Étiquette : Un monde migrants

Au moins 30 millions de personnes déplacées en 2017

30,6 millions de personnes dans le monde ont été contraintes de fuir leur village ou leur ville tout en restant à l’intérieur des frontières de leur pays en 2017, selon le dernier rapport, publié mercredi 16 mai, de l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC). Cet organisme s’efforce d’effectuer le suivi le plus exhaustif possible de ces mouvements de personnes déplacées, avec des données portant cette année sur 143 pays et territoires. Sont comptabilisés à la fois les déplacements internes liés à des conflits (guerres, violences pour motifs politiques, ethniques ou religieux, criminalité…) et ceux provoqués par des catastrophes naturelles ou climatiques, les deux causes combinant parfois leurs effets. A la différence des réfugiés cherchant asile dans un autre pays, les déplacés ne bénéficient pour l’instant d’aucun statut juridique assurant – au moins en théorie – leur protection.
Le nombre de déplacés en 2017 s’explique ne grande partie par la situation dans trois pays : Syrie, Irak et République démocratique du Congo, qui vivent des crises humanitaires majeures. Le Yémen, n’apparait pas dans le recensement, faute d’informations précises. Ces déracinés s’ajoutent à ceux des années antérieures, même s’il existe aussi des flux de retours, au demeurant souvent précaires et suivis de nouveaux départs. Au total, l’IDMC évalue à au moins 40 millions le nombre actuel de déplacés pour cause de conflits ou de violences.
Dans le même temps, un nombre encore plus important de personnes – 18,8 millions, notamment en Chine et aux Philippines – ont été forcées de quitter leurs terres par des catastrophes de toute nature. Il s’agit, en très grande majorité, d’événements climatiques extrêmes, principalement des inondations et des tempêtes et ouragans.
Pour la première fois, l’IDMC a quantifié les déplacements consécutifs à des sécheresses, soit 1,3 million dans les seuls quatre pays pour lesquels il dispose de données fiables : Ethiopie, Somalie, Burundi et Madagascar. Des chiffres très partiels donc, mais qui montrent que le dérèglement climatique est devenu un facteur de déstabilisation de plus en plus prégnant.

D’après un article du Monde.fr

Confusion des genres

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Lorsque l’artiste chinois Ai Weiwei est venu vivre en Europe, il a eu envie de connaître la situation des réfugiés et s’est ainsi rendu sur l’île grecque de Lesbos pour découvrir la situation des migrants qui y parviennent.
« C’était une expérience très intime que de voir débarquer des bateaux enfants, femmes et personnes âgées. Je voyais dans leur regard un vrai désarroi. Ils étaient terrorisés et ne savaient pas du tout à quoi s’attendre dans ce pays. C’est ce qui, plus encore, m’a poussé à en savoir davantage sur qui sont ces gens et pourquoi ils risquent leur vie en venant dans un pays dont ils ne connaissent pas les codes et où personne ne les comprend. J’avais énormément d’interrogations. C’est cette curiosité qui m’a incité à mettre en place une importante équipe de chercheurs pour étudier l’histoire des réfugiés et leur situation actuelle. En dehors de la guerre en Syrie, l’existence des migrants est née des guerres en Irak et en Afghanistan, du conflit israélo-palestinien, des différents conflits africains, de la persécution des groupes minoritaires au Myanmar et de la violence en Amérique centrale.« 

Ce matin, j’ai pu assister à une projection de ce documentaire beau et long, ce qui m’a parfois dérangé. Beau, car les images d’Ai Weiwei témoignent de sa vision d’artiste. Il parvient à rendre l’horreur photogénique, comme avec le cadavre d’un homme abandonné lors des combats autour de la ville de Mossoul en Irak. Long, car nous suivons les réfugiés dans le monde entier, en Europe, bien sûr, mais aussi au Moyen – Orient, en Afrique, en Asie et en Amérique, et cela durant 2h20.
J’ai eu l’occasion de visionner de nombreux documentaires sur la situation des réfugiés pour préparer les cours de quatrième et je ne vois pas ce que ce film apporte de plus, honnêtement. Dans sa quête poétique, Ai Weiwei abuse pour moi de l’usage des drones : les images sont belles, mais le message perd en force.
Il y a toutefois plusieurs passages qui agissent comme de véritables coups de poing : le cimetière avec les tombes anonymes en Turquie et les sanglots de cet homme qui a perdu en mer cinq membres de sa famille ; le Kurde posant devant sa maison ruinée par une guerre qu’il ne comprend pas, qu’il ne voulait pas. Ou encore la ville de Mossoul libérée de l’État islamique, ce qui entraîne l’exode de 300 000 réfugiés de plus.
C’est bien sûr un film à voir, surtout si l’on ne connaît pas grand-chose aux mouvements migratoires actuels. Mais pour être un documentaire vraiment efficace, il aurait fallu le condenser et oublier plus souvent l’esthétisme. De même, trop de passage montrent l’artiste lui-même, même s’il se mêle aux réfugiés.
En l’état, il ne me semble pas exploitable avec des élèves, de collège du moins, ce qui est dommage. Toutefois, un dossier pédagogique est disponible ici.

