle gérer une carrière. Ca s’appelle faire de la gestion des ressources humaines. On l’a fait insuffisamment. On doit réinventer, ca veut dire donc valoriser les carrières, valoriser l’évolution de la carrière différemment, le prendre en compte pour permettre aux enseignants de rentrer dans le système et que les retraités du système de demain se retrouvent au même niveau que les retraités du système d’aujourd’hui, mais avec une carrière plus intelligente. Parce qu’aujourd’hui, il n’est pas un bon système, où on dit à des enseignants : ‘’vous allez vous serrer la ceinture, vous serez mal payé toute votre vie et votre retraite sera mieux calculée que pour les autres.’’ On n’est plus dans un monde où les gens acceptent ça. Donc, sur ces sujets, ce que je veux qu’on fasse, c’est qu’on ouvre une vraie concertation qui va permettre de penser la carrière, l’investissement qu’on fait, et du coup le temps de transition et on fera converger tout le monde vers de nouveaux systèmes, à mesure qu’on arrive à avoir une carrière qui corresponde à un système plus juste. Mais on va le faire en transparence. Moi, je vous dis là mes convictions, mes intuitions parce que votre question était très directe, je corrige peut-être aussi des a priori qu’on peut avoir, anxiogènes, qui sont faux mais ça va être un des objets de discussions. Et moi, j’assume que sur quelques professions qu’on a évoquées, ce soir, on se donnera le temps parce que c’est des professions où il faut, en fait, changer le travail pour permettre de passer au nouveau système de retraite. »

Je ne sais pas si je suis rassuré !

Paroles d’historien

Voici ce que pense Carlo Ginzburg de l’identité européenne et de l’histoire nationale (par opposition à l’histoire mondiale) :

« Puisqu’il est selon vous possible de parler de l’Europe comme d’une échelle historique pertinente, quels seraient les éléments historiques, culturels et géographiques composant cette réalité actuelle ?

C’est une bonne question, mais nous revenons ici au problème de l’anachronisme, dont je parlais tout à l’heure. Par exemple, s’il ne fait aucun doute, à mon avis, que l’Europe a été construite contre les Turcs, cela ne peut servir en aucun cas servir d’argument aujourd’hui pour dire que la Turquie ne peut faire partie de l’Europe. C’est un cas, assez extrême si vous voulez, de la relation complexe qui existe entre une réalité historique passée et une réalité historique en construction. À mon avis, il serait illégitime d’utiliser l’histoire de l’Europe telle qu’elle a été construite pour lui fixer des limites aujourd’hui, car il me semble que le terme d’identité est un terme politique qui n’a aucune valeur analytique. L’identité européenne n’existe pas, tout comme il n’y a pas d’identité française, italienne, juive, etc. Ce sont des termes fictifs qui sont utilisés comme armes politiques. Je sais que Ratzinger a parlé de l’identité chrétienne européenne, mais c’est une construction politique. Que faire des communautés non chrétiennes qui vivaient en Europe ? Cette idée du Turc – et la majuscule souligne à quel point je parle ici d’une construction culturelle et politique des Européens – est une idée contre laquelle s’est construite l’idée de l’Europe ; ce n’en est pas moins un élément de cette construction puisque ce concept du Turc a participé à la prise de conscience de l’Europe par les Européens.

(…)

En France, les intellectuels néonationalistes attaquent l’histoire dite mondiale. Comment répondriez-vous à ces attaques ?

Très simplement. Si l’on considère l’histoire de l’historiographie dans une perspective à long terme, l’histoire d’un point de vue national est une des nombreuses possibilités, un des nombreux moments de l’écriture de l’histoire. C’est justement pour cela qu’il est absurde de l’identifier à l’Histoire. Ajoutons qu’aucun de ces labels – de ces moments historiographiques – ne sont des gages de qualité : une mauvaise microhistoire est une mauvaise microhistoire, de même qu’une mauvaise histoire nationale est une mauvaise histoire nationale. L’une des richesses de la science historique vient de sa diversité et, inversement, le risque est de voir un courant historiographique s’identifier à l’Histoire.

Et ne pensez-vous pas que l’histoire structurellement nationale peut éviter de se présenter comme une Histoire ?

L’histoire nationale qui essentialise les identités – française ou italienne – ne peut que se confondre avec l’Histoire parce qu’elle pèche doublement, par ethnocentrisme et par anachronisme. Les identités ne sont pas fixes ou éternelles, ce sont des constructions. C’est cela qu’il est intéressant d’analyser et, en ce sens, il est possible de faire une histoire de qualité qui pose la question des nations. Ce n’est pas toujours facile. Prenez l’exemple de l’Italie, la construction de l’État italien unifié a été plus tardive. Face au polycentrisme de la réalité italienne, la construction d’une perspective unitaire a été difficile et, en conséquence, ce processus est historiquement beaucoup plus difficile à interpréter.
Dans le cas de la France, on identifie tout de suite certains éléments de la constructions : « Nos ancêtres les Gaulois… » par exemple. La mauvaise histoire nationale veut faire de cette affirmation une catégorie analytique. C’est absurde. Je crois au contraire qu’il faut la mettre à distance pour l’étudier et comprendre ce qu’elle dit du processus de construction de l’identité nationale. »

Ces propos sont extraits d’un entretien au site Le Grand Continent du Groupe d’Études Géopolitiques de l’ENS.

Ainsi parlait Ernest Lavisse

« Enfant, tu vois sur la couverture de ce livre les fleurs et les fruits de la France. Dans ce livre, tu apprendras l’histoire de la France. Tu dois aimer la France, parce que la nature l’a faite belle et parce que son histoire l’a faite grande. » Cette phrase ornait la couverture du manuel scolaire publié en 1912. Serait-ce l’un des livres de chevet de l’actuel ministre de l’Education nationale ? J’avoue avoir beaucoup lu Lavisse et Michelet étant jeune et cela fut sans doute mon premier contact avec l’histoire, en plus de la série  La vie privée des hommes. Mais je sais aujourd’hui le contenu idéologique souvent gênant de ces deux auteurs même si j’apprécie toujours leurs styles. Ce n’est pas l’histoire que je veux enseigner aux élèves car je souhaite les ouvrir au monde et non les faire se replier sur ce petit et orgueilleux pays qu’est la France.