Catégorie : Ils l’ont dit !

Un livre pour faire un sort à l’innovation en pédagogie ?

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Je pense comme monsieur Tricot, que ce que nous appelons souvent pompeusement innovation n’est le plus souvent que de la récupération de méthodes anciennes. Mais ce livre semble le démontrer de manière rigoureuse.

Un exemple de « vieux pot », cette citation d’Yves Chevallard didacticien des mathématiques, datant de 1986 :
« L’enseignant n’a pas pour mission d’obtenir des élèves qu’ils apprennent, mais de faire en sorte qu’ils puissent apprendre. Il a pour tâche, non la prise en charge de l’apprentissage mais la création des conditions de possibilité de l’apprentissage ».

 

Des voeux d’un monde tourmenté

Pour démarrer cette année 2018, Le Monde, The Guardian, El Pais et Der Spiegel,  ont demandé à 18 réfugiés (issus de 18 pays d’où proviennent près de 90 % de tous les déplacés) quels étaient leurs espoirs pour cette nouvelle année.

Nuela Etaku, 18 ans, Sud-Soudanais réfugié en Ouganda dans le camp d’Imvepi :
« J’aimerais que la guerre se termine et que nous puissions aller chercher mes parents. Si je dois rester ici, en Ouganda, alors j’espère que nous aurons assez à manger et que nous serons en sécurité. Mais avant tout j’aimerais commencer à être formé comme infirmier. »

Ahmed Khamis, 27 ans, Soudanais originaire du Darfour du Sud, réfugié en France à Vichy :
« Ça fait bientôt deux ans que je suis en France, six mois que j’ai le statut de réfugié et ça y est, j’ai mon appartement ! Ç’a été très difficile de le trouver, mais maintenant je peux souffler un peu. Ma priorité pour 2018, c’est de trouver un travail. J’aimerais pouvoir faire venir ma femme, qui est toujours à Nyala, mais je dois d’abord avoir une situation. J’ai eu un entretien pour être conducteur de poids lourd. J’espère que ça va marcher.»

Marwa Kadhim, 29 ans, Irakienne réfugiée en Turquie à Samsun :
« Mon espoir pour la nouvelle année est de retrouver mes parents, réfugiés en Allemagne. Mon inquiétude quotidienne est la possibilité de perdre un autre parent cher en Irak. Mon frère a été tué en 2014.»

Behrouz Boochani, 34 ans est un Iranien détenu en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Il a envoyé ce message de l’île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou le gouvernement australien a ouvert en 2012 un centre de détention pour les réfugiés et demandeurs d’asile ayant tenté d’entrer sur son territoire :
« Je vous écris de Manus, une île isolée au cœur de l’océan Pacifique. Je suis en détention indéterminée ici depuis près de cinq ans, comme environ 2 000 hommes, femmes et enfants que le gouvernement australien a exilés dans les îles Manus et Nauru. En 2018, j’espère que le gouvernement australien nous rendra notre liberté.
Je rêve que tous les gens qui ont quitté leur pays à cause de la guerre, de la discrimination et des persécutions se retrouvent dans un endroit sûr qui leur donnera l’occasion de commencer une nouvelle vie. À l’échelle mondiale, tant de gens sont morts à cause de la guerre et des millions de personnes sont devenues des réfugiés. Je souhaite que 2018 soit une année de paix, de justice et de compassion pour tous les réfugiés dans le monde. »

Anastasia Gundar, 27 ans, Ukrainienne réfugiée en Russie :
« J’ai fui l’est de l’Ukraine en février 2015, lorsqu’il y avait des combats sévères dans le Donbass. J’espère retrouver une vie normale, une vie où je ne suis pas constamment nerveuse, où le sol ne cède pas en permanence sous mes pieds. Je crains pour ma famille à Louhansk. Les combats sur la ligne de front créent certains risques, mais je suis plus préoccupée par l’impact de la lutte pour le pouvoir entre les groupes rebelles. Plus je suis loin de ma famille, moins je peux aider et moins je comprends leur vie.
Les Ukrainiens doivent se réveiller pour cesser de tomber dans l’abîme. Peu de gens comprennent la réalité de la vie dans l’Est. Les deux camps sont coupables de crimes, mais les gens ont une compréhension très superficielle et voient tout en noir et blanc. La guerre n’est pas le problème principal de l’Ukraine, c’est la corruption. Sauf que les gens sont comme des petits rongeurs, ils courent vers le bord de la falaise et ne voient pas qu’ils se font voler. Cela doit changer. »

Akram Ben Boubker, 28 ans, est un Libyen réfugié en Italie. En Libye, il était mécanicien, puis, pendant la guerre, il a perdu son atelier et a été contraint d’accumuler des dettes pour rembourser les dommages. Sans travail et avec ses créanciers qui voulaient le tuer s’il ne rendait pas chaque centime, Akram a dû fuir. Pendant les conflits, en 2012, il a été touché par une balle à la jambe. Il a été opéré deux fois, à Tripoli, mais sa jambe a besoin d’une troisième opération :
« Je ne savais plus quoi faire, je n’avais pas l’argent et Tripoli était devenu trop dangereuse. J’ai décidé de fuir pour gagner ma vie en Europe. Je n’ai pas de maison, je vis dans la rue, je dors où je peux. Pour survivre, de temps à autre, je travaille dans les champs, en cueillant des fruits et légumes. Qu’est-ce que j’attends de la nouvelle année ? Tant de choses, comme chaque année. J’espère revoir mon frère. Il est tombé malade après un accident à Milan, où il a été heurté par un tramway. J’espère trouver un emploi stable. J’ai peur de ne pas trouver un foyer. J’ai peur de devoir dormir dans la rue pour le reste de ma vie. »

Ayaanle Ahmed Ibrahin, 24 ans, Somalien réfugié en Italie :
« Mogadiscio est devenue impossible à vivre. Des soldats partout dans les rues, des policiers corrompus, des miliciens Chebab. Mon père est mort il y a quelques années. Mon frère a été rendu aveugle par l’effondrement de sa maison. Nous n’avions ni argent ni travail. J’étais le seul espoir de soutenir ma famille. Je suis parti avec ma femme pour la Libye.
Mon rêve ? L’année prochaine, j’espère jouer au foot, trouver une équipe ici, en Italie. Je veux vivre ici. En Somalie, je n’ai pas eu la chance de montrer mon talent sur le terrain. J’espère pouvoir le faire en Europe. Ma peur ? J’ai peur de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de ma famille [il est sur le point de devenir père]. J’ai peur de ne pas trouver de travail. »

