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Une importante restitution de pièces archéologiques à l’Irak

Les États-Unis vont rendre à l’Irak environ 17 000 artefacts archéologiques pillés au cours des dernières décennies. Les pièces, pour la plupart des tablettes cunéiformes vieilles de 4000 ans, documentent surtout les échanges commerciaux pendant la période sumérienne, l’une des civilisations de la Mésopotamie.
Parmi elle pourrait toutefois figurer une tablette vieille de 3500 ans, comportant des fragments de l’épopée de Gilgamesh, l’une des plus anciennes œuvres littéraires de l’humanité.
Les antiquités irakiennes sont pillées depuis des décennies, à la faveur des multiples conflits qu’a connus le pays, et notamment depuis l’invasion américaine de 2003. Les pillages relèvent généralement du crime organisé mais sont parfois aussi le fait de populations locales cherchant à assurer leur survie. Les sites archéologiques à travers le pays ont été sévèrement endommagés et négligés, et les musées pillés à la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003. Quelque 15 000 pièces ont été ainsi volées dans le seul musée national d’Irak, situé à Bagdad.

D’après un article du Figaro.fr

Un entretien avec un archéologue à propos du site d’Uruk

Cette entretien avec l’archéologue Pascal Butterlin a été publié dans le journal Mediapart du 17 juillet 2021. J’en reproduit ici un large extrait.

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Que représente Uruk dans l’histoire de la Mésopotamie ?
Uruk est l’une des grandes cités saintes du pays sumérien, avec Ur et Eridu, l’un des grands foyers de civilisation de l’ancien monde. Les premières formes d’écriture, de bureaucratie, d’État ont été inventées là. C’est la patrie de héros célèbres comme le roi Gilgamesh. Son histoire a été reconstituée par les archéologues et historiens à partir du XIXe siècle, grâce au déchiffrement de l’écriture cunéiforme.
Uruk fait partie de ces régions mythiques avec des récits transmis par de multiples traditions, dont les grands textes religieux (dans la Bible, Uruk s’appelle Erech). Les archéologues qui travaillent dans ces régions sont confrontés à ces légendes et on a longtemps tenté d’en trouver des preuves tangibles, comme pour le récit du Déluge.
Mésopotamie signifie littéralement «entre les deux fleuves». C’est la terminologie des Grecs arrivés au IVe siècle avant notre ère. Ce pays ne se désignait pas comme cela de lui-même. Pour les Babyloniens, c’était la Babylonie. Pour les Irakiens et les géographes arabes, c’est l’Irak. Irak viendrait du persan et signifierait «le pays des rivières». Les savants occidentaux ont préféré le terme grec de Mésopotamie, même s’il n’y eut jamais de peuple «mésopotamien ».

Même la terminologie est pleine d’idéologie ?
Le travail des archéologues sur le terrain a débuté au milieu du XIXe siècle, dans le contexte du développement des empires coloniaux et des activités des puissances coloniales dans l’Empire ottoman. L’archéologie du Proche-Orient ancien est une science écrite au départ par les Occidentaux. C’est l’appropriation par l’Occident d’une histoire avec des succès indéniables mais aussi des biais idéologiques, ceux de « l’orientalisme ».
Cette archéologie « coloniale » s’est développée pendant la période des mandats de la Société des Nations entre la Première et la Deuxième Guerre mondiale. La Syrie et le Liban étaient sous mandat français, l’Irak sous mandat britannique. C’est à ce moment-là que les institutions archéologiques nationales ont été créées, avec l’édification de musées nationaux et la mise en place d’autorités patrimoniales locales qui existent toujours.
Jusqu’en 1993 en Irak, les missions archéologiques étrangères fouillaient les sites et obtenaient par partage une partie des antiquités découvertes. Ce n’est plus le cas par la suite et, au fil de la décolonisation, se développe également, en particulier en Irak, une recherche locale remarquablement dynamique. Les missions étrangères ont continué pour certaines d’entre elles de travailler dans le pays, en évoluant considérablement dans les méthodes et les pratiques, et en construisant, comme à Uruk, des collaborations dans la longue durée.

