Catégorie : Ils l’ont dit !

« À coup de quelques heures en avion, on passe d’un pays en guerre à un pays en paix » (Oriane Zerah)

Les paroles de cette photographe qui vivaient en Afghanistan, rapatriée en France il y a deux semaines, pourraient servir en introduction des cours de géographie pour que les élèves dont je m’occupe prennent conscience du monde qui les entoure (et de sa complexité), même si dans le collège où je travaille se trouvent des élèves syriens ou irakiens ayant fui la guerre depuis un an ou deux, parfois moins.

Vont-ils entendre ?

Un élève du lycée professionnel Louise-Michel, de Gisors, a publié le 26 mars sur les réseaux sociaux une vidéo pour alerter le chef de l’État et le ministre de l’Éducation sur le désarroi de la filière professionnelle face aux conséquences de la crise du Covid. En voici le texte :
« Monsieur le président
Monsieur le ministre de l’éducation
Je m’apelle Melvin Percebois.
Je suis élève de terminal bac pro au lycée Louise Michel de Gisors.
Cette vidéo à pour but de tirer la sonnette d’alarme quant à notre situation face à la crise sanitaire.
Actuellement nous nous sentons délaissés et démunis.
Nous sommes conscients de la grande complexité pour le gouvernement à gérer cette crise mais pour autant nous avons besoin d’écoute, de soutien et de réponses.
Monsieur le président, Monsieur le ministre de l’éducation,
Aujourd’hui on nous demande de nous préparer au bac pro avec épreuves classiques en fin d’année, et dans un même temps de travailler « au cas ou » nous passerions en contrôle continu.
Ce sont deux méthodes de travail bien différentes qu’il est difficile de cumuler, surtout lorsque l’on est seul à la maison.
La filière générale, elle, bénéficient d’un programme allégé et aménagé.
En effet elle sera soumise au contrôle continu et ne passera que l’épreuve de philosophie et le grand oral en fin d’année.
Pourquoi une telle différence ? Pourquoi aucune réponse concernant le bac professionnel ?
Nous devons étudier une bonne partie du temps chez nous, vous en connaissez les difficultés : l’isolement, la solitude face aux questionnements… Nos professeurs font de leur mieux mais ne peuvent pas consacrer 100% de leur temps à la fois aux distanciels et aux présentiels.
Aujourd’hui il y à dans mon lycée pas moins de 40 personnes qui contracté la covid 19. La situation est de plus en plus tendue, nous avançons au jour le jour dans la crainte d’être contaminé. La charge morale devient très importante.
Dans ce contexte, nous vous demandons qu’une décision soit prise pour nous. Une décision équitable et juste, comme celle prise pour la filière générale.
Nous demandons a ce que notre baccalauréat puisse être validé majoritairement en épreuve continue. Nous demandons les mêmes droits.
Nous avons besoin de nous sentir soutenu alors que nous nous préparons à devenir les jeunes actifs de notre pays.
Personne ne parle de nous, nous sommes les oubliés de l’éducation nationale. Le bac professionnel et technologique ainsi que Le Cap n’est pas un sous diplôme, nous avons besoin aujourd’hui de l’entendre et de voir les actes en conséquence.
Avant de conclure, je voudrais remercier mes professeurs pour leur soutien dans cette action, et tous mes camarades qui sont autour de moi.
Monsieur le président, Monsieur le ministre de l’éducation nationale,
Merci de m’avoir écouté. »

Comment faire de l’histoire ?

Dans cette interview, Jean – Claude Carrière dit très bien ce que je m’efforce d’expliquer à mes élèves :  » Quand on traite d’une histoire qui se passe dans une époque révolue que nous n’avons pas connue, il faut faire l’effort de se rapprocher de la mentalité de ces temps là. Si nous traitons les personnages du passé avec notre connaissance et notre arrogance d’aujourd’hui, je risquais précisément de tomber dans l’attitude qu’avaient les Espagnols à l’égard des Indiens. (…)C’est à dire nous considérer comme leur juge, comme étant mieux renseignés qu’eux, et avoir une opinion sur ce qu’ils disaient. » 

C’est beau comme un objet au musée !

