Étiquette : chrétientés et islam des mondes en contact (VIe – XIIIe siècle)

Un espace d’échange entre chrétiens et musulmans : la Sicile normande

D’abord byzantine jusqu’à la conquête musulmane (827-901), la Sicile passe entièrement aux mains des seigneurs normands à partir de 1091. Ceux-ci vont pratiquer une politique de tolérance et d’assimilation envers les populations grecques et musulmanes restées dans l’île, tout en imposant le système féodal.
La Sicile fait sans doute encore largement partie du monde de l’Islam : comme le montre l’équipement de l’île en funduqs*, ou entrepôts commerciaux, en hammams, ou bains publics, en souks, ou marchés, en mosquées. Palerme apparaît comme une splendide capitale au centre d’un réseau urbain quasi achevé : des pôles majeurs comme Messine et Syracuse tiennent les routes militaires, de grands marchés sur les itinéraires principaux servent de relais à la puissance politique.
Dans le Livre de Roger, Al-Idrîsî exalte la fertilité des terres, l’abondance des eaux, l’équilibre des religions, la paix, la discipline d’un roi sévère, l’ouverture au commerce.

Texte : La Sicile vu par un musulman
« La Sicile est peupée d’adorateurs de la croix qui circulent sur son territoire et se repaissent de ses campagnes. Les musulmans vivent avec eux sur leurs terres et dans leurs fermes, et les chrétiens observent une façon honorable de les employer et de les faire travailler. Ils leur imposent une redevance que ceux-ci payent en deux saisons de l’année […].
L’attitude du roi est vraiment extraordinaire Il a une conduite parfaite envers les musulmans ; il leur confie des emplois, il choisit parmi eux ses officiers et tous, ou presque tous, gardent secret leur foi et restent attachés à la foi de l’islam. Le roi a pleine confiance dans les musulmans et se repose sur eux dans ses affaires et de l’essentiel des ses préoccupations, à tel point que l’intendant de sa cuisine est un musulman. En cette cité [Palerme] les musulmans conservent quelques restes de leur foi, ils fréquentent la plupart de leur mosquées et ils y célèbrent la prière rituelle sur un appel clairement entendu. Ils ont des faubourgs qu’ils habitent seuls, à l’exclusion des chrétiens. Les souks [marchés] sont fréquentés par eux, et ils en sont les marchands. […] Il ont un cadi [juge] devant lequel ils élèvent leur procès ; ils ont une mosquée principale. […] Dans cette ville, la parure des chrétiens est celle des femmes des musulmans. La langue alerte, enveloppées et voilées, elles sont dehors à l’occasion de la fête [Noël], vêtues d’étoffes de soie brochées d’or […], elles se pavanent en se rendant à leurs églises. »
Ibn Jubayr, Voyage (Rihla), fin du XIIeme siècle, traduction M. Gaudefroy Demombynes, Belles Lettres, 1949-1956.

Ibn Jubayr était un voyageur andalou à la fin du XIIeme siècle. Il visita la Sicile de vers 1185.

Vidéo : L’histoire de Roger et Al-Idrisi

Photographie : la Sicile selon la carte d’al-idrisi

Pour une version interactive, suivez ce lien : https://www.thinglink.com/scene/970592151844945921

La Géographie d’al-Idrîsî propose, au milieu du XIIe siècle, une exploration du monde par un savant arabe vivant à la cour cosmopolite du roi normand Roger II de Sicile. C’est un atlas qui décrit de manière très codifiée les pays, leurs villes principales, leurs routes et leurs frontières, les mers, les fleuves et les montagnes. Al-Idrîsî commente ces cartes en suivant des itinéraires, comme un véritable guide. Il livre des informations de toute nature, géographiques bien sûr, mais également économiques et commerciales, historiques et religieuses. En plus de la compilation des connaissances de ses prédécesseurs, al-Idrîsî s’est doté d’une méthode pour compléter et vérifier ses informations.