Ruaa Abu Rashed, 24 ans, est une Syrienne réfugiée en Allemagne :
« Ma famille et moi sommes arrivés en Allemagne en novembre 2013. J’ai vu un de mes meilleurs amis mourir à la guerre et j’ai failli me noyer dans la Méditerranée. J’ai appris l’allemand et j’ai travaillé pour atteindre mon objectif : étudier la médecine pour aider les personnes dans le besoin. Comme mes notes étaient bonnes mais pas extraordinaires, j’étudie finalement la technologie médicale. Cela me plaît, mais j’ai toujours l’espoir de devenir médecin. Je vais essayer de nouveau au printemps, je croise les doigts.
Mes parents ont beaucoup de mal à s’adapter en Allemagne. Ils ont tout perdu, leur maison, leur ferme. Aujourd’hui, ils sont en sécurité mais leur vie est faite de dépendances : protection sociale, cours de langue… J’espère qu’ils pourront retrouver le sentiment d’être les créateurs de leur propre vie. Ma plus grande crainte, c’est de ne plus revoir mes grands-parents. Ils vivent toujours à Damas, où la situation est dangereuse et la vie difficile. L’électricité est coupée régulièrement et les choses de base comme la nourriture deviennent de plus en plus chères. »

Abubakkar Yousafzai, 27 ans, Pakistanais déplacé à Karachi :
« Je suis venu à Karachi et j’ai beaucoup lutté, j’ai soutenu mes deux frères et ma sœur. Je travaille avec une ONG dans le domaine de l’éducation. Nous faisons du travail de sensibilisation, mais nous sommes menacés par les talibans et par les forces de sécurité. Les services secrets nous prennent pour des espions et les talibans nous détestent.
Je n’ai pas de grands espoirs. Le truc, pour 2018, c’est plutôt de devenir réaliste. J’espère que le gouvernement sera stable, la société fonctionne mieux quand règnent la loi et l’ordre. La sécurité s’est un peu améliorée, mais les extrémistes ciblent toujours les gens. Si la situation actuelle se poursuit, le terrorisme reviendra et les mêmes incidents se reproduiront. J’espère que cela changera. »

Busine Diouf (c’est un nom d’emprunt), est une Centrafricaine vivant dans le camp de réfugiés de l’aéroport de la capitale :
« J’ai fui ma maison le 25 décembre 2013. Les miliciens de la Seleka sont venus dans mon quartier avec beaucoup de voitures, beaucoup de fusils, ils ont attaqué tout le monde et ont commencé à brûler des maisons et à tuer de jeunes hommes. Je suis partie avec ma famille pour aller au camp de réfugiés près de l’aéroport.
Quand je me suis enfuie, je n’ai rien pris, alors après un certain temps je suis retournée chez moi chercher des affaires et des vêtements. J’étais seule. Je n’ai pas vu que quatre hommes se cachaient près de la maison. Ils m’ont attaquée, m’ont violée un par un. L’un des hommes voulait me tuer, mais les autres l’en ont empêché. Puis ils sont montés dans une voiture et sont partis.
J’ai été découverte par des femmes qui étaient en route pour le camp de réfugiés. Il y avait un hôpital dans le camp, mais pas assez de médicaments. Je n’ai pas eu de test de dépistage de la maladie. J’aimerais obtenir justice et punir ces hommes. Mais je ne connais pas leurs visages. Même si je portais plainte, ça ne marcherait pas. Cela me fait beaucoup de mal.
Ce que je veux maintenant, c’est reconstruire ma vie. Je veux recommencer une nouvelle affaire. Je veux vraiment qu’on m’aide à commencer une nouvelle vie. »

Narul Amin, 12 ans, est un enfant Birman réfugié au Bangladesh :
« Je ne suis pas heureux au Bangladesh. Mon pays et mon village me manquent tellement. J’ai laissé deux chèvres, Lal Fari et Hasha, dont je me suis occupé quand elles étaient petites. Je ne sais pas si elles sont vivantes ou mortes. Je dois retourner en Birmanie et vivre à nouveau dans notre village. Si le gouvernement birman nous rend nos droits, nous serons en sécurité là-bas. J’aime aller à l’école. Sinon, je n’aime rien ici au Bangladesh. Je veux être une personne instruite. Une personne très instruite, comme un mollah. Mon grand-père était mollah très célèbre et je veux être comme lui. »

Edward Mola Rushambara, 24 ans, Congolais réfugié au Kenya est né dans le camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya, dont il n’a pas bougé :
« Ma mère a fui la République Démocratique du Congo parce qu’elle craignait d’être emprisonnée ou peut-être tuée. Quand elle s’est enfuie, elle était enceinte de moi. Dans le camp, c’est très dur. Le pire, c’est pour les enfants, parce qu’ils ne savent pas ce qui se passe.
En 2018, si Dieu pouvait se souvenir de moi et me faire installer hors du camp, dans un pays développé, ce serait une bonne chose pour moi. Je pourrai retourner à l’école, obtenir de bonnes notes et réaliser mon rêve : travailler dans l’humanitaire, avec des enfants, partout dans le monde. »

Taqiah Ali Mansour, 45 ans, Yéménite déplacée à Sanaa :
« J’espère retourner chez moi, dans mon village, que quelqu’un m’aidera à reconstruire ma maison de toutes pièces et que la guerre prendra fin en 2018, car nous sommes dévastés. J’espère que je pourrai revoir ma famille, qui vit dans la ville de Taïz, où mon mari a été tué alors qu’il rentrait chez lui.
Ma santé s’est détériorée, je n’ai pas reçu de soins médicaux. Je suis vraiment triste que la guerre ait ravagé ma maison et ma vie. J’espère que l’Arabie saoudite mettra fin à ses bombardements et à son siège. J’espère également que les forces soutenues par les Houthi et les Hadi cesseront les combats et nous laisseront vivre en paix. »