Voici la tribune du collectif Jean Zay :
« La crise sanitaire a ravivé les sentiments contradictoires que nous inspire notre système scolaire et universitaire. Elle a placé au centre des regards l’ouverture ou la fermeture des établissements, a suscité l’expression d’un attachement très fort à l’école républicaine comme les plus vives critiques envers certains de ses fonctionnements.
L’école devrait être une promesse d’égalité sociale et d’émancipation pour tous les enfants. Or elle devient un instrument à formater, à broyer ceux qui n’entrent pas dans le moule au rythme prévu, ou selon les procédures gérées par les algorithmes d’orientation. Voulons-nous que les élèves soient de simple «machines à apprendre» ou à déchiffrer ? Que les étudiants soient renvoyés à leur solitude, sans accompagnement ou conseils, livrés à la responsabilité de «leurs» choix ? Que les chances de réussite soient à ce point dictées par le milieu social ? Est-ce le système scolaire que nous voulons ?
Notre école a plus que jamais besoin d’humanité, de justice, d’échanges et de coopération. Certes, nous savons qu’elle ne peut pas créer le progrès social à elle seule, et qu’il faut agir en parallèle sur son environnement : la santé, le logement, l’emploi, la lutte contre la précarité, l’exclusion sociale, tous les racismes et autres discriminations. Mais nous savons aussi qu’il ne peut y avoir ni justice, ni démocratie authentique sans que l’on rende à l’Ecole publique sa place centrale dans la construction d’un projet politique de gauche.
Des générations d’enfants vont devoir faire face à de nombreux bouleversements sanitaires, écologiques, économiques, sociaux, humains. C’est pourquoi il est urgent de permettre à toutes et tous de découvrir ce que sont et comment doivent s’incarner l’intérêt général, la solidarité et le partage. La transmission des connaissances est plus que jamais nécessaire mais à condition qu’elle s’accompagne d’une formation à la lucidité et à l’esprit critique, qu’elle soit animée par le souci constant de former chacune et chacun au véritable débat démocratique.Notre école va mal. Malgré les efforts et l’engagement de ses personnels, elle demeure inégalitaire, trop inégalitaire. L’architecture du système éducatif est sans cesse démontée et remontée par une frénésie de réformes, surtout depuis trois ans, souvent inefficaces, parfois délétères, aujourd’hui illisibles. Une seule certitude : tout le monde y perd.
Tant de défis mettent la République face à ses devoirs : aucun personnel enseignant ne doit être mis devant des élèves sans une solide formation académique, didactique et pédagogique permettant le travail collaboratif, la connaissance du système éducatif et celle du développement des élèves dans toutes ses dimensions, cognitives et émotionnelles, physiques et sociologiques. Aucun personnel de vie scolaire, aucun médecin, aucun psychologue, aucun agent intervenant auprès d’eux ne doit manquer au sein du service public. Et tous doivent pouvoir disposer de temps pour travailler ensemble.
Il faut en finir avec toutes les précarités et privatisations des aides éducatives qui ruinent la qualité du travail. En finir également avec l’entassement de dispositifs et de directives contradictoires émises dans la précipitation ; en finir avec des rythmes scolaires inadaptés, avec des classes surchargées dans des établissements trop grands et mal entretenus ; en finir avec la logique de concurrence et de tri social induite par l’inflation des évaluations, en finir surtout avec une politique qui se réfugie derrière le paravent des restrictions budgétaires pour justifier ses errances.
Commençons donc par admettre que toutes celles et ceux qui sont sur le terrain ont quelque chose à dire à ceux qui les dirigent – et non seulement l’inverse – et que les élèves eux-mêmes, ainsi que leurs parents doivent être associés aux réflexions. Ainsi, la première tâche à laquelle devra s’atteler le ou la prochaine ministre de l’Education nationale est la construction d’une réelle démocratie scolaire qui donne aux acteurs et actrices toute leur capacité d’initiative et de réflexion. Alors on verra que les colères actuelles sont nées des erreurs majeures de ces trois dernières années : les faux-semblants des dédoublements de CP, argument publicitaire qui cache des situations diverses et inégalitaires selon les écoles ; la réforme du lycée qui désorganise les établissements et désoriente les élèves ; les programmes indigestes ne laissant plus aucune place ni aux savoirs critiques, ni à la liberté pédagogique ; les instrumentalisations des sciences cognitives dévoyées et transformées en produits de substitution aux approches sociologiques et philosophiques de l’école etc. Hélas, la liste est longue.
Nous avons besoin d’un projet éducatif à long terme, de la maternelle à l’université, solide et stable, échappant aux caprices d’un ministre, à la temporalité politicienne, et garanti par l’existence d’une instance supérieure représentant toutes les forces vives de la société, indépendante, garante de l’acceptation, du suivi et de la continuité des réformes éducatives. Nous appelons donc à ce que l’éducation soit au cœur des échéances électorales à venir et que ceux et celles qui solliciteront nos suffrages nous montrent concrètement comme elle peut relever les défis écologiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés.
Certaines expériences historiques peuvent nous inspirer. Celle du ministère Jean Zay par exemple sous le Front Populaire, ou du plan Langevin Wallon en 1947 malheureusement resté lettre-morte. Les deux plaçaient, au-dessus de tout, la boussole de la démocratisation scolaire. Mobilisons-nous contre les coups portés à une Education nationale caporalisée et vendue à la découpe. Nous créons aujourd’hui le collectif Jean Zay pour bâtir le projet d’une école démocratique, progressiste, laïque, républicaine. Le chemin est long et ce texte n’est qu’un premier pas. Nous invitons toutes celles et ceux qui partagent nos idées à les porter ensemble. »

