Catégorie : François Mitterrand

Les lectures de François Mitterrand

L’INA propose deux émissions littéraires des années 70, consacrées aux lectures de François Mitterrand. Nous les avons regardées toutes les deux et, malgré une image de piètre qualité, ce fut à chaque fois un bon moment. 
Bernard Pivot a reçu François Mitterrand, qui inaugura une nouvelle formule de l’émission, la présentation de ses propres lectures, en février 1975.
L’émission littéraire mensuelle de Michel Polac (Bibliothèque de poche) a rendu visite à François Mitterrand dans sa bibliothèque en juin 1970, pour parler de ses lectures marquantes.
Entendre Mitterrand parlé de ses lectures est un plaisir et il me semble que c’est dans ces moments là que le réservé et discret homme politique se dévoile : ses yeux s’illuminent, ainsi que son visage.
Ces émissions suscite aussi de la nostalgie, évidemment : nostalgie pour une télévision de qualité, qui prenait le temps et ne prenait pas son public pour des imbéciles mais aussi nostalgie pour une classe politique cultivée, qui savait parler correctement.
François Mitterrand n’évoque pas Julien Gracq lors de ces émissions, mais il aimait lire Gracq et passait souvent à la librairie Corti. Je sais que, devenu président de la république, il a voulu l’inviter trois fois à l’Elysée mais que l’écrivain, qui ne l’appréciait pas, a décliné à chaque fois l’invitation. J’en éprouve du regret tant ces deux hommes auraient eu, selon moi, des choses à se dire, à propos de la littérature.

La Très Grande Bibliothèque

Je profite d’un article du site du Monde.fr pour retracer ici l’historique de la Très Grande Bibliothèque voulue par François Mitterrand.

Le 14 juillet 1988, au détour du traditionnel entretien qu’il donne le jour de la Fête nationale, François Mitterrand, qui vient d’être réélu, annonce la création d’une « bibliothèque d’un genre entièrement nouveau ». C’est Jacques Attali, son conseiller, qui lui a soufflé l’idée. Pour ce dernier le futur établissement devait cependant être une tête de réseau informatisé. Le projet n’impliquait pas forcément la construction d’un grand bâtiment.

En 1988, il existe en effet une urgence à résoudre. La vénérable Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu est au bord de l’asphyxie. Son administrateur général, André Miquel, a jeté l’éponge en octobre 1987. Il a été remplacé par l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, qui propose deux solutions pour désengorger son établissement : création d’une annexe ou déménagement total.

Au cours de l’été 1988, Patrice Cahart, président du conseil d’administration de la BN, et Michel Melot, directeur de la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, planchent sur la définition de la nouvelle bibliothèque. Réalisme ou myopie, l’idée du réseau s’efface peu à peu au profit du béton. Car une bibliothèque virtuelle, avec des collections entièrement numérisées consultables sur écran, semble une utopie lointaine et coûteuse.

Un concours d’architecture est lancé en avril 1989. En août, le choix du jury – Emmanuel Le Roy Ladurie en est écarté – se porte sur un jeune architecte, Dominique Perrault. Il propose quatre grandes tours de verre, conçues pour recevoir 4 millions de volumes, en forme de « livres ouverts » autour d’un vaste jardin, en contrebas.

Comme on imagine mal le président de la République inaugurer des rayonnages vides, on décide de faire venir de la rue de Richelieu une partie des stocks. A partir de quelle date va-t-on expédier les livres à Tolbiac : 1900, 1914, 1945, 1960, 1989 ? 1945 est retenue.

Cette décision déclenche une tempête inattendue chez les chercheurs. Ainsi l’historien et journaliste Jacques Julliard publie-t-il dans Le Nouvel Observateur, une « Lettre ouverte » à François Mitterrand pour dénoncer la « catastrophique » césure. Il sera relayé par un autre historien, Pierre Nora, dans la revue Le Débat. Le paroxysme a lieu le 11 septembre 1989, lors d’un colloque organisé dans une petite salle de l’Opéra Bastille. L’historienne Elisabeth Badinter lance une formule qui va rester dans les esprits : « Je veux tous les livres à ma place, en un temps record. »

Emile Biasini trouve la solution : on déménagera l’ensemble des imprimés à Tolbiac, soit 12 millions de volumes. Et il y aura deux bibliothèques : l’une pour les chercheurs, en bas, l’autre pour le grand public, en haut. L’architecte revoit donc ses plans.

