Étiquette : La traite et l’esclavage

Un exemple de traite négrière : les voyages de l’Aurore en 1784

Maquette du négrier Aurore
Maquette du négrier Aurore

Le navire Aurore était un bateau destiné au commerce des esclaves au XVIIIe siècle.
Il était la propriété d’un armateur nantais associé à d’autres négociants afin de réunir les fonds nécessaires à la « mise dehors » du navire : le prix de la construction du navire (130 000 livres), les vivres pour l’équipage et les esclaves (30 000 livres), les avances sur solde de l’équipage (7000 livres), l’assurance (24 000 livres) et les marchandises à échanger pour la traite (210 000 livres).
L’Aurore était un trois mâts de 300 tonneaux dont l’équipage se composait d’environ 45 personnes placées sous la direction du capitaine. Celui-ci devait conduire le bateau à bon port, diriger l’équipage, gérer la cargaison d’esclaves et réaliser la vente des esclaves et l’achat des marchandises coloniales à la place de l’armateur.

La cargaison au départ de Nantes en 1784
La cargaison au départ de Nantes en 1784

La marchandise de traite était la dépense principale de l’armement du navire. C’était surtout des tissus et des toiles dites d’Inde, souvent fabriquées dans la région de Rouen. Il y avait aussi des armes, de l’alcool et des objets en métal comme des barres de fer ou des bassines en cuivre, représentant 19 170 pièces environs. Quelques uniformes et manteaux servent à faire des présents aux marchands indigènes au moment de la négociation. Le prix de ces marchandises permet d’évaluer la valeur de troc moyenne d’un captif à 330 livres.

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les trajets de l’Aurore

Le voyage jusqu’en Afrique pouvait prendre de 60 à 120 jours en fonction de la route choisie et des ventes rencontrés.

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Le bateau s’organisait sur 3 niveaux : le pont extérieur, le faux pont ou entrepont et la cale. Cette dernière était remplie de tonneaux d’eau (580) pendant la traversée jusqu’en Amérique qui étaient remplacés,pour la plupart, par des tonneaux de sucre (225) au retour vers l’Europe. C’est sur le faux pont qu’était entassés les 600 esclaves achetés en Afrique. Le parc des hommes (400 places) était séparé du parc des femmes (120 places). 80 enfants complétaient la cargaison. Un échafaud, sorte de bas flanc périphérique, était construit à mi-hauteur de l’entrepont : il permettait de gagner 55 m2 et donc de loger près de 190 esclaves supplémentaires.
A l’arrivée en Afrique, le navire faisait escale dans un région correspondant à l’actuel Angola où se trouvaient trois royaumes : le Cabende et le Malembe, dominés par le Loango dont le roi était le pourvoyeur d’esclaves. Pour pouvoir faire affaire, il fallait offrir au roi des présents puis s’acquitter de différentes taxes  (équivalent à 160 pièces environ).
Un esclave noir homme adulte (appelé « Pièce d’Inde ») valait environ entre 45 et 43 pièces. Une femme adulte valait entre 38 et 40 pièces, un enfant de 10 ans de 28 à 30 pièces et un enfant de 5 ans 20 pièces. Les enfant de moins de 3 ans étaient comptés avec leur mère.

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Les esclaves adultes recherchés étaient âgés de 17 à 30 ans, mesuraient au moins 1m60 pour les hommes et 1m30 pour les femmes. Les hommes devaient être musclés et « un peu gros » et les femmes devaient présentées les caractéristiques de « bonnes reproductrices » (notamment avoir « les seins debouts »). Tous devaient avoir une dentition saine. La cargaison devait comporter au moins 2/3 d’hommes. Il fallait de 6 à 8 mois pour acheter une cargaison complète de 600 esclaves.
Une fois inspectés par le chirurgien de bord, les esclaves étaient montés à bord et marqués pour distinguer leur propriétaire. Les hommes étaient entravés par des fers aux chevilles ou aux poignets au moment du départ, pour éviter toute tentative de fuite. On les délivrait en haute mer. A l’arrivée ou durant les escales, les esclaves étaient emmenés avec des colliers reliés par une chaîne.
Dans le navire, chaque esclave portait autour du cou une plaquette avec un numéro et à la ceinture une corde retenant une cuillère en bois. Les hommes étaient nus et les femmes recevait de quoi se confectionner un pagne. Des esclaves étaient choisis pour encadrer les autres et maintenir le calme, recevant un traitement de faveur (vêtements et meilleure nourriture). Dans l’entrepont, les esclaves étaient entassés les uns contre les autres, sans pouvoir bouger.

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le positionnement des esclaves dans la cale

Durant les deux mois de voyage vers les Antilles, l’emploi du temps des esclaves était immuable : les esclaves se levaient à 8 heures et sortaient sur le pont toute la journée si le temps le permettait : les hommes sur le pont et le gaillard d’avant et les femme sur le gaillard d’arrière. Ils recevaient un premier repas vers 10 heures (une bouillie à base de fèves et de farine de maïs, avec un peu de sel et d’huile de palme, agrémentée de lard le dimanche et de viande de requin à l’occasion) puis un second vers 16 heures. La descente dans l’entrepont avait lieu à 17 heures. Sur le pont, les esclaves devaient se laver tandis que des enfants nettoyaient l’entrepont. Tous les quinze jours, les esclaves étaient rasés et épilés.Pour se distraire, ils devaient chanter et danser.
Thypoïde, scorbut, dysentrie, petite vérole faisaient des ravages parmi l’équipage et les esclaves. Beacoup d’esclaves se suicidaient ou bien se laissaient mourir de désespoir, si bien que le taux de mortalité d’une traversée s’élevait à 12% en moyenne.
A l’arrivée aux Antilles, les esclaves étaient descendu à terre et soignés un peu avant la vente. Celle–ci était annoncée par des affiches et les clients pouvaient visiter les lots quelques jours avant l’enchère. Les 540 esclaves survivants étaient répartis en 180 lots. Un esclave adulte pouvaient atteindre un prix variable, la moyenne s’établissant entre 1000 et 1200 livres. La vente durait généralement entre deux à trois semaines et donnait le plus souvent lieu à un échange d’esclaves contre des produits coloniaux.