J’ai l’impression de lire ce type de texte tous les ans. Je suppose que cela fait du bien aux auteurs de l’écrire… Mais je doute que la société française en ait la moindre chose à faire. Pour la majorité des Français, l’école est le lieu de garde des enfants : point.

Je ne traque pas l’erreur (enfin, un peu quand même en géographie) mais je souligne la faute

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« Ce qui va avec la défiance française, c’est aussi cette espèce de traque incessante de l’erreur. C’est à dire nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs. C’est pas comme ça qu’on fait face aux crises ou qu’on avance. Et donc chacun fait des erreurs chaque jour. Celui qui ne fait pas d’erreur ou celle qui ne fait pas d’erreur, c’est celui qui ne cherche pas, qui ne fait rien ou qui mécaniquement fait la même chose que la veille. »
Pour donner raison au président, je rappelle que la France compte 67 422 000 habitants en 2020 et non 66. Je ne pense pas que les enfants traquent les erreurs, aussi le président voulait-il sans douter parler des citoyens, qui ne sont dans ce cas qu’environ 45 millions, et non 66.
Nous pourrions aussi traquer les erreurs de français commises pendant cette allocution…
Plaisanterie mise à part, je rappelle au président de la République que nous sommes des citoyens et non des sujets, aptes à réfléchir, critiquer et même juger la politique de nos représentants, en exercice parce que nous leur avons confié le pouvoir afin d’améliorer notre situation. Il est donc normal que nous traquions leurs erreurs, surtout quand celles-ci portent atteinte aux libertés fondamentales.
Cette petite phrase de monsieur Macron (une de plus) est une faute morale et politique. Plus grave, elle montre qu’il a perdu de vue le fonctionnent de nos institutions.

Quelle petitesse et quelle ignorance !

Cela a commencé par Anne Hidalgo, maire de Paris, qui a déclaré, à propos de la lenteur de la vaccination contre le Covid 19 e France : «Avec de telles carences, le débarquement de juin 1944 aurait échoué». Ce à quoi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, lui a répondu : «Si le Débarquement avait été géré comme Anne Hidalgo a géré les Vélib’, les bateaux n’auraient jamais quitté l’Amérique.»
Ces deux personnages politiques ont encore perdu une occasion de se taire : comparer la campagne de vaccination actuelle à la mise en oeuvre de l’opération militaire la plus ambitieuse de l’histoire est une idiotie et montre comme ils ne connaissent pas ce dont ils parlent.

Quand un président se trompe de près de la moitié

Le président Emmanuel Macron avait déclaré le 28 octobre : « A ce stade, nous savons que quoi que nous fassions, près de 9000 patients seront en réanimation à la mi-novembre, soit la quasi-totalité des capacités françaises. » Or il y a au 14 novembre 4855 patients dans un état grave en réanimation en raison du Covid-19 et 32 468 malades hospitalisés.
Il est assez inquiétant de mesurer l’incapacité des autorités à prévoir raisonnablement les effets de l’épidémie et de voir combien leur communication est erratique
EDIT : je complète cet article après une discussion avec mon ami Pierrick, qui me trouve dur avec le président. Celui-ci a repris à son compte l’estimation haute de l’Institut Pasteur en l’arrondissant (pourquoi ?). Il a donc fait un choix politique, celui d’ignorer (au moins publiquement) l’estimation basse (entre 5400 et 6020) et de décaler à la mi-novembre le pic épidémique estimé par l’Institut quelques semaines plus tard (donc en décembre) avec autour de 8600 personnes en réanimation (entre 8200 et 9100).

Un futur général – président ?

Le général Pierre de Villiers a déclaré sur France inter ce 11 novembre : «Il faut reconstituer le creuset national, par l’éducation. Il faut apprendre aux petits Français à aimer la France, il faut apprendre à parler la langue et il faut aussi passer la culture». Comment dire ? Les professeurs n’ont heureusement pas attendu ce général pour le faire…
L’ancien chef d’état-major des armées, qui a écrit trois livres en trois ans, s’imaginerait-il un destin de général – président ?