Olivier N., 19 ans, est un Burundais réfugié en Ouganda :
« J’espère que 2018 concrétisera mon rêve de poursuivre mes études, que ma passion pour la course à pied se réalisera, mais surtout que le Burundi redeviendra pacifique pour que les Burundais puissent y vivre ensemble sans peur d’être tués ou injustement emprisonnés. Etre loin de mon pays, de ma famille et de tout ce que j’avais est dur, mais j’ai de la chance et je remercie Dieu d’avoir pu fuir en Ouganda, où j’ai trouvé refuge depuis deux ans et demi. »

Orlando Burgos Garcia, 52 ans, Colombien déplacé à Bogota :
« Personnellement, j’ai peur que 2018 ne soit pas différente des autres années. J’ai été déplacé pour la première fois en 2000 et je n’ai toujours pas de qualité de vie digne de ce nom. Ceux d’entre nous qui ont été déplacés et qui ont fui sans rien n’ont toujours pas de soutien du gouvernement. Je suis une victime aux yeux de la société colombienne et cela signifie un statut inférieur.
J’espère que les miens continueront à se battre pour leurs droits. Heureusement, mes enfants travaillent maintenant et construisent une vie loin de là où nous avons été déplacés. Mais des familles comme la nôtre souffrent de traumatismes. La guerre [entre le gouvernement et les FARC] nous a fait du mal et nous avons besoin d’aide pour accomplir notre vie.
Je travaille depuis longtemps avec les personnes déplacées. Le gouvernement a adopté une loi sur les victimes en 2011, mais ce n’est qu’un écran de fumée. Il dit que les personnes déplacées recevront une indemnisation, mais ce n’est pas vrai. J’espère que la communauté internationale nous écoutera, mais je crains que nous ne continuions de vivre dans cette incertitude sur nos droits et notre sécurité. »

Aives Samuel Maiorana Flores, 34 ans, Vénézuélien réfugié en Espagne :
« Mon pays va de mal en pis. Il n’y a pas de médicaments, pas d’argent, pas de liberté. Il n’y a rien. Mon souhait pour 2018 est que la situation s’améliore, que la reconnaissance des droits soit rétablie, qu’il y ait une véritable démocratie. J’espère vraiment que ça arrivera vite, mais je n’y crois pas. Le Venezuela est dans une impasse. Le seul moyen est de changer de Constitution.
L’année 2018 sera déterminante pour moi, car je verrai si l’Espagne accepte ma demande d’asile. J’étais avocat et je fais une maîtrise en Espagne. Si la réponse est négative, je ne sais pas quoi faire.
Au Venezuela, j’avais peur tous les jours. J’ai reçu des menaces à la fois parce que j’étais homosexuel et pour mon idéologie, j’ai été enlevé par les militaires pour avoir participé à une manifestation de l’opposition. Ma vie ici est beaucoup plus calme, sur le plan personnel et émotionnel, mais je crois que chaque migrant aspire à mourir dans son pays. J’espère retrouver ma famille et mes amis et reprendre cette vie que j’ai laissée derrière moi. »

Deborah Morphus, 24 ans, est une Nigériane réfugiée au Tchad :
« Je suis venue ici à cause de Boko Haram, qui a attaqué notre village. Nous nous sommes enfuis, mais ma mère était trop vieille pour fuir, alors ils l’ont tuée. Il n’y a pas de paix dans notre village, Boko Haram y est toujours. Certains y sont retournés : ils ont peur mais ils ont des emplois là-bas. Mon père y est toujours. Je l’appelle toutes les semaines. Je demande toujours des nouvelles et si les gens sont vivants ou morts. Je ne veux pas retourner au Nigeria, je n’aime pas la vie là-bas, il n’y a pas de paix. J’aimerais avoir l’argent pour aller voir mon père, mais je ne resterai pas. »

Nasrat, 17 ans, Afghan réfugié en Suède :
« Nous rêvons juste de pouvoir vivre dans un pays où nous n’aurons pas peur de mourir. Je rêve de pouvoir faire sortir mon frère de 7 ans de l’Afghanistan. Il place beaucoup d’espoir en moi, mais il ne sait pas que j’ai reçu un avis d’expulsion.
Nos parents ont été tués par les talibans. Nous avons le droit de demander trois fois une révision de la décision d’immigration [en Suède], mais après trois refus, nous sommes arrêtés et mis dans un avion. Je fais trop de cauchemars. »

L’article original est ici.

 

Arthur Schopenhauer était un c…

Beurk !

Schopenhauer

«… Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est
 destinée ni aux grands travaux de l’intelligence, ni aux
 grands travaux matériels. Elle paie sa dette à la vie non
 par l’action mais par la souffrance, les douleurs de l’enfantement, les soins inquiets de l’enfance ; elle doit
 obéir à l’homme, être une compagne patiente qui le 
rassérène. Elle n’est faite ni pour les grands efforts, ni pour les peines ou les plaisirs excessifs ; sa vie peut 
s’écouler plus silencieuse, plus insignifiante et plus 
douce que celle de l’homme, sans qu’elle soit, par 
nature, ni meilleure ni pire.

Ce qui rend les femmes particulièrement aptes à
 soigner, à élever notre première enfance, c’est qu’elles 
restent elles-mêmes puériles, futiles et bornées ; elles
 demeurent toute leur vie de grands enfants, une sorte d’intermédiaire entre l’enfant et l’homme. Que l’on observe une jeune fille folâtrant tout le long du jour avec
 un enfant, dansant et chantant avec lui, et qu’on imagine 
ce qu’un homme, avec la meilleure volonté du monde, 
pourrait faire à sa place.