Une fois vendus, les esclaves allaient travailler dans les différentes plantations des Antilles. Les historiens ont calculés qu’un esclave était supposé rapporter à son propriétaire 300 à 400 livres par an et pouvoir travailler 10 ans (mais 50 % des esclaves débarqués aux Antilles mouraient dans les trois ans). Vous trouverez ici un contrat de vente d’une plantation à Saint – Domingue en 1784 qui décrit un « cheptel » de 72 esclaves.

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Après s’être acquitté des taxes (ou demi – taxes si les produits avaient été acquis grâce à la vente des esclaves), le navire pouvait repartir vers l’Europe pour un voyage de deux à trois mois. A l’arrivée, les produits étaient de nouveau taxés avant d’être vendus en lot par adjudication.
La cargaison de l’Aurore ( surtout du sucre, café et indigo) devait rapporter  800 000 livres à ses armateurs, ce qui laissait un bénéfice de près de 300 000 livres à chaque traversée.

La plupart des documents utilisés dans cet article proviennent du livre de Jean Boudriot,  » Traite et navire négrier au XVIIIe siècle : l’Aurore « .

Fouille d’une plantation de cannes à sucre du XVIIIe siècle

Voir toutes les ressources audiovisuelles de l’Inrap

En Guadeloupe, l’Inrap a procédé à la fouille d’une  propriétés sucrières dont l’origine remonte au 18e siècle. Cette fouille a révélé la richesse des propriétaires d’exploitation de canne à sucre, liée bien sûr à l’esclavage et au commerce triangulaire.

L’esclavage en Inde

Le quotidien britannique The Guardian a publié début mars une enquête montrant que les  familles qui travaillent dans les plantations de thé de la firme indienne Tata Global Beverages (pour la marque Tetley), dans l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, sont si mal payées (moins que le salaire minimum local, environ 2 euros par jour), qu’elles confient, en échange d’argent, leurs enfants filles à des personnes qui prétendent leur assurer un avenir meilleur à Delhi mais qui en font en réalité des esclaves domestiques.

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Un musée sur l’esclavage au Congo pour 2014

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Document UNESCO

Le projet la « Route de l’esclave » est un projet international qui date de 1998. C’est l’Unesco, institution internationale des Nations unies pour la culture, la science et l’éducation, qui a voulu ainsi raconter l’histoire de l’esclavage. Pourquoi la « Route de l’esclave » ? Parce que les pistes suivies par les esclaves doivent être considérées comme des pistes pour la mémoire pour le monde entier.

Le Congo s’apprête à construire son musée de l’Histoire de l’esclavage au port d’embarquement de Loango. Il existait par ailleurs deux pistes des esclaves au Congo : premièrement, la piste de la route Brazzaville-Pointe-Noire qui est relayée par la piste navale du fleuve Congo, parce que les esclaves sont venus par le fleuve du nord Congo, de la RDC, du Cameroun, de la RCA et même du Tchad. La deuxième piste est celle qui va jusqu’à la Lékoumou pour aboutir à Loango.

Ce musée au Congo fera ainsi écho à celui de l’île de Gorée au Sénégal et du port d’Ouidah au Bénin.

 

 

Des esclaves qui racontent

A l’occasion de la sortie au cinéma du film 12 Years a Slave qui relate l’histoire vraie de Solomon Northup et de ses douze années de servitude dans le sud des Etats-Unis, le site du Monde.fr publie un article sur les récits d’esclaves depuis le XVIIIe siècle. Solomon Northup a ainsi raconté, dans un ouvrage paru en 1853, ses années d’esclavage.

L’un des récits les plus anciens remonte à la fin du XVIIIsiècle : en 1789 paraît au Royaume-Uni The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano, qui raconte l’histoire d’un garçon de 10 ans enlevé au Nigeria et déporté vers les Amériques. Les esclaves du sud des Etats-Unis sont cependant les seuls à avoir raconté leur histoire : en France et au Brésil, aucun n’a laissé le moindre témoignage alors que les esclaves y étaient plus nombreux : sur les 12 millions d’Africains déportés pendant la traite négrière, plus de 4 millions sont arrivés au Brésil, 1,6 million dans les Antilles françaises, environ 600 000 sur la côte américaine.

La fin de l’esclavage ?

Le 10 mai, c’’est, en France, la journée de commémoration de l’’abolition de l’esclavage.

Si l’’esclavage a bien été interdit en France en 1848, il ne l’’a été en Maurétanie qu’’en 1980. Depuis, il n’’existe plus d’’esclaves officiellement. Et pourtant….

L’Organisation des Nations Unies (par l’’intermédiaire du Bureau international du travail et de l’Organisation internationale du travail) estime qu’il y a aujourd’hui 200 à 250 millions d’esclaves adultes à travers le monde auxquels s’ajoutent probablement 250 à 300 millions d’enfants de 5 à 14 ans au travail.

Pour en savoir plus, consulter l’’article sur l’’esclavage moderne de Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Esclavage_moderne