Catégorie : TPE

Des livres sur la condition ouvrière dans les années 30

La trilogie USA de John Dos Passos

U.S.A. se présente comme une immense mosaïque faisant état des principaux événements par lesquels sont passés les États-Unis au cours des 30 premières années du XXe siècle. L’ouvrage débute sur une évocation de l’euphorie dans laquelle on a commencé le nouveau siècle pour plonger ensuite dans l’engagement états-unien au sein des tueries de la Première Guerre mondiale, et finir sur l’exécution de Sacco et Vanzetti en 1927, et le krach de 1929.

Ce livre ne serait qu’un gros roman historique comme tant d’autres s’il n’avait pas l’originalité d’être composé d’ouvrages qui se présentent comme des « melting-pots de fiction et de non-fiction ». U.S.A. est un roman éclaté dont l’écriture et la construction reproduisent le miroitement des multiples facettes de l’époque sur laquelle se penche Dos Passos.

Les histoires des divers personnages fictifs qui traversent chacun des trois romans sont entrecoupées de séquences d' »Actualités »: collages de titres et d’articles de journaux. Ces actualités sont couplées à des segments intitulés « L’Oil-caméra », où le narrateur fait part de ses propres positions face aux événements qu’il décrit. L’ensemble est de plus ponctué de biographies de personnages réels dont les actions ont marqué le cours de ces décennies.

D’ordinaire, les romans racontent des vies. L’étonnant coup de force de Dos Passos est d’être parvenu, avec U.S.A., à raconter une société, la destinée collective des Américains du début du siècle. Le 42e Parallèle traverse le pays sur les pas des militants anarchistes et des wobblies (les partisans de la Seconde Internationale Ouvrière) qui ont permis de croire, pendant quelques années, que les idéaux qui ont conduit en Russie à la révolution d’Octobre étaient destinés à s’enraciner en Amérique. 1919 montre de quelle manière le capitalisme moderne a su tirer profit de la tourmente de la Grande Guerre. Et La Grosse Galette raconte comment la société états-unienne a fini par se soumettre au règne de l’argent.

Le cheval de Troie de Paul de Nizan

Le livre suit petit groupe de communistes : Bloyé, professeur, lucide et calme, Albert, usé, marié avec Catherine, femme vieillie, qui mourra lors d’un avortement clandestin et atroce, Paul, poursuivi par la police, Philippe, ancien anarchiste, avec sa culture hétéroclite mais vivante d’autodidacte… Le parti communiste est encore très minoritaire, presque une secte, mais la crise est là, les chômeurs traînent dans les rues, des immigrés arméniens sont relégués dans le quartier le plus misérable de la ville.

Alors que la première partie du roman nous décrit les diverses activités de ce groupe (imprimer LeTréfileur rouge, tenter d’aller convaincre les paysans qu’ils ne sont pas des  » partageux «  mais des  » rassembleurs « , peindre sur les murs  » Les Soviets partout « ), la seconde se concentre sur une après-midi unique, celle d’un dimanche où ils vont devoir affronter, en une contre-manifestation à l’occasion d’une réunion de militants d’extrême droite, les gardes mobiles et perdre l’un des leurs.

C’est qu’ils ont, face à eux, des ennemis puissants : préfet et industriels, usines et demeures bourgeoises, mais aussi la ville entière.

Celui – ci n’est pas un roman, mais un recueil de photographies commentées. Sauf erreur, je l’avais fait acheter au CDI.

Un peu à la manière des textes et photos publiés dans les années 1930 sous le titre « La France travaille », Denis Woronoff mêle avec intelligence quelque 450 photos de qualité et leurs textes de présentation, sur le travail (le monde de l’industrie, les lieux de travail, les énergies, les techniques, etc.), sur les relations de travail, sur le hors travail (habitat, vie quotidienne, loisirs).

La France industrielle de la première moitié du XXe siècle est tout à la fois celle de la première révolution industrielle (charbon, acier, textile) et celle de la deuxième révolution industrielle (électricité, chimie, automobile, aéronautique).

La vie au travail est racontée en photos noir et blanc, en contraste, à l’image d’une vie souvent dure, à la recherche d’identités collectives venant se substituer à celles de la France paysanne : fierté d’appartenance à des métiers, inscription dans l’action syndicale.