Ci-dessous, une émission de France Inter dans laquelle Ai Weiwei parle du film et de l’art :

 

la fin du cauchemar pour les Rohingyas ? Pas si sûr…

Le Bangladesh et la Birmanie se sont mis d’accord, mardi 16 janvier, pour permettre aux 650 000 réfugiés musulmans rohingyas de revenir dans le district de l’Ouest birman où ils vivaient jusqu’à l’automne 2017 d’ici deux ans.
Les opérations de rapatriement pourraient commencer dans les prochains jours et devraient concerner une trentaine de milliers de personnes, qui seront réparties dans 625 résidences en cours de construction dans le district de Maungdaw, dans le nord de l’état birman de l’Arakan, d’où ont été chassés les Rohingya lors d’opérations qualifiées d’« épuration ethnique » par différentes organisations internationales.
Mais on peut toutefois douter que les 650 000 réfugiés puissent tous rentrer chez eux. En effet, cinq camps de transit vont être construits côté birman afin que puissent s’effectuer les vérifications d’identité imposées par la Birmanie. Ce pays, qui ne reconnaît pas les musulmans rohingya comme appartenant aux 135 ethnies nationales, n’acceptera que les réfugiés pouvant prouver qu’ils étaient résidents en Birmanie avant leur départ en masse après août 2017. La Birmanie a peur que des Rohingyas exilés au Bangladesh depuis 25 ans à la suite à de précédents massacres ne tentent de franchir la frontière.
C’est une façon à peine déguisée de refuser le retour de nombreux Rohingyas, qui sont le plus souvent apatrides, n’ont pas de documents ou les ont perdus dans leur fuite désespérée vers le Bangladesh voisin.

D’après un article du Monde.fr

«Il y a beaucoup de confusion chez les intellectuels»

Couverture de L_Obs

C’est par ces mots un peu courts et suffisants que le président de la République a répondu aux différents articles écrits dans le magazine L’Obs  à propos de la politique du gouvernement en matière d’immigration. J’ai lu ces articles et je n’y ai pas vu de confusion dans le texte de Patrick Boucheron ou celui de Jean-Marie Gustave Le Clézio.