Chez les jeunes filles, la nature semble avoir voulu
 faire ce qu’en style dramatique on appelle un coup de 
théâtre ; elle les pare pour quelques années d’une beauté, 
d’une grâce, d’une perfection extraordinaires, aux
 dépens de tout le reste de leur vie, afin que pendant
 ces rapides années d’éclat elles puissent s’emparer for
tement de l’imagination d’un homme et l’entraîner à se
 charger loyalement d’elles d’une manière quelconque. 
Pour réussir dans cette entreprise la pure réflexion et
 la raison ne donnaient pas de garantie suffisante. Aussi
 la nature a-t-elle armé la femme, comme toute autre
 créature, des armes et des instruments nécessaires pour
 assurer son existence et seulement pendant le temps
 indispensable, car la nature en cela agit avec son 
économie habituelle : de même que la fourmi femelle, 
après son union avec le mâle, perd les ailes qui lui 
deviendraient inutiles et même dangereuses pour la 
période d’incubation, de même aussi la plupart du temps, après deux ou trois couches, la femme perd sa beauté, sans doute pour la même raison. De là vient 
que les jeunes filles regardent généralement les occupations du ménage ou les devoirs de leur état comme
 des choses accessoires et de pures bagatelles, tandis
 qu’elles reconnaissent leur véritable vocation dans 
l’amour, les conquêtes et tout ce qui en dépend, la toilette, la danse, etc.

Plus une chose est noble et accomplie, plus elle se
 développe lentement et tardivement. La raison et l’intelligence de l’homme n’atteignent guère tout leur développement que vers la vingt-huitième année ; chez la
 femme, au contraire, la maturité de l’esprit arrive à la 
dix-huitième année. Aussi n’a-t-elle qu’une raison de 
dix-huit ans bien strictement mesurée. C’est pour cela
 que les femmes restent toute leur vie de vrais enfants. 
Elles ne voient que ce qui est sous leurs yeux, s’attachent
 au présent, prenant l’apparence pour la réalité et préférant les niaiseries aux choses les plus importantes. Ce 
qui distingue l’homme de l’animal c’est la raison ; 
confiné dans le présent, il se reporte vers le passé et 
songe à l’avenir : de là sa prudence, ses soucis, ses 
appréhensions fréquentes. La raison débile de la femme
 ne participe ni à ces avantages, ni à ces inconvénients ; 
elle est affligée d’une myopie intellectuelle qui lui permet, 
par une sorte d’intuition, de voir d’une façon pénétrante
 les choses prochaines ; mais son horizon est borné, ce
 qui est lointain lui échappe. De là vient que tout ce qui 
n’est pas immédiat, le passé et l’avenir, agissent plus 
faiblement sur la femme que sur nous : de là aussi ce 
penchant bien plus fréquent à la prodigalité, qui parfois touche à la démence. Au fond du cœur les femmes
 s’imaginent que les hommes sont faits pour gagner de 
l’argent et les femmes pour le dépenser ; si elles en sont 
empêchées pendant la vie de leur mari, elles se dédom
magent après sa mort. Et ce qui contribue à les con
firmer dans cette conviction, c’est que leur mari leur
 donne l’argent et les charge d’entretenir la maison. —
 Tant de côtés défectueux sont pourtant compensés par 
un avantage : la femme plus absorbée dans le moment
 présent, pour peu qu’il soit supportable en jouit plus 
que nous ; de là cet enjouement qui lui est propre et la 
rend capable de distraire et parfois de consoler l’homme
 accablé de soucis et de peines.

Dans les circonstances difficiles il ne faut pas dédai
gner de faire appel, comme autrefois les Germains, aux 
conseils des femmes ; car elles ont une manière de con
cevoir les choses toute différente de la nôtre. Elles vont
 au but par le chemin le plus court, parce que leurs 
regards s’attachent, en général, à ce qu’elles ont sous
 la main. Pour nous, au contraire, notre regard dépasse
 sans s’y arrêter les choses qui nous crèvent les yeux, et 
cherche bien au delà ; nous avons besoin d’être ramenés 
à une manière de voir plus simple et plus rapide. Ajoutez à cela que les femmes ont décidément un esprit
 plus posé, et ne voient dans les choses que ce qu’il y a 
réellement ; tandis que, sous le coup de nos passions 
excitées, nous grossissons les objets, et nous nous peignons des chimères.

Les mêmes aptitudes natives expliquent la pitié, l’humanité, la sympathie que les femmes témoignent aux 
malheureux, tandis qu’elles sont inférieures aux hommes en tout ce qui touche à l’équité, à la droiture et à la 
scrupuleuse probité. À cause de la faiblesse de leur
 raison, tout ce qui est présent, visible et immédiat, 
exerce sur elles un empire contre lequel ne sauraient 
prévaloir ni les abstractions, ni les maximes établies, 
ni les résolutions énergiques, ni aucune considération
 du passé ou de l’avenir, de ce qui est éloigné ou absent
. Elles ont de la vertu les qualités premières et principales, mais les secondaires et les accessoires leur font défaut….. Aussi l’injustice est-elle le défaut capital des natures féminines. Cela vient du peu de bon sens et de réflexion que nous avons signalé, et ce qui aggrave
 encore ce défaut, c’est que la nature, en leur refusant
 la force, leur a donné, pour protéger leur faiblesse, la 
ruse en partage ; de là leur fourberie instinctive et leur
 invincible penchant au mensonge. Le lion a ses dents 
et ses griffes ; l’éléphant, le sanglier ont leurs défenses, 
le taureau a ses cornes, la sèche a son encre, qui lui
 sert à brouiller l’eau autour d’elle ; la nature n’a donné
 à la femme pour se défendre et se protéger que la dissi
mulation ; cette faculté supplée à la force que l’homme
 puise dans la vigueur de ses membres et dans sa raison. 
La dissimulation est innée chez la femme, chez la plus
 fine, comme chez la plus sotte. Il lui est aussi naturel
 d’en user en toute occasion qu’à un animal attaqué de
 se défendre aussitôt avec ses armes naturelles ; et en 
agissant ainsi, elle a jusqu’à un certain point conscience 
de ses droits : ce qui fait qu’il est presque impossible
 de rencontrer une femme absolument véridique et 
sincère. Et c’est justement pour cela qu’elle pénètre si
 aisément la dissimulation d’autrui et qu’il n’est pas prudent d’en faire usage avec elle. — De ce défaut fondamental et de ses conséquences naissent la fausseté, l’infidélité, la trahison, l’ingratitude, etc. Les femmes aussi se parjurent en justice bien plus fréquemment que les hommes, et ce serait une question de savoir si on doit les admettre à prêter serment. — Il arrive de temps en temps que des dames, à qui rien ne manque, sont surprises dans les magasins en flagrant délit de vol.