Texte : Palerme décrite par le savant géographe Al- Idrisi
« La première de ces villes est Balharm (Palerme), cité des plus remarquables par sa grandeur et des plus illustres par son importance ; chaire de prédication parmi les plus célèbres et prestigieuses du monde. Elle est dotée de qualités qui lui confèrent une gloire inégalable et réunit beauté et noblesse. Siège du gouvernement dès les temps primitifs et les premiers temps de l’islam, c’est de là que partaient les flottes et les armées lors des expéditions militaires et c’est là qu’elles revenaient, comme elles le font encore aujourd’hui. Cette ville est sur la côte, elle a la mer à l’est, et est entourée de montagnes hautes et massives. Le rivage à cet endroit est plaisant et riant, il est orienté vers l’est. La ville est dotée de bâtiments magnifiques, qui accompagnent les voyageurs et étalent la beauté de leur construction, la finesse de leur réalisation et leur merveilleuse originalité.(…) De tous côtés, la ville est traversée par des cours d’eau et des sources pérennes ; les fruits y poussent en abondance ; ses édifices et ses promenades sont tellement beaux qu’il est impossible à la plume de les décrire et à l’intelligence de les concevoir ; le tout est une vraie séduction pour l’œil. Le Cassaro dont il vient d’être fait mention est parmi les villes fortifiées les mieux défendues et les plus élevées ; il peut résister aux attaques et est tout à fait imprenable. À son sommet est un fort, bâti récemment pour le grand roi Roger et constitué d’énormes blocs de pierre de taille recouverts de mosaïques. Les murs du « Palais » sont bien alignés et élevés, ses tours de guet et ses postes de garde sont d’une construction fort solide, de même que les différents palais et salles qu’il abrite. Ces derniers sont ornés des motifs calligraphiques les plus merveilleux et couverts de peintures remarquables. Tous les voyageurs attestent la splendeur de Palerme et en font une description hyperbolique. Ils affirment clairement qu’il n’y a point hors de Palerme d’édifices plus magnifiques que les siens, de demeures plus nobles, de palais plus imposants et de maisons plus agréables. Le « Faubourg » qui environne l’ancienne ville forte dont il vient d’être fait mention est très vaste, il contient un grand nombre de maisons, d’hôtelleries, de bains, de boutiques et de marchés. Il est entouré d’une enceinte, d’un fossé et d’un espace vide. À l’intérieur, il y a beaucoup de jardins, de parcs splendides, de canaux d’eau fraîche courante provenant des montagnes qui entourent cette plaine. À l’extérieur, au sud, coule la rivière de ‘Abbâs, qui fait tourner des moulins en assez grand nombre pour suffire aux besoins de la ville. « 

Vidéo : Palerme et les influences des différentes civilisations

Carte : plan de Palerme

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Photographie : les mosaïques des rois de Sicile dans les églises de Palerme

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La mosaïque de la dédicace de la cathédrale de Palerme est révélatrice des influences byzantines, tant par son support (la mosaïque) que par son thème (la présentation d’une maquette représentant l’édifice dédié). La figuration des personnages est typiquement byzantine : le roi Guillaume II porte les mêmes vêtements que l’empereur byzantin. La Vierge est accompagnée d’une inscription en grec, M(ḗtē)r Th(e)oû (Mère de Dieu), qui est celle en usage dans l’Église byzantine. Guillaume II, en revanche, est accompagné d’une inscription en latin : rex Guillelmus s(e)c(und)us (le roi Guillaume II). La présence d’inscriptions pour identifier les personnes est aussi un trait byzantin.

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L’église dite de la Martorana, ou plus exactement Sainte-Marie de l’Amiral, a été fondée par Georges d’Antioche, un des principaux ministres de Roger II, et qui avait le titre d’amiral, en 1143. Construite pour y célébrer la liturgie byzantine, elle respecte les traditions des églises byzantines, comme la coupole ou le plan à croix grecque. L’une des mosaïques représente Roger II dans une posture typiquement byzantine, avec les vêtements de l’empereur byzantin, couronné par le Christ, thème classique de la mosaïque byzantine. L’inscription est grecque : Rogérios rḗx (Roger roi) et I(ēsoû)s Ch(ristó)s (Jésus Christ). Rḗx est un emprunt du latin pour désigner les rois, car basileús, qui signifiait originellement « roi », est réservé à l’empereur.

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Cette représentation de Roger II figure dans la Chapelle palatine de Palerme. Comme son nom l’indique, cette chapelle est un des éléments du palais royal. Sa construction a été ordonnée en 1132 par Roger II. L’architecture est d’inspiration byzantine (église à coupole), et la décoration est plus mélangée : les mosaïques, elles aussi d’inspiration byzantine, côtoient des motifs islamiques comme ici. Roger II est représenté vêtu à la mode arabe, et le style rappelle celui des portraits de califes..

Pour en savoir plus

Voici les numéros d’Arkéo Junior et Histoire Junior de la bibliothèque de classe qui évoquent les différents chapitres en cours :

– en cinquième

– en quatrième

– en troisième

Toutes ces revues peuvent être lues en classe quand le travail à faire est terminé ou bien empruntées pour la maison.

Des émissions de France Culture sur l’impératrice Irène

Ces émissions, datant de 1982, ne sont évidemment pas destinées aux élèves de cinquième, mais peuvent servir aux enseignants pour préparer le thème « Chrétientés et Islam : des mondes en contact (VIIe – XIIIe siècle) ».

Début du pèlerinage à La Mecque

Deux millions de pèlerins sont attendus à La Mecque, le premier lieu saint de l’islam, dans l’ouest de l’Arabie saoudite, à partir de mercredi 30 août. Tous les musulmans qui en ont les moyens sont tenus d’effectuer, au moins une fois dans leur vie, ce voyage, qui est l’un des cinq piliers de l’islam.

Fiche séquence « Chrétientés et Islam des mondes en contact »

Cela faisait un moment que je ne m’étais pas prêté à l’exercice des fiches de préparation de séquence. Mais la perspective d’enseigner bientôt en école primaire m’a poussé à le faire de nouveau. Voici donc la fiche de préparation de ma première séquence de 5e en histoire.

Le thème regroupe 3 chapitres du manuel et s’étend donc sur 11 séances de 45 minutes (une fois enlevés l’entrée en classe et l’appel). Les activités des élèves sont variées, je crois, et feront l’objet d’évaluation : un travail de groupe, le passage à l’oral pour quelques-uns, la mise au point de fiches de synthèse, la production d’un écrit et d’une carte.