Catégorie : Poésie

« Dans mon rêve je suis le président / Quand je m’éveille je suis la mendiante du monde » (traduction d’un poème d’une femme afghane)

La journaliste et poétesse Eliza Griswold est partie à la recherche des landays, poèmes de 22 syllabes composés par les femmes pachtounes d’Afghanistan. Elle a rapporté un reportage et un recueil d’une centaine de poèmes intitulé I Am the Beggar of the World.
L’idée du reportage lui est venue en lisant Le suicide et le chant. Poésie populaire des femmes pachtounes (Gallimard, 1994), l’ouvrage de l’écrivain, philosophe et folkloriste afghan, Sayd Bahodine Majrouh, qui avait collectionné des landays dans les camps de réfugiés au Pakistan au moment de l’occupation du pays par les soviétiques.
Lors de ses voyages, elle a entendu parler d’une société littéraire féminine dont les membres se réunissaient à Kaboul et participaient à des émissions de radio. Ces femmes s’identifiant au moyen de pseudonymes appelaient en cachette pour réciter des poèmes comme :
« Père tu m’as vendue à un vieil homme / Que Dieu détruise ta maison ; j’étais ta fille »
Ou encore :
« Glisse la main à l’intérieur de mon soutien-gorge / Caresse une pomme grenade de Kandahar rouge et mûre »
« Je suis comme une tulipe dans le désert. Je meurs avant de m’ouvrir. Et la brise du désert éparpille mes pétales »
« Faire l’amour à un vieillard, c’est comme baiser avec une tige de maïs flasque noircie par la moisissure »

Les landays (terme qui peut se traduire par « petit serpent venimeux ») se chantent souvent au son d’un petit tambour. Mais pendant le premier règne des talibans, toute musique était proscrite. La récitation de poèmes était donc devenue encore plus problématique. Même après 2001, les Afghanes devaient être discrètes quand elles s’y adonnaient car une femme qui chante risque d’être considérée comme une prostituée en Afghanistan.

D’après un article du site du journal Le Devoir.

Quelques landays encore :

« Que ton avion s’écrase et que le pilote meure, Toi qui déverses des bombes sur mon cher Afghanistan » (composé durant l’invasion de l’Aghanistan par l’URSS)

« A Kaboul, les américains combattent les Talibans, là bas derrière les montagnes, ils les entrainent »

« Taliban, tu m’interdis d’aller à l’école. Je ne deviendrai jamais médecin. Pense à une chose : un jour tu tomberas malade »

Une définition de la poésie par Gracq (toujours dans Noeuds de vie)

« Le mal essentiel, de l’homme, est l’abstraction ou séparation. Séparation par le temps irréversible, par la distance infranchissable, réclusion dans la cellule étanche de la conscience individuelle. le but de la poésie est de porter remède à la racine du mal. Elle est la préfiguration par les signes du monde (sans doute monde d’après la mort) où tout est ensemble. Sa tâche essentielle est donc de mettre en contact immédiat les séries matérielles et mentales les plus éloignées, et de préférence les plus incompatibles, non seulement aux yeux du bons sens vulgaire, mais à la lumière réfléchie de la dure expérience vitale.
Cette tâche est remplie par l’image, dont le fonctionnement parfait (ne pas oublier que l’imagination n’est une fonction vitale au même titre que la respiration (c’est elle qui rend l’air respirable)) se présente ainsi de façon constante comme un court-circuit. Il ne suffit pas de dire avec Reverdy « Plus les deux temps mis en contact sont éloignés dans la réalité, plus l’image est belle » : il n’y a en fait image, et poésie, qu’à partir du moment où l’on s’aventure au-delà du réseau des coordonnées construit par les sens ou par la mentalité logique asservie aux fins pratiques.
En termes hégéliens, la poésie est la revendication permanente, a sein de l’existence, tourmentée parce qu’abstraite, de la quiétude absorbante et de la félicité totalitaire du concret.
Poésie pure : serait l’état mental pour lequel tous substantifs sans exception se trouveraient unis par l’indicatif présent du verbe être (ex : Charles Quint est une horloge) et du verbe faire (ex : l’électricité fait la sieste).
Une telle définition suffit certes d’emblée à établir la valeur poétique absolue du rêve par rapport à la vie « réelle ». elle manque à résoudre cette grave question, qui est la question par excellence en matière de poésie pratique : pourquoi l’esprit reconnaît-il immédiatement comme « poétique » et légitime-t-il seulement un petit nombre de ces écarts faits par-dessus les frontières logiques, – tandis qu’il en rejette comme sans valeur la majorité ? Pourquoi « Été, roche d’air pur » est-ce poétique – et « Mon âme est une infante en robe de parade » apoétique ? »

Qu’en penses – tu Barbara ?

Une émission de radio normande sur la poésie

Laura Rucinska, l’animatrice de l’émission « Mon poème »,  m’a contacté par mail pour me faire connaître son émission. Celle-ci valorise l’écriture de la Poésie, et invite à la réflexion sur comment la Poésie peut amener de la Beauté dans notre quotidien. Je lui ai proposé d’entrer en contact avec mon amie Barbara, poétesse qui tient un blog où elle publie son oeuvre, en plus de sa participation à plusieurs revues et la parution de trois recueils. J’espère que cela pourra encore plus la faire connaître, et surtout lire.

Deux expositions à voir au Musée nationale de l’éducation de Rouen

Nous nous sommes rendus hier après-midi au Musée national de l’éducation, rue Eau de Robec, à Rouen, pour y voir l’exposition « Métier d’enseignant(e), métier d’élève ».

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Au Rez-de-chaussée, nous en avons profité pour découvrir l’exposition « Ma rue par Achbé », composée de magnifique photos prises par l’artiste, qui trace à la craie des formules (im)pertinentes sur les trottoirs parisiens, qu’elle photographie ensuite en noir et blanc. Je pense ces oeuvres te plairont, Barbara.

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L’exposition « Métier d’enseignant(e), métier d’élève » est plus classique dans la forme et le fond et si je n’ai pas appris grand chose, j’ai pu voir des objets et témoignages intéressants de différentes époques.

Si vous ne connaissez pas encore ce musée, je vous le recommande, notamment en compagnie d’enfants. Sa visite est instructive, assez rapide et le bâtiment abritant le musée est magnifique. A noter que ce musée dispose d’imposantes réserves, localisées ailleurs dans Rouen, dans des locaux beaucoup plus modernes. Vous pouvez en faire une visite virtuelle ici mais aussi y mener des recherches sur l’histoire de l’école.

En bonus, vous pourrez voir une autre version de ce film plutôt drôle.