Catégorie : CP/CE1/CE2

Mauvaise méthode ?

Proche du ministre de l’Education et hébergée à l’Institut Montaigne, l’association Agir pour l’école expérimente dans 500 classes un apprentissage syllabique rigide. Mais les instituteurs « désignés volontaires » sont circonspects sur l’efficacité du dispositif, en particulier dans les quartiers populaires.
Voici le sujet traité par le journal Libération du 23 janvier :

 

 

 

Des bandes dessinées sur l’histoire pour les enfants

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Les éditions Dupuis lancent une série de bandes dessinées intitulée « Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino ».
Ces récits très pédagogiques s’adressent aux enfants. Fabrice Erre, docteur en histoire et professeur d’histoire géo au lycée Jean Jaurès de Montpellier, bien connu pour ses bandes dessinées « Une année au lycée », s’est associé au dessinateur Sylvain Savoia pour cette collection où l’humour est au service de la pédagogie.

 

Bon. Admettons, et après ?

En CP, les évaluations en français (deux séances de vingt minutes) portaient sur l’agilité des enfants à identifier les lettres et à manipuler les sons. Elles portaient également sur la capacité des élèves à comprendre les mots, les phrases ou un court texte lu par le professeur. En mathématiques (une séance de vingt minutes), les élèves ont été interrogés sur leur connaissance des nombres jusqu’à dix et sur leur capacité à les mobiliser dans une situation simple.
Au CE1, les évaluations portaient sur la capacité à décoder rapidement les mots (dont certains pouvaient laisser perplexe  comme « glande pinéale », « paradoxale », « mélatonine »), lire à voix haute avec fluidité, comprendre un texte simple, orthographier les mots les plus fréquents. En mathématiques, elles portaient sur l’utilisation des nombres entiers supérieurs à dix et les premières notions de géométrie.
Beaucoup d’enseignants de primaire les ont trouvées inadaptées, estimant qu’elles ne respectaient pas les apprentissages réels des élèves issus des programmes de maternelle et ont placé artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important.
L’un des membres du Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale à l’origine des tests leur a répondu qu’un test n’a «pas la même fonction et donc pas les mêmes caractéristiques qu’un exercice à visée pédagogique». Certes, certains tests semblent ne pas correspondre directement au programme de la maternelle ou du CP. «Mais ces évaluations n’ont pas pour objectif d’évaluer ce qui a été fait à la maternelle ou dans les deux premières semaines du CP. Elles ont pour objectif d’évaluer un certain nombre de compétences cognitives qui sont des prérequis pour le programme de français et de mathématiques du CP. Certains de ces prérequis ont été enseignés à la maternelle, d’autre pas (par exemple: situer les nombres sur une ligne numérique), mais ils n’en sont pas moins importants.»
Alors qu’un exercice est conçu pour pouvoir être réussi par la plupart des élèves, un test «est conçu pour révéler les difficultés, pas pour les masquer. De ce point de vue, un test qui donnerait le score maximal à 95% (ou à même à 50%) des élèves serait peu informatif. C’est pour cela que les tests sont conçus de manière à ce que l’obtention du score maximal soit difficile. Le symétrique est vrai également: si tous les élèves échouent, le test est aussi peu informatif.»
Le résultat de ces évaluations montrerait, selon le ministère, qu’un élève de CE1 sur deux a des difficultés en calcul mental et que 47% d’entre eux ont des difficultés pour résoudre un problème. Par ailleurs, un tiers des élèves de ce niveau lisent moins de 30 mots par minute alors que l’objectif national est de 50 mots selon le ministre.
Du côté du CP, plus d’un élève sur cinq (23%) a des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu’elles produisent. Ils sont également 8% à avoir du mal à reconnaître les nombres dictés.
Selon le ministre, ces résultats sont cohérents avec ce qu’indiquent les enquêtes internationales. Pour expliquer ces difficultés, le ministre pointe les difficultés sociales et familiales de certains élèves, notamment en ce qui concerne le langage. «On sait par exemple qu’un enfant de 4 ans issu d’une famille défavorisée a entendu 30 millions de mots en moins qu’un enfant issu d’une famille aisée», précise-t-il. «C’est à l’école d’apporter à cet enfant ce que sa famille n’a pas pu lui donner.»
Interrogé sur les critiques formulées par des syndicats d’enseignants qui estiment que ces tests sont inutiles, car non-représentatifs du niveau des élèves, le ministre souligne qu’ils ont été «conçus par les meilleurs spécialistes» avec «un esprit de bienveillance». Selon lui,«avec ces tests nationaux, l’évaluation est scientifique et complète».
Que propose-t-il alors pour corriger ces difficultés ?
«Ces évaluations donnent aux enseignants une vision précise des compétences de chaque enfant en début d’année et leur fournissent un panorama de la classe, qui va les aider à programmer leurs séquences pédagogiques. Ils disposeront d’un kit pédagogique sur Eduscol.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets, ce qui ne leur retirera pas leur liberté pédagogique. Les heures d’aide personnalisée doivent aussi être utilisées en ciblant les domaines de compétences dans lesquelles l’enfant a besoin d’être renforcé. Et les mesures que j’ai prises vont venir en appui des enseignants : le dédoublement des classes de CP et CE1 dans l’éducation prioritaire va nous permettre d’agir à la racine de la difficulté. Et l’instruction obligatoire dès 3 ans va mettre l’accent sur l’école maternelle et sur la richesse du langage. La réforme de la formation initiale et continue des enseignants va nous permettre aussi de renforcer leurs compétences.»
Il avait donc déjà tout prévu !