« La formule célèbre de M. Rocard, sur « la France [qui] ne peut pas accueillir toute la misère du monde » – formule reprise récemment par M. Macron, pour justifier une politique de grande fermeté à l’égard des migrants économiques – est d’abord un total non-sens, si l’on pense à la proportion de réfugiés que comptent de petits pays comme le Liban ou la Jordanie. C’est surtout un déni d’humanité insupportable.
Comment peut-on faire le tri ? Comment distinguer ceux qui méritent l’accueil, pour des raisons politiques, et ceux qui n’en sont pas dignes ?
Comment faire la différence entre les demandeurs d’asile au titre du danger qu’ils encourent dans leur pays, et ceux qui fuient leur pays pour des raisons économiques ? Est-il moins grave de mourir de faim, de détresse, d’abandon, que de mourir sous les coups d’un tyran ? Est-ce que ces tyrans, que la France a souvent soutenus, encensés, qu’elle a choyés et auxquels elle a généreusement ouvert ses frontières lorsqu’un coup d’État les jetait à bas, est-ce que ce ne sont pas ceux-là justement qui menacent la vie de leurs concitoyens les plus pauvres ? Est-ce que la France n’a pas une responsabilité dans le système dont elle a profité longtemps, et dont elle profite encore ?
On parle de budget, de limites dans le partage. Sans doute, mais où est le partage quand un pays extrêmement prospère, qui bénéficie d’une avance remarquable dans toutes les techniques, d’un climat modéré, d’une paix sociale admirable, refuse de sacrifier un peu de son pactole pour permettre à ceux qui en ont besoin de se ressourcer, de reprendre leurs forces, de préparer un avenir à leurs enfants, de panser leurs plaies, de retrouver l’espoir ?
Comment comparer les destins, dire que ceux-ci sont respectables et que ceux-là ne valent rien ? Comment laisser entendre que ces gens qui se jettent sur les routes, traversent les déserts, s’embarquent sur des radeaux au risque de leur vie, ou franchissent les montagnes en hiver, vêtus seulement de leurs habits de pays chauds, comment laisser croire que ces gens ont un choix ? Comment ne pas comprendre que la route qu’ils ont prise est un déchirement, qu’ils laissent derrière eux tout ce qui est cher à tout humain, le pays natal, les ancêtres, parfois les enfants trop jeunes pour partir ?
Il n’est pas question ici de sentimentalisme, ni d’apitoiement facile. Regardons-les, ces migrants, sur le pont des navires, couchés sur le sol, brûlés par le soleil, desséchés par la soif et la faim, regardons-les. Ils ne nous sont pas étrangers. Ils ne sont pas des envahisseurs. Ils sont nos semblables, ils sont notre famille.
J’ai été l’un d’eux jadis, quand ma mère nous a emmenés mon frère et moi traverser la France, en compagnie de mes grands- parents maternels, pour fuir la guerre. Nous n’étions pas des demandeurs d’asile : il n’y avait pas d’asile. Nous cherchions un endroit où survivre. Nous ne savions pas si la guerre que nous fuyions allait durer dix ans, vingt ans, ou cent ans. La pauvreté et la faim sont des états de guerre. Ceux qui les fuient ne sont pas des réfugiés, ni des demandeurs d’asile. Ils sont des fugitifs.
La politique est un monstre froid : elle agit en suivant des lois et des instructions qui ne tiennent pas compte du sentiment humain. S’il est avéré que pour faire déguerpir les migrants qui dorment sous une bâche par six degrés au-dessus de zéro les milices crèvent leurs tentes ; s’il est avéré que l’on rafle les pauvres dans les rues, en séparant les familles, et qu’on les enferme avant de les expédier par avion dans leur pays supposé, s’il est avéré qu’on pourchasse les misérables comme s’ils étaient des chiens errants. Eh bien, cela est dégueulasse, il n’y a pas d’autre mot.
Soyons clairs et pragmatiques, puisque c’est le mot d’ordre – et que les discours pleins de pathos n’ont pas d’autre effet que de nuire à la cause qu’ils prétendent servir. C’est le merveilleux de notre monde contemporain que d’être uni par la communication, le savoir, la reconnaissance de l’autre. Mais prenons garde : cette merveille est fragile, elle peut nous apparaître non comme un devoir, mais comme un privilège. Prenons garde à ne pas dresser autour de nous des frontières mentales encore plus injustes que les frontières politiques. A ne pas nous habituer justement à « toute la misère du monde » comme si nous vivions sur une sorte d’île parfaite, inaccessible, et que nous puissions regarder de loin, d’un regard cruel d’entomologiste, les habitants des rivages désolés se
débattre et s’étouffer dans leur malheur. Prenons garde à ne pas devenir sourds et aveugles à cette misère, et nous réfugier dans l’illusoire protection de nos armées, de nos juges et de nos législateurs. S’il n’est pas question de partage, et d’humanisme, qu’il soit question de stratégie. Les empires fondés sur l’injustice, sur l’esclavage, sur le mépris n’ont jamais survécu. Ils se sont écroulés de l’intérieur, parce qu’ils étaient corrompus.
Il est encore temps d’agir. Cela n’est pas si compliqué : il suffit de renverser le raisonnement, de cesser d’agir sous l’impression de la menace. Le partage n’est pas seulement l’accueil : c’est aussi la préparation de l’avenir, c’est-à-dire le soutien et le changement. Que l’invraisemblable budget qui sert à alimenter la machine de guerre à travers le monde accorde une part, une miette seulement, pour aider les citoyens des pays en détresse, pour l’eau potable, l’éducation, la médecine, la création d’entreprise, l’équilibre – la justice. »

Jean-Marie Gustave Le Clézio.

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