Uruk a été fouillé presque qu’exclusivement par une mission archéologique allemande. Pourquoi ?
La première campagne de fouilles a eu lieu en 1913, à l’époque où l’Allemagne investissait considérablement dans cette région du monde. Cela faisait partie d’une très active diplomatie d’influence dans l’Empire ottoman. Les Allemands ont notamment construit le chemin de fer de Bagdad. Les archéologues sont arrivés, financés par les grandes entreprises allemandes et le Kaiser lui-même, dans le contexte de la rivalité grandissante avec les empires français et britanniques.
L’archéologie était considérée comme un outil de prestige. Au XIXe siècle,les Anglais et Français avaient ramené d’extraordinaires sculptures et des documents écrits montrés dans des musées qui présentaient au public un véritable inventaire des civilisations. L’archéologie célébrait une vision du monde et, d’une certaine manière, la capacité à rayonner de ces puissances et de leurs explorateurs.
Les Allemands sont allés plus loin que les Français et les Anglais. Ils ont récupéré les éléments des monuments antiques pour les reconstituer à l’identique dans leurs musées, comme auPergamonmuseum. Ils ont notamment prélevé des dizaines de milliers de briques cuites émaillées et ont reconstitué à Berlin l’un des états de la porte d’Ishtar de Babylone fouillée lors des recherches de Koldewey entre 1899 et 1917. Les états plus anciens, qui eux étaient encore en place, sont toujours sur le site de Babylone.
Babylone est plus au nord. Les Babyloniens savaient qu’ils étaient les héritiers d’une tradition bien plus ancienne et que cet héritage venait des grandes cités du Sud, notamment Uruk, ou plus au sud Ur, les fameuses cités des Sumériens d’où venaient des rois légendaires, comme Gilgamesh, dernier roi de la première dynastie d’Uruk. Quand les Allemands sont allés à Uruk, ils ont fait la même chose que les Français à Suse, dans le sud-ouest de l’Iran. Ils cherchaient l’origine de ces civilisations, le passage de la préhistoire à l’histoire.

Les Allemands avaient donc un temps d’avance en Irak ?
En allant creuser à Uruk, les Allemands se sont retrouvés devant un gigantesque site archéologique de près de 600 hectares. Ils avaient élaboré une technique très pointue de dégagement des briques crues, avant la Première Guerre mondiale, avec des ouvriers spécialement formés à cette fin.
Contrairement à d’autres archéologues, ils étaient architectes, plus sensibles au dégagement des bâtiments et à leur compréhension. Les Français et les Anglais au XIXe siècle étaient plus préoccupés par la découverte de beaux objets ou de tablettes. On organisait carrément des expéditions pour ramener ces tablettes, acquises par partage avec les autorités ottomanes.
À la fin du XIXe siècle, l’archéologie a beaucoup évolué. Anglais, Américains, Allemands et Français ont développé une approche fondée sur la stratigraphie, en étudiant la formation et la succession des couches archéologiques au-dessus les unes des autres. Cette succession témoignait de l’évolution de ces civilisations dont on classait, strate par strate, les objets caractéristiques. Il a fallu établir des règles précises car les vestiges de l’ancienne Mésopotamie sont faits essentiellement en briques crues ou cuites. C’est une civilisation née de l’argile et des roseaux.

Uruk impressionne par son architecture très particulière à base d’argile et de briques. Pouvez-nous détailler les principaux complexes de cette cité antique ?
Les ressources locales étaient le roseau, la terre, le bitume. Avec les roseaux, les Sumériens écrivaient, construisaient, fabriquaient des bateaux. Un récit célèbre raconte que l’Arche de Noé était d’abord en roseau. Le bois intervient beaucoup plus tard. Avec la terre, ils faisaient des briques crues. Avec le bitume, ils calfataient les bateaux, étanchéifiaient les bâtiments.
Les Allemands ont essayé de comprendre comment ces formations se sont créées. Uruk est un énorme « tell », une colline faite de déblais, de masses de terre qui sont le résultat de la succession des activités humaines et de leur dégradation. La ziggourat au centre du site, l’édifice religieux mésopotamien emblématique, a une très longue histoire, faite d’agrandissements et d’exhaussements. C’est un peu comme un oignon. Plus vous allez vers l’extérieur, plus c’est récent, les couches les plus anciennes sont protégées par les plus récentes.
Les archéologues des années 1930 ont établi le plan des niveaux les plus récents, ils ont aussi fait des sondages en tunnel et trouvé des monuments qui remontent jusqu’à 3000 ans avant notre ère. Au pied de la ziggourat, les archéologues ont dégagé, couche par couche, les niveaux archéologiques et atteint ces niveaux de la fin du IVr millénaire. Ces fouilles qui se sont déroulées de manière régulière jusque dans les années 1980 ont été soigneusement publiées en Allemagne dans une collection qui fait référence pour les savants du monde entier.
Ce programme se poursuit aujourd’hui, avec des méthodes modernes de recherche où se combinent prospections géophysiques et sondages. C’est le cas notamment sur les remparts de la ville, dont l’étude a été reprise au cours des dernières campagnes en 2018 et 2019. Le tout est combiné à un programme de mise en valeur du site et de ses monuments, dont l’histoire s’échelonne sur 4000 ans, depuis la fondation de la ville jusqu’à la période parthe (au Ier siècle de notre ère).
Les archéologues ont notamment dégagé des façades ornées de la fin du quatrième millénaire, décorées d’extraordinaires mosaïques faites avec des cônes d’argile. À Uruk, ils ont dégagé des monuments remarquables, en particulier dans le quartier de l’Eanna, où se trouvait le grand sanctuaire de la déesse Inanna, la reine du ciel, la divinité patronne d’Uruk.
Un autre ensemble comprend les restes d’un grand sanctuaire, le temple blanc édifié sur une haute terrasse, dont un modèle 3D a été réalisé récemment. Pour les Sumériens, la personnification de l’État, ce n’est pas une figure masculine mais féminine qui s’incarne dans la déesse Inanna, patronne de la cité.