Les hommes jeunes, beaux, robustes, sont destinés par la nature à propager l’espèce humaine, afin que celle-ci ne dégénère pas. Telle est la ferme volonté que la nature exprime par les passions des femmes. C’est assurément de toutes les lois la plus ancienne et la plus puissante. Malheur donc aux intérêts et aux droits qui lui font obstacle. Ils seront, le moment venu, quoiqu’il arrive, impitoyablement écrasés. Car la morale secrète, inavouée et même inconsciente, mais innée des femmes, est celle-ci : « Nous sommes fondées en droit à tromper ceux qui s’imaginent qu’ils peuvent, en pourvoyant économiquement à notre subsistance, confisquer à leur profit les droits de l’espèce. C’est à nous qu’ont été confiés, c’est sur nous que reposent la constitution et le salut de l’espèce, la création de la génération future ; c’est à nous d’y travailler en toute conscience. » Mais les femmes ne s’intéressent nullement à ce principe supérieur in abstracto, elles le comprennent seulement in concreto, et n’ont, quand l’occasion s’en présente, d’autre manière de l’exprimer que leur manière d’agir ; et sur ce sujet leur conscience les laisse bien plus en repos qu’on ne pourrait le croire, car dans le fond le plus obscur de leur cœur, elles sentent vaguement qu’en trahissant leurs devoirs envers l’individu, elles le rem­plissent d’autant mieux envers l’espèce qui a des droits infiniment supérieurs.

Comme les femmes sont uniquement créées pour la propagation de l’espèce et que toute leur vocation se concentre en ce point, elles vivent plus pour l’espèce que pour les individus, et prennent plus à cœur les intérêts de l’espèce que les intérêts des individus. C’est ce qui donne à tout leur être et à leur conduite une certaine légèreté et des vues opposées à celles de l’homme : telle est l’origine de cette désunion si fréquente dans le mariage, qu’elle en est devenue presque normale.

Les hommes entre eux sont naturellement indifférents ; les femmes sont, par nature, ennemies. Cela doit tenir à ce que l’odium figulinum, la rivalité qui est restreinte chez les hommes à chaque corps de métier, embrasse chez les femmes toute l’espèce, car elles n’ont toutes qu’un même métier, qu’une même affaire. Dans la rue, il suffit qu’elles se rencontrent pour qu’elles échangent déjà des regards de Guelfes et de Gibelins. Il saute aux yeux qu’à une première entrevue deux femmes ont plus de contrainte, de dissimulation et de réserve que n’en auraient deux hommes en pareil cas. Pour la même raison les compliments entre femmes semblent plus ridi­cules qu’entre hommes. Remarquez en outre que l’homme parle en général avec quelques égards et une certaine humanité à ses subordonnés même les plus infimes, mais il est insupportable de voir avec quelle hauteur une femme du monde s’adresse à une femme de classe inférieure, quand elle n’est pas à son service. Cela tient peut-être à ce qu’entre femmes, les différences de rang sont infiniment plus précaires que chez les hommes et que ces différences peuvent être modifiées ou supprimées aisément ; le rang qu’un homme occupe dépend de mille considérations ; pour les femmes une seule décide de tout : l’homme à qui elles ont su plaire. Leur unique fonction les met sur un pied d’égalité bien plus marqué, aussi cherchent-elles à créer entre elles des différences de rang.

Il a fallu que l’intelligence de l’homme fût obscurcie par l’amour pour qu’il ait appelé beau ce sexe de petite taille, aux épaules étroites, aux larges hanches et aux jambes courtes ; toute sa beauté en effet réside dans l’instinct de l’amour. Au lieu de le nommer beau, il eût été plus juste de l’appeler l’inesthétique. Les femmes n’ont ni le sentiment, ni l’intelligence de la musique, pas plus que de la poésie ou des arts plastiques ; ce n’est chez elles que pure singerie, pur prétexte, pure affecta­tion exploitée par leur désir de plaire. Elles sont in­capables de prendre une part désintéressée à quoi que ce soit, en voici la raison. L’homme s’efforce en toute chose de dominer directement soit par l’intelligence, soit par la force ; la femme, au contraire, est toujours et partout réduite à une domination absolument in­directe, c’est-à-dire qu’elle n’a de pouvoir que par l’homme, et c’est sur lui seul qu’elle exerce une in­fluence immédiate. En conséquence, la nature porte les femmes à chercher en toutes choses un moyen de conquérir l’homme, et l’intérêt quelles semblent prendre aux choses extérieures est toujours une feinte, un détour, c’est-à-dire pure coquetterie et pure singerie. Rousseau l’a dit : « Les femmes en général n’aiment aucun art, ne se connaissent à aucun et n’ont aucun génie. » Ceux qui ne s’arrêtent pas aux apparences ont pu le remarquer déjà. Il suffit d’observer par exemple ce qui occupe et attire leur attention dans un concert, à l’opéra ou à la comédie, de remarquer le sans façon avec lequel, aux plus beaux endroits des plus grands chefs-d’œuvre, elles continuent leur caquetage. S’il est vrai que les Grecs n’aient pas admis les femmes au spec­tacle, ils ont eu bien raison ; dans leurs théâtres l’on pouvait du moins entendre quelque chose. De notre temps, il serait bon d’ajouter au mulier taceat in ecclesia, un taceat mulier in theatro, ou bien de substituer un précepte à l’autre, et de suspendre ce dernier en gros caractères sur le rideau de la scène. — Mais que peut on attendre de mieux de la part des femmes, si l’on réfléchit que dans le monde entier, ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une œuvre complète et originale dans les beaux-arts, ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d’une valeur durable. Cela est saisissant dans la peinture ; elles sont pourtant aussi capables que nous d’en saisir le côté technique et elles cultivent assidûment cet art, sans pouvoir se faire gloire d’un seul chef-d’œuvre, parce qu’il leur manque justement cette objectivité de l’esprit qui est surtout nécessaire dans la peinture ; elles ne peuvent sortir d’elles-mêmes. Aussi les femmes ordinaires ne sont même pas capables d’en sentir les beautés, car natura non facit saltus. Huarte, dans son ouvrage célèbre « Examen de ingenios para las sciencias », qui date de 300 ans, refuse aux femmes toute capacité supérieure. Des exceptions isolées et partielles ne changent rien aux choses ; les femmes sont, et resteront, prises dans leur ensemble, les Philistins les plus accomplis et les plus incurables. Grâce à notre organisation sociale, absurde au suprême degré, qui leur fait partager le titre et la situation de l’homme si élevés qu’ils soient, elles excitent avec acharnement ses ambitions les moins nobles, et par une conséquence naturelle de cette absurdité, leur domination, le ton qu’elles im­posent, corrompent la société moderne. On devrait prendre pour règle cette sentence de Napoléon Ier : « Les femmes n’ont pas de rang. » Chamfort dit aussi très justement : « Elles sont faites pour commercer avec nos faiblesses, avec notre folie, mais non avec notre raison. Il existe entre elles et les hommes des sympathies d’épiderme, et très peu de sympathies d’esprit, d’âme et de caractère. » Les femmes sont le sexus sequior, le sexe second à tous égards, fait pour se tenir à l’écart et au second plan. Certes, il faut épargner leur faiblesse, mais il est ridicule de leur rendre hommage, et cela même nous dégrade à leurs yeux. La nature, en séparant l’espèce humaine en deux catégories, n’a pas fait les parts égales…… — C’est bien ce qu’ont pensé de tout temps les anciens et les peuples de l’Orient ; ils se rendaient mieux compte du rôle qui convient aux femmes, que nous ne le faisons avec notre galanterie à l’ancienne mode française et notre stupide vénération, qui est bien l’épanouissement le plus complet de la sottise germano-chrétienne. Cela n’a servi qu’à les rendre si arrogantes, si impertinentes : parfois elles me font penser aux singes sacrés de Bénarès, qui ont si bien conscience de leur dignité sacro-sainte et de leur inviolabilité, qu’ils se croient tout permis.