Après la querelle du contenu, celle du contenant va naître. En mai 1990, Patrice Higonnet, un universitaire américain, évoque dans le Times Litterary Supplement la menace des livres enfermés dans les tours, lentement carbonisés par la lumière trop vive du soleil. Il est relayé par Marc Fumaroli dans Le Figaro. Dominique Perrault corrige sa copie : les deux tiers des livres iront à l’ombre dans le socle du bâtiment, le reste sera abrité par des volets de bois – au détriment de la transparence de l’édifice.

En août 1991, l’Institut entre en scène. Georges Le Rieder, ancien administrateur de la BNF, appuyé par plusieurs Prix Nobel, réclame « un moratoire » pour la future bibliothèque, dont l’architecture est « inadaptée » à sa fonction comme à son environnement. Une commission est donc créée, sous la direction d’André Miquel, qui est devenu président du Conseil supérieur des bibliothèques. Ses conclusions sont remises en janvier 1992. Elles conduiront à diminuer de 7 mètres la hauteur des tours. L’architecte retourne une fois encore à sa table à dessin.

La cohabitation de mars 1993 entraîne une enquête sur le bien-fondé de la Très Grande Bibliothèque. Atteint par l’âge de la retraite, Emmanuel Le Roy Ladurie est remplacé par un autre historien, Jean Favier, venu des Archives nationales.

Ce premier patron de la Bibliothèque nationale de France accueille, le 30 mars 1995, François Mitterrand venu inaugurer un bâtiment encore vide. Peu à peu, il va se remplir. Le déménagement des imprimés de la rue de Richelieu commence en mars 1998. Le 9 octobre, les chercheurs accèdent à leur nouvelle Mecque.

Dix ans de travaux pour 8 milliards de francs (1,219 milliard d’euros) : un chantier pharaonique ou « Louis Quatorzien » probablement voulu comme tel par François Mitterrand. Mais La révolution d’Internet est intervenu depuis. Depuis décembre 2004, le moteur de recherche américain Google propose une bibliothèque universelle et gratuite en ligne. Aujourd’hui, on peut s’interroger : n’aurait-il pas mieux fallu écouter Jacques Attali et parier dès le départ sur la numérisation des collections, qui vient d’être entamée ?

Les bibliothèques de François Mitterrand

Sa vie durant, François Mitterrand n’a cessé de lire, d’écouter, de méditer, de dialoguer avec les écrivains vivants comme avec les écrivains du passé.

L’ancien Président est célèbre pour son goût de l’écriture, pour ses lectures, mais aussi pour son amour du livre sous toutes ses formes : les éditions anciennes, les livres d’art et même les livres de poche.

Des nouveautés, il en recevait tous les jours, jusqu’à une centaine. Il prenait toujours le temps pour les trier et mettre de côté ceux qu’il allait au moins parcourir. Le Président se rendait aussi, régulièrement, dans des librairies parisiennes et provinciales : chez Gallimard boulevard Raspail, Julliard boulevard Saint- Germain ou José Corti rue de Médicis par exemple. Sans compter bien sûr de très nombreux marchands de livres anciens avec qui il dialoguait, comme le raconte Michel Charasse :

« On passait beaucoup de temps chez des antiquaires spécialisés dans les livres anciens, il y avait tout un réseau dans Paris (…). Et tous ces antiquaires lui envoyaient leur catalogue. Il téléphonait lui-même, en marchandant aussi. Des fois, en sortant du restaurant, on faisait un saut chez un libraire, il prenait sa commande. (…). Et il fouinait un peu, posait des questions. »

Après acquisition, le livre intégrait la bibliothèque présidentielle… Il serait plus juste de dire « les bibliothèques ». On peut distinguer trois sites : Latche, la rue de Bièvre et l’Élysée.

À Latche, François Mitterrand entreposait notamment la collection complète du Livre de Poche, ainsi que de nombreuses éditions Pléiade de ses auteurs favoris.

Après l’élection de 1981, la rue de Bièvre était réservée aux vieux livres et aux livres favoris. L’accès à ces deux bibliothèques « intimes » était réservé aux proches.

L’un d’eux, Jean Glavany, les décrit ainsi : « Rue de Bièvre (j’ai connu François Mitterrand début 1979) il m’avait convoqué, dans son petit “poulailler”, son bureau sous les combles, envahi par les livres, posés à même le sol, etc. ; il vivait parmi les livres, une invasion permanente. Il a décidé assez vite de faire descendre des centaines et des milliers de livres à Latche, dont des poches, des livres qui n’avaient pas grande valeur, pour lesquels il a construit deux chalets de bois mis sous les pins, pour le stockage. Et ensuite à Paris, dans les dernières années, il a fait construire une bibliothèque par un de mes amis personnels. »

Dans ces bibliothèques, le classement était l’affaire du Président. Son épouse raconte que, jusqu’à la fin de sa vie, il rédigeait lui même de petites fiches cartonnées pour ses ouvrages préférés.