Comment vivait-on dans cette cité- État ?
Uruk était au cœur d’un dense réseau de canaux et de chenaux de l’Euphrate, un centre religieux et politique dont l’histoire est intimement liée à l’évolution d’un système d’irrigation qui soutenait une des agricultures les plus productives de l’histoire de l’humanité.
Le site aujourd’hui est une étendue désolée mais il était au cœur de vastes palmeraies, irriguées par les eaux de l’Euphrate, dont le cours s’est déplacé avec le temps. Les textes découverts à Uruk évoquent notamment la gestion de ces terres qui appartenaient à de grandes institutions et rapportaient d’énormes richesses. Un système économique très performant, fondé sur la production massive d’orge, de dattes, mais aussi de laine, a permis aux habitants d’Uruk de créer au IVemillénaire un modèle de civilisation où l’écriture joue un rôle central.

Uruk est considéré comme le berceau de l’écriture. Celle-ci est née sous une forme cunéiforme. Pouvez-vous expliquer sa spécificité ?
Ils ont pour cela perfectionné un système de comptabilité et de redistribution des richesses qui s’était mis en place progressivement à la fin de la préhistoire en Mésopotamie. La mentalité bureaucratique si caractéristique de ces sociétés du Proche-Orient ancien est née de l’art de gérer, collecter, stocker et redistribuer les produits d’une économie de plus en plus sophistiquée.
On utilisait depuis le VIIIe millénaire des sceaux en Mésopotamie pour sceller des récipients, mais aussi à partir du Ve millénaire des pièces entières, dont les serrures étaient scellées avec des cachets, puis une invention propre au monde urukéen, le sceau-cylindre.
Le développement des techniques de stockage puis de redistribution a nécessité la création d’un véritable kit comptable, avec des objets destinés non seulement à sceller mais aussi à inventorier les opérations menées par des institutions qui employaient des milliers de personnes, en leur donnant des rations alimentaires. L’écriture est née d’un immense besoin, celui de simplifier et de contrôler ces procédures.
Ce n’est pas l’écriture qui crée la bureaucratie, c’est la bureaucratie archaïque qui a codifié le système, et cette codification a lieu à Uruk dans les monuments de l’Eanna, vers 3100 avant notre ère. En quelques décennies, selon un processus très comparable à la révolution informatique que nous avons connue, a été créé un système qui a fonctionné pendant 3000 ans.
Un système de signes, au départ des idéogrammes, a été inventé pour maîtriser le système économique : cela supposait d’établir des listes de mots, des listes lexicales, une sorte de proto-encyclopédie, puis surtout d’inventer une manière de compter, de mesurer le temps et l’espace.
Le système sexagésimal de mesure du temps que nous utilisons encore a alors été inventé. La tradition sumérienne attribuait ces inventions à un roi mythique d’Uruk, Enmerkar, qui se serait servi de l’écriture pour soumettre les cités lointaines et permettre à Uruk de rayonner et d’importer des richesses. Uruk, littéralement «La Ville» en sumérien, se concevait comme le centre d’un monde qui travaillait pour sa grandeur.

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Les plus anciens papyrus retrouvés jusqu’ici

Il s’agit d’une émission de Carbone 14.

Des archéologues ont retrouvé les plus vieux papyrus égyptiens sur les rives de la Mer rouge. Rédigés il y a plus de 4500 ans, le « Journal de Merer » témoigne de la vie quotidienne d’une équipe de bateliers, qui transportaient les blocs de calcaire du parement de la Pyramide du Pharaon Chéops.