 

D’après deux articles du Figaro.fr (ici et ) et l’entretien accordé à 20 minutes par le ministre.

« La liberté pédagogique n’a jamais été l’anarchisme pédagogique« 

Cette phrase extraordinaire et provocatrice a été prononcée par le ministre de l’Éducation nationale, à propos de recommandations faites aux enseignants du primaire, préconisant, entre autres, une dictée quotidienne, deux exercices d’écritures et 15 minutes de calcul mental.
Prenons le temps de quelques définitions d’abord :
Anarchisme : 1. Conception politique qui tend à supprimer l’État, à éliminer de la société tout pouvoir disposant d’un droit de contrainte 2. Refus de toute autorité, de toute règle.
Pédagogie : 1. Ensemble des méthodes utilisées pour éduquer les enfants et les adolescents 2. Pratique éducative dans un domaine déterminé ; méthode d’enseignement.

Je vois mal le rapport entre l’anarchisme et la pédagogie, à moins que le ministre ne veuille dire que les enseignants ne respectent aucune règle dans leurs pratiques professionnelles ?

Recommandation : 1.  Action d’exhorter quelqu’un à faire quelque chose, à adopter une certaine conduite : Faire une recommandation à un collaborateur. 2.  Résolution émanant d’une organisation internationale et qui en principe n’a pas force obligatoire à l’égard des États membres. 3. Acte par lequel, au Moyen Âge, un homme faible (le recommandé) se mettait sous l’autorité et la protection d’un homme puissant (cette coutume fut à l’origine des liens de vassalité).

La recommandation est donc une demande fermement exprimée. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas inscrire directement ces pratiques pédagogiques dans les programmes, qui s’imposent aux enseignants ?

Une autre chose me gêne dans les propos du ministre : il semble considérer que les enseignants du primaire ne feraient pas cette dictée, ces exercices d’écriture ou le calcul mental. Or, il suffit de parcourir les nombreux blogs d’enseignants et de consulter leurs emplois du temps pour voir que c’est tout le contraire ! On m’objectera bien sûr que tous les enseignants ne tiennent pas de blogs… Je crois qu’il s’agit là d’une nouvelle déclaration tonitruante du ministre, dans un but éminemment politique et non d’un objectif pédagogique.

Ajoutons que lorsque les enseignants du primaire respecteront cette recommandation, ils y consacreront l’équivalent de la matinée de chaque jour de classe, une fois l’accueil et la récréation déduits. Cela ne laissera que les après-midi pour toutes les autres parties du programme officiel (et donc plus que recommander par le ministère !) à traiter, ce qui risque d’être difficile.