La femme en Occident, ce qu’on appelle la dame, se trouve dans une position tout à fait fausse, car la femme, le sexus sequior des anciens, n’est nullement faite pour inspirer de la vénération et recevoir des hommages, ni pour porter la tête plus haute que l’homme, ni pour avoir des droits égaux aux siens. Les conséquences de cette fausse position ne sont que trop évidentes. Il serait à souhaiter qu’en Europe on remit à sa place naturelle ce numéro deux de l’espèce humaine et que l’on supprimât la dame, objet des rail­leries de l’Asie entière, dont Rome et la Grèce se seraient également moquées. Cette réforme serait au point de vue politique et social un véritable bienfait. Le principe de la loi salique est si évident, si indiscutable, qu’il semble inutile à formuler. Ce qu’on appelle à propre­ment parler la dame européenne est une sorte d’être qui ne devrait pas exister. Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d’intérieur, appliquées au ménage, et des jeunes filles aspirant à le devenir, et que l’on formerait non à l’arrogance, mais au travail et à la soumission. C’est précisément parce qu’il y a des dames en Europe que les femmes de la classe inférieure, c’est-à-dire la grande majorité, sont infiniment plus à plaindre qu’en Orient.

Les lois qui régissent le mariage en Europe suppo­sent la femme égale de l’homme, et ont ainsi un point de départ faux. Dans notre hémisphère monogame, se marier, c’est perdre la moitié de ses droits et doubler ses devoirs. En tout cas, puisque les lois ont accordé aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes, elles auraient bien dû aussi leur conférer une raison virile. Plus les lois confèrent aux femmes des droits et des honneurs supérieurs à leur mérite, plus elles restrei­gnent le nombre de celles qui ont réellement part à ces faveurs, et elles enlèvent aux autres leurs droits natu­rels, dans la même proportion où elles en ont donné d’exceptionnels à quelques privilégiées. L’avantage que la monogamie et les lois qui en résultent accordent à la femme, en la proclamant l’égale de l’homme, ce qu’elle n’est à aucun point de vue, produit cette conséquence que les hommes sensés et prudents hésitent souvent à se laisser entraîner à un si grand sacrifice, à un pacte si inégal. Chez les peuples polygames chaque femme trouve quelqu’un qui se charge d’elle, chez nous au contraire le nombre des femmes mariées est bien restreint et il y a un nombre infini de femmes qui restent sans protection, vieilles filles végétant tristement, dans les classes élevées de la société, pauvres créatures sou­mises à de rudes et pénibles travaux, dans les rangs inférieurs. Ou bien encore elles deviennent de misérables prostituées, traînant une vie honteuse et amenées par la force des choses à former une sorte de classe publique et reconnue, dont le but spécial est de pré­server des dangers de la séduction les heureuses femmes qui ont trouvé des maris ou qui en peuvent espérer. Dans la seule ville de Londres, il y a 80,000 filles publiques : vraies victimes de la monogamie, cruellement immolées sur l’autel du mariage. Toutes ces malheu­reuses sont la compensation inévitable de la dame euro­péenne, avec son arrogance et ses prétentions. Aussi la polygamie est-elle un véritable bienfait pour les femmes considérées dans leur ensemble. De plus, au point de vue rationnel, on ne voit pas pourquoi, lorsqu’une femme souffre de quelque mal chronique, ou qu’elle n’a pas d’enfants, ou qu’elle est à la longue devenue trop vieille, son mari n’en prendrait pas une seconde. Ce qui a fait le succès des Mormons, c’est justement la sup­pression de cette monstrueuse monogamie. En accordant à la femme des droits au-dessus de sa nature, on lui a imposé également des devoirs au-dessus de sa nature ; il en découle pour elle une source de malheurs. Ces exigences de classe et de fortune sont en effet d’un si grand poids que l’homme qui se marie commet une imprudence s’il ne fait pas un mariage brillant ; s’il souhaite rencontrer une femme qui lui plaise parfaite­ment, il la cherchera en dehors du mariage, et se con­tentera d’assurer le sort de sa maîtresse et celui de ses enfants. S’il peut le faire d’une façon juste, raisonnable, suffisante et que la femme cède, sans exiger rigoureusement les droits exagérés que le mariage seul lui accorde, elle perd alors l’honneur, parce que le mariage est la base de la société civile, et elle se prépare une triste vie, car il est dans la nature de l’homme de se préoccuper outre mesure de l’opinion des autres. Si, au contraire, la femme résiste, elle court risque d’épouser un mari qui lui déplaise ou de sécher sur place en restant vieille fille ; car elle a peu d’années pour se décider. C’est à ce point de vue de la monogamie qu’il est bon de lire le profond et savant traité de Thomasius « De concubinatu ». On y voit que chez tous les peuples civilisés de tous les temps, jusqu’à la Réforme, le con­cubinat a été une institution admise, jusqu’à un certain point légalement reconnue et nullement déshonorante. C’est la réforme luthérienne qui l’a fait descendre de son rang, parce qu’elle y trouvait une justification du ma­riage des prêtres, et l’église catholique n’a pu rester en arrière.