Le plus ancien mémorial de guerre retrouvé est enseveli sous les flots

Le “Monument blanc”, situé dans la province d’Alep, dans le nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie, pourrait être le plus ancien mémorial de guerre découvert à ce jour dans le monde selon une étude (en anglais) publiée le vendredi 28 mai dans la revue Antiquity.
Ce tumulus haut de 22 mètres et d’un diamètre de 100 mètres abrite des victimes d’un conflit, mortes au IIIe millénaire av. J.-C., soit à l’époque mésopotamienne. Ces victimes ont été honorées par l’érection d’un tumulus, tout comme nous le faisons aujourd’hui avec des monuments ou des plaques. Les fouilles du monument ont commencé en 1988 et se sont poursuivies pendant onze ans jusqu’à la construction d’un barrage sur l’Euphrate qui a submergé le site. L’étude présente le résultat de ces fouilles.

Une ville entière (re)découverte en Egypte

Une mission archéologique égyptienne a (re)découvert une ville datant de plus de 3000 ans avant notre ère, près de Louxor, dans le sud du pays. Construite sous le règne du roi Amenhotep III (des objets, dont des bijoux et des poteries portant son sceau ont été découverts), elle a continué d’être habitée sous le roi Toutankhâmon.
La ville est composée de trois palais royaux ainsi que d’un centre administratif et manufacturier. Les archéologues ont ainsi exhumé des zones de préparation de la nourriture avec une boulangerie et une zone de production de viande séchée, un quartier administratif, un atelier de construction et d’autres de couture et de fabrication de sandales .
Une partie seulement de la ville a été découverte, selon les archéologues. La cité pourrait s’étendre encore vers l’ouest et le nord. Plusieurs archéologues affirment toutefois que la zone dans laquelle a été faite cette dernière découverte avait déjà été fouillée il y a plus de 100 ans, et que la cité était donc connue.

Une brasserie vieille de 5000 ans découverte en Egypte

Une grande brasserie, qui pourrait être la plus vieille au monde, a été découverte en Egypte sur le site archéologique d’Abydos. La fabrique de bière remonte probablement à l’ère du roi Narmer, le premier roi qui unifia la Haute et la Basse-Egypte. Des archéologues avaient fait au début du XXe siècle des découvertes les portant à croire qu’une ancienne brasserie se trouvait dans le secteur, mais ils n’avaient pas été en mesure de la localiser précisément. Les archéologues pensent que la bière y était produite à grande échelle avec quelque 22 400 litres produits en même temps. La brasserie a sans doute été construite à cet endroit spécifiquement pour les rituels royaux qui avaient lieu à l’intérieur des sites funéraires des rois d’Egypte.

D’après un article de France Info.

Déchiffrement de l’élamite linéaire, une écriture ancienne de 4400 ans

« Inscription B » en élamite linéaire retrouvée sur un galet gravé provenant de Suse, Iran, attribuée au souverain Puzur-Shushinak (2150-2100 av.J. -C), (Musée du Louvre) à gauche; « Inscription K » en élamite linéaire figurant sur un vase Gunagi en argent daté de 1900/1880 av. J.-C (Iran), à droite.
CRÉDITS: FRANÇOIS DESSET / SYLVIANE SAVATIER POUR SCIENCES ET AVENIR

L’archéologue français François Desset, du Laboratoire Archéorient à Lyon, a annoncé le 27 novembre 2020 qu’il avait réussi à déchiffrer des inscriptions vieilles de 4400 ans rédigées en élamite linéaire, une écriture utilisée par les Elamites qui peuplaient le royaume d’Elam, sur le territoire de l’Iran actuelle. Voici plus d’un siècle que ce système d’écriture, utilisé entre la fin du 3ème millénaire et le début du 2ème millénaire avant notre ère, échappait au déchiffrement, comme c’est encore le cas pour le linéaire A crétois ou l’écriture de la vallée de l’Indus.
Le Français, fraîchement débarqué de l’Université de Téhéran où il enseigne depuis 2014, a expliqué que c’est l’opportunité offerte par la quarantaine dans son appartement et la collaboration de trois autres collègues, Kambiz Tabibzadeh, Matthieu Kervran et Gian-Pietro Baselloqui ont permis de percer le mystère de cette écriture.

D’après un article de Sciences et Avenir.

Trois émissions sur le Proche-Orient romain

L’invitée de Storiavoce est Catherine Saliou, qui a travaillé à  l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient (Damas) et est maintenant  professeure d’histoire romaine à l’université Paris 8. Elle vient de publier Le Proche-Orient, de Pompée à Muhammad dans la collection Mondes anciens de Belin.
La première émission propose une définition du Proche – Orient romain tandis que la deuxième expose sur son administration et son économie. La dernière évoque la culture et la religion dans la région à cette époque.