De l’autre côté, la bibliothèque « officielle » de l’Élysée accueillait les « beaux livres » et les services de presse. Cette pièce du palais présidentiel était un véritable musée du livre, composé par le designer Philippe Starck : « Des sièges spartiates, une table, des rayonnages bas pour les livres que le Président a apportés : les Mémoires de Saint- Simon, tout Racine et tout Cicéron, notamment. Des rayonnages pour les livres et une cheminée. Paisibles, les tons des murs, des meubles, du bois blanchi, du granit et de la pierre grattée. »

Enfin, il ne faudrait pas oublier la Bibliothèque Nationale de France, conçue par l’architecte Dominique Perrault sur une décision du Président, qui l’a inaugurée en 1995. Ce projet représente quatre livres ouverts encadrant un jardin en contrebas. Elle renferme plusieurs millions de livres et de journaux accumulés depuis plusieurs siècles. Elle possède la quasi-totalité des imprimés (livres et journaux) depuis François Ier grâce au dépôt légal, plus une collection inestimable d’éditions originales des plus grands auteurs (une bible de Gutenberg, des écrits de Rabelais, François Villon).

D’après des articles de l’Institut François Mitterrand.

Vous trouverez ici une vidéo de François Mitterrand à Latché, évoquant sa passion pour la lecture.

Un homme passionnant !

Il y a peu de personnes qui en vous parlant, vous donne l’impression de devenir plus intelligent…. C’est l’impression que m’a faite Jacques Attali, que je viens de voir dans une émission de Public Sénat consacrée à l’élection présidentielle (Face à nous).

Cet homme qui a été un proche de François Mitterrand (son conseiller spécial de 1981 à 1990) est aussi un ami de Nicolas Sarkozy (depuis 25 ans, a-t-il rappelé).

Bardé de diplômes (Polytechnique, IEP, ENA, les mines), cet homme fait preuve d’une culture hors du commun et d’un sens de la formule impressionnant….

C’est un écrivain émérite, auteur de fictions et d’essais. Il s’est aussi engagé dans de nombreuses actions humanitaires (contre la faim dans le monde, les inondations au Bengladesh, pour développer la micro finance et pour favoriser le développement des pays de l’est de l’Europe).

J’ai lu la série des Verbatim, mais je pense que je vais les relire et me pencher sur ses autres œuvres.

Un roman historique érudit sur l'origine du différent entre  les trois religions du Livre

le dernier livre de Jacques Attali : un essai sur l'avenir possible du monde

Un essai sur les Europe et la nécessité de n'en faire qu'une

François Mitterrand vu de

Puisqu’on reparle d’Hubert Védrine….

Je vous conseille de lire ceci.

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Hubert Védrine, proche collaborateur de François Mitterrand pendant quatorze ans, conseiller diplomatique, porte-parole puis secrétaire général de l’Élysée, raconte et explique de l’intérieur comment le quatrième Président de la Ve République a affronté et traversé, durant ses deux septennats, les événements des années 1981-1995.

Il fait revivre la bataille des euromissiles, la « guerre des étoiles », le terrorisme, le conflit du Golfe, la réunification allemande, la paix au Proche-Orient, le drame yougoslave, et d’autres chapitres de cette histoire.

Et, surtout, le passage d’un monde à l’autre, de la compétition Est/Ouest à l’effondrement de l’URSS et au triomphe de l’économie globale de marché.

Dans les pas de Hubert Védrine, témoin de premier plan ou acteur, on suit la réflexion et la confrontation des grands décideurs de notre époque, on comprend le cheminement de leur pensée, leurs dilemmes, leurs oppositions, leurs convergences. On voit fonctionner les lieux et modes de pouvoir : sommets des Sept, conseils européens, déplacements présidentiels, conseils des ministres, conseils de défense, rencontres en tête-à-tête… On voit progresser l’interdépendance entre les États et les économies, le poids des médias.
Livre de référence passionnant, précis, documenté, rigoureux, l’ouvrage de Hubert Védrine est la chronique politique et diplomatique d’une décennie et demie qui a vu basculer dans le passé le monde issu de 1945 et commencer celui où nous vivons aujourd’hui.

Pour ma part, je vais pour l’occasion lire « la suite » :

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