Il est inutile de disputer sur la polygamie, puisqu’en fait elle existe partout et qu’il ne s’agit que de l’orga­niser. Où trouve-t-on de véritables monogames ? Tous, du moins pendant un temps, et la plupart presque tou­jours, nous vivons dans la polygamie. Si tout homme a besoin de plusieurs femmes, il est tout à fait juste qu’il soit libre, et même qu’il soit obligé de se charger de plusieurs femmes ; celles-ci seront par là même rame­nées à leur vrai rôle, qui est celui d’un être subordonné, et l’on verra disparaître de ce monde la dame, ce monstrum de la civilisation européenne et de la bêtise ger­mano-chrétienne, avec ses ridicules prétentions au respect et à l’honneur ; plus de dames, mais aussi plus de ces malheureuses femmes, qui remplissent main­tenant l’Europe ! —

… Il est évident que la femme par nature est destinée à obéir. Et la preuve en est que celle qui est placée dans cet état d’indépendance absolue contraire à sa nature s’attache aussitôt à n’importe quel homme par qui elle se laisse diriger et dominer, parce qu’elle a besoin d’un maître. Est-elle jeune, elle prend un amant ; est-elle vieille, un confesseur.»

 

Ceci est son Essai sur les femmes, ramassis d’âneries dont le seul but semble de tenter de légitimer la polygamie ! Il est vrai que sa conception de l’amour était aussi très particulière : «Toute inclination amoureuse, en effet, pour éthérées que soient ses allures, prend racine uniquement dans l’instinct sexuel, et n’est même qu’un instinct sexuel plus nettement déterminé, plus spécialisé et, rigoureusement parlant, plus individualisé.» (dans Métaphysique de l’amour / Métaphysique de la mort).

Je suis effaré que l’on puisse considérer cet homme comme un grand penseur…

Etre Français selon Jean d’Ormesson

En 2011, Jean d’Ormesson tentait de définir ce qu’est « être Français » pour le magazine Le Point :
« Devant un jardin où l’eau des fontaines coule entre des statues du XVIIIe et des parterres de buis bien taillés, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant un gâchis invraisemblable où personne ne comprend plus rien, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant une action d’éclat au panache inutile, vous dites : ‘C’est très français.‘ Devant une opération de séduction menée tambour battant avec un mélange de grâce, de drôlerie et de distance, vous dites : ‘C’est très français.‘ Pascal est très français et Cyrano est très français. Montaigne est très français et Pasteur est très français. Descartes est très français et Musset est très français. De Jeanne d’Arc à de Gaulle, nous nous y connaissons en héroïsme. Et quoi de plus français que l’ironie et la légèreté qui appartiennent de tout temps à la légende de Paris ? Être français, c’est aimer la tradition et c’est aimer la Révolution. Être français est d’abord une contradiction.

Autour de nous, l’Angleterre, c’est la mer. La Russie, c’est la terre. Le génie allemand se déploie dans les légendes du Nord. L’Italie et l’Espagne incarnent la séduction du Sud. Être français, c’est être écartelé entre le Nord et le Sud, entre le rêve et la réalité, entre la mer et la terre, entre la Meuse chère à Péguy et la langue d’oc de Mistral. La France est une diversité – poussée trop souvent jusqu’à la division. Il y a des pays et des cultures qui sont des pléonasmes. La France est un oxymore. Elle aime rassembler les contraires.

Un Anglais n’a pas de doute : il sait qu’il est anglais. Un Allemand n’hésite pas : il s’efforce d’être allemand. Les Français s’interrogent sans cesse : ‘Qu’est-ce qu’être français ?‘ C’est qu’il y a au coeur de la France quelque chose qui la dépasse. Elle n’est pas seulement une contradiction et une diversité. Elle regarde aussi sans cesse par-dessus son épaule. Vers les autres. Vers le monde autour d’elle. Plus qu’aucune nation au monde, la France est hantée par une aspiration à l’universel. Avec une ombre peut-être de paternalisme extérieur, Malraux assurait que la France n’était jamais autant la France qu’en s’adressant aux autres nations. Witold Gombrowicz va plus loin : ‘Être français, c’est précisément prendre en considération autre chose que la France.’

C’est une tâche difficile de vouloir rester soi-même tout en essayant de s’ouvrir aux autres. Français, encore un effort pour être un peu plus que français et pour faire de la France ce qu’elle a toujours rêvé d’être sous des masques différents : un modèle d’humanité et de diversité. Ces malins de Français ont même donné un nom à ce mélange explosif : ils l’ont appelé fraternité.« 

Entendu aujourd’hui

Cette jeune fille de cinquième sèche devant les deux dates que j’avais demandé d’apprendre pour l’évaluation, ainsi que devant tous les exercices nécessitant des connaissances.
– Tu n’as pas appris ta leçon ?
– Non… Enfin, je l’ai lue hier soir.
– C’est peut-être pour cela que tu ne peux pas me redonner ces dates, non ?
– Je ne comprends pas. Dans les autres matières, ça marche !
– Si c’est vrai, il va falloir trouver une autre façon de travailler en histoire – géographie, tu ne crois pas ?
– ….
– Monsieur ? À quoi ça sert l’histoire ?
– À rien.
Silence effaré dans la salle.
– Mais alors pourquoi vous nous l’apprenez ?
– Parce qu’on me le demande.
– Ah bon, ce n’est pas vous qui décidez ?
– Non, ce n’est pas moi qui décide du programme et des sujets des leçons.
– Mais l’histoire, ça ne va pas me servir plus tard si je veux être, par exemple, mécanicien. Mais je ne veux pas être mécanicien !
– Non, probablement pas.
À la fin de l’heure, la jeune fille de cinquième quitte la salle, en me rendant une copie quasiment blanche.