Enfin, élève, je n’ai jamais fait une dictée par jour ni même 15 minutes de calcul mental. Mes enfants, en primaire, n’ont jamais fait cela non plus. Encore une fois, je crois qu’il faut remonter à l’école de la IIIe et de la IVe République pour trouver cela, et encore, je n’en suis pas certain ! Il est donc évident que ce n’est pas l’abandon de ces pratiques qui est à l’origine du déclin de la maîtrise de l’orthographe et de la grammaire. Quand comprendrons-nous que cette maîtrise se perd si on ne l’entretient pas après la période de scolarité obligatoire ? Ce sont les adultes à qui on devrait recommander de faire une dictée par jour et 15 minutes de calcul mental !

Une journée mathématique

Aujourd’hui, j’ai pu assister à deux ateliers et une conférence dans le cadre des Journées nationales de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public, alors que ma femme y animait de son côté deux ateliers.
Le premier atelier était proposé par Nicolas Pelay, chercheur en didactique des mathématiques et auteur d’une thèse sur « Jeu et apprentissages mathématiques : élaboration du contrat didactique et ludique en contexte d’animation scientifique« .

Pour nous faire patienter avant l’arrivée de tous les membres du public, il nous a fait jouer avec un tangram. Une fois réalisé avec quatre pièces, il fallait le faire avec une pièce de plus, ce qui m’a posé beaucoup de problèmes.
Ensuite, il nous a exposé sa démarche et celle de son association Plaisir Maths, consistant à venir dans les classes pour animer des sessions de jeux mathématiques. Son association va bientôt proposer une mallette de jeux pour la classe.

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Enfin, il nous a fait jouer à deux jeux : le Chamboul’maths, sur les opérations, que je connaissais déjà et un jeu sur les fractions en cours d’élaboration que j’ai trouvé très intéressant à exploiter en classe.

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Le second atelier était animé par Serge Petit, chercheur en mathématique sur les relations entre les mathématiques et la langue. Avec Annie Camenish, maître de conférence en science du langage, ils sont les auteurs d’une méthode intitulée « Construire les maths avec les NuméRas« . Ils étaient accompagnés de Claudine Walgenwitz, la professeur des écoles chargée de mettre en application cette méthode dans sa classe depuis plusieurs années. J’ai été séduit par cette méthode, d’abord parce qu’elle mêle le français et les maths (il y a même des pistes pour des liens avec d’autres disciplines), parce qu’elle repose ensuite sur une véritable mise en recherche des élèves et parce qu’elle permet enfin de raconter des histoires. L’enthousiasme des trois intervenants y a aussi été pour beaucoup je dois dire. Du coup, je me suis procuré la méthode, éditée par Nathan. Le niveau 1 est disponible et le niveau 2 sera prêt pour la rentrée prochaine. Pour une présentation de la méthode, rendez-vous ici.

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La conférence de Joël Briand, maître de conférences en mathématiques à l’ESPE de Bordeaux, portait sur la continuité nécessaire des méthodes d’apprentissages des mathématiques entre le premier et le second degré. Mon manque de connaissance des programmes de mathématiques du collège et de l’école m’a sans doute empêché de saisir la totalité de ses propos, mais j’ai retenu l’importance de la familiarisation des élèves avec la droite numérique / règle graduée. Il propose aussi d’étudier les figures géométriques en commençant par le triangle puis en enchaînant avec les polygones avant de voir les cas particuliers du carré et du rectangle en dernier. Enfin, il pense que l’apprentissage « traditionnel » de la soustraction et de la division en posant et avec retenue est un obstacle cognitif , ce que ma femme m’avait déjà expliqué.  Il préconise donc la construction d’algorithmes intermédiaires avec les élèves, comme indiqué sur la diapositive ci-dessus.

Une journée bien remplie

Ce matin, j’ai assisté à un atelier sur mesures et grandeurs dans le cadre des journées nationales de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public. Il s’agissait de voir comment faire prendre conscience aux élèves des longueurs, des aires, des angles et des volumes et les amener à les manipuler. Il était animé par Jean – Paul Mercier, membre de l’institut de recherche pour l’enseignement des mathématiques de Poitiers. Cela m’a donné de nombreuses pistes à explorer pour faire manipuler les maths en cycle 2 et 3.

L’après-midi, je me suis promené dans certains lieux évoqués par julien Gracq dans La forme d’une ville, avant de visiter la cathédrale et les collections du musée d’art de Nantes.

Ce musée a été fermé longtemps pour y aménager le Cube, un bâtiment moderne consacré à l’art du XXIe siècle, abritant des oeuvres parfois très curieuses…