Il est évident qu’en cinquième, il va falloir que je retravaille l’apprentissage des leçons. Mais avant, il va sans doute aussi être nécessaire d’aborder ce que sont l’histoire et la géographie.

Extrait d’un entretien avec Paul Veyne

Paul Veyne est un historien spécialiste de Rome, devenu professeur au Collège de France et auteur d’ouvrages importants comme Comment on écrit l’histoire. Il revient ici sur les origines chrétiennes de la France et de l’Europe.

La question des origines chrétiennes de la France continue d’agiter le débat public. Quelle est votre opinion sur la question
« C’est le type même de la fausse question. Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage Quand notre monde est devenu chrétien, « ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions ». La religion est une des composantes d’une civilisation, et non la matrice – sinon, tous les pays de culture chrétienne se ressembleraient, ce qui est loin d’être le cas ; et ces sociétés resteraient figées dans le temps, ce qui n’est pas plus le cas. Certes, le christianisme a pu contribuer à préparer le terrain à certaines valeurs. Mais, de fait, il n’a cessé, au fil des siècles, de changer et de s’adapter. Voyez par exemple le courant des catholiques sociaux de gauche : ce christianisme charitable qui oeuvre pour le bien-être du prolétariat découle directement du mouvement ouvrier socialiste du XIXe siècle. De même, il existe des courants du christianisme qui se revendiquent féministes et laïques. Mais auraient-ils existé s’il n’y avait eu, auparavant, la révolution féministe ? Et la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui l’ont inventée : ils s’y sont opposés en 1905 ! En réalité, le christianisme se transforme en fonction de ce que devient la culture française, et s’y adapte.« 

Vous allez jusqu’à contester l’idée même de « racines ».
« Aucune société, aucune culture, n’est fondée sur une doctrine unique. Comme toutes les civilisations, l’Europe s’est faite par étapes, aucune de ses composantes n’étant plus originelle qu’une autre. Tout évolue, tout change, sans arrêt.« 

Vous relayez également l’interrogation du sociologue (pourtant croyant) Gabriel Le Bras, « la France a-t-elle été jamais christianisée ? », tant la pratique religieuse a, de tout temps, été défaillante.
« Absolument. Si, pour certains croyants, qui ne constituent qu’une toute petite élite, le christianisme correspond à une réalité vécue, force est de constater que pour l’immense majorité des autres, la religion n’est qu’un vaste conformisme, auquel ils adhèrent sans réellement s’y astreindre. C’est exactement la même chose que la notion de patrie avant 1914 : l’idée de « patrie française » tenait chaud au coeur.« 

Néanmoins, on ne peut nier l’apport réel du christianisme à notre culture.
« Bien sûr que cet apport est immense. Autour de nous, le christianisme est partout : les cathédrales, les églises jusque dans les plus petits villages, une bonne partie de notre littérature – Blaise Pascal – et de notre musique – Bach. Mais pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’un héritage, d’un patrimoine qui appartient au passé, à l’instar de Versailles ou de la pensée de Descartes. Moi-même, je suis ému quand je rentre dans une église et je fais le signe de croix. Le déclin du christianisme, le fait qu’il soit sorti de notre culture, de nos croyances et de nos pratiques, a réellement commencé à toucher l’ensemble de la population au XIXe siècle.« 

Vous écrivez que notre culture est aux antipodes des valeurs chrétiennes. Pourquoi ?
« L’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes.« 

Comment interprétez-vous le fait que le thème de nos racines religieuses revienne si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, malgré la sécularisation de la société ?
« Les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. C’est une manière de se faire bien voir. Je ne crois pas du tout au « retour du religieux » dont on parle en ce moment : les chiffres disent le contraire pour toute l’Europe, et plus encore pour la France. La moitié des Français ne sont plus baptisés.« 

Dans votre livre Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, vous écrivez : « Le Moyen Âge n’a rien de romanesque ; il est chrétien et fait donc partie de notre monde ennuyeux. » Voilà un jugement paradoxal au vu de ce que vous dites être le génie du christianisme !
« Quand j’étais petit, c’était mon sentiment. Je m’ennuyais à la messe ; par conséquent, à mes yeux, le Moyen Âge chrétien n’avait rien d’exaltant. Le paganisme, au contraire, était un monde totalement autre. J’aurais pu tout aussi bien m’intéresser au Japon, qui est également un monde radicalement autre. La société païenne antique est atroce, cruelle, effrayante. Si les supplices et les massacres ne m’attirent nullement, cette civilisation m’a fasciné. Sur le plan religieux, cependant, les sociétés païennes étaient plus pragmatiques, pour la simple raison que tous les dieux étaient considérés comme vrais : lorsqu’un Romain ou un Grec, en voyage à l’étranger, apprenait qu’on y vénérait tel ou tel dieu, il se disait qu’il serait peut-être utile de l’importer, de la même manière qu’on importait des plantes ou des denrées des pays étrangers. Il ne s’agissait pas de tolérance, mais d’une conception différente de la vérité. L’islam, qui a pris la mauvaise habitude d’être aussi intolérant que le christianisme, ferait bien de s’en inspirer. Car ni l’islam, ni le christianisme, ne disent que les dieux des autres peuples sont aussi vrais que le leur. Non, c’est leur Dieu qui est le vrai, et le seul.« 

(…)
Vous qui avez tant étudié l’histoire, comment jugez-vous notre époque ?
« Depuis qu’il n’y a plus de guerres mondiales en Occident, l’évolution est très positive. Certes, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que « c’était mieux avant ». Comme cette rengaine éculée est banale ! Rome a été fondée en 753 avant notre ère, et l’idée de la décadence a commencé dès 552… Cela fait 2 000 ans qu’on nous parle de décadence ! Pour ce qui nous concerne, je ne crois pas du tout à la décadence, au contraire. Il ne se passe pas une journée sans que l’on apprenne une bonne nouvelle. Ces cinquante dernières années, les progrès – en matière sociale ou de moeurs, notamment – ont été immenses. Je ne peux que m’en réjouir.« 

D’après un article du Monde.fr